RÉPUBLIQUES BOERS
à prendre un seul des assiégeants ni un seul de leurs canons. C*est pendant cette période de la guerre que le colonel de Villebois-Mareuil fut tué à BoshoF, au cours d'une reconnaissance d'une audace inouïe, dirigée vers Kimberley.
Cependant Lord Roberts avait réuni à Biœmfontein ses gros bataillons et refait sa cavalerie. Il se mit en marche vers le Transvaal et fit tomber, par des mouvements tournants que lui permettait l'écrasante supériorité de ses effectifs, toutes les lignes de défense préparées par les Boers. Le 3 mai, Brandfort était occupé, le 12 Kroonstadt, le 30 Johannesburg et le 5 juin Pretoria. Les Boers n'avaient pu s'arrêter nulle part devant cette formidable armée. Les combats les plus sérieux furent livrés en avant de Pretoria, non pour préparer la résistance de cette place forte, mais au contraire pour donner le temps de la désarmer et d'envoyer son artillerie dans les montagnes de Lydenburg, à l'est du Transvaal, qui paraissaient devoir être le dernier réduit de la défense des républicains. Bientôt les commandos qui défendaient la passe de Laing's Nek abandonnèrent ce col au général Buller qui remontait du Natal, et gagnèrent à leur tour, avec tous leurs canons, la région montueuse de Lydenburg et de Barberton.
Dans l'intervalle une colonne légère avait délivré, le 18 mai, Mafeking assiégée depuis le début des hostilités et admirablement défendue par le colonel Baden-Powel. Cet heureux événement a soulevé un enthousiasme délirant par toute l'Angleterre.
Le mois de septembre a montré que la résistance des Boers dans les montagnes de Lydenburg ne devait pas être ce qu'on en attendait. Les républicains, vaincus d'abord à Machadodorp, sur le chemin de fer de Pretoria à Lourenço-Marquès, ont très vite été chassés de Barberton, de Lydenburg et de la très forte position de Spitzkop : le président Kriiger, incapable, vu son grand âge, de suivre des commandos qui ne devaient plus se livrer qu'à la guerre fugace des guérillas, s'est réfugié à Lourenço- Marquès d'où un croiseur hollandais l'a transporté en Europe. Pendant ce temps, Botha allait au nord chercher une nouvelle base de résistance dans les montagnes du Zoutpansberg.
Histoire générale. XII. 56
Mais la fin de la résistance en ligne des Boers n*a pas été celle de la lutte. Cette dernière se poursuit sur toute Tétendue des deux Républiques envahies. Ces pays sont appelés dans la terminologie politique anglaise « colonie du Fleuve Orange » et (( colonie du Transvaal », mais, en dépit de toutes les proclamations d'annexion, les Boers ne se résignent pas. Les guérillas parcoAirent tout le territoire, attaquent les postes anglais isolés, coupent les chemins de fer. Partout les Boers retrouvent des fusils, des munitions et même des canons qu'ils ont cachés. C'est une immense chouannerie qui couvre tout le pays, une résistance spontanée, générale, de toute la population. Aussi peu à peu les Anglais arrivent-ils à chercher à détruire cette dernière. Ils concentrent les paysans dans les villes, quelquefois même ils les déportent; ils brûlent les fermes.
Reste à savoir s'ils parviendront à faire disparaître la seule population européenne qui soit adaptée à la vie sur les maigres campagnes sud-africaines, et s'ils pourront jamais la remplacer par des immigrants britanniques. Le problème est grave, caries Boers forment, avec les Hollandais du Cap et du Natal, la majorité des habitants blancs de l'Afrique Australe, et il ne semble pas qu'on puisse rallier sincèrement à l'impérialisme britannique tous CCS Afrikanders des colonies et des Républiques vaincues. On leur a trop montré que la guerre était une guerre de race; dans un moment de sincérité brutale, le Haut Commissaire britannique. Sir Alfred Milner, s'est écrié devant un des principaux Hollandais du Cap : « Ma fonction est de détruire la domination de l'afrikandérisme ». On peut se demander si l'afrikandérisme, si le nationalisme des Hollandais d'Afrique pourra être apaisé, ou si les Anglais pourront submerger la race rivale, ce que le passé de l'Afrique Australe ne rend guère probable. C'est là une des plus grosses questions africaines que le xx*" siècle aura à résoudre.
