I. Voir ci-«Ies»<us, t. XI, p
paiement des loyers et les échéances des effets de commerce avaient été suspendus pendant le siège ; on demandait de prolonger la suspension attendu que les affaires n'avaient pas encore repris. L'Assemblée refusa; il y eut en quatre jours 150000 protêts. 2** Les ouvriers encore sans travail n'avaient la plupart pour vivre que leur solde de garde national, de 1 franc 50 par jour; l'Assemblée supprima la solde, sauf pour les indigents pourvus d'un certificat.
Thiers, en arrivant à Paris le 15 mars, voulut affirmer la puissance du gouvernement par un acte d'autorité. Les gardes nationaux avaient amené à Montmartre 170 canons qu'ils considéraient comme leur propriété (ils avaient été fondus avec le produit d'une souscription). Le gouvernement envoya des troupes pour les reprendre par la force. Mais les soldats, entourés par une foule mélangée de femmes qui criait « Vive la ligne ! » refusèrent de tirer et se laissèrent désarmer; le général Lecomte qui les commandait fut pris, le général Clément Thomas, très impopulaire, fut arrêté et amené à Montmartre; tous deux furent fusillés (18 mars).
Thiers revenant au plan qu'il avait proposé jadis à Louis- Philippe, fit retirer le gouvernement et évacuer la ville et les forts, même le Mont-Valérien (qu'il se décida ensuite à faire réoccuper), et décida d'attendre jusqu'à ce qu'il eût organisé une armée suffisante pour reprendre Paris de force.
Le Comité central, laissé mailre de Paris, vint s'installer à l'Hôtel de Ville et prit le pouvoir. Les partisans du gouvernement dans Paris, abandonnés à eux-mêmes, essayèrent pendant plus de dix jours d'éviter la rupture. Les maires des arrondissements de Paris s'entremirent pour négocier entre le Comité central et l'Assemblée nationale. La négociation parut avoir réussi; pour satisfaire les Parisiens, les maires demandaient l'éleclion du Conseil municipal de Paris et l'élection du général de la garde nationale : le gouvernement consentit à laisser convoquer les électeurs, mais le Comité central, avançant la date de Télection, la fixa au 26 mars. Les maires cédèrent, l'Assemblée refusa. Les élections furent donc illégales. La plupart des élus furent des partisans du Comité central, décidés à la rupture ;
les partisans du gouvernemeot élus dans les quartiers pacifiques vinrent siéger au Conseil, mais s*en retirèrent aussitôt.
Le Conseil général de la Commune, élu par 229 000 volants sur 485 000 inscrits, se composait de 90 membres, dont plus d'une vingtaine se retirèrent. Ceux qui restèrent étaient en majorité partisans d'une dictature démocratique révolutionnaire à la façon de Blanqui, un des élus; ils s'appelaient eux-mêmes Jacobins et prétendaient reprendre la tradition de 93; les plus connus étaient d'anciens représentants de 1849 (Delescluze, Pyat). Il y avait une douzaine de membres du Comité central, tous inconnus, et 17 membres de Tlnternationale, partisans de réformes sociales par voie pacifique. Le Comité central, après avoir promis de se dissoudre, continua de siéger, se donnant comme mission de servir de « lien entre le Conseil et la garde nationale >. Le pouvoir resta ainsi exercé à la fois par le Conseil et le Comité central ; c'est ce gouvernement confus qu'on appelle la Commune, Ses partisans se donnaient le nom de fédéi'és ; mais la grande majorité du pays refusa de les reconnaître pour des insurgés politiques, on les traita en malfaiteurs et l'usage s'établit de les désigner par les sobriquets de communards ou communeux.
La Commune, dont les séances furent d'abord secrètes, organisa un pouvoir exécutif formé d'une < commission executive » et d'une dizaine de commissions spéciales (militaire, finances, justice, sûreté générale, travail, industrie, subsistances, services publics, enseignement, relations extérieures). Elle abolit la conscription et établit le service militaire obligatoire dans la garde nationale pour tous les hommes valides de dix-huit à quarante ans. Elle adopta le calendrier républicain et le drapeau rouge, emblème de la révolution sociale. Elle déclara nuls tous les actes du « gouvernement de Versailles ».
