‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 63 sur 173 · Capitulaire d'Aix-la-Chapelle · texte numérisé non relu

Capitulaire d'Aix-la-Chapelle

326 L'EMPIRE DE GHARLEM AGNE

et les comtes de dire comment tes évêques s'acquittent de leurs fonctions religieuses. Il est à remarquer que ni Chartemagne ni Louis n'ont confié à un évêque les pouvoirs de comte, si ce n'est dans des circonstances tout à fait exceptionnelles et transitoires (en Rhétie par exemple). En Saxe seulement, los évêques ont des attributions politiques très marquées.

Elle est donc insaisissable en général cette participation des évêques à l'administration, et d'autant plus dangereuse. 11 ne faut pas oublier que, comme évêques et comme seigneurs de pays couverts par l'immunité, ils ont, hors de l'administration royale, un pouvoir politique considérable; car l'Eglise a recouvré ses forces perdues et acquis de nouveaux biens.

Les monastères aussi ont réparé leurs pertes. On sait la condition de ceux qui ont été bâtis sur une largesse (largiias) royale, et la condition de ceux qui ont été bâtis sur une largesse seigneuriale : dans les premiers, les abbés sont à la nomination du roi; dans les seconds, à la nomination des évêques. Le roi, ici encore, rappelle fréquemment le droit du libre choix, sans s'y arrêter. Souvent même ce sont des laïque» qui reçoivent en bénéfice un monastère. On distingue de ceuxci les vrais abbés en les appelant « abbés légitimes ». Quand Louis le Débonnaire entreprit la réforme des monastères (817),. il parla encore de la liberté des élections; elle n'en fut pas plus* pbservée. Sous ses successeurs on voit encore des monastères donnés à des laïques, les moines ou nonnes ayant juste de quoi vivre. Entre évêques et abbés la querelle dure toujours.

Les missi domlnici. — Jusqu'ici, sauf la suppression dçs duchés, rien de nouveau dans l'administration provinciale. Charlemagne a innové, par la très grande importance qu'il & donnée aux missi dominiez.

Non. pas que l'idée soit nouvelle : il y avait des missi du temps des Mérovingiens; sous les derniers, l'institution tombe en désuétude; elle est reprise par les premiers Carolingiens, Charles Martel, Pépin, plus encore sous Charlemagne. Donc deux périodes dans leur histoire. Jusqu'à son couronnement, Charlemagne les emploie aux usages les plus divers; c'est en 802, dans le capitulaire d'Aix-la-Chapelle, qu'il dresse comme un

GOUVERNEMENT DE CHARLEMAGNK 327

bréviaire de tous leurs devoirs. II n'y a peut-être pas de document plus important, plus capable de faire comprendre toute l'administration de Charlemagne. L'empereur veut expliquer i tous comment il va gouverner. C'est pourquoi il a choisi les plus prudents et les plus sages, parmi les grands et les pieux laïques, parmi les archevêques, les évêques, les vénérables abbés : il les a envoyés dans tout son royaume. L'énumération des devoirs des missi est longue. Ils doivent veiller i ce que tout se passe selon le commandement de Dieu, à ce que la justice règne partout, à ce qu'aucun tort ne soit fait aux églises, aux pauvres, aux orphelins, à tout le peuple, à ce que chacun demeure dans sa condition, à ce que les laïques et les ecclésiastiques vivent en paix. Partout où il y a plainte sur une injustice, ils doivent aviser avec le comte; si cela est impossible, en référer à l'empereur. Us doivent recevoir lo serment de fidélité qui est dû à l'empereur en tant qu'empereur, et avertir de l'importance de ce serment; voir si les évêques et les ecclésiastiques comprennent et pratiquent bien les usages de l'Eglise; comment vivent les abbés et les moines; comment sont observées les lois (mundanœ leges); s'informer au sujet des divorces et des unions illégitimes; veiller sur. les bénéfices royaux et ecclésiastiques; empêcher l'oppression des hommes libres; veiller à ce qu'il soit obéi tout de suite au ban de guerre; veiller à ce qu'il y ait sur les côtes des flottilles de défense, etc., etc. Dans ce document on voit Charlemagne faisant défiler devant lui tous les abus possibles et s'eflbrçant de les empêcher, sans pouvoir arriver jamais à en détruire la cause.

En somme, les attributions des missi comprenaient tout ce qui était de l'attribution de l'Etat : surveillance de la justice; maintien des droits militaires de l'Etat; surveillance sur les biens et revenus royaux; surveillance du clergé; obligation de faire connaître la loi, etc. ; obligation générale de bien faire, de tout « prévoir, ordonner et disposer conformément à la volonté de Dieu et à Tordre de l'empereur. »

Pour l'action des missi, l'Empire fut divisé en circonscriptions (missatica ou legationes). Ces divisions étaient-elles permanentes? Elles n'ont pas été les mêmes sous Charlemagne,

sous Louis le Débonnaire, sous Charles le Chauve. Sous le second, ce sont, sauf exceptions, les divisions ecclésiastiques qui prévalent. Il y a plusieurs missi pour chaque circonscription : en général, un ecclésiastique et un laïque. Cette délégation n'était pas une fonction permanente; cependant clic pouvait être et elle était souvent confiée à la même personne. Il y avait une sorte de permanence, probablement, quand l'archevêque était missus; mais la règle était qu'autant que possible les missi fussent renouvelés chaque année, n'appartinssent pas à la province où ils exerçaient, fussent les simples représen?lants de l'empereur. Les instructions les plus précises leur traçaient leurs devoirs : ils devaient tenir un certain nombre d'assemblées (quatre) à des jours déterminés. Le point le plus important et le mieux connu, c'est, du moins au temps de Louis le Débonnaire, la présence dans ces assemblées de députés de la circonscription. Au temps de Charlemagne, nous connaissons une très curieuse assemblée pour l'Istrie.

