Voir ci-dessus, t. XI, p
6o4 LES ETATS-rXIS
La situation financière en 1870. — Il avait été émis pendant la guerre six emprunts pour une somme de près de 12 milliards de francs et du papier-monnaie à cours forcé {greenbacks) pour 250 millions. Des impots étaient établis sur toutes choses.
Salmon Chase, secrétaire du Trésor de 1861 à 18G6, modifia de fond en comble le système financier des Etats-Unis en créant lorganisation des banques nationales, qui, après quatre années de fonctionnement, donnait tous les résultats que l'on en avait attendus, au point de vue de l'absorption des emprunts de guerre.
Le total de la dette publique atteignit au milieu de l'année 1866 son chiffre le plus élevé, 2 773 millions de dollars, total qui comprenait tous les engagements du Trésor et dans lequel la dette consolidée, portant intérêt, figurait pour 2 274 millions de dollars (11 400 millions de francs).
La réduction commença dès l'année suivante, 1866-67, au cours de laquelle l'excédent budgétaire permit de réduire le capital de la dette d'environ 100 millions de dollars, tandis que le service des intérêts atteignait la même année son chiffre maximum (143 782 000 dollars).
Le prog'ramme du secrétaire du trésor, Mac Gullock, qui continua en 1865 l'œuvre de Salmon Chase, comprenait : le rétablissement de la circulation sur la base métallique (c'est-à dire sur la base de l'or, seule monnaie métallique à cet époque), par un rachat méthodique du papier-monnaie; la consolidation de la dette par le remboursement des emprunts contractés pendant la guerre à un intérêt élevé, au moyen de nouveaux emprunts que l'on placerait sans peine à des taux d'intérêt moins onéreux.
Ce système, qui avait toutes les sympathies du monde des afîaires, du commerce et de la finance dans les Etats de l'Est et dans les grandes villes, New-York, Boston et Philadelphie, reçut dans le jarg'on politique de l'époque la qualification de système conlractionisl ou du hard moneij, parce qu'il tendait à diminuer la masse de la monnaie fiduciaire et à rétablir la circulation sur la base métallique.
PRESIDENCES DE CHANT ET DE HAVES 6iJ5
Le nouveau programme des démocrates. — Mais les circonstances provotjucrenl la lormalion d'un parli puissant, recruté aussi bien dans les rangs du parti réi)ul)licain que dans celui des démocrates, et (jui ne tendait à rien moins qu'à une répudiation partielle des engagements publics. Ce parti nouveau, Greenbacher Partij, loin d'appuyer la théorie du rachat le plus rapide possible du papier-monnaie {r/reenbacks), demandait que la circulation de ces billets d'Etat fût au contraire largement accrue iexpanded), et que le gouvernement payât en papier l'intérêt et le principal de la dette, cause de toutes les misères sous lesquelles succombait une partie du peuple américain.
Ce système expansionist ou du soft money trouvait des adhérents par millions dans les populations agricoles de l'Ouest, ruinées ou appauvries par les impôts, les hypothèques, les pertes subies pendant cinq ou six années. Dans cette région on était généralement débiteur, tandis que l'Est était créancier.
Les courtisans intéressés du peuple n'avaient pas tardé à dénoncer « l'arrogance » des créanciers de l'Est, terme dans lequel étaient confondus les prêteurs envers lesquels étaient directement engagés les agriculteurs de l'Ouest et les porteurs de titres de la dette fédérale. Le traitement qui serait appliqué au gouvernement fédéral débiteur serait étendu aux débiteurs particuliers. S'il payait ses engagements en papier, ils paieraient aussi en papier le principal et l'intérêt de leurs hypothèques. S'il était obligé de payer en or, ils seraient astreints à la même obligation. Le premier système leur assurait une large diminution de leurs eng'agements; ils prétendaient voir dans le second une aggravation inique de leur charges.
Les démocrates, voyant dans ce courant d'opinion un puissant facteur d'influence politique, résolurent de le capter au profit de leurs intérêts de parti.
Leurs leaders promirent aux gens de l'Ouest et du Sud non seulement l'acquittement de leurs charges en papier-monnaie, mais encore l'abaissement du tarif douanier, la diminution des impôts, la vie à bon marché. Dans le nouveau programme démocratique figuraient encore la réforme des abus administratifs, une réduction considérable des dépenses du gouvernement
fédéral. On y retrouvait enfin, liée à tous ces desiderata, l'ancienne doctrine des State Rights (droits réservés des Etats) contre les prétentions des radicaux à l'omnipotence fédérale, contre les tendances du parti républicain à la centralisation. Ainsi les démocrates associaient dans leurs attaques la politique de reconstruction des radicaux et les dépenses excessives qu'elle rendait nécessaires. Ils se faisaient devant le peuple les avocats de l'économie contre les prodigalités des républicains au pouvoir. Ils devaient conserver pendant un quart de siècle et conservent encore aujourd'hui cette altitude habilement prise dès les premières opérations de la liquidation de la guerre civile.
Les scandales de Ne^w-York. T-weed (1873). — Les Irlandais s'étaient établis dans les grandes villes et peu à peu, grâce à leurs aptitudes spéciales pour l'organisation et l'association, ils avaient acquis une énorme influence politique qui ne s'exerça d'abord que dans le cercle des intérêts locaux, puis s'étendit peu à peu à la politique nationale. En 1871 ils occupaient à Xew-York la plus grande partie des fonctions municipales, et la caisse de la ville était aux mains de politiciens qui devaient leur élection aux votes des Irlandais.
Un grand nombre de jugres issus de l'élection, et portés sur les tickets démocratiques, étaient soumis par là à la même influence. C'est le vote Irlandais, encore aujourd'hui, qui donne au parti démocratique dans la ville Je Xew-York son imposante majorité. La domination tyrannique de Tweed n'a été rendue possible que par l'appui de Tammany, la principale organisation irlandaise de New-York.
Tweed et Sweeny étaient les deux principaux chefs (bosses) du Tammany Ring (clique ou syndicat de Tammany). Le public n'avait pas d'illusion sur l'état de corruption de l'administration à New- York, mais l'indolence et la crainte avaient empêché jusiju'alors toute révolte. Cependant, en juillet 1871, un journal entra en guerre contre Tammany. Le New- York Times commença une enquête sur l'emploi des fonds publics confiés à la discrétion du maire et du conseil municipal. Il révéla que, de janvier 1869 à mars 1871, on avait payé 10 millions de dollars pour la réparation et l'aménagement d'arsenaux, de casernes, de
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bureaux, et ijue sur celte souime, la menuiserie, le mobilier, les tapis fiiiuraient pour près de G millions de dollars. Le journal évaluait que la dépense consacrée aux seuls tapis eût suflî pour couvrir tout le Parc Central des plus beaux produits en ce genre. L'impression produite par ces divulgations fui considérable. L'indignation du public éclata. Un meeting monstre, tenu à Cooper's Instilule le 4 septembre 1871, nomma un comité de soixanle-dix membres chargé d'appliquer tous les remèdes légaux contre le fléau dénoncé et de faire rendre gorge aux spoliateurs. Dans les élections d'automne, Tammany Ring fut complètement battu. Les républicains, vainqueurs dans la ville môme, enlevèrent aussi à leurs adversaires le contrôle de l'Etat en conquérant la majorité dans la législature. William M. Tweed, commissaire des travaux publics à New-York, fut bien nommé membre du sénat de l'Etat, mais il n'osa siéger. Avant la fin de l'année, il était arrêté, puis mis en liberté sous caution. A la fin de 1873, il fut condamné à douze ans de prison pour délits commis dans ses fonctions officielles.
L'élection présidentielle de 1872. — ■ Les démocrates et les républicains libéraux, fraction antigrantisle détachée de la majorité du parti républicain, s'unirent en 1872 pour opposer un concurrent à Grant, candidat à un second terme présidentiel. Les jeunes démocrates et les libéraux, dont le leader le plus en vue était un Allemand naturalisé, Cari Schurz, adoptèrent un programme auquel ils donnèrent le nom de : a The new departure, et dont les articles essentiels étaient : Protection des droits de tous les citoyens sans distinction de couleur; rétablissement des relations amicales entre le Sud et le Nord; cessation de toute agitation sur les anciennes questions; développement de l'instruction publique; réduction des droits de douane, restriction des monopoles; suppression des concessions de terres aux compagnies de chemins de fer et autres entreprises de spéculation; amnistie générale pour tous faits politiques.
Le 3 mai 1872, une convention nationale de libéraux républicains, tenue à Cincinnati, nomma candidat pour la présidence Horace Greeley, directeur de la Tribune de New- York, et la convention démocratique, tenue à Baltimore en juillet, adopta la
Histoire gé.nérale. XII. ■!-
6o8 LES ETATS-UNIS
cancUdalure et la plate-forme proposées parles libéraux. Greeley quitta la direction de /*'/ Tribune et commença une campagne très active. Au scrutin populaire il obtint 2 834 000 votes contre 3 597 000 donnés à Grant. Dans le collège électoral Grant eut 286 sutTrages sur 349.
