‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 3)Chapitre 14 sur 206 · L'AUSTRAL ASIE DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L'AUSTRAL ASIE DÉMOCRATIQUE

détails sont très compliqués et dont les dispositions principales peuvent se résumer comme il suit :

l^'On a conservé la libre sélection, en diminuant l'étendue des lots et en augmentant les obligations imposées aux concessionnaires, savoir construire une maison, cultiver une partie du sol, élever des clôtures, résider dans sa concession, etc. Ces concessions ne peuvent en aucun cas dépasser une étendue maximum qui est fixée assez largement (de 200 a 800 hectares environ, suivant la fertilité du sol). La Tasmanie, la Nouvelle- Zélande, pour attirer les émigrants, ont fini par donner des concessions gratuites, moins étendues que les autres (5 à 20 hectares). Mais la règle reste la vente des terres publiques en lots relativement petits. Ces dispositions ne sont que la suite de celles de Tépoque précédente et ont pour but de créer une classe de moyens et de petits propriétaires.

2** Une nouvelle méthode a été inaugurée par la Nouvelle- Zélande. Cette colonie, tout en continuant de vendre des terres, s'est mise à faire des concessions de neuf cent quatre-vingt-dixneuf ans moyennant une rente annuelle équivalant à 4 pour 100 de la valeur du sol (1892). Ainsi TËtat ne perd pas à tout jamais la propriété des terres, et il s*assure un revenu moins élevé, mais plus régulier.

3** La Nouvelle-Zélande encore a imaginé d'appliquer Texpropriation pour cause d'utilité publique aux propriétés trop grandes (1894). Une Cour spéciale en fixe la valeur; le gouvernement les rachète et les vend ou les loue en morceaux plus petits. Dans le même esprit, TEtat néo-zélandais s'est fait donner le droit d'intervenir pour imposer aux grands propriétaires des conditions raisonnables pour leurs fermiers, et de leur reprendre, contre indemnité, leurs propriétés s'ils ne veulent faire aucune diminution (1895). — La Nouvelle-Galles a imité le système de concession à longue échéance et l'expropriation forcée des grands propriétaires.

Ces mesures tendent toujours, comme les anciennes, à rendre les propriétés plus petites pour accroître le nombre des propriétaires, mais elles ont un caractère original et révolutionnaire. Elles ne s'attaquent plus seulement au squatter, locataire de

territoire» étendus, comme la libre sélection, mais elles sont dirigées contre la grande propriété que la légialalioo précédente n'avait pas osé attaquer. En outre, par l'emploi de la concession de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ans, elles tendent à habituer une partie des nouveaux concessionnaires à se considérer simplement comme les locataires de l'État. Il faut y voir sans doute l'influence des théories de Uenry George, le propagandiste américain de la nationalisation du sol, dont les écrits ont eu en Australasie autant de succès qu'en Angleterre. Les «geoi^istes > anglais ou américains louent beaucoup la nouvelle législation foncière néo-zélandaise et en recommandent l'introduction dans leurs pays comme un acheminement à la nationalisation définitive. L'Etat devrait, d'après eux, avoir le monopole de la propriété et concéder à chaque individu la possession de l'étendue nécessaire à son existence et à celte des siens, i condition qu'il la travaille lui-même. Si c'est là le but de l'État néo-zélandais, il y marche par une série de mesures légales à très longue échéance. On a cru trouver des tentatives plus révolutionnaires, des essais de communisme dans certains types de colonies agricoles créés par la Nouvelle-Zélande, la Victoria, l'Australie du Sud et plus tard par le Queensland. Dans les plus originales de ces installations, la terre était concédée à une association de cultivateurs qui devaient la cultiver en commun, se partager' les fruits de leur travail après avoir prélevé sur eux une rente pour le gouvernement et le prix des premières avances faites par lui. Ces colonies comprenaient de 20 à 300 personnes. Celles de l'Australie du Sud ont complètement échoué et se sont presque toutes dispersées. Il ne s'agissait là que d'un expédient pour transformer en paysans les sans-travail qu'on ne pouvait plus employer dans les villes. ■» — « — ~**.ons de l'État en Australasie. — Les coloiennes ont créé plus de services publics que les s. Elles n'ont rejeté qu'une seule des chaînes de le budget des cultes. Les Églises et les États partout, sauf en Tasmanie. Il faut ajouter que la guerre est, relativement à ceux de l'Europe, ' lifiant en Australasie. Mais aucun autre pays ne

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dépense autant pour rinstruction, pour les travaux d*utilité publique, ne prend autant d'initiatives que les principales colonies australasiennes.

Partout, sauf enTasmanie^on a abandonné le système anglais d'avant 1870 qui consistait à laisser l'enseignement à l'initiative privée en le secondant par des subventions : les colonies australiennes ont un ministère de l'Instruction primaire, des écoles nationales obligatoires pour les enfants de six à quatorze ans, laïques et gratuites, tout au moins pour les pauvres. L'enseignement confessionnel est libre, mais n*est pas subventionné. Les colonies australasiennes dépensent un dixième de leurs revenus pour l'instruction publique. Victoria a consacré à ce service un tiers des siens dans les premières années. En France, la part de l'instruction publique est à peine un seizième du budget. L'alcoolisme a été combattu dans toutes les colonies. Des mesures ont été prises pour ne pas augmenter le nombre des débits d'alcool et pour les fermer de bonne heure en semaine et toute la journée le dimanche. Les défenseurs de la tempérance en Nouvelle-Zélande sont constitués en parti politique. Ils réclament, comme en Angleterre, le droit pour les administrations locales de réglementer et même d'interdire le débit de l'alcool.

Nulle part l'intervention de TEtat n'a été aussi importante que dans l'exécution des travaux publics; la plupart des chemins de fer ont été achetés ou construits par les Etats. Victoria possède tout son réseau ferré; dans les autres colonies les lignes appartenant à des particuliers représentent une faible longueur par rapport aux lignes nationales. Les routes, les ports, jusqu'à des usines à congeler la viande ont été construits aux frais des États; les entreprises de ce genre sont devenues considérables pendant la crise de 1893, alors que beaucoup d'ouvriers étaient sans travail ; mais ce ne sont pas de simples expédients comme les colonies agricoles. Les Etats australiens ont voulu, presque en chaque matière, faire mieux que l'initiative privée, devenir soit des patrons modèles, soit des entrepreneurs et des fournisseurs modèles. Pour faire connaître la multiplicité de leurs fonctions, il suffira d*énumérer celles du

plus avancé et du plus entreprenant, celui de la Nouvelle- Zélande.

Il est le plus grand propriétaire foncier de la colonie et possède des terres pour plus de 30 millions. Il a les trois quarts des écoles primaires et instruit le dixième des enfants : il est le seul entrepreneur des chemins de fer (2022 milles contre 167 à des particuliers) ; il est le plus grand patron et occupe près de la moitié des ouvriers ; il a créé une banque nationale qui prête à un taux plus bas que les banques particulières; il prépare un projet d*assurances sur la vieillesse, analogue au projet Escuyer tant discuté en France, et assurant à chaque habitant 650 francs de rente annuelle à partir de soixantecinq ans, et il a depuis plusieurs années Toffice le plus important d'assurance sur la vie. Ainsi se réalise la profession de foi faite, le 2S mars 1895, à New-Plymouth par M. Reeves, alors membre du ministère populaire et maintenant agent général de la colonie à Londres : < Plus TÉtat fait pour les citoyens, plus il remplit sa fonclion... Les attributions de l'Etat doivent être étendues le plus possible... La vraie démocratie consiste dans l'extension des attributions de l'Etat. » C'est le principe de ce qu'on appelle en Angleterre socialisme municipal. La différence est dans l'application : les services publics sont créés en Australasie par le gouvernement central, dans la métropole par les administrations locales.