La Commune essaya d'abord d'étendre la Révolution à toute la France en détruisant le gouvernement de Thiers et de l'Assemblée. Les fédérés tentèrent une sortie générale le 3 avril; ils marchèrent sur Versailles en trois colonnes, par Nanterre, par Meudon, par Sceaux. Toutes trois furent repoussées par les soldats de ligne et les gendarmes. Plusieurs chefs fédérés furent
fusillés sans jugement. La Commune répondit par le décret des otages, qui ordonnait d'emprisonner les notables qui seraient reconnus par un jury parisien « suspects d'entente avec Versailles », et annonçait que Texécution d'un fédéré prisonnier de guerre serait suivie de Texécution d'un nombre triple d'otages. (Le jury ne fut formé que le 19 mai.)
En même temps, les révolutionnaires du Midi et du Centre essayaient de soulever les villes et d'y établir une Commune indépendante de TAssemblée. Le mouvement fut tenté à Lyon en mars, au Creuzot (26 mars), à Saint-Etienne où le préfet fut massacré (25 mars), à Toulouse (23-26 mars), à Narbonne (14-31 mars), à Marseille (23 mars-3 avril), à Limoges (4 avril). Partout il fut réprimé ; à Marseille, par des exécutions.
L'armée se formait autour de Versailles avec les soldats français à mesure qu'ils revenaient d'Allemagne. Quand elle fut assez forte pour prendre l'offensive, elle commença le siège de Paris.
La Commune isolée, enfermée dans la ville, réduite à une guerre défensive, changea son programme et son organisation. Le Conseil publia (20 avril) la Déclaration au peuple français. < Que demande Paris? La reconnaissance et la consolidation de la République... L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France... L'autonomie de la Commune jri^'aura pour limites que le droit d'autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l'association doit assurer l'unité française. Les droits inhérents à la Commune sont : le vote du budget communal... la fixation et la répartition de l'impôt, la direction des services locaux, l'organisation de sa magistrature, de sa police intérieure et de l'enseignement... le choix par l'élection ou le concours... des des fonctionnaires communaux de tous ordres... l'organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses chefs et veille seule au maintien de l'ordre... » Ainsi la Commune rompait avec la tradition républicaine de 93, qui fondait l'unité française sur la centralisation en donnant à Paris le gouvernement direct de la France. Elle acceptait la doctrine fédéraliste de l'autonomie de la Commune, et n'acceptait entre les communes à peu près souveraines d'autre lien que « la grande
administration centrale, délégation des communes fédérées ». Insurgée contre le gouvernement central de la France, elle se résignait à ne réclamer le gouvernement que dans Paris, espérant que Paris par son exemple dirigerait les autres communes.
Le Conseil, complété par Télection de 21 membres (16 avril), réorganisa le pouvoir exécutif (20 avril) en remplaçant chaque commission spéciale par un c délégué » faisant fonctions d'un ministre : la Commission executive, formée de la réunion de ces délégués, devenait une sorte de ministère. Les membres de rinternationale firent voter quelques réformes sociales qu*on n*eut pas le temps d'appliquer. On n^essaya pas de prendre la Banque de France, qui renfermait environ 3 milliards de valeurs; la Commune se contenta de quelques avances pour les dépenses publiques (en tout 7 millions).
Les tentatives de conciliation des Chambres syndicales (8 avril), de la < Ligue d'Union républicaine > (13 et 21 avril), de la franc-maçonnerie, échouèrent pour une raison de principe : le gouvernement ne voulait pas traiter avec les insurgés. Après la perte du fort d'Issy, la Commune, à une faible majorité, créa un Comité de salut public; la minorité protesta (15 mai) contre cette abdication c entre les mains d'une dictature ». Le pouvoir se concentra alors aux mains* des partisans de la résistance à outrance; ils proposèrent de faire < la guerre scientiflquc », qui consistait à détruire la ville. Le jury d'accusation des otages fut constitué et le Comité de salut public supprima les journaux d'opposition tolérés jusque-là.