Statistique générale d'après le census de 1870. — D'après le census de 1870 la population des Etats-Unis s'élevait à 38 549 987 habitants, dont 33 581 680 blancs, 4 879 363 personnes de couleur, 25 733 Indiens civilisés, et 63 196 Chinois.
Depuis 1820, dans l'espace de cinquante années, le chiffre total de l'immigration aux Etats-Unis avait été de 7 554 000 personnes dont 3 852 000 Anglais, 2 267 000 Allemands, 246 000 Français, 154 000 Scandinaves, 109 000 Asiatiques, etc. — Le centre de gravité de la population avait constamment progressé vers l'ouest. En 1840, il se trouvait au pied du versant oriental des monts Cumbcrland (Virginie), à la hauteur du 39" degré de latitude. En 1850 il avait reculé de 57 milles à l'ouest, jusqu'à un point situé près de Parkersburg sur l'Ohio (Virginie occidentale). En 1860 nouveau recul de 82 milles, jusqu'à Chilicothe (Ohio). En 1870 enfin on le trouvait fixé à 45 milles en arrière de Chilicothe, à Wilminglon, comté de Clinton, Etat de l'Ohio. La publication des résultats du census entraînait une refonte du système de répartition et du nombre des sièges à la chambre des représentants. Il fut décidé qu'il y aurait désormais 283 membres au lieu de 243, soit un représentant par 131 000 habitants. La nouvelle répartition fut tout à l'avantage des Etats de l'Ouest qui avaient fait d'énormes progrès depuis dix années. La fixation à 131 000 habitants du chilTre de population nécessaire pour l'élection d'un représentant enlevait toute possibilité à l'Ulah, au Colorado et au Nouveau-Mexique de faire admettre à jjref délai leurs prétentions à être acceptés comme membres de l'Union en qualité d'Etats nouveaux. Il leur fallait attendre. Pour le Colorado toutefois ce ne fut qu'un ajournement de quelques années.
La question noire. — Dans plusieurs Etats du Sud, les nègres remportaient en nomlire sur les blancs. L'accession au droit électoral leur assurait l'ascendant sur leurs anciens maîtres.
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Avec un peu de sagacité polilicjue, ils pouvaienl s'emparer ixjiir longtemps du pouvoir. Mais, aussi incapables de se diriger que de se laisser diriger, les nègres furent une proie facile pour les aventuriers du Nord, carpet-baggers (gens au sac de nuit), (jui vinrent s'abattre au milieu d'eux, éblouissant ces pauvres noirs de leurs grands gestes, de leur faconde intarissable, promettant aux affrancliis que l'Union donnerait à cbacun deux 100 acres de terre et une mule, et les excitant à se venger, en gouvernant à leur tour, de ces blancs exécrés qui, jadis, levaient le fouet sur eux. Les carpet-baggers n'eurentpoint de peine à convaincre cette race crédule qu'ils étaient ses meilleurs amis. Mais lorsque les Yankees, grâce au vote nègre, furent pourvus des meilleures places et des plus gros émoluments, lorsqu'ils tinrent la législature, le département judiciaire, et surtout la caisse; ils se livrèrent à une telle orgie de gaspillages, de fraudes, d'illégalités, de vols éhontés, que les noirs se sentirent dupés et se détachèrent de ces singuliers pionniers de la civilisation supérieure du Nord. La défiance du nègre à l'égard de son bon, de son excellent ami le carpet-bagger, fut le commencement de la réac-tion contre le gouvernement du parti républicain dans le Sud.
Les blancs, cependant, écrasés tout d'abord sous le poids de la défaite, ruinés par quatre années de guerre, traités en parias politiques par les Congrès républicains de Washington, soigneusement écartés des scrutins, ne songèrent que peu à peu à examiner si la situation ne comportait pas quelque remède. Doués d'un esprit politique affiné par une longue pratique des affaires avant la guerre de sécession, ils comprirent qu'il ne serait pas aussi impossible qu'ils l'avaient cru d'abord de reprendre sur une race manifestement impropre aux fondions de gouvernement l'ancien ascendant. Il ne s'agissait (jue de renverser ces administrations prétendument républicaines, installées dans chaque Etat comme une vaste officine de représentants et de sénateurs pour la majorité républicaine du Congrès. Ces gouvernements, en dépit de la législation formidable que la législature fédérale forgeait chaque année à leur usage, n'étaient guère solides. Ils disparurent, l'un après l'autre.
chassés par la prédominance renaissante de l'élément l)lanc, par le retour au pouvoir des anciens planteurs.
Mais cette révolution, car c'en fut une, aussi heureuse pour le Sud dans ses conséquences futures que désastreuse dans le présent pour le parti républicain, ne s'accomplit pas avec tout le calme désirable. D'un côté le blanc, impatient de sa longue déchéance, humilié de l'égalité politique qui lui était imposée avec son ancien esclave, ne sut pas se montrer tolérant ni politique. Il voulut tout de suite rentrer en possession de l'autorité, oubliant les conditions nouvelles qu'avaient créées les résultats de la guerre civile. Dans plusieurs Etats se formèrent des ligues blanches, dont les attentats contre la race noire répandirent bientôt la terreur dans tout le Sud et l'indignation dans le Nord. Les jours d'élection, des noirs furent abattus à coups de fusil au moment oi!i ils allaient exercer leur droit de suffrage. Ce fut la période des outnujes sudistes; la réaction blanche se produisait, violente, contre l'éphémère domination de la race noire. A Washington rin(|uiétude des républicains était grande; allait-on perdre tous les fruits de la guerre, tout ce qui avait été si péniblement gagné pendant la période de reconstruction? De nouveau le Sénat fédéral recourut aux lois exceptionnelles. Des mesures plus rigoureuses que celles qui avaient été imaginées jusqu'alors furent édictées et appliquées. Le gouvernement fédéral fut investi du contrôle exclusif de toutes les opérations électorales pour la désignation des membres du Congrès et pour l'élection présidentielle. Les carpetbaggers, dont le règ'ne était passé, essayèrent un retour offensif à la faveur des dernières lois. Ils avaient encore pied dans la Louisiane et dans la Caroline du Sud; le général Grant mit à leur disposition l'armée, la marine et la justice fédérales; ils réussirent ainsi à prolonger leur règne de trois ou quatre années à la Nouvelle-Orléans et à Charleston.
Les « grangers ». — Après la crise financière déterminée par la chute du Crédit Mobilier et les nombreuses faillites de petites et grandes maisons, qui se succédèrent à la fin de 1873, les dénonciations du parti libéral républicain contre l'administration de Grant trouvèrent de l'écho dans le pays.
l'UKSIllKM'.KS 1)K (iUAN'T KT HK IIAVKS 661
Dans les Etals de l'ouosl, les agriculleurs s'organisèrcnl en associations de « grangers », ou « patrons of husbandry », contre les bénéficiaires du « monopole » des chemins de fer; le Farmers' Party fut un nouvel appoint à l'opposition. Les élections de 1873 intligèrenl déjà des défaites significatives aux grantistes dans quelques États importants. La crise de 1873 se prolongeait en d874. Elle n'avait pas été seulement un krach de spéculation sur les titres de chemins de fer, avec des éclaboussures sur quelques intérêts voisins. Les grandes opérations financières engagées pendant la guerre et le régime du papiermonnaie avaient provoqué une hausse générale des prix de tous objets et des salaires. Le malaise ne pouvait prendre fin qu'après un retour des prix des denrées et de la rémunération du travail à un niveau normal.
Les élections de 1874. — Les souffrances du peuple se traduisirent aux élections d'automne de 1874 par une formidable défaite du parti républicain. Alors que dans la Chambre de 1873-75, les républicains avaient près de cent voix de majorité, la Chambre élue le 3 novembre 1874 pour 1873-77 contenait 111 républicains et 181 démocrates. Quelques Elats. entre autres le Massachusetts, la Pennsylvanie et Tlllinois avaient passé d'un parti à l'autre. Dans le New-York, Tilden, démocrate, était élu contre le général Dix, républicain, par 40 000 voix de majorité. Dans le Sud, les démocrates balayèrent les républicains de tout le pays, depuis le Maryland jusqu'au Rio Grande (Caroline du Sud exceptée).
Causes de la défaite des républicains. — Les démocrates furent aussi surpris de leur victoire que les républicains le pouvaient être d'une défaite qui leur avait paru jusqu'alors si invraisemldable. Les causes principales auxquelles fut attribué ce grand revirement d'opinion étaient les suivantes : le maintien par le parti républicain, depuis la guerre, d'une taxation excessive; la corruption politique qu'avait engendrée, par suite d'une longue possession du pouvoir, la formation d'une classe officielle républicaine; l'appui donné par le parti républicain aux classes capitalistes; son asservissement aux intérêts manufacturiers; le développement de la richesse entre les
602 LES ÉTATS-UMS
mains d'une élroile oligarchie par le monopole et par le régime protectionniste; les tendances du parti à la centralisation; la crainte qu'il ne se montrât de moins en moins fidèle aux principes et même aux formes d'un gouvernement vraiment démocratii[Lie et républicain. La presse américaine, discutant le résultat des élections, le regarda, presque à l'unanimité, comme une protestation contre les visées du général Grant et de ses amis touchant « un troisième terme » de présidence. Le vice-président Wilson estimait que les élections de 1874 avaient réglé pour cent ans celte question du third terni. Il ne trouvait rien d'ailleurs à désapprouver dans les grandes lignes de la politique du parti républicain, mais celui-ci avait à sa tète des hommes que le peuple n'était plus satisfait d'y voir. En fait, ces élections mémorables furent avant tout une insurrection de l'opinion publique contre un personnel politique qui rêvait de se perpétuer au pouvoir.