Le déficit ; les emprunts ; les Impôts progressifs. — L'intervention de l'Etat en matière de travaux publics et d'entreprises de tout genre a chargé les budgets d'autant plus lourdément que l'Etat ne cherche pas à réaliser des bénéfices immédiats, mais à satisfaire les électeurs. Si beaucoup de lignes ferrées donnent des revenus, d'autres, construites pour des intérêts locaux ou des sans-travail, sont loin de faire leurs frais. Chacune des colonies, sauf l'Australie méridionale, l'Australie occidentale et la Tasmanie, a un réseau ferré plus étendu que celui de l'Algérie (presque le double dans Victoria, grande comme les 4/9 de notre colonie) ; mais les revenus ordinaires n'ont pas suffi aux dépenses d'établissement; il a fallu recourir aux emprunts, si bien que les colonies australasiennes sont les

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Etals les plus lourdement endettés du monde. La proportion de la dette par habitant y est en moyenne de 1 300 francs, contre 800 en France; elle atteint 1800 francs au Queensland. Près d*un quart des ressources est employé au service de la dette. Le déficit a apparu depuis une dizaine d'années dans presque tous les budgets coloniaux. Sa révélation a causé des crises ministérielles; les mesures proposées pour le combler sont les mêmes que chez nous, avec celte différence qu'elles ont été appliquées plus vile et plus résolument. D'un côte, les conservateurs ont recommandé les économies, les suppressions de fonctionnaires et ils les ont pratiquées, renvoyant des employés, des ouvriers de chemin de fer, abaissant l'indemnité parlementaire. D'autre part les démocrates ont proposé des impôts progressifs sur les successions, sur le revenu mobilier, sur la propriété foncière. L'impôt sur les successions a été établi dans presque toutes les colonies et imité d'elles, comme tant d'autres réformes, par l'Angleterre. L'impôt progressif sur le revenu mobilier existe en Victoria et en Australie méridionale avec exemption au-dessous de 5 000 francs; en Nouvelle-Zélande et Nouvelle-Galles, avec exemption au-dessous de 7 500. L'impôt progressif sur la propriété foncière a fait l'objet de débats très vifs dans les différents parlements. II n'est établi que dans les deux colonies où la législation foncière semble s'inspirer des théories de la nationalisation du sol; la Nouvelle-Zélande a établi une taxe progressive sur les grandes propriétés valant plus de 125 000 francs; dans ce pays, sur 90000 propriétaires fonciers, seuls les 12000 plus importants payent la taxe. La Nouvelle-Galles, sous le ministère Reid, a institué elle aussi une taxe foncière progressive. Pour 1 300000 Néo-Gallois, on ne compte que 60000 contribuables pour les impôts progressifs sur le revenu mobilier et sur les biens-fonds.

Li*or, rimmigration et le régime parlementaire en Australie occidentale. — L'Australie occidentale est près de cinq fois plus grande que la France ; sa superficie dépasse même celle de l'Australie du Sud plus le lerriloire Nord. Mais l'Australie occidentale, dépourvue de pluies, était restée de beaucoup la plus pauvre et la moins peuplée des sept colonies.

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Les habitants, manquant de travailleurs, avaient réclamé des convicts alors que toutes les autres colonies refusaient d*en recevoir, et on leur en avait envoyé jusqu'en 4863. En 1870, toute la colonie ne possédait pas 25000 habitants. Elle n'avait pas obtenu le gouvernement responsable et était administrée par un gouverneur et un conseil de fonctionnaires. La situalion a changé récemment après la découverte de Tor. En 1886, on a trouvé des pépites et de la poudre d*or dans des alluvions ; aussitôt s'est produit un rush de diggers armés de pioches et de cribles; il fallait s'enfoncer dans l'intérieur à près de 1 000 kilomètres, vivre dans un pays sans arbres, sans eau, où les objets nécessaires à la vie sont d'un prix extraordinaire à cause des frais de transport. Ces obstacles n'ont pas arrêté les immigrants. Au milieu des champs s'est dressée en 1893 une ville de tôle ondulée et de toile, Coolgardie, où l'eau est si rare et si chère que Ton en manque pour se laver, mais qui possède déjà le télégraphe, une gare et plusieurs journaux. Entre 1881 et 1 891 , la population de la colonie a passé de 30 000 à 50 000 habitanjs. Une partie des nouveaux venus se sont mis à l'élevage du mouton et du bétail, à la culture des céréales pour la nourriture de la population minière. Le gouvernement a augmenté son réseau télégraphique et a fait construire des chemins de fer, au moyen d'emprunts et du produit des douanes. La colonie pouvait enGn se suffire à elle-même. Le gouvernement impérial résolut de l'abandonner à ses propres ressources et de lui donner en échange un gouvernement responsable. Cette réforme a été hftlée par un mouvement en faveur de l'autonomie de la colonie occidentale qui ept parti de la Nouvelle- Galles et dont l'initiateur a été sir Henry Parkes; le mouvement avait pris pour formule : < l'Australie aux Australiens ». Le gouvernement anglais accorda sans difficulté la concession qu'on lui demandait. En 1890, il a donné à l'Australie occidentale une constitution sur le modèle de celles de 1855. La colonie a deux Chambres. La Chambre haute a été d'abord nommée par la couronne ; elle est élue pour six ans par des censitaires depuis que la population a dépassé 60000 habitants. La seconde Chambre est élue pour quatre ans au suffrage à

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peu près universel. Les membres ne sont pas rétribués. Le ministère est pris dans la majorité parlementaire. La vente des terres publiques est abandonnée par la métropole au gouvernement colonial. En 1897 la population de TAustralie occidentale s'était élevée à 160 000 habitants (y compris près de 6 000 indigènes civilisés). L*année précédente, le nombre des immigrants avait dépassé 55 000. Cette colonie, si longtemps morte, est aujourd'hui celle où la population s'accroît le plus vite.

Annexions et intervention dans le Pacifique. — Quoique les colonies australiennes renferment encore bien des terres vacantes, elles ont depuis longtemps demandé au gouvernement anglais de leur annexer des îles océaniennes. Elles désiraient : l"" agrandir le domaine propre aux cultures tropicales, et prendre des pays peuplés d'indigènes qu'on puisse employer au travail des plantations et qui ne menacent pas, comme les Chinois, de devenir immédiatement des concurrents pour les ouvriers européens ; 2"* placer sous la domination britannique les archipels oii pourraient s'établir des puissances navales dont les flottes seraient redoutables pour l'Auslralasie. La première des annexions océaniennes a été celle des Iles Fidji. Cet archipel se trouve à dix jours de navigation de Sydney; il comprend environ 200 îles dont la plus importante a la grandeur de la Jamaïque. Sa principale production est le sucre. Il a été annexé en 1874, sous le ministère Disraeli. L'archipel est devenu une colonie de la Couronne, administrée par un gouverneur assisté d'un conseil exécutif et d'un conseil législatif non élu. Il renferme environ 105000 indigènes et métis, lOmilliers d'Indouset plus de 3 000 Européens, planteurs de canne, négociants ou missionnaires.

Les annexions ou les interventions suivantes sont dues aux demandes pressantes des Âustralasiens. Dès l'année 1875 une députation se rendait à Londres pour prier Disraeli d'annexer la Nouvelle-Guinée où les colons du Queensland ont des plantations et de laquelle ils tirent des coolies. En même temps, une société de colonisation préparait en Angleterre une expédition pour ce pays. Mais la Société contre l'esclavage priait

le ministre d*empècher celte tentative, en disant que les blancs maltraitaient les Néo-Guinéens et les forçaient à travailler. Le ministre ne fit rien ni dans un sens ni dans Tautro. Le gouvernement du Queensland attendit quelques années, puis il se décida à prendre de sa propre autorité possession de la Nouvelle-Guinée et envoya dans Tile un délégué à cet effet (1883). Le ministère libéral désapprouva cette intervention; mais le parlement de la Nouvelle-Galles déclara qu'il regrettait que le gouvernement impérial n'eût pas secondé l'action du Queensland. Celui de Victoria s'associa aux prétentions du Queensland et fit parvenir à la reine une adresse pour la prier d'annexer les Nouvelles-Hébrides et les îles Salomon, sous prétexte que la France allait les prendre pour y déporter ses condamnés. Enfln la première conférence fédérale réunie en septembre 1883 afin de pourvoir à la défense de rAustralic déclara que désormais aucune puissance étrangère ne devait s'établir dans le Pacifique à l'ouest de l'Australie. C'était comme une doctrine de Monroê auslralasienne : le gouvernement impérial donna une demi-satisfaction aux Australiens en annexant la partie sud-est de la Nouvelle-Guinée. Il a été convenu que cette nouvelle possession serait placée sous l'autorité d'un lieutenantgouverneur et que ses dépenses seraient payées par le Queensland, la Nouvelle-Galles et Victoria (1887-88). Les Etats australiens ont pris des mesures pour surveiller dans l'intérêt des indigènes le recrutement des travailleurs indigènes aux Fidji et en Nouvelle-Guinée.

