Voir ci-ck'ssus. t. XI, p
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rature dramatique au feuilleton du Temps. M. Emile Gebhart donne souvent soit aux revues, soit aux journaux des études de littérature italienne ou de littérature espagnole de la plus haute valeur et du plus erand intérêt, et il a montré, entre temps, par Autour d'une tiare qu'il était un romancier pittoresque et pathétique quand il voulait l'être. Les conférenciers viennent en aide aux critiques dans leur tâche. Ici encore nous retrouvons Sarcey, lumineux et plein d'entrain, d'une bonhomie large et forte, du plus grand efTet sur le public. Et à coté de lui c'est l'élégant et gracieux Larroumet, l'ingénieux et piquant Ghantavoine, enfin MM. Parigot et Lintilhac, jeunes espérances de la critique comme du discours public, l'un d'une verve spirituelle qui rappelle à la fois About et Weiss, l'autre dune large et chaleureuse éloquence qui rappelle Mirabeau et Gambetla, sans que du reste le premier manque de puissance oratoire quand il s'anime, ni le second d'esprit, et du plus exquis, quand il se repose.
La Presse. — La presse politique compte encore des écrivains dune réelle valeur, qui seraient illustres par leurs livres sileur tàchequotidienne ne les empêchait pas d'en écrire. Francis Magnard, directeur du Figaro, avait le bon sens le plus sur, le sang-froid le plus infaillible au milieu du tumulte de la politique, et quelquefois c'étaient des chefs-d'œuvre de netteté incisive, de justesse d'esprit, d'à-propos, de raillerie discrète et même de style, que les courts articles où il résumait l'impression que faisaient sur lui les diverses « questions du jour ». Henri Maret, plus amer, un peu aigri, volontiers pessimiste, ou au moins misanthrope, a infiniment desprit, d'impré\u, d'humour dans l'attaque ou dans la riposte, quelquefois dans le paradoxe ou la fantaisie. Francis Charmes, raisonnable et ferme, d'une grande lucidité, d'une suite et d'unesùreté parfaites dans l'exposition, d'une langue excellente, soit qu'il discute dans les Débats les questions que l'actualité lui apporte, soit qu'il trace le tableau politique de l'Europe dans ses résumés de quinzaine à la Revue des Deux Mondes, soit, comme il lui arrive trop rarement, qu'il fasse une excursion dans le domaine de la littérature ou de la morale, est un de nos écrivains poli-
tiques les plus considérables et les plus considérés, comme il est, par son caractère, un de nos hommes politiques le plus hautement estimés.
La littérature proprement dite a des journaux où elle se fait la part du lion, et de plus les journaux politiques eux-mêmes donnent une place aussi large à la littérature qu'à la politique. Les « chroniques » se multiplient et même surabondent. En sachant choisir, on a à relever parmi ceux qui les rédigent de véritables écrivains. Henry Fouquier est le plus notable. Très intelligent, d'une faculté d'assimilation très rapide, d'un bon sens ferme qui sait comme s'aiguiser de malice, il traite les questions plus ou moins légères qui sont du ressort de la chronique dans une manière mixte qui tient comme le milieu entre la conversation et la dissertation morale et qui sous sa plume est d'un grand charme. Ailleurs il est chroniqueur dramatique et montre . dans ses comptes rendus rapides de véritables et même grandes qualités de critique. Au-dessous de lui, ou, pour être plus courtois, peut-être plus juste, à côté de lui il faut citer les Jollivet, Raoul de Bonnières, Gapus, Bergerat, André Hallays, Paul Arène, en même temps romancier très distingué quand il se donne la peine de l'être, sans oublier que François Coppée ne dédaigne pas ce genre de récréation intelligente et fait de la chronique une manière de Mémoires écrits au jour le jour avec abandon, grâce captivante et chaleureuse tendresse de cœur.