Dispositions des démocrates. — Le système politique américain enlève à ces soudaines révolutions du sentiment public ce qu'elles pourraient avoir de périlleux pour la stabilité des institutions. Le nouveau Congrès ne se réunit qu'à la fin de 1875, une année après son élection. La majorité démocratique de la Chambre se trouva alors en face d'un président et d'un Sénat républicains. Elle ne put donc faire prévaloir ses idées par des changements législatifs; son activité se borna à de multiples enquêtes dirigées contre les divers départements du pouvoir exécutif. D'ailleurs, les chefs du parti démocratique (sauf quelques énergumènes du Sud, auxquels fut appliqué le sobriquet de Bourbons) n'avaient nulle intention de remettre en question les grands points de l'émancipation et du suffrage nègres, réglés par la guerre et par les amendements constitutionnels. Le mot d'ordre des démocrates du Nord était l'acceptation franche du passé : le nègre resterait libre et électeur; quant à l'égalité sociale, elle serait l'œuvre du temps et non d'une législation artificielle. C'en était fait du Civil Rights biU de Sumner, que le Congrès se décida à voter, mais dont la Cour suprême prononça l'inconstitutionnalité. Au point de vue du crédit national, le succès des démocrates ne devait inspirer
IMiKSIDKXCKS I)K liKANT F.T lir. IIAVKS G63
aucune appréhension. Décidés à rcpiulicr une grande partie des dettes contractées par les Etats du Sud sous les gouvernements républicains noirs, ils ne l'étaient pas moins à respecter la dette fédérale. La masse du parti était en outre opposée à tout projet tendant soit à la reconnaissance de la dette confédérée, soit à l'octroi d'une indemnité aux anciens propriétaires d'esclaves.
Les scandales politiques de 1876. — Le message que le 43" Congrès, à l'ouverture de sa dernière session, le 7 décembre 1874, reçut de Grant, était extrêmement prolixe sur la situation financière, exprimait des sympathies pour les Cubains, traitait sur le ton ironique la question de la réforme administrative, et ne contenait pas un mot sur la signification des élections de novembre. Les républicains, dans cette courte session, cherchèrent à regagner du terrain dans l'opinion publique en donnant une solution à la question financière. Le 14 janvier 1875, Grant signa un bill fixant au l"' janvier 1879 la date de la reprise des paiements en espèces. Les années 187o et 1876 virent éclater de nombreux scandales dans les cercles officiels. Le général Babcock, secrétaire particulier du président, le ministre de l'intérieur, Delano, le secrétaire de la guerre, Belknap,le ministre des Etats-Unis à Londres, général Shenck, même le propre frère du président, furent plus ou moins compromis. Dans la longue session du 44^ Congrès (187o-l87G), il y eut plus de vingt comités d'enquête à l'œuvre; les fonctionnaires de tous rangs furent soumis aux plus rudes épreuves. Si le président personnellement fut peu atteint, nombre de ses familiers étaient rudement touchés. Les désordres les plus graves furent révélés dans les administrations de la marine, des postes, des affaires indiennes, jusque dans le ministère de la justice.
L'élection présidentielle de 1876. Hayes et Tilden. — En mars 1876, plusieurs conventions d'Etats préludèrent par des désignations particulières de candidats présidentiels aux nominations régulières des deux conventions nationales convoquées, celle des républicains pour le 14 juin à Cincinnati (Ohio), l'autre pour le 27 juin à Saint-Louis (Missouri).
Une importante réunion fut tenue à New-York le 15 mai;
elle avait pour objet l'examen des candidatures les plus recommandables poui- la présidence. Les promoteurs étaient des partisans de la réforme administrative, comme le poète W.-G. Bryant, directeur du X-J'. Evening Post; le professeur Th. D. Woolsey, du Connecticut, l'ex-sénateur Garl Schurz, du Missouri. Le noyau de ce nouveau parti des « Indépendants » était formé des « républicains libéraux » de 1872, qui connaissaient le fort et le faible de chacune des deux grandes organisations politiques, et avaient le sentiment que les circonstances pourraient les amener à exercer une action sérieuse sur l'issue de l'élection. Dix-huit Etats, dont quelquesuns seulement du Sud, envoyèrent des délégués à celte conférence. Les politiciens étaient naturellement fort peu satisfaits de ce mouvement politique. Les « Indépendants » n'eurent pas, cette fois, l'occasion d'exercer le droit qu'ils revendiquaient hautement de se séparer de leur parti s'il faisait un choix qui leur parût critiquable. Ils acceptèrent volontiers la candidature de Rutherford Hayes, proclamée par la convention nationale républicaine de Cincinnati. Les démocrates, de leur coté, avaient fait un choix fort habile en adoptant à Saint-Louis la candidature de Tilden.
Les candidats étaient bons. Quant aux programmes, ils difîéraient bien peu l'un de l'autre. Tous deux se prononçaient pour le hard money, contenaient des promesses vagues de réforme dans le mode de nomination aux emplois publics, condamnaient la polygamie des Mormons et l'immigration chinoise, préconisaient la séparation complète des églises et du gouvernement civil, réclamaient une politique de conciliation envers le Sud. Les démocrates s'établissaient très nettement sur le terrain des faits accomplis et des conséquences de la guerre civile. Ils demandaient la diminution des droits exorbitants frappant plus de quatre mille articles étrangers à l'entrée aux Etals-Unis. La lutte fut très serrée. Le " novembre d87G, sur 369 électeurs appelés à composer le collège électoral, 185 furent élus pour Hayes et 184 pour Tilden. Trois Etats du Sud, Louisiane, Caroline du Sud et Floride, se trouvèrent avoir volé pour des électeurs républicains. Les démocrates crièrent à la fraude.
l'UKSIIIKXCKS IIK CHANT KT DK II.WKS 665
et il ne parut guère douteux, eu ellel, (jnc le résultat loyal aurait été 203 voix i»our Tilden et IGG [)Oiir llayes. La question resta en suspens durant deux mois. L'opinion, d'ahord un peu nerveuse, se calma; on attendit patiemment le verdict d'un comilé mixte du ('.ongrès au(|ucl avait été remise la décision du conflit. On fut surtout intéressé par l'étrangeté de la situation. D'énormes paris étaient engagés. En février 1877, le comilé, par 8 voix contre 7, attribua au candidat républicain les 19 sulTraeres constatés. Hâves se trouva, de cette façon, élu à une voix de majorité dans le collège électoral, et avec 250 000 voix de minorité dans le scrutin populaire (4 285 000 pour Tilden, 4 034 000 pour Hayes). L'esprit pratique américain fît accepter avec le plus grand calme dans tout le pays la décision de la commission du Congrès. Les démocrates eurent d'autant plus de mérite à cette résignation qu'ils ne manquaient pas de raisons excellentes pour se considérer comme frustrés des bénéfices d'une victoire réellement conquise.
Hayes président. — L'élection présidentielle de 1876, malgré l'installation de R. Hayes à la Maison Blanclie, était la défaite du parti qui gouvernait l'Union depuis la guerre de sécession. Les démocrates, qui avaient accepté la décision du tribunal électoral, obtinrent une première satisfaction lorsque l'élu inaugura sa présidence par un acte de reconnaissance éclatante du fait que la majorité appartenait réellement aux adversaires des républicains dans les trois Etats oîi les votes avaient été contestés. La modération naturelle et l'esprit d'équité du président, aussi le respect des engagements pris, le décidèrent à mettre fin à l'illogisme devenu trop choquant du maintien du régime militaire dans quelques Etats du Sud. Lorsque l'appui moral et matériel du pouvoir fédéral fut retiré aux pseudo-gouvernements républicains des Chamberlain et des Packard (Caroline du Sud et Louisiane), ces gouvernements s'évanouirent, législatures et gouverneurs. Les élus des démocrates, Wade Hampton et Xicholls, prirent possession des bâtiments, des archives, des trésoreries et des administrations d'Etat. Les législateurs démocrates s'installèrent. L'œuvre de reconstruction était cette fois terminée et le SoUd Soulh constitué.