Ce sont les colonies australasiennes qui ont empêché la France d'annexer les Nouvelles-Hébrides. Le gouvernement impérial ne paraissait pas vouloir s'opposer à l'annexion (1886). Mais les Australiens envoyèrent à Londres une députation, qui parla, s'il faut en croire sir Charles Dilke, à lord Salisbury avec une franchise tout exotique. Un délégué aurait dit au ministre que l'Australie était d'humeur à chasser les Français même de la Nouvelle-Calédonie, s'il le fallait; puis lord, Salisbury ayant imputé la lenteur des négociations au « chaos » oii les crises ministérielles jetaient la France, un autre déléguéaurait répliqué : « C'est ici qu'il nous faudrait un peu de

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chaos. » Enfia les Australiens se firent écouler de la métropole, et les Nouvelles-Hébrides furent neutralisées sous le contrôle mixte de l'Angleterre et de la France. Les archipels Samoa et Tonga, sur la route de Nouvelle-Zélande en Amérique, ont été déclarés indépendants sous la garantie de T Angleterre, des États-Unis et de lAUemagne (1889 et 1891). La Nouvelle-Zélande avait demandé qu'on lui annexât ces îles.

L'entente commune pour la défense. — Les tentatives de fédération. — L'un des prétextes invoqués pour réclamer des annexions est la nécessité d'assurer la défense de l'Australasie. Cette préoccupation a pris une grande place depuis quinze ans dans les délibérations des gouvernements coloniaux, et elle est une des grandes causes des essais de fédération. Les colonies se sont intéressées surtout aux défenses navales qu'elles estiment les plus importantes, à l'exemple de la métropole. A leur sujet, Victoria a proposé la réunion d'une conférence intercoloniale à Hobart en 1883. La Nouvelle- Zélande se retira plus lard, et l'Australie méridionale ne prit point part à toutes les réunions suivantes ; mais la Nouvelle- Galles fut la seule à refuser dès le début de se faire représenter. Fidji avait envoyé une délégation. La réunion de Hobart a fondé le premier corps commun à toutes les colonies, le Fédéral Council chargé de régler les mesures de défense, mais sans pouvoir exécutif. Le Fédéral Council s'est réuni, à partir de 1886, a peu près tous les ans dans une des capitales australiennes. Dans le temps où il s'organisait, le gouvernement métropolitain faisait dresser par des officiers de terre et de mer des plans de défense de ses possessions du Pacifique. Les projets australasiens et les projets métropolitains furent discutés à Londres entre les délégués des colonies et des ministres compétents; cette conférence aboutit à VAuslj'aHan fiaval force Act de 1887. Par cet arrangement, l'Angleterre ajoute à son escadre australienne cinq croiseurs et deux torpilleurs de haute mer; ils seront construits par elle et resteront sa propriété; les colonies payeront les frais de l'entretien de ces bâtiments; elles reçoivent en retour l'assurance qu'ils resteront toujours dans leurs ports. La contribution aux dépenses

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oavales fut volée par tous les parlements, sauf celui de Queensland, que le gouverneur dut dissoudre pour obtenir tes subsides. Après l'Acte de 1887, les ministères métropolitains et le Fédéral Council ont continué à se concerter pour la défense navale de l'Australie. En 1892 et 1893 des dispositions collectives ont été prises pour la protection de deux dépAts de charbon à Albany (sud-ouest) et aux Iles Thursday dans le détroit de Terres.

Une entente fédérale s'est donc faite pour la défense de l'Australie. Un projet bien plus lat^e de fédération politique, analogue à celle du Canada, a été proposé en 1889 par la Nouvelle-Galles, qui avait refusé de prendre part à la formation et aux délibérations du Fédéral Council; le nouveau projet d'union proposé par elle parait avoir été l'œuvre de son premier ministre, sir Henry Parkes, qui désirait terminer sa longue carrière à la tète d'un Dominion océanien. Sir Henry Parkes provoqua la réunion à Melbourne en 1890 d'une Federnlion-conference où les sept colonies étaient représenlées. II y fit voter une résolution approuvant la conférence de 1883 qui avait créé le Fédéral Council, et il déclara que sept années d'expérience avaient montré la nccessilé d'une union plus forte. Son projet comportait la création d'un parlement et d'un ministère fédéraux; il fut froidement accueilli. Un des représentants de l'Australie méridionale déclara que a c'était là une invention de poliU-

. v; : — .,„g deuxième réunion eut lieu l'année sui-

rédigea un projet de constitution qui ne . On ne put s'entendre sur le tarit douaïuvelle-Galles voulait modéré, les autres lande déclara qu'elle était trop éloignée Tient des conférences. Pendant la crise 894, ce projet parut abandonné. Il fut e conférence des premiers ministres de :es australiennes, sauf le Queensland; on on serait formée par les parlements des iscuter le plan d'une fédération sous le . Après deuv années de délibérations, la n reçu des délégués du Queensland, ter-

mina ses travaux à Adélaïde (mars 1898). Elle proposait un Sénat avec un nombre égal de représentants pour chaque colonie (comme aux États-Unis), élu au suffrage universel pour six ans et renouvelé par moitié ; une Chambre des députés élue pour trois ans au suffrage universel et proportionnellement à la population ; Tabolilion des douanes entre les Etats, le tarif douanier et la défense attribués au pouvoir fédéral représenté par un ministère responsable et un gouverneur général (nommé par la reine). Le référendum^ qui manquait jusque-là à TAustralie démocratique, devait être employé pour les amendements constitutionnels : le projet de constitution même devait lui être immédiatement soumis. Le vote populaire eut lieu en juin 1898, dans quatre colonies dont les parlements respectifs avaient adopté le Fédération Bill, En voici les résultats :

Suffrages Oui Non

Nouvelle-GaUes du Sud 137 366 71 412 65 954

Victoria 117 800 96 600 21 200

Sud-Australie 52 490 35 317 17 731

Tasraanie 13 241 10 709 2 532

Soit en tout 320897 suffrages exprimés, dont 214 038 en faveur de la Fédération et 106 859 contre.

Malgré Ténorme proportion des oui^ le bill n*est pas adopté, parce que le parlement de Nouvelle-Galles, sur la demande du ministre Reid, a fixé à 80 000 le nombre des suffrages favorables nécessaires pour Tadoption définitive. C'est la question des tarifs douaniers qui parait avoir causé cette mesure et la proportion relativement grande des non en Nouvelle-Galles. La réalisation de la Commonwealth est donc en suspens, sur une question de détail; mais le principe de la fédération a pour lui la majorité des Australiens et des Tasmaniens.

///. — Le Cap, Natal et Vexpansion de V Angleterre en Afrique.

