‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 83 sur 173 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

/. — L'Arabie et les Arabes.

L'Arabie. — La grande presqu'île d'Arabie est une région de nature désertique. Sur ses trois faces maritimes les contours sont accentués par des chaînes côtières à peu près continues, dont l'élévation moyenne ne dépasse guère 300 mètres, mais qui en quelques points, dans l'Oman par exemple, approchent de 2000. Vers le centre se dresse le plateau du Nedjd, où les parties culminantes, Djebel Tooueïk, Djebel Aga, atteignent à 1000 et 1500 mètres. Ce noyau de l'Arabie est entouré d'un cercle de déserts : au sud, le Dahna, ou grand désert rouge, qui recouvre de ses sables un quart environ de la péninsule, le sépare du littoral de la mer des Indes; au nord, le Hammad, ou désert pierreux, l'isole de la Syrie et de la plaine de l'Euphrate; à l'est et à l'ouest, il est découpé par les sinuosités des Nefoud, qu'il faut traverser pour gagner la mer Rouge ou le golfe Persique. Comme dans le Sahara et dans l'Iran, la rareté des pluies et l'extrême sécheresse sont les caractéristiques du

1. Forme arabe francisée par nous en Mahomet, Mohammed signifie le Louable,

climat. \jHadramaut et surtout YYèmen et Y Oman, soumis au régime des moussons, se trouvent par là dans des conditions relativement favorables : le sol y est plus fertile qu'ailleurs, les villes plus nombreuses, la population plus dense. Môme dans les autres parties de l'Arabie, la stérilité est loin d'être absolue : à défaut de rivières permanentes, les ouadi y forment des dépressions où s'amassent les eaux superficielles ou souterraines; dans les Nefoud, les fuldj, sortes de bas-fonds en forme de fer à cheval, recueillent assez d'humidité pour alimenter des cultures. Les plateaux du Nedjd sont semés de villes et de villages, avec des oasis et des jardins irrigués au moyen de puits, les Nefoud possèdent une végétation herbacée ou arborescente qui fournit uii aliment aux troupeaux.

Le climat et la nature du sol imposent à une grande partie de la population la vie pastorale et nomade. Sans l'interdire d'une manière absolue, ils rendent malaisé l'établissement de l'unité politique entre les diverses régions. L'Yémen a des rapports plus faciles avec l'Abyssinie, le Hedjaz avec la Syrie, l'Oman avec la Perse qu'avec les autres provinces arabes. Le Nedjd, plus à l'écart des influences étrangères, est cependant abordable du côté de la mer Rouge par le Hedjaz, vers le golfe Persique par le Haça, et communique par les routes de caravanes avec les plaines du bas Euphrate et du Tigre.

Origines des Arabes. — C'est par ces routes qu'étaient venues de la Babylonie les anciennes populations désignées sous le nom d'Ariba. Un de ces peuples, les Adites, était parvenu à un certain degré de civilisation et de puissance. Les légendes arabes les représentent comme des géants et leur attribuent les constructions mégalithiques qu'on trouve encore dans les diverses parties de la péninsule. Après avoir longtemps vécu sous la tente, ils s'étaient fixés au sol, avaient bâti des châteaux forts, exécuté des travaux d'irrigation : la célèbre digue de Mareb, dans l'Yémen, aurait été l'œuvre d'un de leurs rois, Lokman. Au temps du Prophète, les Adites, détruits ou absorbés, avaient depuis longtemps disparu; mais il subsistait,' soit dans l'intérieur de l'Arabie, soit dans les déserts de Syrie, quelques débris d'une autre population ancienne, les Amalica*

L ARABIE ET LES ARABES 42<l

également originaires de Chaldéc et qu'on identifie avec les Amalécites de la Bible.