6t)6 LES ETATS-UNIS
Cette attitude si conciliante du président à l'égard du Sud, non moins que ses premières nominations aux emplois, fondées sur les capacités présumées des candidats et non sur les services électoraux ou les recommandations de membres républicains du Congrès, excitèrent le plus vif mécontentement dans les rangs des anciens partisans de Grant (les stahvarts\ dont les principaux chefs ou bosses, étaient Conkling, du New- York, Cameron de la Pennsylvanie, Blaine du Maine, Logan de Flllinois. On ne pardonnait pas au président d'avoir confié le département de l'intérieur à un républicain indépendant et libéral, à un Allemand naturalisé. On s'indigna d'une circulaire adressée en juin 18'" par ce dernier aux fonctionnaires, pour leur interdire toute participation active, notamment par contribution pécuniaire, aux agitations électorales. Hayes fut accusé de trahir le parti qui l'avait élu. Les élections d'automne 187" semblèrent donner raison à ces récriminations. Les républicains y subirent d'importantes défaites.
La loi de 1878 sur l'argent. — Une grande agitation avait été organisée dans l'Ouest par les politiciens aux aa^es des directeurs des mines d'argent dans le Nevada et le Colorado. Il s'agissait d'amener le Congrès à rendre à l'argent, dont la valeur commençait à subir une dépréciation considérable, le rang monétaire que sa démonétisation en 1873 lui avait enlevé dans la circulation du pays. Les argentistes trouvèrent de nombreux adhérents parmi les démocrates de l'Ouest. Ce fut un réveil de l'ancien engouement pour Yinflalion et pour les greenbacks. Dans la session de 1877-78, un représentant du Missouri, Bland, proposa le rétablissement de la liberté de la frappe de l'argent. Le Congrès se contenta de voter, en février 1878, un bill oblieeant le secrétaire du Trésor à acheter chaque mois et à monnayer des lingots d'argent pour une somme pouvant varier de deux à quatre millions de dollars. Hayes, qui craignait que l'adoption d'un tel projet ne mît obstacle à la reprise des paiements en espèces fixée au 1" janvier 1879, opposa son veto au bill, mais celui-ci fut de nouveau adopté par-dessus le veto. La loi entra aussitôt en vigueur et fut appliquée scrupuleusement par les secrétaires du Trésor,
PIlHSinKXr.KS IIK ClîAXT |:t UH IIAVKS 067
jiis(jirau jour où elle fui remplacée ^180Ui par une autre [dus fav(^ralile encore à l'areenl cl aux argenlisles.
Partis et programmes. — Les républicains furent très embarrassés pour les élections d'automne 1878. Il s'agissait de trouver une platfoDn. On ne pouvait concentrer les efforts du parti dans une attaque contre le président, Ilayes ayant encore un certain degré de popularité. Sur la question monétaire la scission était complète entre les républicains de l'Est et ceux de l'Ouest. Sur le tarif le désaccord n'était pas moins vif. Le parti n'était uni que sur la question des grands travaux publics, mais le moment était peu propice, la pauvreté était générale et le vent à l'économie. Les démocrates n'étaient pas moins perplexes. L'objet principal des deux grands partis, au moment d'une épreuve décisive, était donc d'éviter de s'engager sur aucune question pressante du moment; ils reculaient devant le travail même qui semble constituer la raison d'être des partis.
Pendant les douze années qui avaient suivi la guerre, le parti républicain avait exploité les « outrages » sudistes et les souvenirs de la grande lutte. Mais les « outrages » se faisaient relativement rares. Puis le pays avait passé par une grande révolution économique. Des émigrants en quantité considérable (3 630 000 en douze ans, 460 000 dans la seule année 1873) avaient grossi sa population électorale. Une génération nouvelle croissait, qui n'avait pas été témoin du contlit de l'esclavage et se souvenait peu de la g-uerre. Les partis n'avaient pas de « cris » pour les élections d'automne 1878. La « machine » n'en fonctionna qu'avec plus d'énergie, dirigée avec une activité remarquable par des politiciens comme Conkling, ce sénateur du New-York, qui, sans prononcer jamais un mot en public sur les questions à l'ordre du jour, était l'homme le plus occupé de Washington. C'est alors que les républicains inclinèrent de plus en plus vers le système de la protection à outrance, tandis que les démocrates insérèrent dans leur programme des articles que l'on y trouve encore aujourd'hui : un tarif simplement fiscal, a tan ff for revenue only; l'impôt sur les revenus des riches; le paiement de la dette nationale en papier-monnaie ou en dollars argent.
668 LES ÉTATS-UxNIS
La reprise des paiements en espèces. — On vit se
former un nouveau parti, le National greenback labor party, dont les chefs furent, dans l'Est, Benjamin-F. Butler, et dans l'Ouest, le Californien Dennis Kearney, et qui, uni aux démocrates socialistes, réussit à faire passer en 1878 quelques candidats dans les législatures des Etats et même au Gong-rès.
Hayes et Sherman, son secrétaire du trésor, poursuivirent, sans s'émouvoir de ce mouvement, la politique financière où ils s'étaient engagés. Grâce à d'excellentes mesures de précaution adoptées par le secrétaire, la reprise des paiements en espèces s'efTectua le 1" janvier 1879 sans difficulté, le prix du papier s'élant depuis quelque temps établi au niveau de celui de l'or.
Le 24 février 1870, le Gongrès adopta une résolution portant qu'à l'avenir les Chinois ne pourraient, au nombre de plus de quinze sur un même navire, immigrer aux Etats-Unis. C'était un vote politique. Démocrates et républicains voulaient se concilier les voix de la Californie pour les prochaines élections au Congrès et pour la campagne présidentielle de 1880. Mais la résolution volée était une violation du traité Burlingame qui réglait les relations entre les Etats-Unis et la Chine. A San Francisco, on menaçait ouvertement de se retirer de l'Union si le Gongrès ne débarrassait pas la Californie du fléau des Chinois. Hayes opposa son veto à la résolution, et les Californiens ne jugèrent pas à propos de mettre leur menace à exécution.
Le 45" Gongrès se sépara le 4 mars 1879, sans avoir voté le budget de l'armée. Hayes fut forcé de convoquer le nouveau Gongrès (46*") pour une session extraordinaire. Les démocrates y avaient la majorité dans la Chambre et dans le Sénat. La session dura plus de cent jours, et ne vit, sur près de trois mille projets de loi, qu'un très petit nombre aboutir. Elle fut toute consacrée à des intrigues, à des escarmouches de parti, aux préparatifs de la campagne pour l'élection présidentielle de 1880, à des tentatives heureusement déjouées pour rouvrir la porte à l'extension de la circulation de l'argent et du papier. De tout ce que le parti démocratique avait pu espérer de la session, il n'obtint rien, et la roule de la Maison Blanche devint pour lui
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plus hérissée d'obslacles qu'elle n'avait été clans les années précédentes. Les efforts des plus intempérants d'entre eux pour la glorification de la rébellion, et pour une revendication arrogante des droits des Etals, n'eurent [tour ellet que d'amener le parti ré[»ublicain à serrer ses rangs.
Fautes des démocrates. — Aux élections de l'automne de 18"lt, le « Nord uni » se dressa en forces imposantes contre le « Sud uni ». Les violences auxquelles se livrèrent de 1877 à 1879 les intransigeants du [larti démocrate, avaient compromis les succès acquis et retardé un fait historiquement et logiquement inévitable après les événements des six précédentes années, le retour des démocrates à la présidence. Ils se crurent tro[) tôt et trop sûrement vainqueurs, et pendant trois années accumulèrent fautes sur fautes. Une des plus graves fut de chercher dans une alliance compromettante avec l'ancien parti de la répudiation, devenu le parti des Greenbackers, le moyeu de rattacher à leur cause quelques-uns des principaux Etats de l'Ouest, rOhio, peut-être l'Illinois. Un certain nombre de politiciens marquants du parti démocratique, qui, sous l'administration de Grant, s'étaient faits les avocats des saines doctrines économiques, firent volte-face et se transformèrent de hard money men en soft moiiey nien, parurent convertis aux vertus de l'expansion indéfinie de la monnaie de papier, ou à son défaut, de la monnaie d'argent dépréciée.
Celte tactique leur valut quelques succès dans les élections de 1877 et de 1878, mais celles de 1879 dissipèrent brutalement les illusions dont ils se berçaient pour la campagne présidentielle de 1880. Non seulement ils ne faisaient point de nouvelles conquêtes, mais ils étaient battus sur le théâtre de leurs victoires nordistes de 1876. Plus sensible pour eux que tout le reste fut la perte de l'État de New-York, causée par les divisions intestines qui paralysent si souvent la prédominance réelle de l'élément démocratique dans cet État. L'ancienne et célèbre organisation démocrate de la ville de New-York, Tammany Hall, avait résisté à la découverte des prévarications gigantesques de la bande Tweed et consorts. Son chef actuel, Kelly, faisait une opposition acharnée à Tilden, le leader reconnu du parti.
670 LES ETATS-LXIS
parti. La défection de Kelly permit, en 1879, au ticket républicain de prendre la tète du scrutin.