Prise de Paris et répression. — Avant que la défense fût organisée, l'armée française entrait sans combat par le Point-du-Jour, à un endroit non gardé, et occupait les quartiers de l'ouest (21 mai). Le Conseil de la Commune se dispersa, chacun allant organiser la défense dans son quartier. Les fédérés élevèrent des barricades et se défendirent sans plan d'ensemble. Les partisans de « la guerre scientifique » firent pétroler et incendier plusieurs monuments publics (Hôtel de Ville, Palais de Justice, Tuileries, Ministère des finances. Cour des comptes) et beaucoup de maisons privées.
Une partie des otages, l'archevêque de Paris, le président
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Bonjean, plusieurs prêtres, des gendarmes furent fusillés par ordre du procureur de la Commune, Raoul Rigault, et de Ferré; les Dominicains d'Arcueil furent tués en s'enfuyant.
L'horreur de ces incendies et de ces massacres acheva d^exas* pérer les vainqueurs. La guerre des rues, surnommée la < semaine sanglante » (elle dura du 21 au 28 mai), fut le plus grand massacre de toute l'histoire de France. Les fédérés, forcés successivement dans toutes leurs retraites, furent pris, beaucoup fusillés après la bataille. On fusilla sommairement aussi la plupart des chefs de la Commune qu'on put arrêter. Le chiffre des cadavres relevés a été évalué à 17 000 (oo ignore le chifire réel des morts). Les prisonniers épargnés, au nombre de 40000 environ, furent dirigés sur Versailles; une partie d'entre eux fut relâchée, les autres furent envoyés sur la côte dans les pontons.
Paris, occupé par la troupe, resta en état de siège, et Ton continua d'arrêter les suspects; la police reçut, dit-on, plus de 300000 dénonciations. Le ministre des Affaires étrangères, J. Favre, réclama l'extradition des insurgés réfugiés à l'étranger. Mais, sauf l'Espagne, aucun État ne l'accorda.
Les accusés furent jugés par des conseils de guerre (4 d'abord, puis 22) qui siégèrent jusqu'en 1876; quelques-uns seulement furent fusillés; mais il y eut plus de 9000 condamnations. Contrairement à l'usage français qui regarde les actes commis en état de guerre civile comme des crimes politiques passibles de déportation seulement et réserve la peine des travaux forcés aux crimes de droit commun commis dans un intérêt privé, les conseils de guerre condamnèrent sans règle précise les uns aux travaux forcés, les autres i la déportation; 7 500 condamnés furent envoyés à la Nouvelle-Calédonie.
Réorganisation de la Franoe. — Pendant la lutte contre la Commune, le gouvernement recevait des adresses officielles ou des avis privés qui lui faisaient connaître les sentiments républicains des villes et décidaient Thiers à déclarer qu'il ne voulait pas supprimer la République; l'Assemblée votait une loi qui donnait aux municipalités le droit de choisir leur maire (IGavril). Aux élections complémentaires de juillet, les élus
furent républicains dans 39 départements sur 45. Paris, encore sous le coup de la répression, élut, sur 21 députés, 16 candidats de V Union de la presse, partisans de Thiers. 11 devenait évident que l'Assemblée ne représentait pas l'opinion du pays. Mais la durée de son mandat n*ayant pas élé limitée, il n'existait aucun procédé légal pour l'obliger à se démettre du pouvoir. Elle le conserva près de cinq ans, et se chargea de donner à la France une constitution.
Sur la proposition des partisans de Thiers fut votée (par 491 voix contre 94) la loi du 31 août 1871 (loi Rivel-Vilet). L'Assemblée déclarant qu'elle avait « le droit d'user du pouvoir constituant, attribut essentiel de la souveraineté dont elle est investie », décidait que c le chef du pouvoir exécutif prendrait le titre de Président de la République française », avec le droit de nommer et révoquer les ministres; comme dans les monarchies constitutionnelles, chacun de ses actes devait être contresigné par un ministre. Mais la loi déclarait € responsables devant l'Assemblée » à la fois le conseil des ministres, les ministres et le Président de la République. La loi du 8 septembre fixa à Versailles la résidence de l'Assemblée et des ministres. C'était une constitution provisoire, la constitution déOnilive devait se faire attendre quatre ans encore.
