LES BOYAUIES DE GERMANIE ET D'ITALIE
concile national : non seulement on y voit les archevêques de Maycnco et île Salzbourg avec leurs sulfragants, mais des évoques dont la métropole ne dépendait pas de Louis, ceux de Munster et d'Osnahriick, suffraganls de Cologne.
Louis le Germanique prit son principal point d'appui sur la Bavière; sa résidence préférée Fut Hatishonne. Toutefois il ménagea les Francs (vallée du Main, du Ncckar au haut Weser), dévoués à la dynastie, et vint souvent à Francfort. Les Saxons, assez favorables à Lolhnire. avaient été comprimés et cessèrent toute résistance. Les Alamans aussi. Les premières années du récrie s'écoulèrent donc tranquillement.
Luttes contre les Slaves. - Les Saxons, au nord, contenaient les Danois et Normands. Sur la longue frontière de l'est, partout on avait affaire aux Slaves; mais ceux-ci ne formaient île groupe compact et redoutable qu'au nord de l'Elbe (Oliolrites). en Bohême et en Moravie. Les Obolriles furent vaincus (814 et 862), les Bohèmes alternativement vaincus et vainqueurs; mais ni les uns ni les autres ne se rendirent dangereux. Les Moraves le devinrent sur la fin du règne de Louis le Germanique. Vers 835, leur chef Hoslislav se souleva et rendit dévaslalions pour dévastations à ses ennemis. En 862, il prolita de la révolte de Carloman contre son père, pour faire périr Prihina, chef des Slaves chrétiens de Pannonie (Slovènes), allié de l'Empire. Les Germains finirent par s'enlcndre avec son neveu Svatopluk ou Zwentibold, qui leur promît fidélité et leur livra Roslislav chargé de chaînes. Condamné à mort par le jugement des Francs. le chef des Moraves eut les yeux crevés (810). Mais, en lui substituant son neveu, on n'avait pas gagné au change. Carloman, le tils de Louis le Germanique, qui administrait la Marche orientale, l'accusa de trahison, puis le relâcha. Svatopluk extermina l'armée bavaroise, se fit rendre les ■ il.i^.-s iiiiirin-es f 87 1 ). I.', '■(■ suivante, il vainquit de nouveau Carloman (872). Il fallut lui reconnaître la principauté des Moraves en échange d'un tribut. Quelques années après, Svatopluk reprit les armes, délit les Allemands sur le Haab et établit danslaMarche orientale1 un de ses protégea (864). Ilélendilson
i. Aujourd'hui la limite el Baase-AuLridic.
HuTOIM OtltULt, l. 27
418 DESTRUCTION DE i/EMPIRE CAROLINGIEN
royaume jusqu'à la Vistulc et soumit les Tchèques de Bohème.
Guerres civiles et partages. — Les ravages des Slaves et môme des Normands n'intéressaient que les frontières de Louis le Germanique; mais son royaume fut troublé, comme les autres, par l'ambition des fils du roi.
A la diète de Ratisbonne d'avril 862, Louis le Germanique dépouilla de leurs charges le margrave Ernest de Bavière et tous ses parents. Ceux-ci, d'accord avec Adalard, négocièrent avec le roi des Francs occidentaux et poussèrent Carloman, gendre du margrave Ernest et préposé depuis cinq ans à la Marche orientale, à se soulever contre son père. Il changea les comtes de Carinthie et Pannonie ; mais ses créatures passèrent au parti de son père, qui vint le relancer en Carinthie et le força à se soumettre (862). En 865, Louis le Germanique partagea ses États entre ses trois fils : l'aîné, Carloman, eut la Bavière avec la Carinthie et la suzeraineté sur les Slaves de Pannonie et Moravie; le second, Louis, dut commander aux Francs orientaux, aux Thuringiens, aux Saxons; le troisième, Charles le Gros, aux Àlamans. Le père se réservait, sa vie durant, l'autorité et ne donnait pas à ses fils la couronne royale. Chose curieuse, c'est le second fils, Louis, qui fut mécontent de son lot; poussé par des parents du comte Adalard, il se souleva (866); la réconciliation eut bientôt lieu. Après l'agrandissement obtenu au congrès de Mersen (870), Louis le Germanique fit un nouveau partage, tout au bénéfice de Carloman; les deux autres frères se soulevèrent. Au bout d'un an, le père se décida à céder et partagea ses nouvelles acquisitions entre ses trois fils (diète de Forchheim, 872). En 873, Charles et Louis le Jeune complotèrent de se rendre maîtres de la personne de leur père, pour le forcer à abdiquer. Charles le Gros, faible d'esprit, fut pris de terreur avant l'exécution et son attitude révéla tout. Louis le Germanique pardonna; il abandonna à ses fils toute l'administration de leurs futurs rovaumes, se réservant seulement la décision des affaires les plus graves.
Le royaume d'Italie : état politique, religieux et social. — La situation de l'Italie n'était pas meilleure que celle de la Gaule ou de la Germanie.