L'élection présidentielle de 1880. — La campagne présidentielle de 1880 s'annonçait donc sous des auspices peu favorables pour les démocrates. Ils choisirent un candidat honnête, mais peu fait pour relever le prestige du parti, le général Hancock. Dans la Convention nationale républicaine Grant fut présenté en concurrence avec Blaine. La Convention les rejeta l'un et l'autre, ne pouvant après trente-trois scrutins se décider pour l'un d'eux. Au trente-quatrième tour, Garfield, dont la candidature n'avait pas été posée, mais qui était général et avait joué dans la guerre de sécession un rôle honorable, bien qu'efîacé, eut 17 voix. Il en eut oO au trente-cinquième. Le trente-sixième et dernier lui donna 399 voix.
L'élection des membres du collège électoral eut lieu le mardi 2 navembre'. Tout dépendait du vote de l'Etat de New-York. Cet Etat, en donnant 20 000 voix de majorité à Garfield, trancha la question contre les démocrates-.
Tout le Sud, avec la Californie, vota pour le candidat démocrate Hancock, tout le Nord pour Garfield. Hancock, avec 19 États, n'eut que 155 sufïVages du collège des « électeurs ». Garfield, avec les 19 autres Etats, eut 214 sufTrages. Les Etats-
1. Les « électeurs » volent le l"' mercredi de décenibiM;, et les votes sont comptés officiellement le 9 février suivant.
2. L'importance de l'Ktat de Neiv-York dans la politique nationale tient d"abord au nombre de voles dont il dispose, mais plus encore au fait que, l'Union étant divisée en un Sud tout démocrate et un Nord tout républicain, le New- York décide en fait, dans chaque élection, le sort de l'un et de lautre parti.
On ne peut se flatter d'être assuré à l'avance du côté où inclinera le Xew- York. L'État est pres(iue également divisé entre les deux partis, en sorte qu'il suffit d'une influence légère ou passagère pour déterminer l'inclinaison définitive. Mais une fois cette inclinaison déterminée, l'efTet est énorme, car, l'État votant en bloc, c'est la masse de ses trente-six sufTrages qu'il jette d'un seul côté, et par là, pres(iue toujours, il emporte l'élection.
En 1880, Garfield battit Hancock par 214 voix contre lo.'i. Si le New-York avait voté pour Hancock, celui-ci eût eu 191 voix, et Garfield 178. Or la majorité pour Garfield dans l'État même i\e New-York ne dépassa pas un tiers environ de 1 p. 100, et cette petite majorité fut faite par le vote des Indépendants. Ceux-ci étaient une minorité infime. H furent cependant assez, nombreux pour assurer à Garfield les 3i; sulTrages du New-York, et, par le New-York, la présidence de l'Union.
Le New-York étant un État essentiellement douteux, il faut que chacun des deux partis le prenne pour base de tous ces calculs et cherche, en choisissant un candidat, à satisfaire les électeurs de ce grand Ktat, avant de consulter les préférences de tout autre.
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Unis étaient cependant bien également divisés entre les deux partis. Car la majorité populaire pour Garlield ne fut que de 7 000 voix (4 449 000 contre 4 4i2 000). Les élections pour le 47" congrès, qui devait siéger en décembre 1881, rendirent aux républicains la majorité dans la Gbambre et diminuèrent la majorité démocratique dans le Sénat.
//. — Les Etats-Unis de 1880 a iqoo. Garjîeld, Cleveland, Harrison et Mac Kinley.
Garfîeld assassiné. Chester Arthur président. — L'élection de James Garlield avait été saluée avec transport par tous les amis de la réforme administrative. Cari Schurz dit qu'elle avait sauvé le parti républicain d'un grand danger. Garfîeld mourut avant d'avoir donné la mesure de sa valeur, avant même davoir esquissé la réalisation des espérances mises en lui par la foule de ses admirateurs. Il fut assassiné le 2 juillet 1881 par un solliciteur aigri, Guiteau, et expira dix semaines plus tard, après avoir subi dhorribles souffrances (13 septembre 1881). Chester Artbur, vice-président de l'Union, assuma, aux termes de la constitution, les fonctions présidentielles. Partisan déclaré de Grant, Artbur ne s'était point révélé jusqu'alors comme homme d'Etat, mais il passait pour un des plus habiles praticiens de la « machine », dans cet Etat de New-York où le fonctionnement en avait été porté au plus haut degré de perfection. A tout prendre, ce président de hasard tint fort convenablement son rang; sous son administration conciliante et sage, l'Union fut lancée en un grand essor de prospérité matérielle, que ne put entraver, même passagèrement, un nouveau coup de théâtre électoral, analogue à celui de 1874, une défaite foudroyante du parti républicain aux élections d'octobre 1882. Ils furent battus dans l'Oliio, dans le New-York, dans le Massachusetts même, cette citadelle de l'ancien fédéralisme, qui élut comme gouverneur un des moins recommandables des candidats démocrates, Benjamin Butler.
Les démocrates l'emportèrent encore dans le Connecticut, le New-Jersey, la Pennsylvanie. Ils enlevaient, dans l'Ouest, le Michigan, le Kansas, le Colorado. La nouvelle Chambre des représentants (48' congrès) compta près de 200 démocrates contre 120 à 130 républicains.
Réforme administrative et tarif. — D'abord frappés de stupeur, les leaders du parti se remirent assez vite d'une si terrible secousse. Ils décidèrent de surprendre à leur tour l'opinion par le vote rapide de mesures de réforme vingt fois promises et sans cesse ajournées. Le 4 janvier 1883, le président signait une loi {Pendleton biU) organisant de toutes pièces une réforme fondamentale du système de nomination aux emplois publics, par Pinstitulion d'examens et de concours. Les congressistes travaillèrent en même temps à une revision du tarif douanier. Une grande commission présenta un projet que le Congrès vota en 1883, mais qui avait plus d'apparence que de réalité et n'apporta que peu d'adoucissements à la législation antérieure : il abaissait légèrement les droits d'entrée sur quelques matières premières, mais ne touchait pas aux taxes sur les objets manufacturés.
Aussi la question du tarif se posa-t-elle de nouveau en 1884, dans la campagne présidentielle où le parti républicain, adoptant enfin la candidature de M. James Gillespie Blaine, vit se dresser contre son porte-drapeau un concurrent formidable, dans la personne d'un petit avocat de ButTalo, devenu gouverneur de l'Etat de New- York, et qui s'était ac(|uis par l'énergie avec laquelle il usa de son droit de veto une telle notoriété (ju'il s'imposa aux démocrates et que ceux-ci, en dépit des résistances et des jalousies d'aspirants qui croyaient avoir plus de titres, le proclamèrent leur candidat pour la présidence.
Jamais lutte pour la conquête de la première magistrature de l'Union ne fut plus ardente, plus acharnée, plus remplie d'invectives personnelles, plus débordante de passions nobles ou viles, surtout viles. La candidature de Blaine, malheureusement pour le parti républicain, déplut si fort à la fraction des Indépendants (ou Mugwumps), dont l'influence s'était grandement accrue depuis 1880, qu'ils résolurent de voter, en guise
CLKVELAXII. IIAIIlilSliX V.T MAC KI.\"LI-:V CTH
<lc proleslalion, pour Clevelaiid, (|irils Iciiaicul en eslimc à cause de son honnèlelc. Blaiue, perdanl les voix des Indélieiidaiils, iiaiiua celles des Irlandais. Tout compte fait, Cleveland ne leuiporla dans le New-York que d'un millier de voix (lui"), mais ce fut suffisant pour que les oG suffrages du Xew-York dans le collège électoral lui fussent dévolus, ce qui lui donna la présidence de l'Union par 219 suffrages contre 182 à Blaine (4 911 COU voix dans le scrutin populaire contre 4848 000).
Les démocrates à la présidence. Cleveland (1885- 1889). — Grover Cleveland, sans justilier toutes les espérances qu'il avait suscitées comme réformateur des abus administratifs, gouverna cependant très honorablement et engagea avec résolution son parti, au grand mécontentement de plusieurs des fractions dont il était composé, sur les deux questions qui, de 1880 à 1900, ont été capitales aux Etats-Unis, le régime monétaire et le tarif. Le président voulait la suspension ou une limitation stricte du monnayage de l'argent et l'acquittement rigoureux en or de tous les engagements fédéraux. Il voulait en outre et même réclamait au nom des principes essentiels de la Constitution, un abaissement du tarif douanier, cette réduction étant due selon lui au bien-èlre du j)euple; d'autre part le dégrèvement considérable qui en résulterait entraînerait la disparition au moins partielle des énormes excédents de recettes (80 à 100 millions de dollars par an) que présentaient les budgets des Etats-Unis.
La volonté de Cleveland resta impuissante. Il n'obtint ni la réduction du tarif ni une modification de la loi Bland de 1878. Les démocrates comptaient en efTet dans leurs rangs une forte minorité de partisans du hi[/h lariff (leur chef était Randall) et une majorité positive de siloermen. Il n'y avait donc point d'unité dans l'action du parti, et les républicains qui s'étaient définitivement reconstitués en un parti compact sur la question de l'étalon d'or et du régime protectionniste le plus accentué, n'eurent pas de peine, en 1888, à faire triompher leur candidat, B. Harrison (de l'Indiana), petit-fils du président de 1840, sur Cleveland, abandonné d'une partie considérable des démo-
HlSTOIRi: GÉNÉRALE. XH. 4o
crates et combattu dans le New-York même par un rival, Ilill, et par Tammany. Ilarrison eut 233 voix du collège électoral contre 182 données à Cleveland. Au scrutin populaire il y eut o o38 000 votes républicains contre 3 440 000 démocrates.