Les colonies anglaises de l'Afrique australe se partagent en trois groupes : l*" Le Cap, pays de laine, de blé et de vigne, avec la population la plus nombreuse (un million d'habitants, dont

un tiers de blancs, dans la colonie propre), avec un parlement élu et un gouvernement responsable; c*est la seule colonie qui ait une vie politique. Son gouverneur est en même temps c haut commissaire » du Royaume-Uni en Afrique australe. Aucune expédition, aucune annexion ne doit se faire en dehors de lui; — 2® Natale pays de canne à sucre et peuplé de 455 000 Cafres et de 41000 Indous contre 46 000 blancs. Ceux-ci ont refusé le régime parlementaire et ont demandé à rester sous l'administration directe de la métropole, par crainte des indigènes ; — 3*^ La Zambezia ou Rhodesia, ensemble de territoires immenses, déserts ou peuplés de nègres, placés sous Fadministration d*une compagnie de colonisation à monopole. Toutes les dépendances britanniques ont été rattachées à l'un de ces trois groupes, sauf le Basoutoland, séparé du Cap en 1884. En dehors des possessions anglaises, les deux Etals boers sont restés indépendants sous le gouvernement d'un parlement {Volksraad) ei d'un président, élus directement. Les descendants des anciens colons hollandais sont nombreux dans la colonie du Cap. La question boer et la question indigène dominent Thisloire de l'Afrique australe. Elles ont pris une couleur particulière à la suite de la découverte des diamants et de l'or, qui a fait affluer les blancs dans le pays.

Le Transvaal annexé, puis évacué par les Anglais. — Avant la découverte de l'or, la République sud-africaine (Transvaal) était considérée comme beaucoup moins importante que celle d'Orange. Les blancs étaient à peine 50 000 en face de 800 000 indigènes ; il n'y avait pas de routes ; les étrangers trouvaient mauvais accueil au Transvaal. Livingstone, suspect comme missionnaire d'être favorable aux indigènes, y fut très mal reçu. Quand l'or fut découvert en 1854, le gouvernement essaya de tenir la nouvelle secrète afin de ne pas attirer d'émigrants, puis il autorisa l'exploitation, qui s'établit d'abord à l'est, dans les monts Drakenberg. Un ancien pasteur, élu président en 1872, Burgers, contracta un emprunt pour construire un chemin de fer entre la baie Delagoa et les mines. Les Boers du Transvaal, qui ne payaient presque pas d'impôts et qui étaient hostiles à l'immigration, se prononcèrent en majorité

contre le président. Alors le gouvernement anglais intervint; le ministre des Colonies du cabinet Disraeli proposa d*abord une fédération des Etats sud-africains sur le modèle du Dominion, et il envoya Froude au Cap pour plaider en faveur de ce projet. Froude fut mal accueilli par le gouverneur, qui n'avait pas été prévenu; il fit aux Boers des conférences où il citait Horace, et ne réussit pas à les convaincre. Alors le ministre augmenta la garnison de Natal, et envoya dans la colonie un commissaire extraordinaire avec pouvoir de faire des annexions d'accord avec le gouverneur. Le commissaire, accompagné d'un détachement de police à cheval, se rendit a Pretoria, où il fut accueilli par un parti favorable à l'annexion. Il proposa au Volksraad l'ultimatum suivant : « Un gouvernement plus fort ou l'annexion. » Le Volksraad s'étant séparé sans répondre, le commissaire proclama l'annexion (12 avril 1877); le gouvernement anglais l'approuva et refusa de recevoir deux délégations qui vinrent, l'une de la part de l'ancien pouvoir exécutif, l'autre avec une pétition signée de 6000 Boers, protester en faveur de l'indépendance transvaaiienne. Ils étaient en majorité hostiles à l'annexion, mais ils craignaient l'intervention de l'armée anglaise opérant tout près de leur frontière, contre les Zoulous. Le gouvernement anglais crut sa domination plus assurée qu'elle ne l'était. Il ne convoqua pas le Volksraad. Wolseley, vainqueur des Zoulous, vint après la guerre installer à Pretoria un gouvernement de fonctionnaires anglais, sans institutions représentatives, et il déclara que la souveraineté britannique durerait aussi longtemps que le soleil brillerait et que les fleuves iraient se perdre dans la mer. Alors le parti de l'autonomie se souleva. Les membres de Tancien Volksraad, qui n'avait plus été convoqué depuis 1877, se réunirent le 13 décembre 1880 dans un village, nommèrent Krûger, Joubert et Pretorius (fils d'André) triumvirs pour restaurer la république, et firent un appel aux armes. Les Boers arrivèrent achevai et en armes, bloquèrent toutes les garnisons anglaises et repoussèrent un régiment anglais qui marchait de la frontière natalienne sur Pretoria. A ces nouvelles le gouverneur de Natal réunit toutes les forces dont il disposait, 1 000 hommes et six canons, et s'engagea dans les défilés qui

montent vers le Transvaal. Les Boers, postés sur les montagnes, rarrèlërent pendant quinze jours et finirent par repousser un assaut désespéré des Anglais en leur tuant six officiers et le gouverneur (Majuba Hill, 27 février 1881). c Nos hommes, écrivait le général transvaalien Joubert, ont combattu en héros et Dieu nous a donné la victoire. » Le gouvernement anglais parut d*abord disposé à recommencer Texpédition; des forces furent concentrées à Natal. Mais le pouvoir passa aux mains de Gladstone, qui s'était déclaré contre l'annexion ; le cabinet libéral offrit aux Boers un arrangement provisoire qui leur promettait un Volksraad et l'autonomie sous la suzeraineté de la reine. Les Boers acceptèrent (1881) et la convention définitive négociée à Londres ne laissa à l'Angleterre qu'un droit de veto sur les traités conclus par la République sud-africaine avec des puissances étrangères autres que l'Orange. Le commissaire anglais à Pretoria était remplacé par un agent diplomatique, l'autonomie rétablie avec l'ancienne constitution. Les Boers promettaient de ne pas maltraiter les indigènes (1884).

La guerre des Zoulous. Annexion de la côte est Jusqu'au Mozambique. — Les Zoulous sont les tribus cafres établies entre le Transvaal et la côte Est; leurs guerriers armés de boucliers et de sagaies avaient été réunis en une seule armée sous Dingaan, puis sous son frère Panda, au commencement de ce siècle; ils combattaient en phalanges serrées, dangereuses par leur masse et par l'élan et la rapidité de leur attaque. Les Zoulous s'étaient battus longtemps contre les Boers du Transvaal, à propos de territoires et de vol de bestiaux. Ils venaient aussi piller la frontière nord de Natal. Le cabinet conservateur se décida à détruire leur armée en même temps qu'il intervenait au Transvaal. Un gouverneur énergique pris dans le service indien, Sir Barlle Frère (1877), se rendit à Natal, fit tracer la frontière d'une manière précise et somma le roi des Zoulous, Cetliwayo, fils de Panda, de livrer les Zoulous meurtriers d'Européens, de recevoir les missionnaires qu'il avait expulsés et d'accepter un résident britannique dont l'autorisation lui serait indispensable pour faire la guerre (1878), Cettiwayo n'ayant pas répondu, une colonne anglaise entra sur

son territoire en janvier 1879; elle ne rencontra d'abord aucune résistance, mais, pendant que son chef faisait une reconnaissance, 700 Européens et 600 auxiliaires noirs, qui gardaient le cannp à Isandlbawna et qui n*avaient pas pris la précaution de se retrancher derrière leurs chariots, à la manière boer, furent surpris par 14 000 Zoulous qui s'avançaient en rampant dans la brousse, et presque tous tués à coups de lance ; en même temps une phalange de Zoulous essayait d'envahir Natal, mais était arrêtée par le feu d'un détachement anglais. L'armée anglaise recula, se reforma à Natal et marcha en une seule masse de 4 000 hommes sur la capitale Ulundi, devant laquelle elle tailla en pièces les guerriers zoulous (4 juillet 1879). Gettiwayo fut fait prisonnier et déporté en Angleterre. Le Zoulouland fut déclaré territoire anglais et organisé comme la Cafrerie; on y laissa les chefs indigènes sous le contrôle d'un petit nombre de fonctionnaires blancs. En 1883, le gouvernement libéral crut pouvoir rétablir Gettiwayo sous le protectorat britannique; mais à peine était-il revenu que son frère et plusieurs chefs lui firent une guerre acharnée où périrent G 000 guerriers. Gettiwayo s'enfuit auprès des Anglais et mourut en exil. Pendant ces troubles, des aventuriers boers étaient intervenus; ils avaient fondé aux dépens du Zoulouland la petite république de Vrijheid, qui fut bientôt annexée au Transvaal. Le reste du Zoulouland, sous la royauté de Dissizoulou, (ils de Gettiwayo, resta une possession britannique troublée par des émeutes et des brigandages. En 1888, Dissizoulou et plusieurs chefs ont été arrêtés par les autorités anglaises et déportés à Sainte-Hélène. En 1897 le Zoulouland britannique, avec 179 000 indigènes et 1 100 blancs, a été incorporé à la colonie de Natal.