Les origines de la politique africaine de Tltalie. —
Lltalie, comme toutes les puissances européennes depuis une vingtaine d années, a estimé qu'elle eût dérogé en n'acquérant pas, de même que tout le monde, des colonies. Ainsi que les autres elle songea à TAfrique où il y avait encore quelques places vacantes. L'objet de ses ambitions y fut, d'ailleurs, précisé par un fait secondaire : l'achat en 1869, par la Compagnie maritime Rubattino, de la baie d'Assab, sur la côte sud-occidentale de la mer Rouge, au moment où l'ouverture du canal de Suez faisait de cette mer, jusque-là sans issue, une partie de la plus grande voie maritime du monde. En 1882, lorsque l'Italie, déçue a Tunis, chercha des compensations, elle songea à Assab où flottait déjà son pavillon. Le gouvernement italien acheta pour 400 000 francs les droits de la Compagnie Rubattino. Mais un peu après l'Italie allait se laisser prendre au mirage dangereux d'une collaboration avec l'Angleterre, dont elle a toujours cherché l'occasion avec une ardeur et même une obséquiosité étonnantes. Les Anglais étaient en Egypte et le Mahdi venait (le soulever le Soudan. L'Angleterre devait désirer qu'une autre puissance la délivrât du souci onéreux de compléter, au sud de Souakim, le système militaire qui interdisait aux mahdistes l'accès de la mer Rouge, d'où pouvaient leur arriver des armes et des munitions. Kassala venait d'être pris par les derviches ; il fallait donc surveiller la côte voisine. D'autre part les Anglais ne devaient pas être fâchés qu'elle fut occupée par des collaborateurs zélés, car ils pouvaient craindre de voir la France faire revivre ses droits anciens sur la baie d'Adulis, où l'empereur d'Ethiopie, Jean, aurait voulu, dit-on, faire déployer le drapeau tricolore. C'est pourquoi, en 1885, les Anglais appelèrent les Italiens à Massaouah et sur le littoral voisin.
Un peu après, M. Crîspi arrivait au pouvoir et y apportait d'immenses ambitions africaines. Sous sa direction l'Italie plantait, en 1888, son drapeau sur une interminable plage de
Tocéan Indien, le littoral d^Oppia et du Bénadir, de la rivière Djouba jusqu*en deçà du cap Gardafui. La possession de ce littoral aride et désert lui paraissait nécessaire parce qu'il dessinait au sud, tandis que Massaouah et Âssab Tesquissaient au nord, le vaste empire colonial dont M. Crispi songeait à foire ceindre la couronne au roi Humbert. Cette cérémonie prématurée n*eut pas lieu, mais le nom d'Erythrée, qui devait être donné à Tempire africain du roi Humbert, fut officiellement adopté, le 1*' janvier 1890, pour désigner la banlieue, encore bien modeste, de Massaouah.
L'opposition sourde de l'Angleterre. — Mais les déceptions n'allaient pas tarder à venir, d'abord du côté des bons amis anglais. En même temps que les Italiens commençaient contre l'Ethiopie des entreprises dont nous parlerons plus loin, ils marchaient vers le Soudan égyptien, vers le Nil, dont l'Angleterre venait de se réserver la possession par son traité du 4'^ juillet 1890 avec l'Allemagne: cette même année une colonne italienne avait poussé jusqu'à Agordat, sur la route de Kassala et de Khartoum. Les Anglais s'émurent immédiatement; ils pouvaient bien admettre qu'une Italie, comparse soumise, servît à couvrir du côté de l'est la vallée du Nil contre des tiers entreprenants, mais pas qu'elle disputât elle-même à la politique britannique ce domaine réservé à l'Angleterre. L'Italie devenait encombrante, l'Angleterre lui fit sentir la bride en la forçant à signer les protocoles du 24 mars et du 15 avril 1891. Ces actes donnèrent le 35"" méridien E. de Greenwich comme la limite la plus extrême que l'Erythrée pouvait atteindre vers l'ouest. Les Italiens étaient définitivement arrêtés à plus de 200 kilomètres du Nil.