Présidence de Harrison. « Silver bill » et tarif Mac Kinley. — Les a ainqueurs se hâtèrent de tirer les conclusions extrêmes de leur succès. Harrison ayant pris le pouvoir le 4 mars 1889 et le ol" Congrès s'étant réuni à la fin de cette même année, les républicains réussirent à faire passer en 1890 dans les deux Chambres deux mesures d'une grande importance, le silver bill de Sherman, substitué à la loi de 1878 et aux termes duquel le trésor devait acheter chaque année 54 millions d'onces d'argent contre bons du Trésor, et le tarif Mac Kinley qui, tout en faisant passer d'assez nombreux articles nouveaux sur la free list ou liste des marchandises entrant en franchise, élevait dans une forte proportion les droits à l'importation de la plupart des produits fabriqués d'origine européenne, surtout d'origine anglaise. Les républicains protectionnistes, pour assurer le succès de leur mesure favorite, le tarif, avaient dû s'engager dans un compromis singulier avec les argentistes de l'Ouest, qui étaient résolus à obtenir du Congrès, tôt ou tard, le rétablissement de la liberté de la frappe de l'argent. Les argentistes avaient concédé le tarif, à la condition que les républicains concédassent une amélioration des conditions faites aux Etals-Unis à l'emploi monétaire de l'argent. Le pacte fut exécuté, mais l'opinion publique jugea sévèrement la conduite des républicains, qui, d'ailleurs, pour faire disparaître les excédents budgétaires, imaginèrent d'élever jusqu'au chiffre fantastique de 1 iO millions de dollars le total des crédits pour les pensions militaires. La masse électorale manifesta ses sentiments dans l'automne de 1890 par la nomination d'une Chambre des représentants où la majorité démocratique était plus considérable encore que dans celle de 1882'. En 1892, les deux adversaires de 1888 se retrouvèrent aux prises, Harrison et Cleveland, avec les mêmes programmes, pour l'élection présidentielle.
1. 2:i(i démocrates contre 88 républicains vl s populistes en 18'.t0 — 109 démocrates contre I"i4 républicains en 188:2.
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Mais les rôles étaient intervertis, flarrison se trouvant dans la place et Cleveland voulant l'en déloger.
Élection présidentielle de 1892. — Les questions étaient plus tranchées qu'elles n'avaient été précédemment, grâce à la netteté de langage et à la franchise d'attitude du candidat démocrate. D'un coté, le tarif élevé, la protection à outrance, un budget démesuré de pensions, l'accroissement continu des dépenses fédérales; de l'autre, abaissement modéré des droits de douane, réduction des dépenses, retour aux principes jefîersonniens du gouvernement le moins coûteux. Chez les républicains, tendances à la centralisation; chez les démocrates, revendication des droits réservés aux p]tats. Sur la seule question de l'argent, les deux partis étaient aussi empêchés l'un que l'autre de proposer une solution nette, la frappe libre du métal blanc ayant ses partisans et ses adversaires, également ardents, dans l'un et l'autre camp. Harrison n'avait pas d'opinion déterminée sur ce point. Cleveland et un petit groupe d'amis étaient des adversaires résolus de l'argentisme, même du bimétallisme, national ou international. L'ex-président de 1884 triompha de nouveau en 1892. Il eut 2"" suffrages du collège électoral contre 145 donnés à Harrison et 22 au candidat populiste, Weaver (.5 o36 000 voix contre 5170 000 dans le scrutin populaire).
Le parti ouvrier. — L'ne particularité intéressante des élections qui avaient eu lieu depuis une dizaine d'années était le rôle tout nouveau (ju'y joua le parti ouvrier. Plusieurs fois, à l'époque des élections présidentielles, on avait vu s'ébaucher des essais d'organisation d'un parti national du travail, National Labour Parti/, avec un programme et des candidats distincts. L'entreprise n'avait jamais donné que d'assez piètres résultats. En 1886 cependant un vif intérêt s'attacha à l'etTort A'igoureux que fît ce nouveau parti pour emporter de haute lutte un poste municipal des plus en vue, la mairie de la ville de New-York. Pendant toute la première moitié de 1886, les Etats-Unis avaient été profondément troublés par des grèves qu'avait suscitées dans le Sud-Ouest la puissante association des Chevaliers du travail [Knights of Labour) soutenue à Chicago par les
groupes socialistes et anarchistes, et à New-Yorlv par une autre association ouvrière qui prenait chaque jour plus d'importance et de force, la Central Labor Union. De graves désordres avaient éclaté en mars, avril et mai; le service fut complètement désorganisé pendant plusieurs semaines sur près de dix mille kilomètres de chemins de fer. Il s'était livré de véritables batailles entre gens de police et émcutiers dans les rues de Saint-Louis, de Chicago, de Milwaukee. Finalement, force était restée à la loi. L'opinion publique s'était prononcée avec une vigueur extrême contre les fauteurs de désordres et les destructeurs de propriétés privées. Les Chevaliers du travail durent reconnaître qu'ils avaient échoué dans leur tentative d'assaut violent contre l'ordre social; leurs chefs reprirent une altitude pacifique et modérée, espérant conquérir par le scrutin ce que n'avait pu donner la violence. Des candidats du parti ouvrier furent présentés dans un certain nombre de circonscriptions el quelquesuns passèrent. Henri George, l'apôtre de la théorie de la « nationalisation » de la terre, obtint, comme candidat à la mairie de la ville de New-York, 67 000 voix contre 90 000 données à Hewitt, candidat des démocrates, et à Th. Roosevelt, candidat des républicains.
Quatre États nouveaux. — Les États sont des communautés politiques indépendantes en tout ce qui concerne leurs affaires intérieures. Ils possèdent chacun une législature composée de deux chambres, un gouverneur et d'autres agents du pouvoir exécutif, directement élus par le peuple, un jiouvoir judiciaire qui procède également de l'élection. Ce gouvernement exerce tous les pouvoirs d'un Etat indépendant, sauf ceux que la constitution fédérale a expressément réservés au gouvernement central, qui comprend lui aussi les trois départements législatif, exécutif et judiciaire.
Chacun des États envoie au Congrès de Washington deux membres du Sénat fédéral et autant de membres de la Chambre des représentants qu'il contient de fois 151912 habitants (de 1883 à 1893) ou 173 901 (de 1893 à 1903).
Quant aux Territoires, ils sont placés sous la dépendance directe du gouvernement central de Washington et administrés
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par un corps Je foncliomiaires cl de juges noinmé.s par le président de l'Union et responsables devant lui et devant le Congrès. Cliaque Territoire a sa législature particulière élue [)ar la population; mais le g'ouverneur nommé par le président de l'Union a le droit de veto sur les lois passées par la législature. Le Territoire est maintenu dans cette situation, qui n'est que provisoire, et constitue en quelque sorte une phase de préparation à une situation plus élevée, aussi longtemps que sa population n'atteint pas le chitTre qui lui donnerait le droit, s'il était un Etat, d'envoyer au moins à Washing'ton un membre de la Chambre des représentants.
Mais le fait d'avoir atteint ce chiffre de population ne lui donne pas ipso facto le droit d'être admis comme un Etat souverain dans l'Union, sur le même pied que les anciens États et avec les mêmes prérog'atives. L'admission dépend de la volonté expresse du gouvernement fédéral. Le Congrès, pour des raisons spéciales, peut refuser pendant longtemps le droit d'entrée à un Territoire qui aurait plus d'habitants qu'il n'est nécessaire pour élire un membre du Cong'rès. Il }>eut imposer des conditions, et c'est ainsi qu'il a laissé pendant de longues années rUtah à la porte de l'Union, parce que ce Territoire, fondé par les Mormons, s'obstinait dans la pratique de la polygamie.
D'autre part les intérêts de parti s'opposent fréquemment à l'admission de nouveaux États. Autrefois, avant la guerre civile, des luttes passionnées éclataient à l'occasion de l'accession éventuelle d'un nouveau membre de l'Union, selon que l'on pouvait inférer, des tendances, du caractère de la population et de la situation géographique du Territoire postulant, qu'il apporterait un surcroît de force au parti esclavagiste du Sud ou aux adversaires de l'esclavage dans le Nord.
Pendant plus de vingt ans après la guerre civile, deux Territoires seulement furent admis comme États, l'un le Nebraska en 1867, le second le Colorado en 1876. Les huit autres s'étaient considérablement développés, mais des raisons politiques retardaient leur admission; le Washington, le Montana et le Dakota étaient situés dans l'extrême nord-ouest des Etats-Unis, région où le parti républicain avait toute chance de rester
dominant; aussi le parti démocrate s'était-il constamment opposé à leur prétention d'être élevés au rang- d'Etats.