Les Revues. ■ — On doit signaler enfin une sorte d'événement littéraire d'une certaine importance qui s'est produit dans ces vingt-cinq et surtout dans ces quinze dernières années. Les petites revues littéraires, ou les «jeunes revues », comme on les appelle pour marquer qu'elles sont en général rédigées par des jeunes gens, ont pris une véritable importance. 11 y a toujours eu déjeunes revues; mais autrefois elles étaient éphémères. Fondées par souscription entre quelques débutants, elles n'avaient qu'un très petit nombre d'abonnés ou d'acheteurs et disparaissaient vite pour raison de force majeure. De nos jours, sans faire fortune, elles ont une clientèle qui leur permet de subsister. Ceci est un phénomène très caracterislique.il montre le nombre croissant de gens qui s'intéressent aux choses de
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Icltrcs jusqu'au point de surveiller el de gueller avec sympathie les essais des débutants, et la formation au moment où elle se fait et presque avant qu'elle ne soit faite, des nouvelles écoles. Il est très salutaire aussi; car il permet à tous les talents nouveaux de se produire quelque part et d'attirer sur eux l'attention des grands journaux ou des grandes revues. Il est difficile même au demi-talent et presque à la médiocrité de rester ensevelis dans l'ombre, à l'heure où nous sommes, et quant à ce qui est au-dessous, personne ne peut regretter que l'obscurité commence à ce point-là. Ces revues de vrais débutants ou d'écrivains qui débutent toujours sont innombrables. Les plus connues et dignes de l'être sont la Plume, l'Ermitage, la Revue blanche, le Mercure de France ressuscité.
Les Salons littéraires. — Nous avons laissé un peu de côté depuis le commencement du xix'' siècle Thistoire des salons littéraires. C'est qu'ils ont été un peu remplacés de nos jours par les tables de rédaction des journaux et revues. Il y a peu de salons avant une véritable importance littéraire sous la Restauration et sous Louis-Philippe, sauf celui de M""" Récamier, où Chateaubriand se laissait adorer en regardant passer à ses pieds sa dernière heure. Sous le second Empire le salon de la Revue des Deux Mondes est, ce nous semble, le seul (jui soit à citer. Depuis 1870 on en peut signaler un peu plus, celui de M"'' Buloz, celui de M""" Aubernon, celui de M"' Adam, qui fut directrice de la Nouvelle Revue.
Conclusions. — Quel semble être l'avenir de la littérature française, nous ne nous hasarderons pas à le dire. Ce qui est à peu près certain c'est qu'elle a besoin d'un renouvellement. Il serait opportun par exemple de délaisser un peu le roman, qui est évidemment épuisé pour quelque temps après l'immense quantité d'oeuvres que ce genre a produites depuis cinquante ans. Il faudrait trouver une nouvelle « formule » d'art dramatique, ou plutôt que quelques hommes vraiment doués pour le théâtre vinssent s'ajouter aux Lemaître, aux Lavedan et aux Curel. Il faudrait enfin, et aussi bien c'est ce qui semble commencer à se produire, qu'une philosophie vraiment nouvelle, puissante, d'une grande inlluence sur les esprits, vraie ou fausse,
ce n'est pas ici la question, ébranlât fortement les intelligences et par suite les imaginations : les œuvres littéraires plus ou moins pénétrées de son esprit, mais suscitées par l'ébranlement qu'elle aurait produit, naîtraient probablement aussitôt. La poésie, l'histoire, le roman, puis le théâtre, en dernier lieu la critique en seraient changés et restaurés complètement en quelque ving-t ans. La chose s'est produite plusieurs fois en France, au xvn" siècle, au xvni" siècle; elle peut se produire encore. Le mouvement philosophique actuel, ou plutôt les vives et anxieuses préoccupations philosophiques de la jeunesse actuelle sont donc peutètre grosses d'une renaissance littéraire. Elles sont à encourager pour elles-mêmes et pour ce qu'elles peuvent contenir. Il faut répéter : « Travaillons donc à bien penser », ne fût-ce que pour l'avenir littéraire de notre pays. Après tout, ce n'est que répéter en lui donnant un sens plus large le fameux : « Avant donc que d'écrire apprenez à penser » et l'on ne saurait plus décemment clore un rapide historique de la littérature française.
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