EMPEREURS DES MAISONS DE THÉODOSB ET DE THRAGE
]e mérite et la fortune ont placé au-dessus de lui, au lieu de conspirer, comme un esclave perfide, contre la vie de son maître. »
Marcien. — Marcien, que Pulchérie élève au trône à la mort de Théodose, parvient par sa fermeté à affranchir l'Orient des Huns, qui se détournent sur l'Occident. Ce sauveur de l'Empire, dont les contemporains célèbrent les vertus, est vieux, cassé par les infirmités. Il manque d'instruction. Du moins est-il modéré, désireux de rétablir Tordre. Il rappelle les victimes des proscriptions de Théodose II. Il cherche à mettre fin aux dissensions de l'Eglise par le concile de Chaicédoine (451). Avec lui disparaît la maison théodosienne (457). Marcien ne s'y rattache d'ailleurs que par son mariage avec Pulchérie, qui lui avait fait jurer de respecter sa virginité.
Léon Ier le Thrace. — Comme aucune loi ne règle la transmission du pouvoir, les avènements ont un caractère tumultueux. La dignité impériale est à la merci des pires aventares. Un général alain tout-puissant, le patrice Aspar, la donne à son ancien intendant, le tribun thrace Léon, et gouverne sous son nom. Au bout de longues années de servitude, Léon s'affranchit par le meurtre d'Aspar (471). A l'extérieur, la situation de l'Empire n'est pas moins misérable. L'Italie demande un empereur à Léon, qui lui envoie Anthémius (467); mais Anthémius, lui aussi, est l'esclave d'un Barbare, le patrice Ricimer; quand il veut agir en maître, il succombe (juillet 472), sans que Léon l'ait défendu. Julius Nepos, mari de sa nièce, dont il veut faire ensuite un empereur d'Occident (474), est chassé par un autre chef barbare, le patrice Oreste. De Car- Ihage, le Vandale Genséric lui dicte des ordres, ravage les côtes de l'Empire, et, en 468, lorsque Léon se décide à envoyer contre lui une flotte, son beau-frère Basiliscos fait traîtreusement échouer l'entreprise.
Zenon. — L'Empire tombe plus bas encore, lorsqu'à Léon * succède son gendre Zenon (février 474). Deux femmes intri-
1. Léon l*r avait laissé un petit-fils âgé de quatre ans, né de sa fille Ariadne et de son gendre Zenon. Mais cet enfant, proclamé sous le nom de Léon H, disparut bientôt pour faire place à son père.
gantes ei corrompues, Vérine, belle-mère de Zenon, Zénonide, femme de Basiliscos, le gouvernent au gré de leurs caprices. Renversé par Basiliscos (janvier 475), Zenon s'enfuit dans la montagneuse Isaurie dont il est originaire, et ne parvient à rentrer à Conslantinople qu'après plus d'un an et demi (476). Dans la suite, de nouvelles révoltes compromettent un pouvoir dont il n'use que pour donner libre cours à sa cruauté et aux plus grossières passions. Lorsqu'il veut intervenir dans les troubles religieux par YHênoticon f où Édit d'union, il n'arrive qu'à les augmenter (482). Cependant, au nord, grandit la puissance des Ostrogolhs. Nous avons vu la politique que Zenon a suivie à leur égard *.
Anastase. — Après Zenon, c'est un obscur personnage, Anastase, investi au palais des modestes fonctions de silentiaire (huissier), que la faveur d'Ariadne, veuve de Zenon, élève à l'empire (août 491). Il vaut mieux que son prédécesseur : les bonnes intentions ne lui manquent pas; il veut empêcher les exactions des fonctionnaires, il se préoccupe des classes inférieures. Mais les intrigues de palais, les troubles ne cessent pas. D'ailleurs, Anastase entend gouverner l'Eglise. Il déchaîne la guerre civile en voulant introduire une nouvelle formule, le Trisagion, dans la liturgie.
L'Église. — Pendant cette triste période, l'Église grecque,
dont l'influence est si grande sur la politique, ne vaut guère
mieux que l'Etat. Tandis que l'Eglise d'Occident, active et
pratique, sert d'intermédiaire entre le monde ancien et les Barbares, celle d'Orient dépense son intelligence et ses forces dans de subtiles discussions sur le dogme et de misérables querelles. D'intrigants ambitieux, des anachorètes exaltés, des sophistes la remplissent et la gouvernent. Les meilleurs de ses chefs ne savent exercer aucune action utile. Sous Arcadius, saint Jean Chrysostome, arraché à la solitude où son imagination s'est exaltée par les longues méditations mystiques et les abstinences, devient patriarche de Constantinople sans dépouiller l'esprit monastique. Incapable de gouverner les hommes en comptant