Au nord des Zoulous, d'autres tribus cafres habitent deux territoires : le Tongaland ou Amatongoland avec 38 000 indigènes; sur la côte, le Souaziland (80 000 indigènes), pays de vallées adossées aux monts Drakenberg, où les Boers viennent pendant une partie de l'année faire paitre leurs troupeaux. L'Amatongoland est devenu anglais en 1887 et a été incorporé à Natal en même temps que le Zoulouland. Le Souaziland, déclaré indépendant par la convention anglo-transvaalienne

de 1884, a été, après la mort de son priacipal chef, placé sous le contrôle commun des Boers et des Anglais (1889), puis sous l'administration de la République sud-africaine seule (1894-95). Tous ces territoires sont gouvernés par les chefs indigènes sous le contrôle européen. Les Cafres paient une taxe des huttes; le gouvernement leur garantit les droits de chasse et de pâture, interdit de leur vendre de Talcool et protège les missionnaires.

Le Pondoland (ancienne Gafrerie indépendante), qui séparait le Cap de Natal, ayant été incorporé à la première de ces deux colonies (1894), toute la côte Est jusqu'à Mozambique et presque tout l'ancien territoire des diverses tribus ont passé sous Tadministration directe de l'Angleterre.

Entre les plaines du Pondoland et l'Etat d'Orange se trouvent les pays montagneux des Griquas de l'Est et des Basoutos. Les Basoutos, annexés au Gap depuis 1871 , se sont révoltés, avec l'aide des Griquas, quand on a voulu les désarmer en 1880, et ont tué un résident, mais ils ont été soumis par les volontaires. Le Griqualand Est a été incorporé au Cap. Le Basouloland, que la colonie avait pris malgré elle et dont elle ne voulait pas payer les frais d'occupation, est devenu une colonie à part (1884), administrée à peu près comme les pays zoulous. Ainsi les deux Etats boers se sont trouvés bloqués du côté de la mer par les possessions anglaises.

Du Bechouanaland au Tanganyka. — M. Rhodes et la Compagnie & charte. — Vers l'ouest, les Anglais ont également réussi a empêcher l'expansion des États boers. De ce côté vivaient, au nord de la colonie du Cap, les tribus peu nombreuses des Bechouanas, pasteurs paisibles. Leur pays a été disputé entre les Anglais et les Boers, depuis la convention de 1852. Au moment où fut conclu le traité de 1884, des Voortrekkers boers avaient fondé chez les Bechouanas de petites républiques, le Stellaland, l'Eugenia, le Goschen. On décida que le territoire contesté serait partagé entre la République Sud-Africaine et l'Angleterre, qui voulait s'assurer une roule vers l'Afrique centrale. Les deux pays prétendirent à la possession de la principale agglomération, Mafeking; la bourgade fut occupée par les volontaires anglais et la police à

cheval et resta britannique (1884). Tout le territoire au sud du Molopo devint le Bechotianaland britannique (1885), d*abord colonie de la Couronne, puis incorporée au Gap (1895). La suzeraineté de l'Angleterre avait été dès 1885 proclamée d'une façon générale jusqu'au Zambëse. C'est ce qu'on appela le protectorat de Bechouanaland : ce nom s'est réduit actuellement à la région la plus déserte (Kalahari), qui renferme à peine 200 000 habitants sur un espace grand comme la France. Ces solitudes ont été occupées pour empèclier les Allemands établis sur la côte atlantique (1885) de fermer aux Anglais le chemin de l'intérieur : la frontière anglo-allemande a été tracée en 1890. Le protectorat de Bechouanaland est administré par des chefs indigènes, dont le principal est Khama, sous un résident britannique dépendant du haut commissaire.

Plus au nord se trouvent d'immenses régions plus fertiles et plus peuplées; leur occupation par les Anglais a soulevé les réclamations du Portugal, qui se croyait possesseur de l'intérieur de l'Afrique entre ses colonies d'Angola et de Mozambique, mais qui a fini par reconnaître à l'Angleterre la possession de la zone contestée (1889-91). Ces nouvelles annexions sont devenues le domaine de la Compagnie à charte du Sud de l'Afrique. La compagnie administre : V au nord du Kalahari les plateaux habités par les nègres machouas, race indigène, et par les Matabélés, conquérants cafres venus de la côte (1889); — 2** au nord du Zambèse toute l'Afrique centrale anglaise (1891), moins le Nyassaland, qui forme un protectorat i part : en tout plus de deux fois l'étendue de la France. La compagnie a été fondée par un Anglais, M. Cecil Rhodes, venu d'abord au Cap pour rétablir sa santé, et retenu ensuite par les mines de diamants. M. Rhodes eut l'idée de syndiquer ces mines qui se faisaient concurrence, de manière à régler la production sur la demande; les diamants épuisés, il fonda un syndicat analogue de mines d'or à Johannesburg. En même temps il prenait parti pour la politique d'annexion; c'est lui qui en 1884 avait réclamé et obtenu l'occupation de Mafeking. A peine le protectorat anglais était-il proclamé jusqu'au Zambèse que M. Rhodes fondait une comapgnie pour exploiter

les mines des montagnes du Matabéléland» Fancien Ophyr, où se dressent les ruines peut-être phéniciennes de Zymbabey (1888). Le gouvernement anglais venait alors de conclure avec le principal chef malabélé, Lobengula, un pacte d'amitié par lequel le chef promettait de ne pas traiter avec les étrangers sans Tassentiment du haut commissaire. Pour mettre en valeur ce pays éloigné, le gouvernement anglais accepta les propositions de U compagnie Rhodes; le 29 octobre 1889 il lui donna une charte (monopole), et les droits de souveraineté (administration, justice, armée, vente de concessions) à condition qu'elle prolongerait le chemin de fer arrêté à Kimberley, le télégraphe arrêté à Mafeking, qu'elle encouragerait l'émigration, le commerce et l'exploitation des mines. Immédiatement la compagnie réunit une équipe de pionniers, leur fit construire une route de plus de 600 kilomètres pour pénétrer dans les montagnes, élever à l'extrémité de cette route les constructions du fort Salisbury, capitale de la Rhodesia, puis les employa aux travaux des mines (1890). La colonisation fut bientôt troublée par les Matabélés, gens de guerre et de pillage comme les Cafres. En 1893, ils arrêtèrent le courrier et dévalisèrent plusieurs négociants : le haut commissaire permit alors à la compagnie de faire la guerre à leur chef Lobengula. La compagnie a 670 blancs et 570 noirs à cheval, commandés par un ancien médecin, le docteur Jameson; les expéditions sont des raids de cavalerie d'un krcuil à un autre ou d'une bande de guerriers à une autre; on tue beaucoup d'indigènes, plusieurs sont enfumés dans des grottes : enfin le village fortiCé de Lobengula, Boulouwayo, est pris, et le chef disparaît. La guerre a recommencé en 1896, après que l'expédition de Jameson au Transvaal eut dégarni le pays d'une partie de la police à cheval. Celte fois ce fut une insurrection générale; il fallut demander des volontaires au Cap, organiser des corps irréguliers. La compagnie dépensa plus de 50 millions. Les blancs pénétrèrent de différents côtés dans les montagnes et firent une sorte de chasse à l'homme. Un des épisodes les plus curieux de cette campagne est celui de deux volontaires qui réussirent à gagner à travers les rochers une grotte où vivait le

sorcier le plus célèbre du pays et qui le tuèrent d'une balle pendant qu'il se livrait à des danses magiques. La guerre se termina par le désarmement général des indigènes; elle eut pour conséquence une famine qui a réduit leur nombre déjà diminué par les batailles et les massacres.