La victoire du parti républicain dans l'élection présidentielle de 1888 eut enfin raison de cette résistance. Le Sénat et la Chambre des représentants à Washington décidèrent l'admission de ces trois Territoires. Gomme le Dakota avait une population déjà importante et une étendue considérable, il fut divisé en deux parties, l'une du nord, l'autre du sud, et forma deux Etals distincts. Les formalités nécessaires furent remplies ; chacun des nouveaux membres de l'union se donna une constitution complète et élut son gouverneur, ses agents exécutifs, ses juges, ses deux sénateurs fédéraux, son représentant au Congrès (1889). L'Union compta dès lors quarante-deux Etats au lieu de trente-huit, et le nombre des Territoires fut réduit à cinq, non compris l'Alaska, le district de Columbia et le Territoire Lidien, chacune de ces divisions étant soumise à un régime spécial, distinct de celui du gouvernement territorial'.
Suspension de la loi de 1890 sur l'argent; tarif "Wilson (1894). — La seconde présidence de Cleveland ne fut pas heureuse. Une crise économique des plus intenses éclata en 1893 et prolongea ses effets jusqu'en 189G. Le président eut à combattre non pas seulement les républicains, mais une fraction très nombreuse de son propre parti qui inclinait de plus en plus, à mesure que la population s'accroissait dans l'Ouest, à une alliance étroite avec les socialistes et révolutionnaires qui commençaient à s'organiser en parti distinct sous le nom de « populistes », et avec les argentistes. Les démocrates du Sound money et du lariff for revenue onlij furent cependant
1. La date officielle de l'admission a élé le 2 novembre iSS.) pour le Dakola Nord et le Dakola Sud, le N novembre I8.s'.i pour le Montana, le 11 novembre 15^9 pour le Washington.
Le 3 et le 11 juillet 1890 furent admis l'Idalio et le Wyoming, comme 43° et 4i'' États. L'Utali, enfin, entra dans l'Union comme 4o'' État le i janvier 1896.
Entre temps une partie notable du Territoire Indien avait été organisée comme un Territoire régulier, sous le nom d'Oklahoma, le 2 mai 1890. Restent encore dans la situation de Territoires le New Mexico et FArizona, organisés l'un le 9 septembre 1850, l'autre le i't février 1863. Les divisions soumises à un régime spécial sont, en 1900 : le district de Columbia, l'Alaska, ce qui reste du Territoire Indien, les îles Ilawaï, l'Ile (!« Porto-Rico, l'ile de Guam, l'Ile de Tutuila (Samoa) et les Philippines.
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assez nombreux pour faire voter par le (loutres; en ]S*J:5 la suspension de la loi de 1890 sur les achats de 54- ni il! ions d'onces d'argent par an ; en 181) i le tarif Wilson, qui représentait une certaine atténuation des droits les plus exagérés du tarif Mac Kinley, tout en restant une mesure très protectionniste, au point que Cleveland hésita un monienl à le sanctionner.
L'élection présidentielle de 1896. Bryan et Mac Kinley. — La suspension de la loi de 1890 i)orta à un tel degré d'exaspération les partisans du bimétallisme national (ou de l'étalon d'arg-ent pur et simple) qu'ils engagèrent contre le président une lutte sans merci et décidèrent de réclamer désormais, sans accepter aucun compromis, la liberté de la frappe pour le métal favori de l'Ouest. Tous les éléments hostiles aux classes financières, commerciales et manufacturières de l'Est se coalisèrent à la fois contre Cleveland et contre le parti républicain. Le parti populiste faisait d'importants progrès. La masse des démocrates se jeta toute du côté du parti populiste qui prenait une force redoutable, et laissa le président isolé à AVashington avec son programme, qui n'était plus celui du parti, et son petit groupe d'amis, qui aurait mieux figuré dans le parti républicain que dans la démocratie nouvelle. Celle-ci trouva son représentant parfait dans un jeune et ardent avocat du Nebraska, G. Bryan, et l'adopta comme son candidat pour la présidence. Dans une campagne forcenée de discours, Bryan se fit le dénonciateur des corporations financières, des trusts, des manufacturiers, des banquiers, monopoleurs, sectateurs de l'or, stipendiés du Cobden Club, humbles serviteurs de la ploutocratie britannique. Les républicains s'étaient serrés autour de l'homme qui leur parut le mieux représenter leurs idées et leurs aspirations, le parrain du fameux tarif Mac Kinley qui avait provoqué en Europe une si forte émotion et tant de controverses.
Les démocrates restés fidèles à Cleveland votèrent en 1896 pour le candidat républicain ou pour un candidat indépendant. C'est pour une bonne part grâce à cet appoint que le protagoniste du parti républicain, défenseur des intérêts protectionnistes, de l'énorme industrie qui inonde aujourd'hui le monde
de ses produits, et de rorganisalion des trusts en laquelle s'est manifestée cette expansion industrielle, dut d'obtenir 271 suffrages du collège électoral contre 176 donnés à Brvan, et 7 lOo 000 voix contre 6 502 000 dans le scrutin populaire.
Le tarif Dingley et la loi sur l'étalon d'or. — Les deux concurrents sont do nouveau en présence en 1900. Mais la situation s'est notablement modifiée dans ces quatre années. D'une part, le Congrès a voté, le 14 mars 1900, une loi qui établit d'une manière définitive le régime de l'étalon d'or aux Etats-Unis et règle la question monétaire. De l'autre, la guerre hispano-américaine a soulevé des questions nouvelles et donné naissance à un élément politique inconnu jusqu'alors des Américains, l'impérialisme. Au point de vue protectionniste, le parti républicain est resté aussi déterminé qu'il l'avait jamais été, et en a donné la preuve en votant, le 24 juillet 1897, le tarif Dingley qui remplaça le tarif Wilson de 1894 et contint, ce qui paraissait si peu vraisemblable, de fortes agg-ravations des droits de l'ancien tarif Mac Kinley \
Le census de 1890 avait déjà révélé un accroissement extraordinaire delà richesse publique aux Etals-Unis. Celui de 1900 ne réserve pas de moindres surprises. Après l'issue de la lutte présidentielle de 189G, la grande république américaine accusa un développement phénoménal de prospérité. Les exportations atteignirent des chifTres que l'on n'imaginait pas comme possibles il y a peu d'années; elles arrivent à dépasser presque de moitié les importations-. L'accroissement a été surtout considérable dans les exportations d'objets manufacturés. Les produits des usines de l'Union vont faire concurrence dans l'Extrême-Orient et jusque dans la Méditerranée à ceux de l'Europe. Les Etats-Unis, de pays débiteur qu'ils étaient, sont devenus un pays créditeur, et d'importantes opérations d'emprunt ont été engagées à New- York en 1900 pour l'Angleterre
l.LesreceUesduTrésoronléléen 1898-99 de GlO millions de dollars, dont 200 millions provenant des droits d'entrée. Ces droils ont été perçus sur les deux tiers environ d'un ensemble d'importations de 097 millions île dollars, le reste (café, thé, soie grège, peaux brutes, cl quelques autres articles) étant admis en franchise.
2. 1231 millions de dollars en 1897-98; 1227 millions en 1898-90: 1330 millions en 1899-1900. Ces chiffres comi)rennent les réexportations de marchandises étrangères, mais non les exportations de métaux précieux.
CLEVELANI). II AltlIISiiX l'.T MAC KINLEV 681
el pour l'Allemagne. C'est une énorme révolulion économique,
et dont les phases ultérieures no peuvent être encore prévues.
La guerre hispano-américaine et l'impérialisme. —
Cleveland, dans les derniers tiunps de sa présidence, étonna rEuro[)e et elTraya quelque peu l'Angleterre [»ar la publication de son message sur l'afTaire du Venezuela (décembre 1895), et par la hautaine évocation que son secrétaire d'Etat, Olney, ilt, à cette occasion, de la doctrine de Monroe. On comprit que c'en était fait sans doute de la tranquillité dans laquelle vivait le monde américain, loin du tourbillon des difficultés internationales. Les Etats-Unis semblaient se réveiller d'un long sommeil et se préparer à avoir de nouveau une politique extérieure. On vit en efTet se constituer dès lors au Congrès un groupe de partisans de la guerre, que l'opinion publique affubla du sobriquet de J/ngos, mais que de nombreuses accessions rendirent bientôt très influents. Celte tendance belliqueuse, qui tout d'abord s'était dirigée contre l'Angleterre, fut bientôt détournée, parles événements de Cuba, contre l'Espagne. La guerre éclata le 21 avril 1898, après la catastrophe du Maine. Le 1" mai, l'amiral Dewey, forçant l'entrée, mal défendue, de la baie de Manille, détruisit en deux heures l'escadre espagnole de l'amiral Montojo. Dans Cuba, la ville de Santiago fut bloquée par terre et par mer. La flotte de Cervera, qui était entrée dans ce port, y fut elle-même bloquée, et n'en sortit, le 3 juillet, que pour être détruite entièrement en quelques heures par la division du Commodore Schley. La ville de Santiago capitula le 17 juillet. L'Espagne recula devant une continuation de la lutte et signa les préliminaires de paix le 12 août. La commission américaine pour le traité de paix définitif fut nommée le 9 septembre. Elle se rendit à Paris, où les négociations avec les commissaires américains commencèrent le 1"' octobre. Après de longues hésitations le président des États-Unis donna pour instructions aux négociateurs des États-Unis d'exiger la cession des Philippines. L'Espagne dut céder. Elle obtint pour prix de l'abandon des Philippines une somme de 20 millions de dollars, mais les Américains refusèrent d'autre part d'assumer la dette cubaine. Le traité définitif fut conclu sur ces bases le 10 décembre.
