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200 l'empire romain d'orient

Héraclius s'est allié aux Bulgares contre les Avars; en 635, il a nommé patrice leur khan Kouvrat ; mais les Bulgares sont devenus promptement dangereux. Vainqueurs des armées grecques, notamment de Constantin Pogonat (679), ils imposent leur domination aux tribus slaves que les empereurs avaient admises dans les provinces. Justinien II, pour ressaisir le pouvoir, s'allie à leur khan, Tervel, à qui il donne le titre de César. Ainsi se fonde cet immense empire bulgare qui fut si redoutable pendant quatre siècles. Même dans les pays d'Europe que conserve l'Empire, l'hellénisme recule devant l'élément slave. Salonique, la forteresse de l'hellénisme en Macédoine, doit se défendre, en 675 et 677, contre les Slaves et les Bulgares.

Mais, au vu0 siècle, l'Empire ne compte point de plus dangereux ennemis que les Arabes '. Après la mort d'Héraclius leurs conquêtes continuent, ils enlèvent à l'Empire Chypre (647-648), Rhodes (653-654) et pénètrent en Afrique par la trahison d'un gouverneur grec. Les compétitions qui s'élevèrent ensuite au sujet du khalifat divisèrent les Arabes et par suite ralentirent quelque temps leurs progrès. Constant II, détesté à Constantinople, voulut s'établir en Italie, reprendre Rome comme capitale, et lutter à la fois contre les Lombards et les Arabes d'Afrique. Il partit en 661 ; il mourut assassiné en Sicile, sans avoir rien fait de sérieux (668). Sous Constantin Pogonat, Constantinople fut, pour la première fois, assiégée par les Arabes; pendant plusieurs années, de 669 à 675 (ces dates varient selon les sources), les attaques durèrent, mais sans succès. Elles prirent fin par la destruction d'une flotte arabe sur les côtes de Pamphylie (675), et le khalife de Damas consentit même à payer un tribut annuel à l'empereur. Malheureusement Justinien Rhinotmète, blessé que le tribut lui fût payé en pièces arabes et non en pièces à l'effigie impériale, rompit le traité et se fit battre à Césarée (692). Alors, tandis qu'ils achevaient la conquête de l'Afrique et entraient à Carthage en 697 (la ville fut détruite et Tunis s'éleva à côté), les Arabes en Asie s'emparèrent successivement de Tyane (707), d'Héraclée du Pont*(708).

i. Pour plus de détails, voir, ci-dessous, le chapitre ix.

,|e Samosate et d'Amasia (712), d'Antiochc de Pisidie (713); en 71 i, ils ravagèrent la Galatie; il semblait qu'ils n'eussent plus qu'à mettre la main sur Constantinople, lorsque l'avènement de Léon l'Isaurien sauva l'Empire (717).

Caractères de l'Empire byzantin au commencement du VIIIe siècle. — Cette épouvantable anarchie à l'intérieur, ces défaites répétées à l'extérieur ne doivent pas cependant fermer les yeux sur les transformations qui s'accomplirent au vu0 siècle, et qui expliquent comment l'Empire put se relever au siècle suivant, en dépit de nouvelles luttes intestines. Les conceptions cosmopolites de Justinien sont définitivement délaissées; si on n'abandonne pas les débris de ses conquêtes, du moins on ne se préoccupe guère de les défendre. Attaqués sur toutes leurs frontières, sentant l'empire menacé dans son existence même, Héraclius et ceux de ses successeurs qui essaient de lutter s'appuient sur l'hellénisme et organisent un Etat grec. Un historien contemporain de la Grèce, M. Paparrigopoulo , a bien marqué ce caractère du nouvel empire, plus restreint dans son étendue, mais d'une constitution plus vivace : « Déjà, depuis Maurice, toutes les lois, toutes les ordonnances, tous les actes publics n'étaient plus rédigés qu'en grec. Les divisions administratives changèrent leur nom de provinces en celui de thèmes; ce dernier nom fut aussi donné au corps d'armée de chaque province. Depuis Héraclius, les médailles, jusqu'alors entièrement latines, commencèrent à se réformer; on trouve dès lors des monnaies de cuivre portant cette inscription en grec : c Tu vaincras par ce signe ». Tous les termes militaires furent pris dans la langue du pays; les longins furent nommés chiliarques; les comtes, stratèges. De l'aveu de Constantin Porphyrogénète, les empereurs parlaient grec et perdaient l'usage du latin. Les souverains, à côté du titre romain A'Imperatory portent les titres grecs de Basileus (roi, ou plutôt grand-roi), Despotes (maître), Autocratôr (autocrate). L'empereur est aussi Ylsapostolos (semblable aux apôtres), docteur de la foi et convertisseur des Barbares. L'Eglise et les lettres revêtirent un

1. Ce fui Constantin Pogonat qui organisa la division militaire en thèmes, afin de mieux assurer la défense de l'Empire.

caractère de plus en plus national. » Dans cet empire affluent les étrangers de toute origine, mais, pour en devenir membres, il faut qu'ils y entrent par la porte de l'Eglise. Comme on Ta fort bien dit, « c'était non la race, mais la foi qui faisait le Romain de Byzance; de quelque peuple qu'on fût issu, il suffisait d'entrer dans le giron de l'Eglise pour entrer dans celui de TEtat; le baptême orthodoxe conférait le droit de cité » (Rambaud).