Malgré les deux guerres et les dépenses qu'elles ont occasionnées, la compagnie a fort avancé Texécution des travaux publics. Le chemin de fer de pénétration dans l'Afrique centrale a été prolongé, toujours en territoire anglais, de Kimberley à Mafeking; le télégraphe de Mafeking à Fort-Salisbury, et de là, par la Compagnie du télégraphe africain transcontinental, jusqu'au lac Nyanza; il doit atteindre l'Ouganda, puis le Nil. Le service des postes est fait assez rapidement et sur une route assez bonne pour qu'on puisse aller en vingt-quatre jours de Londres à Fort-Salisbury. Enfin on a commencé la construction d'un chemin de fer entre cette dernière ville et Beira sur la côte portugaise; c'est la future routé d'Europe en Rhodesia. Celle du Cap est trop longue et traverse des pays trop pauvres.

Les projets de fédération ; TAfirikander Bond ; l'invasion du Transvaal. — Après la soumission à peu près complète des indigènes, l'Afrique australe a été de nouveau agitée par la question boer, qui se pose en même temps au Cap et dans les deux républiques autonomes. Les Hollandais du Cap, qui sont les plus ouverts, se sont organisées politiquement; ils ont fondé en 1880 VAfrikander Bond, dont le but est de réaliser l'ancien projet de fédération sud-africaine sous la suzeraineté de l'Angleterre, les droits des Hollandais étant sauvegardés. Ceux-ci réclamaient notamment l'autorisation de parler leur langue au Parlement; ils l'obtinrent du gouvernement libéral en 1882. Dix ans après, la moitié des représentants leur était acquise. M. Cecil Rhodes, devenu premier ministre du Cap, réussit à réconcilier Anglais et Afrikanders. Il fit voter la loi électorale de 1892 qui exigeait pour être électeur aux deux Chamlres la faculté de signer son nom, et une propriété de 15 livres ou un salaire de SO ; c'était, pratiquement, ôter le droit de vote aux indigènes, ce qui satisfaisait tous les colons blancs,

M. Rhodes déclara publiquement à Kimberley (1891) qu*il voulait une fédération, mais qu*il Tatlendait du libre consentement des Étals : c'était le programme des A frikandei^s. Ils s'agissait de le faire accepter aux deux républiques. L'Orange (77 000 blancs, 130000 indigènes), faisant presque tout son commerce avec le Gap, avait laissé prolonger à travers son territoire les chemins de fer de cette colonie; il avait conclu avec elle (1890) une union douanière. L'influence anglaise n'y rencontrait pas d'opposition sérieuse, au contraire le président de la République sud-africaine, M. Paul Krûger, ancien insurgé de 1880, était hostile à l'immigration étrangère et à la fédération, et la majorité du Yolksraad partageait son avis. L'opposition entre ses vues et celles de M. Rhodes n'aurait peut-être pas amené de conflit, sans l'intervention des étrangers occupés aux mines d'or duTransvaal.

Ces mines étaient de nouveaux gisements découverts en 1884 dans le sud de la République et dont la richesse était inouïe. En quelques années la prospérité du Transvaal, tombée après l'épuisement des anciennes mines, se releva. Les gisements riches sont presque tous concentrés dans le district du Witv^atersrand.

L'or se trouve dans le quartz, qu'il faut faire sauter à la dynamite, puis broyer avec des machines à vapeur. Le travail est fait par des Gafres sous la direction d'un état-major blanc dont les chefs sont des personnages riches et influents. La capitale de l'or, Johannesburg, fondée en 1886 sur une lande déserte, est aujourd'hui une grande ville de 102 000 habitants, avec l'éclairage électrique des rues, des magasins, une bourse, des journaux, enfln tout ce qui caractérise une ville européenne, moins l'eau qu'on n'a pas encore pu lui amener. De toutes les « cités champignons », c'est peut-être celle dont la croissance a été le plus rapide. Les chemins de fer ont pénétré dans le Transvaal, qui n'avait connu jusque-là d'autres moyens de transport que les chariots à plusieurs paires de bœufs. Pretoria et Johannesburg sont reliés au Gap à travers l'Ofange, et à Lourenço Marquez sur la côte portugaise. Le revenu du Transvaal passait de 30000 livres (1870) à 1250000 (1892).

Néanmoins le président Krûger et le Volksraad étaient mécontents de Tafflux des étrangers. Quand on lui demanda l'autorisation de prolonger le chemin de fer vers le nord, où Ton avait découvert de nouvelles mines, le président refusa en disant : « C*est assez d*un Johannesburg, nous n*en voulons pas deux. » Johannesburg, exclusivement peuplé d*étrangers, écrasait la capitale, Pretoria, qui comptait à peine 10 000 habitants et n*était qu'une sorte de grand village. Les Boers et les étrangers {uittanders) formaient deux populations ennemies. Les uillanders n*avaient pas de droits politiques : ils se plaignaient d*ètre exploités par un gouvernement auquel ils n'avaient aucune part. La République prélevait sur les concessions minières, sur les exportations et les importations (sauf pour les marchandises portugaises) des droits élevés; c'étaient là ses principales recettes. Elle avait concédé le monopole de la vente de la dynamite à une compagnie qui majorait les prix de 40 p. 100, l'exploitation du chemin de fer à une compagnie néerlandaise dont les tarifs doublaient le prix de la houille. Elle refusait de résoudre la question du travail indigène selon les vœux des uillanders, qui réclamaient l'interdiction de l'importation de Talcool par le territoire portugais, l'élévation de la taxe des huttes de 12 fr. 50 à 125, sauf dans le cas où l'indigène était occupé aux mines; enfin l'obligation pour tout indigène de porter un numéro qui lui tiendrait lieu d'état civil et permettrait de le reprendre s'il s'enfuyait après s'être engagé au service d'un blanc. Les uitlanders n'avaient obtenu aucune concession, mais ils en prenaient leur parti, pensant que la couche de quartz aurifère serait épuisée en quelques années et qu'alors ils abandonneraient Johannesburg, la ville sans eau et sans culture, comme les chercheurs de diamants avaient délaissé Kimberley. Mais on découvrit près de Johannesburg de nouvelles couches aurifères au-dessous des anciennes et dans d'autres parties du Transvaal de nouveaux champs d'or. Les uillanders se considérèrent comme fixés pour longtemps dans la République et voulurent absolument obtenir des droits politiques pour les employer au profit de leur industrie (189i). Les Anglais de Johannesburg fondèrent une Union nationale

RUTOIIIK OKHÉRALC. XII. <«)

SOUS la direction de M. Charles Léonard : l'Union réclama» sans succès, des écoles anglaises et le droit de cité pour les étrangers. Elle s'entendit avec la Chambre des mines, c'est-à-dire avec le syndicat de toutes les compagnies, dont le président était M. Lionel Philipps. Le syndicat s'était borné jusque-là à acheter des membres du Volsksraad ; il avait dépensé de la sorte 75 000 francs pour empêcher le vote de la loi sur le repos du dimanche. Cette fois il s'agissait d'obtenir des droits politiques. MM. Léonard, Philipps et plusieurs industriels, dont un Américain, s'entendirent pour faire à ce sujet une agitation à Johannesburg; on allait jusqu'à prévoir un soulèvement; des armes, des munitions, des vivres furent introduits en secret dans des magasins. M. Rhodes, premier ministre du Cap, personnage important de la compagnie à charte et du principal syndicat de mines d'or, était au courant du mouvement et l'approuvait. Les meneurs pensaient que Johannesburg serait investi par les Boers; ils s'étaient assurés, dans cette éventualité, le concours d'un agent de la compagnie, le D' Jameson, vainqueur des Matabélés, qui devait venir délivrer la ville à la tête de sa police à cheval. Tout était prêt vers la fin de 1895. Dans un meeting à Johannesburg, les partisans du mouvement exposèrent leurs demandes de réformes avec des menaces contre le gouvernement boer, s'il ne cédait pas ; mais les uitlanders allemands, hollandais et français répliquèrent par une manifestation loyaliste à la Bourse. Les étrangers étaient coupés en deux factions et les chances de succès fort diminuées. M. Léonard se rendit en toute hâte à Capetown auprès de M. Rhodes pour le prier de télégraphier au D^ Jameson de ne pas intervenir avec ses soldats. Mais Jameson < prit le mors aux dents j>, il envahit le territoire transvaalien après avoir coupé le fil télégraphique qui le mettait en communication avec le Cap. Abandonné à lui-même, sans vivres, il fut cerné et pris par les miliciens boers. Ceux-ci se tournèrent ensuite contre Johannesburg, où le comité des réformes avait dominé pendant quelques jours, et y prirent les chefs du mouvement. L'agression de Jameson, l'intervention évidente de la compagnie de M. Rhodes ont éveillé la défiance des Hollandais contre