Antérieurement à la prédication de l'Islam, les tribus arabes existantes se divisaient idles-mêrnes en deux groupes : les kahtanides et les Mtïadites ou descendants d'Ismaël et de Màad. L'Yémen et le Ilcdjaz étaient les foyers de peuplement d'où ils s'étaient répandus sur toute la péninsule, les premiers se portant de préférence au sud, les autres vers le centre el le nord. Longtemps ils avaient parlé des langues différentes, mais l'arabe du Uedjaz prit le dessus sur l'arabe de l'Yémen, ou idiome himyarique, et l'emporta définitivement quand il fut divinii par les poètes la langue littéraire el par le Koran la langue sacrée. Les Kalitanides s'allribuaient une origine orientale et sémitique, mais les peuples ariba qui les avaient précédés dans l'Yémen, el des élémenls éthiopiens ou kouschites avaient aussi contribué à la formation de leur race. Quant aux Maudites, en faisant remonter leur filiation jusqu'à Ismaël, fils d'Abraham, ils se réclamaient de la tradition biblique : ce qui ne les empéchail pu de chercher à établir leur parenlé avec les Kahtanides, longtemps considérés comme de race supérieure, par des mariages qu'Iamaél, puis Màad, son descendant, auraient contractés avec des femmes de ce peuple. Des alliances de famille mélangèrent certainement les deux sangs; mais, chaque Irihu conservant avec un soin extrême sa généalogie, Ismaélites el Kahtanides se pénétraient sans se confondre et demeuraient distincts.

L'Yémen : le royaume himyarite. — L'Yémen, V Arabie heureuse des Grecs el des Romains, se prêtait mieux que tout le reste de la péninsule à la vie sédenlaire. De bonne heure il s'y éleva des villes et il s'y constitua des Étals. La dynastie des H'uiifarites ou Tubba prétendait remonter par ses fondateurs, Uimyar, Abdchams et Yaroh, aux origines mêmes de la race kabtanide. Un siècle avant l'ère chrétienne, on les voit à la tête d'un important royaume dont la capitale est successivement à Mareb ou Saha, à Zha.faf el à Sana, et qui comprend, outre l'Yémen propre, l'Hadramaut et le Mahra, tout le sud de la presqu'île. Ils exercent leur suzeraineté sur les tribus

du Hedjaz et du Nedjd, résistent à une expédition romaine, celle d'/Elius Gallus (2i), et font des courses victorieuses en Afrique et en Asie. Vers Tan 125, cette puissance subit une éclipse, des troubles intérieurs se produisent ; les fameuses digues de Mareb, dont l'entretien a été négligé, se rompent : c'est le Seïl-el-Arim, l'effusion des eaux; l'inondation dévaste le pays. Une partie des habitants, ne trouvant plus à vivre sur ce sol ravagé, se décident à l'émigration et vont fonder des colonies dans le Hedjaz, l'Irak et la Syrie. Cependant les Tobba se relèvent et redeviennent conquérants. Le judaïsme puis le christianisme pénètrent alors dans l' Yémcn ; ils entrent bientôt en lutte. Les persécutions exercées par le roi Dhou- Nouvas contre les chrétiens de Nedjran fournissent un prétexte d'agression au négus ou roi chrétien d'Abyssinie, que pousse l'empereur Justin. La bataille de Dhou-Djadan, en 525, détruit pour toujours le royaume himyarile. Les Abyssins ne conservent pas leur conquête, que les Perses, appelés par les mécontents, parviennent à leur enlever. Au temps du Prophète, des vice-rois persans gouvernaient l'Yémen, l'Hadramaut, le Mahra et l'Oman.

Arabes d'Irak et de Syrie. — De la Perse relevaient également les tribus arabes établies dans l'Irak, où des émigrés de l'Yémen avaient fondé le rovaume de Hira. Les rois de Hira, alliés et vassaux des Sassanides, avaient bataillé contre les Arabes de Syrie, inféodés à l'Empire romain, et contre l'Empire lui-même. Cette dynastie, dite des Na&r, finit avec Noman II, qui avait encouru la disgrâce de Kesra ou Khosroès II Parouiz. Un satrape persan fut installé à Hira.

Inversement, c'est l'influence romaine et byzantine qui s'exerce sur les Arabes de Svrie, descendants des anciens Amalica, renforcés à diverses époques par des émigrations de l'Yémen et du Hedjaz. L'Empire avait besoin de leur concours, soit pour faire la guerre d'avant-garde contre leurs congénères de l'Euphrate, soit pour couvrir la Syrie menacée par les Parthcs, puis par les Perses. Le célèbre Odénat appartenait à la famille des Odheyna, depuis longtemps investie du commandement de ces tribus auxiliaires. On sait comment lui-même et,

Page 1