BIBLIOGRAPHIE

Les sources de l'histoire byzantine sont réunies dans : Scriptores hiatoriœ Byzantin», éd. du Louvre, 1645-1711, 38 vol. in-f«»; Venise, 1727- 1733, 23 vol. Corpus scriptorum historiœ byzantins?, sous la direction de Niebuhr, Bonn, 1828-78, 49 vol.; Patrologia Grœca de Migne, 1857-66, 161 vol. — Pour la période antérieure à Justinien, les principales sources sont : le païen Zosime (ve s.), Histoire nouvelle; Priscus, Malchus, Càndidu8, etc., dont on n'a que des fragments; Socrate, et Sozomène, Histoire ecclésiastique. Pour Justinien et ses successeurs : Procope, Guerres Persique, Vandalique, Gothique; Des édifices; Anecdotes ou Histoire secrète; Agathias, Du règne de Justinien (552-558) ; Théophylacte Simocatta, Histoire universelle (582-602); les fragments de Ménandre; Jean Malala (vu0 s.), Chronographie ; Chronique pascale; et un grand nombre de chroniques postérieures qui ont utilisé d'anciens documents. Georges de Plaidie a célébré les victoires du règne d'Héraclius dans trois poèmes historiques sur la guerre contre les Perses, le siège de Gonstantinople par les Avars et YHèracliade. On trouvera des renseignements sur les historiens byzantins dans Krumbacher, Geschichtc der byzantinischen Litteratur, 1890. Les études byzantines ont été mises en honneur au xvn0 s. par Ducange, Historia byzantina, 1680, suivie de Constant inopolis christiana.

Les plus importants ouvrages généraux sur l'histoire byzantine sont : Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de V Empire romain (1776- 1789, en anglais), plusieurs fois traduite en français; Le Beau, Histoire du Bas-Empire , éd. Saint-Martin, 1829-1833, 21 vol., compilation encore utile; Hopf, Gesch. des Griechenlands im Mittelalter, dans Y Enkyklopàdie de Ersch et Gruber, t. 85, 86; Paparrigopoulo, 'IexTopta «roû 'EXXrjvtxow KOvou;, 1887-88, t. III, IV, et Histoire de la civilisation hellénique, 1878; Brunet de Presle et Blanchet, la Grèce depuis la conquête romaine jusqu'à nos jours, 1860; Finlay, A history of Greece from Us conquest by the Romans to thepresent times, 1877 ; Gfrôrer, Byzantinische Geschichte, 1872-1877, 3 vol. ; Hertzberg, Gesch. des Griechenlands seit dem Absterben des antiken Lcbens, 5 vol.; 1876, et Geschichte der Byzantiner, 1883, dans YAllgemcine Gesch. de Oncken, etc. Pour l'histoire religieuse, Le Quien, Oriens Christianus, 1740, 3 vol.; Hefele, Hist. des Conciles, trad. Delarc. Pour le commerce, Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen âge, trad. Furcy-Raynaud, 1885,2 vol. Pour l'art, Bayet, VArt byzantin, 1883. — Un certain nombre de monographies, d'articles, doivent être signalés : Chastel, Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'Orient, 1850; Guldenpenning,

Geschichte des ostrômischen Rciches tinter den Kaisern Arcadius und Thedo- $ius. 1885; Am. Thierry, Trois ministres de Théodose, saint Jean Chrysostmeet l'impératrice Eudoxie, 1872, Nestorius et Eutychès, 1878; Gregorovius, Mhénaïs, et Geschichte der Stadt Athen im Mittelalter, 1889; Isambert, Histoire de /' 'empereur Justinien, 1 856 ; Debidour, De Theodora, 1877; Théodora. 1885; H. Houssaye, l'Impératrice Théodora, Rcv. des Deux Mondes, 1H83; Dahn, Procopius von Czesarca, 1865; Drapeyron, l'Empereur Héraclius d [empire byzantin au VIIe s., 1869; Gasquet, De l'autorité impériale en matière religieuse à Constantinople, 1879, Y Empire byzantin et la monarchie fnmqae, 4888; Ch. Lécrivain, le Sénat romain depuis Dioctétien; A. Rambaud, l'Hippodrome à Constantinople, Rev. des Deux Mondes, août 1871 ; Empereurs et impératrices d'Orient, ibid., janvier, février 1891; Duchesne, Xigile et Pelage, Rev. des quest. hist., 1884; Calisse, Il governo dei Bizantini inltalia, Rivista Storica Italiana, 1885; Diehl, l'A dministration byzantin** en Italie, 1889; Couvet, la Palestine sous les empereurs grecs, 1869. Pour les rapports avec les Germains en Espagne, en Italie, en Afrique, voir notamment Dahn, Die Kônige der Germuncn, 1861-1871, 6 vol. Cette bibliographie doit être complétée par celle du chapitre xm.

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