les Anglais. La République sud-africaine a acheté des canons et des fusils pour défendre son indépendance. L'Orange s'est rapproché d'elle par un traité. Enfin les Afrikanders du Cap ont pris position contre leur ancien allié, M. Rhodes, et les élections de 1898 leur ont donné une majorité de quelques voix, à l'Assemblée législative du Gap. La fédération de l'Afrique australe semble retardée pour longtemps.

L'Angleterre dans les autres parties de l'Afrique. — L'Afrique australe anglaise et l'Afrique centrale anglaise qui la prolonge ne sont qu'un des morceaux obtenus par l'Angleterre dans le partage de l'Afrique. Ce partage est un des plus grands événements coloniaux de l'époque contemporaine. Il a été préparé par des missions militaires chargées de traiter avec les chefs indigènes, obligées parfois de s'ouvrir un chemin par les armes, en butte à l'hostilité des représentants des autres nations; il a été opéré en Europe par des congrès de diplomates qui ont tracé sur des cartes parfois insuffisantes les zones d'influence des différentes nations. Chaque traité est suivi d'une délimitation de frontières sur le terrain ; aucun ne règle toutes les difficultés. Une fois établis sur la côte, les Européens sont obligés de détruire les Etats militaires indigènes au moyen d'expéditions meurtrières et coûteuses. Celles des Anglais, surtout la première expédition contre les Achantis (1873-1874), sont réputées comme les plus soigneusement préparées au point de vue du ravitaillement et de l'hygiène. On ne peut ici entrer dans les détails des annexions en Afrique. Voici d'une façon générale les positions occupées par les Anglais. 1* A l'ouest, leurs établissements de la côte de Guinée ont été tournés et coupés de l'intérieur par des colonies françaises; mais la convention de 1890 a donné aux Anglais le cours inférieur du Niger, la Bénoué, tous deux navigables, et la partie fertile et peuplée du Soudan jusqu'au lac Tchad (Lagos, colonie de la Couronne; protectorat de la côte du Niger). La convention de 4898 a partagé une région contestée entre France et Angleterre en décidant que la colonie du Dahomey rejoindrait les territoires français de la bouche du Niger. — 2^ A l'est, la côte et la région des lacs ont été partagées entre l'Allemagne et

TAngleterre à la suite de plusieurs conventions (1886-1890). Le territoire anglais comprend : le protectorat de Zanzibar; ri. B. E. A. {Impérial British Easl Africa) concédée jusqu'en 1895 à une compagnie, puis administrée directement; le protectorat de TOuganda (1894). S"" L'Egypte est occupée par une armée anglaise qui reprend au nom du khédive et avec le concours des troupes égyptiennes la partie du Soudan occupée par les Derviches. La question de savoir à qui appartiendront les pays du Haut-Nil, égyptiens avant l'insurrection mahdiste, a été réglée par les victoires de l'expédition anglaise et la convention franco-anglaise de 1899. En somme, sans TAfrique orientale allemande, et le Nil, du lac Victoria à Khartoum, redevenu égyptien, — les pays placés sous l'influence ou sous l'administration anglaise en Afrique s'étendraient < du Cap au Nil », suivant le mot de M. Rhodes. La plus grande partie de l'Afrique anglaise se compose d'annexions nouvelles dont l'organisation est à peine commencée. Deux morceaux très importants (Niger et Bhodesia) ont été abandonnés à des compagnies. La seule colonie qui ressemble à un Etat européen est le Cap, qui doit son récent développement aux mines de diamants et qui pourra devenir le centre d'une fédération de l'Afrique australe.

La reine Victoria a été proclamée Impératrice des Indes le 1*' janvier 1877 à Delhi, l'ancienne capitale du Grand Mogol, dans un darbar ou assemblée des princes et de grands personnages ; il y avait là 63 souverains, 300 nobles de l'Inde, le gouverneur général des possessions portugaises, des ambassadeurs (lu Siam, du Népaul, du Kachgar, du Beloutchistan, 15 000 soldats, des canons ornés d'or et d'argent, des éléphants couverts d'armures de parade. Ce ne fut qu'un épisode théâtral de l'administration directe, préparé par le ministre Disraeli. Il n*a créé qu'un titre nouveau. Le gouvernement anglais a continué la politique inaugurée en 18S8 : plus d'annexions aux Indes; les Etals vassaux gardent leurs souverains; on a même rétabli en

1882 la dynastie de Mysore, dépossédée depuis cinquante ans. L'administration continue lentement à devenir occidentale, préoccupée de Tintérôt du pays, au lieu d*ètre une simple exploi* iation des habitants par Timpôt, à la manière orientale. Cette évolution est contrariée par les expéditions et les annexions qui recommencent à la frontière nord-ouest, pour répondre aux progrès de la Russie dans TAsie centrale.

Anglais et indigènes. — Le gouvernement direct a pris trois séries de mesures en faveur des indigènes :

1* Il a continué à réaliser lentement la promesse faite en 1858 d'employer les Indous sur le même pied que les Anglais; ils occupent tous les emplois inférieurs de la police, des finances et de la justice. Le parlement a promis en 1893 que les examens pour les hauts grades du civil service se passeraient simultané* ment aux Indes et en Angleterre. Mais la mesure n*a pas encore été appliquée et Temploi des indigènes dans les postes élevés ne donne pas de bons résultats. Seuls, à peu près, les Indous du Bengale entrent dans Tadministration ; les musulmans, tenus en défiance par suite des souvenirs de 1857, et les Sicks, qui préfèrent être soldats, les méprisent et ne souffriraient pas d'être gouvernés par eux. Les fonctionnaires indigènes n'ont pas la même conception de la moralité que les Européens; les juges acquittent trop facilement les personnes des hautes castes; i la suite des faits de ce genre on a supprimé les jurys indous en 1862. Les administrateurs vivent de leur charge. < Nous autres Indous, disait l'un d'eux au membre financier du conseil de l'Inde, nous mentons toujours quand cela nous convient. » Ce sont les mœurs administratives que les Européens ont trouvées partout en Extrême-Orient.

2* On a essayé d'intéresser les Indous de toute race aux affaires de leur pays en créant des municipalités, des conseils de district, tout un gouvernement local où ils peuvent entrer tantôt par élections, tantôt par désignation. Quelques-uns des leurs sont nommés par le gouvernement membres du Conseil de Calcutta et des conseils des présidences. La presse indi* gène a obtenu une assez grande liberté sous un gouverneur libéral, lord Ripon (1882); elle a près de 600 organes en 16 lan<

gues. Depuis 1886 un Congrès national, composé dindons brahmanistes, se réunit chaque année dans une des grandes villes de Tlnde et présente des vœux pour l'emploi des Indous dans les hautes fonctions et rétablissement du régime parlementaire. Le mouvement est conduit par les hautes classes indoues brahmanistes, et c'est à elles surtout que profitent les concessions. Elles se déclarent loyalistes, mais on ne sait jusqu'à quel point va leur sincérité. Les Indous apprennent l'anglais, mais conservent leurs religions et leurs habitudes de castes. Les grands personnages recherchent les invitations du vice-roi, mais évitent de manger ou de boire avec les Européens et fuient leur contact comme impur.