Sans doute le protocole du 15 avril 1891 accordait à l'Italie quelque chose de plus : le droit d'occuper provisoirement Kassala et une petite partie du pays voisin. L'Angleterre, qui prenait à son gré tous les territoires égyptiens qu'elle trouvait à sa portée ou qui les donnait, comme Massaouah, à ses associés, se sentait prise de scrupules en ce qui concerne Kassala. Elle déclarait que les droits de khédive n'y étaient qu'en suspens et stipulait que, aussitôt que les Egyptiens seraient en état d'oc-
cuper Kassala, les Italiens leur céderaient la place. Ce moment arriva le 25 décembre 1897, mais, à cette époque, les Italiens élaient bien revenus de leurs ambitions africaines ; ils avaient subi leurs désastres en Ethiopie, et ils étaient heureux de voir cesser une occupation qu'ils ne considéraient plus depuis longtemps déjà que comme un fardeau.
La lutte entre ritalle et rÉthiopie. — Nous avons vu que les protocoles de 1891 écartaient les Italiens de Théritage égyptien dans la vallée du Nil, mais ils attribuaient à leur sphère dlnQuence un immense territoire dans TEst africain, autour des petites possessions françaises d*Obok-Djibouti et anglaises du Somaliland, qui y formaient enclave. Malheureusement pour les Italiens, leur lot africain comprenait, avec pas mal de déserts, la patrie montueuse, presque inabordable, du seul peuple indigène digne du nom de nation : les Ethiopiens. L'Ethiopie, depuis l'expédition anglaise de Lord Napier et la mort de Théodoros en 1868, était livrée à un obscur travail de renaissance nationale. La grande féodalité avait été fort amoindrie par le roi Jean, la nation reprenait conscience d'elle-même; et ce peuple, toujours redoutable par sa bravoure et le caractère physique de sa citadelle montagneuse, devenait un ennemi de plus en plus dangereux. A peine débarqués sur la rive de Massaouah les Italiens se heurtèrent à l'Ethiopie. Le littoral est fiévreux, aride, ils devaient fatalement être attirés par le climat des hauts plateaux qui le dominent immédiatement. Mais ils y rencontrèrent, et dans des conditions fâcheuses, les vassaux de l'empereur d'Ethiopie : en 1881, un de leurs détachements élait anéanti par le ras AloulaàDogali. Un peu après l'empereur Jean arriva avec une grande armée pour faire face aux envahisseurs qui paraissaient menacer la vieille indépendance éthiopienne. Il se retrancha derrière Saati, dans des positions très fortes d'où il bloquait en fait Massaouah, et d'où les 20 000 soldats du général San Marzano, ni tous les efforts de la diplomatie ne purent le déloger. Mais le choc entre l'Italie et l'Ethiopie fut retardé par une diversion absolument accidentelle : les derviches montaient du côté de l'ouest à l'assaut des montagnes éthiopiennes. Le négus Jean dut quitter en toute hâte les lignes de Saati pour se
porter au devant de ces barbares. Il les écrasa dans la journée de Metemma (10 mars 1889), au soir de laquelle, cependant, il périt tué par une balle perdue. L*Ethiopie allait être en proie à une de ces périodes d^anarchie qui s'ouvrent presque toujours pour elle lorsque le trône impérial devient vacant.
Les Italiens auraient pu en profiter, empêcher aucun des prétendants d'arriver à une situation trop prépondérante ; en un mot ils devaient diviser pour régner. Ils pouvaient opposer l'un à l'autre Mangacha, ras du Tigré, fils naturel du roi Jean et son héritier désigné, et Ménélik, roi du Choa. Mais ils furent aveuglés par le souvenir de difficultés de mur mitoyen qu'ils avaient eues déjà avec le Tigré et ils s'imaginèrent qu'il était adroit de soumettre l'Ethiopie à seul un homme à la condition qu'il fût le leur. C'est pourquoi ils crurent faire un coup de matlre en s'arrangeant avec Ménélik, le roi du Choa, déjà bien redoutable cependant par l'étendue de son royaume très peuplé, et qui confinait aux régions sans maître du sud, d'où il pouvait tirer de l'or, de l'ivoire et des guerriers. C'est néanmoins ce personnage qu'ils aidèrent à ceindre la couronne impériale. Ils le reconnurent comme roi des rois d'Ethiopie par le traité d'Oucchiali (2 mai 1889), lui firent accepter dans une phrase équivoque le plus vague des protectorats. Par ce même arrangement, Ménélik assignait aux Italiens une frontière qui ne leur laissait qu'une colonie modeste, en demi-cercle autour de Massaouah. Mais M. Crispi ne craignait guère alors de céder aux exigences de Ménélik, un vassal dont on ferait bientôt un sujet. Il aida même le roi du Choa à rendre sa souveraineté effective
sur toute l'Ethiopie en lui faisant consentir, par la Banque nationale de Florence, le prêt d'une somme de 4 millions de francs dont il avait besoin à ses débuts.