Tout ce que Charlemagne attendait des missi, il l'a dit. Les déceptions ne lui ont pas manqué. Il n'y eut pas de résistance ouverte contre les missi, mais beaucoup de mauvais vouloir. Il était difficile de trouver des gens dignes de ces fonctions. Alcuin gémit à ce propos : « 0 douleur! il s'en trouve peu dont l'esprit repousse la cupidité. » Il nous faut venir à cette conclusion que Charlemagne n'a point pleinement réussi : les missi sont les vrais instruments de la politique carolingienne;

ils sont envoyés pour maintenir l'accord entre l'Etat et l'Eglise, l'unité de l'Empire, et pour rendre l'action impériale partout présente; mais c'était précisément la nécessité de l'omniprésence de l'action impériale qui faisait la faiblesse de ce gouvernement.

La cour du prince. — Au-dessus de la hiérarchie des fonctionnaires se place la cour. Comme aux temps mérovingiens, elle est fort complexe, comprenant le conseil, le tribunal du roi, l'assemblée; séjour des domestici, serviteurs privés ou serviteurs politiques; école; rendez-vous des hommes importants de l'Empire. Elle a plus d'éclat, mais les officiers sont à peu près les mêmes. Il n'y a plus de maire du palais; le

shié^hal reparaît. Près de lui sont le bouteiller, le connétable (co*9**s slabuli); au-dessus d'eux le camériei9 (camerarius), qui crar*le le trésor. Ces officiers reçoivent de hautes fonctions politiques, sont missi, ducs. Puis viennent le magister ostiariofU79*, qui est grand maître du palais, introducteur des audiences; |e *)ian$ionarius9 qui a soin des logis en voyages; les venalor^i e^c- A. côté figurent les officiers politiques : le comte du paU**& (cornes palatii), qui a un grand rôle dans l'exercice de |a juridiction royale; les notaires ou chanceliers, qui ont pour c£ief un protonotaire, plus tard appelé archichancelier, ayant \s,tïs son office la rédaction et les sceaux; le chapelain, qu'on appelle aussi archiprètre, et plus tard, archichapelain, qui commande au clergé de la cour, qui est naturellement consulté dans les affaires ecclésiastiques et sert d'intermédiaire entre le roi et les gens d'église. L'archichapelain finit par èlre archichancelier : en effet les archives étaient en partie dans la chapelle; le chancelier, quand il était ecclésiastique, était sous l'autorité de l'archichapelain.

Comme aux temps mérovingiens, la plupart de ces officiers Je cour siègent dans le Conseil du roi; mais à côté d'eux on y trouve d'autres personnages laïques ou ecclésiastiques. Pourtant il tend à se créer une fonction de conseiller. Parpni ces conseillers, il semble qu'il y en ait qui vivent toujours à la cour (consïliarii aulicî). D'autres y étaient appelés en certaines circonstances où le souverain voulait les consulter. Il y a eu certainement des conseillers spécialement choisis : Alcuin, HUncmar parlent de leurs devoirs comme de devoirs d'une fonction. Dans ce conseil on discutait sur toutes choses; des hommes s'y faisaient remarquer; Wala dut à cela son importance. Ce conseil est une grande institution monarchique; il a des secrétaires attachés à son service.

H est à remarquer qu'il n'est plus question d'antrustions : la irustis a disparu. Il faut, d'autre part, noter la présence à la cour de vassi royaux; nous verrons plus loin ce que sont ces vassaux. Ce n'est pas tout encore : il y a aussi, d'après Hincmar, trois classes de personnes : milites expediti, sans service spécial, qui vivent des présents de l'empereur et des

invitations; discipuli ou officiers; vassaux des grands. La première classe (capitanei ministeinales) est évidemment le produit de la décomposition féodale. Parmi les discipuli, qui forment ]a seconde, il y a ceux qui font l'apprentissage des charges d'Etat ou des fonctions ecclésiastiques. Dans tout ce monde Charlemagne prenait une garde personnelle qui l'entourait, lui, ses (ils, ses filles, les escortait en voyage. Ajoutez les marchands, parmi lesquels beaucoup de Juifs; des aventuriers de toute sorte, des femmes publiques, des mendiants. La liberté de mœurs est grande, dans cette cour où pullulent les courtisanes et même les gadales, du sexe masculin. Cependant c'est là que sont réunis les beaux esprits du temps ; là que se préparent les lois pour la défense de la foi, pour le maintien de la justice et de la paix; là que Ton reçoit les ambassadeurs des pays lointains. — La grande importance de la cour montre celle du roi; l'Etat est on lui.

Les assemblées. — On le voit bien par les assemblées. Hincmar 1 dit que les deux divisions du gouvernement (regni status) sont le palais et les assemblées. Il y avait par an deux assemblées. A la première assistent tous les personnages politiques, pour décider des questions ou approuver la décision; à la seconde, les grands seulement, lesquels ne prennent ique de» décisions provisoires en attendant la grande assemblée. De ces deux sessions, la première se tient, au printemps : c'est le champ de mars des anciens Germains, qui est devenu le cliamp de mai; le changement date de Pépin. Sous Charlemagne, elle se tient en juin, juillet, août. Elle a le caractère militaire; mais ses attributions sont variables. De même ses noms : synode, plaid *, assemblée générale, etc. Selon l'occasion, c'est le caractère militaire ou le caractère ecclésiastique qui domine. Pour chaque année à peu près, mention est faite de la grande assemblée, rarement de la petite : ce qui ne veut pas dire qu'elle fût sans action.

Politiquement, l'assemblée générale du peuple joue un cer-

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