V. — Derniers essais d'empire carolingien
Charles le Chauve empereur. — On comprend dès lors que le principal souci du pape Jean VIII (872-882), qui disposait en fait de la couronne impériale, ait été de chercher un protecteur. Il crut le trouver en Charles le Chauve. Celui-ci s'empressa de descendre en Italie. L'impératrice eût voulu transmettre l'empire à Louis le Germanique, et la guerre éclata entre les deux frères. Charles le Chauve gagna de vitesse ses neveux Carloman et Charles le Gros, chargés de l'arrêter, et, à Noël de 875, il se fit couronner empereur par le pape. Cette fois c'était bien le vicaire de saint Pierre qui donnait l'empire, réduit à un vain titre. Ensuite Charles le Chauve ceignit, à Pavie, la couronne de fer des rois lombards (février 876) et se fît prêter serment, par les grands et le clergé, comme roi d'Italie. Il y laissa comme administrateur Boso et rentra dans son royaume de France, que son frère Louis le Germanique et son neveu Louis le Jeune avaient envahi en son absence. Quoique Hincmar, l'archevêque de Reims, eût simplement recommandé l'abstention, Charles le Chauve ne rencontra pas de résistance; il put parader à son aise en manteau impérial, étalant les pompes du cérémonial romain. Le 28 août 876, Louis le Germanique mourut à Francfort. Charles le Chauve voulut reprendre au moins la rive gauche du Rhin, la Lotharingie; mais il fut défait par son neveu Louis le Jeune h Andernach. Menacés par leur oncle, les trois fils de Louis le Germanique s'entendirent. Chacun garde-
rait sa part; Louis et Charles le Gros se partageraient la Lotharingie; Carloman prendrait l'Italie. Il y avait un parti puissant, dirigé par le margrave de Frioul et les ducs de Toscane et de Spolète. Charles le Chauve régla les affaires de France à la diète de Kiersy ' et revint en Italie, où le pape l'appelait contre les Sarrasins. Jean VIII et lui se virent à Ravenne, ils marchèrent contre le roi de Bavière. Mais ni Charles le Chauve ni Carloman n'osèrent combattre; tous deux se hâtèrent de repasser les Alpes; l'empereur mourut en traversant le Cenis (H octobre 877).
Le désordre fut alors à son comble. Louis II le Bègue, fils de Charles le Chauve et déjà roi d'Aquitaine, eut grand'peine à se faire accepter comme roi des Francs occidentaux. Il avait eu le tort de faire une distribution de faveurs et de titres à des partisans dévoués; les autres grands se tinrent à l'écart, prêts à appeler Louis le Jeune. Conseillé par Hincmar et soutenu par le pape Jean VIII, Louis le Bègue put se faire couronner (8 décembre 877) et recueillir la succession de son père. Dès le printemps de 879 il mourut, laissant deux jeunes fils, Louis III et Carloman, dont on contestait la légitimité et qui eurent à lutter contre un parti mené par Conrad Welf, lequel appelait Louis le Jeune.
Cependant Carloman, roi de Bavière, n'avait pu obtenir du pape, la couronne impériale. Atteint en Italie d'une maladie mortelle, frappé de paralysie, il ne fit plus que languir. Dès 879, son frère Louis le Jeune le dépouilla du gouvernement de ses états. Il s'éteignit en 880.
Charles le Gros seul roi et empereur. — Charles le Gros se fit couronner roi d'Italie.
Deux nouveaux prétendants surgirent à ce moment : c'étaient Hugue, le fils de Lothaire II et de Valdrade, qui s'efforça de reconquérir le royaume de son père, et Boso, beau-père de Charles le Chauve, protégé du pape qui avait songé à lui pour le royaume d'Italie et l'Empire.
Boso se fit couronner roi à Mantaille (entre Vienne et