Mais les difficultés commencèrent presque aussitôt. Les Italiens commirent une dernière faute : le général Orero envahit le Tigré en 1890. C'était à la fois faire complètement l'unité éthiopienne, jeter Mangacha, le seul rival possible de Ménélik, dans les bras de ce dernier, et violer le traité d'Oucchiali. On fit bien un nouvel arrangement pour fixer la frontière à la ligne formée par les rivières Mareb, Bélésa, Mouna; mais à
partir de ce moment la rupture était latente entre les deux parties. Le gouvernement italien cherchait à affirmer par tous les procédés possibles son protectorat sur TEthiopie, tandis que Ménélik s*efforçait de donner au monde entier Tim pression que son empire était indépendant. C^est ainsi que, dès le 10 avril 1891 , il adressait à toutes les puissances une circulaire dans laquelle il revendiquait la frontière du Nil Blanc, et déclarait que TËthiopie devait être respectée dans le partage de TAfrique.
Le différend avec lltalié portait sur Tarticle 17 du traité d'Oucchiali. Les textes italien et amharique n'étaient pas d'accord, le premier disant : « Le roi des rois d*Ethiopie devra » ; et le second : < pourra se servir de la diplomatie italienne pour traiter toutes ses affaires avec les puissances européennes ». De la version italienne, les Italiens concluaient qu'ils avaient un droit de protectorat sur l'Ethiopie, mais Ménélik repoussait obstinément cette prétention. Pour ne laisser à ses adversaires aucune prise sur lui, il se hâta de rembourser l'argent qui lui avait été avancé conformément au traité d'Oucchiali. Puis le négus écrivit au roi Humbert : « J'ai constaté que le texte amharique et la version italienne de l'article 17 ne sont pas identiques. J'ai stipulé que les affaires éthiopiennes pourraient être traitées, par amitié, par la diplomatie italienne, mais je n'ai jamais entendu en prendre l'engagement par un traité. Votre Majesté doit comprendre qu'aucune puissance indépendante ne ferait pareille chose. Si vous avez à cœur l'honneur de votre allié, vous vous hâterez de rectifier l'erreur d'interprétation de l'article 17 et de porter cette rectification à la connaissance des puissances européennes auxquelles vous avez communiqué cet article mal traduit ». Il va sans dire que le gouvernement italien ne songeait pas à se conformer à cette demande. Il envoya le comte Antonelli, un vieil Africain, auprès du négus pour tâcher d'arranger les choses; mais la mission échoua. Comme le comte disait à Ménélik que toute communication aux puissances, pour leur faire part de l'adoption de la version éthiopienne de l'article 17, blesserait la dignité italienne, Ménélik répondit : c Si vous avez votre honneur, nous avons aussi le nôtre ». Enfin le négus, profitant de ce que le traité conclu
en 1889 pour cinq ans pouvait être ou non renouvelé en 1894, le dénonçait d'avance et en avisait les autres souverains dès juillet 1893. « Sous des apparences d'amitié, leur écrivait-il, on n*a en fait cherché qu*à s'emparer de monpays....jen*aipasrintention de porter, en quoi que ce soit, atteinte a notre amitié avec l'Italie, mais mon empire a une importance suffisante pour ne rechercher aucun protectorat et vivre indépendant. Je tiens donc à porter à voire connaissance mon intention de ne renouveler en aucune façon ce traité. »
En Italie on n'attacha pas une grande importance à cette situation. Le principal, en attendant l'occupation effective, n'était pas de faire accepter à Ménélik l'interprétation ilalienne du traité d'Oucchiali, mais bien de s arranger avec les puissances pour qu'elles reconnussent le protectorat italien, ce qu'elles firent presque toutes. Mais on eut un rude réveil lorsqu'on voulut transformer des prétentions en possession de fait. M. Crispi s'impatientait et il poussait le général Baratieri, qui marcha follement de l'avant, se croyant définitivement vainqueur, parce que, au début de 1895, il avait battu le ras Mangacha à Coatit