Transmis au Sénat le 4 février 1899, il fut ratifié par le Sénat le 5 février par 57 voix contre 27, signé par le président le 10 février et par la reine régente le 17 mars. L'échange des ratifications eut enfin lieu à Washington le 11 avril.
A cette époque les Américains étaient engagés contre les indigènes de l'Archipel des Philippines, dans une guerre qui leur impose encore aujourd'hui de lourds sacrifices en capitaux et en hommes. Le 13 août 1898, vingt-quatre heures après la signature des préliminaires de paix, la ville de Manille s'était rendue aux Américains. Ceux-ci avaient conservé jusqu'alors avec Aguinaldo des relations en apparence au moins amicales. La situation se modifia rapidement, et, le 5 février 1899, les Philippins sous Aguinaldo attaquèrent les lignes américaines à Manille. Tout l'archipel était soulevé; il fallut, même dans File de Luçon, conquérir le terrain pied à pied. A la fin de 1899, les troupes américaines opérant aux Philippines représentaient un effectif de 60 000 hommes '. Elles avaient soutenu pendant toute l'année d'incessants conihals et suhi des pertes cruelles. Le général Lawton fut tué le 19 décembre 1899 à San Mateo. Au milieu de l'année 1900, la conquête n'était pas achevée et il était impossible de préjuger quand elle le serait.
Les Etals-Unis ont été impliqués en juin 1900 avec les grandes puissances et le Japon dans les affaires de Chine. Ils détachèrent quelques troupes des Philippines, qui, sous les ordres du général Chaffee, ont pris part aux diverses opérations dont le terme fut l'entrée des alliés à Pékin. Le gouvernement des Etals-Unis, adopta après la délivrance des légations étrangères une politique très réservée. En octobre 1900, les troupes furent définitivement rappelées aux Philippines.
Le président voulait avoir les mains libres à la veille de l'élection présidentielle de novembre 1900. La question des possessions lointaines était la principale de celles que l'élection avait à résoudre pour l'avenir des Etats-Unis. Les démocrates
1. Une loi du 4 mars 1800 a autorisé le président des États-Unis a élever à fi.ï 000 hommes l"efTectif de l'armée régulière et à enrôler 35 000 hommes de troupes d'une armée volontaire. Cette ori-'anisation, toute provisoire, devait prendre fin le 1" juillet l'JOl.
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et Bryaii avaioul pris Ires nettement position coiilic riiii|K''rialisme. Les tendances nouvelles étaient au contraire personnitîées par les cantlielats du parti républicain à la présidence et à la vice-présidence : M. Mac Kinley, le président en exercice, et M. Th. Roosevelt, ex-gouverneur du New-York, le héros de Santiago.
Les acquisitions de territoires liors du continent américain. — L'élection présidentielle de 1900 a réveillé la controverse sur la question spéciale que la signature du traité définitif avec l'Espagne et l'entreprise delà conquête des Philippines semblaient avoir réglée, concernant l'acquisition par les Etats-Unis de territoires situés hors du continent américain. La question plus générale de savoir si le gouvernement des Etats- Unis peut, sans violer le texte ou l'esprit de la Constitution de 1789, acquérir des territoires quelconques par conquête ou autrement, n'avait pas, en effet, a être même soulevée. Si le gouvernement fédéral n'avait pas, de tout temps, possédé et exercé ce droit, les Etats-Unis seraient encore confinés entre l'Altantique et le Mississipi.
Ils ont acheté à la France, en 1803, la Louisiane, qui comprenait toute la région située entre le Mississipi à l'est, les frontières du Texas au sud-ouest, les Montagnes Rocheuses à l'ouest, le Dominion Canadien au nord. Ils ont acheté à l'Espagne, en 181", la Floride, soit l'Etat actuel de ce nom et toute la partie méridionale des Etats de Géorgie, d'Alabama et de Mississipi. En 1845, ils ont annexé l'immense Texas, grand comme la France, la Belgique et la Suisse réunies. Ils ont conquis par la guerre, en 1848, sur le Mexique (avec une compensation pécuniaire pour une partie des territoires enlevés), le Nouveau Mexique, TUtah, le Nevada, l'Arizona et la Californie. Ils ont acheté en 18S2 un nouveau morceau du Mexique, devenu le sud de l'Arizona. Ils ont enfin acheté l'Alaska à la Russie en 1867. S'ils n'ont pas acheté Cuba à l'Espagne entre 1850 et 1860, ce n'est pas faute d'avoir proposé l'opération sous toutes les formes, notamment sous celle d'une tentative d'intimidation à l'adresse de l'Europe (manifeste d'Ostende de 1854). Le général Grant, pendant sa double présidence, a essayé à plusieurs
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reprises d'acquérir un morceau de l'île de Saint-Domingue. Tout récemment, le gouvernement fédéral est entré dans une sorte de condominium (aujourd'hui dissous) avec les Anglais et les Allemands sur le groupe des îles Samoa. Enfin les Etats- Unis avaient mis pratiquement la main depuis plusieurs années sur l'archipel des îles Hawaï avant de se décider à une annexion formelle de ces îles, qui est aujourd'hui un fait accompli.
La politic|ue nouvelle et rélection présidentielle. — En acquérant Porto-Rico et les Philippines, le gouvernement américain n'a donc pas innové. Les procédés consacrés par la tradition seront appliqués aux territoires nouveaux qui comportent cette application : l'île de Porto-Rico, dans un temps donné, se dotera d'une constitution et formera un quarantesixième Etat. L'île de Cuba, nouveau Texas, sera nominalement indépendante pendant quelques années, puis demandera son admission dans l'Union. Quant aux Philippines, il est probable (ju'elles ne pourront point être traitées selon les formules habituelles. Ce pays si éloigné des Etats-Unis, avec ses huit ou dix millions d'indigènes Tagals, ne peut ni devenir une pépinière d'Etats pour l'Union, ni recevoir un gouvernement territorial de premier ou de second degré comme un nouveau Mexique ou un Arizona, ni rester une simple dépendance imprécise comme l'Alaska. L'archipel est encore à conquérir. C'est un bien acijuis, dont il reste à prendre possession. Cette opération terminée , des problèmes imprévus d'organisation surgiront. L'histoire des Etats-Unis n'a pas appris que les Américains fussent incapables de s'accommoder à des situations inaccoutumées. Race essentiellement habile à tirer parti de toutes les circonstances, à saisir le coté pratique des choses, à s'instruire par une expérience rapide, ils se tireront d'affaire avec les Philippines comme avec le reste; les difficultés d'administration coloniale ne les trouveront pas à court de solutions.
L'annexion des îles Hawaï, l'occupation de Cuba et de Porto- Rico, la main-mise sur les Philippines, n'en marquent pas moins l'ouverture d'une nouvelle période dans les destinées des Etats-Unis. On veut ouvrir de larges débouchés au dehors pour
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l'énorme excédent de [)roduclion industrielle, on veut aussi prendre rang parmi les grandes puissances du monde. C'est du moins ce que veut la majorité du parti républicain, et c'est la politique que suivront désormais les Etats-Unis, si ce parti l'emporte en 1900 avec Mac Kinley sur Bryan et les démocrates. Le peuple américain est robuste, actif, courageux, entreprenant, riche. Il occupe un pays presque aussi vaste que l'Europe. Il n'est pas une seule nation de l'ancien continent, sauf la nation russe, qu'il ne dépasse en population. Il n'en est pas une où la population s'accroisse d'une allure aussi rapide (par limmigration sinon par la natalité). Les Etats-Unis n'ont pas eu le temps de montrer dans la guerre hispano-américaine ce que pourra être un jour leur puissance militaire sur terre. Il est vrai qu'ils avaient fait leurs preuves à cet égard dans la guerre civile de 1861-65. Les événements de 1898 ont permis du moins de préjuger quelle force navale, après quelques années d'une active préparation, ils seront en mesure de mettre au service de leurs ambitions nouvelles. .
BIBLIOGRAPHIE
Documents officiels : Comptes rendus des séances du Sénat et de la Chambre des représentants. — Messages des présidents au Congrès. — Rapports des secrétaires, chefs des départements ministériels, au président, etc. — Publications diverses du gouvernement (intérieur, agriculture, finances, etc.); documents relatifs aux recensements de 1870, 1880 et
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