LES ROYAUMES HE GERMANIE ET n'iTALIE 419
Dans [Italie nouvelle, la royauté avait moins à craindra l'aristocratie laïque, dont un clergé riche et indépendant, des villes avec une bourgeoisie active contrebalançaient l'ascendant. Mais elle était aux prises avec des difficultés d'un autre ordre; le roi franc n'est, comme le roi lombard, vraiment maître que du bassin du Pô: dans la péninsule, il lui faut compta? aVec le pape, les ducs de Spolèle et de Bénévent, les Bvzantins. maîtres encore de la côte, les envahisseurs sarrasins, <jui la leur disputent. 11 use ses forces en efforts à pou près stériles pour implanter son autorité dans l'Italie méridionale. Les rapports qu'à titre d'empereur il a avec le pape sont une cause de faiblesse: quand la dignité impériale sera vacante, ceux qui convoitent ce grand litre viendront le demander à Home, vieille capitale de l'Empire romain et résideneo du pape, lequel prétend en disposer. Non seulement l'unité de l'Italie est moins [■réparée que celle de la France ou de l'Allemagne, mais l'Italie est déjà di visée entre le pou voir laïque et le pouvoir ecclésiaslique, sans l'accord desquels l'unité ne peut être établie. L'empereur Lolhairc continue de résider au nord des Alpes, dans l'Aus- Irasie. Centre historique de la monarchie franrpte. Il charge son fils Louis du gouvernement de l'Italie, avec le titre de roi. La capitale était Parie. La première difficulté était de conserver l'ascendant repris, en &2'-\, par Lolhairc lui-iuéuie sur Home et la papauté. Il eùl fallu s'appuyer sur les églises de Milan et de Ra venue. Mais, des la première année, Louis se montra inférieur â sa lâche. Les Domains avaient élu et ordonné nu pape. Serge, sans allendre le consentement de l'empereur. (>lui-ci envoya une année commandée par son fils et Drogo, évèqiic de Melï et bâtard de Charleniapne, pour faire valoir ses droils. Louis se laissa gagner par le pape, qui avait menacé de lui refuser l'outrer. Venu pour le déposer ou du moins pour le confirmer, c'est lui qui jugea nécessaire une confirmation de son pouvoir : il se fit oindre et couronner roi d'Italie. Drogn reçut le titre de vicaire général du pape en Gaule et Germanie; mais l'armée franque n'entra même pas dans Rome, et les archevêques de Iteims et de Narhonne, déposés â cause de leur dévouement à Lolhairc, ne furent pas rétablis (8ii). A partir de celle
époque, les papes se soustraient à la dépendance de l'empereur. C'est à eux que passe la prépotence. Léon IV, consacré sans l'assentiment impérial (847), couronne empereur Louis II, en 855. De plus en plus la couronne impériale se détache de la monarchie franque et se rattache à Rome.
Ravages des Sarrasins. — Los plus redoutables ennemis de l'Italie étaient les pirates sarrasins qui partaient des côtes septentrionales d'Afrique pour la ravager.
Ils achevaient de conquérir la Sicile où ils étaient débarqués en 827; Messine (831), Palerme (832) tombèrent; Syracuse résista jusqu'en 878. Quand les Byzantins eurent perdu la Sicile, leurs flottes ne mirent que peu d'obstacle aux pillages des corsaires musulmans. Ceux-ci s'attaquent à l'Italie méridionale; ils méditent même de s'emparer de la ville du « vieux Pierre ». Le chef-lieu de la chrétienté est directement menacé. Grégoire IV relève les fortifications d'Oslie, pour mettre Rome à l'abri d'un coup de main. En 847, ses faubourgs sont brûlés. Le pape Léon IV fit preuve de beaucoup d'énergie : il assista à la bataille d'Ostie, ou fut détruite par les Campaniens une flotte sarrasine (849). Il entoura de murs le faubourg du Vatican, sur la rive droite du Tibre, mettant Saint-Pierre à l'abri (848-852). Le quartier a gardé depuis le nom de cité Léonine.
Les riches cités maritimes de la Campanie, Salerne, Amalfi, Naples, Gaëtc, revirent souvent l'ennemi. Elles avaient du reste autant à se défendre contre les ducs lombards de Bénévent et de Capoue, et ne pouvaient guère compter sur l'assistance de leurs suzerains les empereurs d'Orient. Les progrès des Sarrasins devinrent tels, qu'en 866, l'empereur Louis II ordonna une levée en masse, des Alpes au Vulturne : quiconque possédait en biens meubles la valeur de son toergeld dut venir à l'armée; les pauvres défendraient les côtes et les places de la frontière. Par ce grand effort il réduisit Capoue, Naples, Salerne, Bénévent. La Pouille (Apulie) fut enlevée aux Sarrasins, qu'on bloqua dans Bari. Le départ de la flotte grecque retarda la prise de celle forteresse des Sarrasins ; elle ne succomba qu'en 871. Tous ces avantages furent bientôt perdus. Les ducs lombards appelèrent les Grecs, qui reprirent le dessus dans