et à Sénafé et était entré en vainqueur à Âdoua et à Âxoum, les capitales du Tigré. Il alla encore plus loin, jusque vers le lac Achiangui. Mais à ce moment même, Ménélik, lent et soigneux, réunissait autour de lui, dans le Choa, tous les bans de TËlhiopie, jusqu'aux gens du Kaffa et aux lointains Gallas du sud. Son armée concentrée, il remonte lentement vers le nord. Une colonne italienne envoyée trop en avant sous les ordres du major Toselli est anéantie à Amba-Alagui; peu de jours après, le fort italien de Makallé capitule. Alors Ménélik se couvrant habilement dans sa marche de la garnison de ce poste, qu'il ramène aux Italiens, arrive en plein Tigré. Baratieri a évacué Adoua, de grands renforts lui sont arrivés d'Italie; il a, assureton, 60 000 hommes, mais c'est trop peu pour défaire les 200 000 guerriers bien armés et bien commandés du négus. Il attaque cependant ce dernier près d'Adoua, le l''^ mars 1896, mais il est écrasé, et l'armée italienne complètement dispersée laisse 9000 hommes sur le carreau. M. Crispi était par terre et les grandes ambitions africaines de l'Italie dissipées.
Six mois après, le 13 novembre 1896, le major Nerazzini signait à Addis-Ababa, avec Ménélik, un traité par lequel le roi Humbert renonçait à toute idée de protectorat sur TEthiopie. Lltalie conservait les pays au nord de la frontière fixée provisoirement à la ligne des rivières Mareb-Bélésa-Mouna. Sur la côte du Bénadir ses possessions étaient arrêtées à 200 kilomètres environ de la mer. Le 14 mai 1897, M. di Rudini faisait à la Chambre italienne une déclaration aux termes de laquelle il s*engageait à suivre une politique très modeste dans TErythrée et à n*y pas dépenser plus de dix millions par an. On n*a pu que tout récemment descendre jusqu'à ce chiffre, mais il est certain que la période des aventures est close. Un arrangement a été récemment signé à Rome, rendant définitives les limites italo-éthiopiennes stipulées dans le traité d* Addis-Ababa. La côte du Bénadir a été confiée a une société à charte et on a cherché, mais sans y parvenir jusqu'à présent, à soumettre le territoire de Massaouah au même régime. Du grand empire rôvé par M. Crispi ritalie possède en fait 500 000 kilomètres carrés, environ. Ses possessions sont en grande partie désertiques et très peu peuplées, le commerce faible, le développement à peine commencé : les travaux publics se sont bornés jusqu'ici à la construction de quelques petits chemins de fer économiques dans la banlieue de Massaouah.
La situation actuelle de rËthiopie. — Avant de quitter cette partie de l'Afrique il nous faut dire encore quelques mots sur l'Ethiopie. On s'est beaucoup occupé de ce pays depuis qu'il s'est révélé puissance sérieuse : l'Angleterre surtout, qui domine dans la vallée du Nil, ne le perd pas de vue. En 1897, avant la victoire d'Omdurman et l'incident de Fachoda, elle craignait de voir Ménélik aider les expéditions françaises qui étaient en route pour le Nil. Le 28 avril 1897 arrivait à Addis-Ababa une mission anglaise sur laquelle coururent les bruits les plus mystérieux : on dit, un moment, malgré l'invraisemblance de la nouvelle, que les Anglais avaient reconnu à Ménélik la frontière du Nil blanc qu'il revendiquait en 1891. La vérité c'est que, le 14 mai 1897, un traité fut signé à Addis-Ababa entre les Anglais et le négus, qui fixait seulement les frontières de l'Ethiopie et
de la Somalie britannique. Toutes les autres limites, du côté du Nil et du lac Rodolphe, sont restées incertaines. On assure que le capitaine Harrington, représentant de la reine auprès du négus, négocie pour les déterminer. Mais ces assurances durent déjà depuis deux ans et elles ne se réalisent pas. On peut se demander si TAngleterre ne cultive pas de ce côté des germes de querelles futures, en vue d^une époque où, la question de TAfrique du Sud étant définitivement réglée, elle pourrait compléter son emprise sur l'Afrique Nord-Orientale.