S"» Pour la masse du peuple, on a continué à la civiliser d'en haut, en réprimant les coutumes considérées comme barbares et en lui donnant des habitudes européennes. On a empêché le meurtre des filles dans le Pendjab, le nord-ouest et Bombay, interdit le mariage d'enfants trop jeunes (1891), et ordonné la vaccination. Le récent développement des manufactures a amené le vote d'une loi qui interdit le travail des enfants au-dessous de quatorze ans et limite celui des femmes à 11 heures par jour (1892). Les effets de l'opium ont été étudiés par une commission dont les conclusions furent que l'opium faisait moins de mal aux Indiens que l'alcool aux Européens (1896). Une commission d'enseignement créée par le vice-roi libéral Ripon (1882) a fait accorder des subventions aux écoles indigènes jusque-là négligées. De 1858 à 1898 le budget de l'instruction publique a été décuplé; mais les écoles ne sont encore fréquentées que par 21 p. 100 des garçons et 2 p. 100 des filles. C'est à peine si 12 millions d'indigènes savent lire et écrire. Les effets de l'administration anglaise sont souvent mal interprétés par les indigènes. La vaccination, par exemple, était regardée par un chef musulman comme un moyen de découvrir le mahdi, qu'on reconnaît à la couleur de son sang. Les Indous ne voulaient pas la subir pour ne pas être souillés par le contact des blancs. Toutes les races, toutes les religions se refusent à l'assimilation. La propagande acharnée et coûteuse des missionnaires chrétiens depuis plus d'un siècle n'a pas converti un

deux-centième des habitants : on dit couramment qu'aux Indes une conversion coûte 25000 francs. Il est vrai que l'indigène est rebuté par la raideur de l'Anglais qj^i méprise en lui le blackfellow^ ou < l'idolâtre > ; mais les causes profondes de son hostilité contre les blancs sont religieuses. Les mêmes causes d'ailleurs séparent les castes indoues, brouillent les diverses religions : les musulmans insultent les processions brahmanistes et égorgent des vaches sur leur passage; les autres répondent en jetant des cochons dans les mosquées; de là des rixes fréquentes où les soldats anglais interviennent pour rétablir Tordre, car la police indigène est trop partiale. En somme les Indes n'ont d'autre unité que celle de l'administration, et les rivalités de ses peuples sont une des raisons qui maintiennent la domination étrangère.

Lies famines et les mesures préventives. — Rien ne montre mieux l'esprit nouveau de l'administration anglaise et en même temps l'insuffisance de ses effets, que les mesures inaugurées par elles pour prévenir les famines. La famine, a-t-on dit, est « une institution de l'Inde ». La population est en immense majorité agricole et vit de riz sur les côtes, de millet dans l'intérieur. La pluie, indispensable aux céréales, tombe quand les moussons soufflent de l'Océan Indien et arrivent chargées d'eau. Si le vent manque ou s'il tarde simplement, la récolte est perdue et la famine commence. La famine a toujours éclaté périodiquement dans Tlnde, mais ni les radjahs, ni les musulmans, ni la compagnie n'avaient pensé à la combattre. Sous l'administration directe, le vice-roi commença à intervenir. De 1861 à 1869, il fit, a trois reprises, distribua* des vivres aux habitants pendant des famines locales. En 1873-74, une famine restreinte au Bihar éveilla pour la première fois la compassion de la métropole qui envoya de l'argent. En 1876-77, la pluie manquait deux années de suite dans le sud, et pendant l'année 1877 partout ailleurs, sauf au Bengale. 59 millions d'habitants souffraient de la famine, à laquelle se joignit le choléra. On employa les aff'amés à des travaux de charité, on fit des distributions gratuites ; le gouvernement seul dépensa 275 millions. Malgré les secours, on compta 5 millions 1/4 de morts

par la faim <et le choléra, et 2 millions de naissances en moins. Le Parlement impérial fit faire une grande enquête dont le résultat a été publié «en 1880. Il fut décidé qu'un fonds d'assurance contre la famine serait constitué au moyen d*un prélèvement annuel sur le budget : cet argent devait être employé dans les périodes de prospérité en travaux d'irrigation destinés à suppléer au défaut de pluie, en chemins de fer destinés à assurer Tapprovisionnement rapide des régions éloignées, et le reliquat devait être distribué en secours pendant les famines. Le fonds de famine fut constitué, mais comme le fléau avait cessé et que l'augmentation des dépenses militaires absorbait une partie toujours plus grosse du revenu, on cessa de l'alimenter, et le gouvernement des Indes fut pris au dépourvu par la terrible famine do 1896. Cette année, la pluie manqua absolument dans la région du Gange moyen, la plus riche et la plus peuplée de l'Inde, et à peu près complètement dans le Pendjab et le centre. Près de 60 millions d'indigènes souffrirent de la famine ; la caisse de famine, les souscriptions des princes feudataires et de la métropole, les ateliers de charité, les distributions gratuites furent absolument insuffisants; les indigènes mouraient de faim sur les routes, dans les rues et les cours où ils cherchaient des débris de cuisine et des épluchures; plusieurs bandes attaquèrent des convois de vivres et furent dispersées à coups de fusil. La peste bubonique apparut à Bombay et dans plusieurs villes. Enfin la pluie reparut à la fin de 1896 et en 1897.

Le gouvernement avait dépensé 50 millions de roupies, en avait perdu 40 autres sur le rendement des impôts. Il revint aux mesures de prévoyance, et le fonds de famine fut reconstitué. La négligence de l'administration des Indes a soulevé en Angleterre de vives protestations. L'opinion libérale de la métropole s'est prononcée contre les mesures de rigueur employées depuis l'époque de la famine par le gouvernement conservateur contre la presse indigène.

Les cultures; commencement de la grande industrie : le commerce et les douanes. — Les mesures pour défendre les petits fermiers du Bengale contre les exigences

des zémindars ont été complétées; dans leDekkan, pays de petits propriétaires chargés de dettes, on a donné aux tribunaux le droit de réduire les intérêts et dans certains cas le principal des créances; on a pu dire que le gouvernement était plus révolutionnaire et les travailleurs agricoles mieux protégés au Dekkan et au Bengale qu'en Irlande ou en Angleterre; ces mesures ont d'ailleurs excité les protestations des conservateurs anglais. La production agricole a été encouragée par le développement des voies de communication et par le remaniement des tarifs douaniers. Llnde a aujourd'hui plus de 30 000 kilomètres de chemins de fer, le réseau le plus important de l'Asie; ils ont été construits pour développer le commerce, pour ravitailler les régions menacées par la famine et enfin, surtout au nord-ouest, pour assurer la défense. Le gouvernement s'est mis à en construire depuis 1875 : la plus grande partie de ceux qui datent des dix dernières années appartiennenl à l'Etat et sont exploités par lui ou par des compagnies fermières. Les douanes des Etats fendataires ont été supprimées. Pour les douanes extérieures on a vu * qu'elles avaient été établies en partie au profit de l'industrie et du commerce anglais contre ceux de l'Inde. Les producteurs de l'Inde ont protesté et on leur a fait plusieurs concessions. En 1873 le droit d'exportation sur les blés indiens a été supprimé. Le Pendjab et le Gange moyen se sont mis à envoyer du blé en Europe et leur exportation augmente chaque année. C'est un événement capital dans l'histoire économique de l'Inde.

La renaissance de l'industrie du coton est peut-être plus importante encore. L'ancien tissage à la main avait été tué par la concurrence des filatures à vapeur du Lancashire et de Glasgow. L'Inde, après avoir été le seul pays producteur d'étoffes de coton, était devenue la cliente obligée de l'Angleterre. Les cotonnades étaient la principale exportation de la métropole aux Indes. Elles furent longtemps comme tous les objets importés frappées d'un droit de 10 p. 100 à leur entrée aux Indes. Mais les manufacturiers anglais obtinrent, malgré Top-

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