Les partis se constituèrent en groupes, formés des députés d'une même opinion qui décidaient entre eux la conduite à tenir en séance. 11 y eut une Extrême gauche républicaine, une Gauche républicaine, un Centre gauche formé de républicains et d'orléanistes ralliés à la République sous la direction de Thiers, un Centre droit orléaniste libéral, une Droite, une Extrême droite légitimiste; sans compter de petits groupes flottants entre le Centre droit et le Centre gauche. Plus tard les impérialistes, renforcés par les élections complémentaires jusqu'à une trentaine de membres, se constituèrent en groupe de V Appel au peuple. Il n'y eut jamais de majorité ferme dans l'Assemblée nationale, la majorité ne se fit jamais que par des coalitions de groupes, toujours précaires. Or, l'Assemblée appliqua toujours strictement la règle parlementaire, le ministère se retirant dès qu'il était mis en minorité. La direction de
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la politique dépendit donc toujours du groupement des fractions nécessaires pour former une majorité.
Thiers, par son ascendant personnel sur les conservateurs libéraux, parvint à maintenir pendant deux ans des ministères mixtes appuyés sur les deux Centres et acceptés par la Gauche. C*est dans cette période d'accord que Thiers et TAssemblée, remettant à plus lard la Conslitutiçn, réorganisèrent le crédit et les institutions de la France.
L*évacuation des déparlements occupés par les Allemands était subordonnée au paiement de Tindemnité de guerre de 5 milliards. Un emprunt de 2 milliards émis en juin 1871 fut couvert deux fois et demie, et Tévacuation commença. La convention d'octobre 1871 réduisit Tarmée d'occupation à 50 000 hommes. — Un second emprunt, de 3 milliards, fut émis en juillet 1872 et couvert douze fois. Cette manifestation financière produisit TefTet moral cherché par le gouvernement en montrant la puissance du crédit de la France. La « libération du territoire > fut achevée en 1873. Le cours forcé. des billets de banque avait permis d'attendre le retour du numéraire; on put l'abolir.
Pour couvrir les dépenses de la guerre et de l'indemnité des 5 milliards, la France avait contracté une dette dont il fallait servir les intérêts en créant des impôts nouveaux. L'Assemblée refusa toute réforme fiscale d'ensemble, elle rejeta l'impôt sur le revenu proposé par les républicains. Elle maintint le système, traditionnel en France, qui consiste à tirer le principal revenu de l'impôt indirect que le contribuable paie par petites sommes sans le distinguer du prix d'achat. Elle créa environ 800 millions d'impôts nouveaux sur les transports, les quittances, les papiers, les allumettes, les cercles. Thiers la força même, en donnant sa démission (qu'il retira silr la prière de l'Assemblée), à voler un impôt sur les matières premières. On arriva ainsi à dresser un budget en équilibre.
Dans l'administration locale l'Assemblée introduisit le régime réclamé sous l'Empire par l'opposition libérale, la décentralisalion. La loi municipale d*avril 1871 avait donné aux conseils municipaux élus pour trois ans au sufTrage universel le pouvoir d'élire eux-mêmes leur maire, excepté dans les chefs-lieux
d'arrondissement. Par la loi organique de 1871, le conseil général de département devint une assemblée à séance publique tenant deux sessions par an, élisant une commission départementale chaînée de surveiller Texécution de ses décisions dans Tintervalle entre les sessions.
La réorganisation militaire commença (août 1871) par Tabolition des gardes nationales, vieille institution de 1789 devenue suspecte depuis la Commune. Puis Tarmée fut organisée sur le modèle prussien. La loi de 1872 établit le service obligatoire pour tous sans remplacement, mais en conservant la dispense totale pour les membres de renseignement et du clergé et pour les fils de veuves. Le service fut divisé, comme en Prusse, en quatre périodes : 1^ dans Vatinée active de 20 a 25 ans; 2^ dans la réserve de V armée active de 25 à 29 ans ; 3" dans Y armée teiritoriale de 29 à 34 ans ; 4" dans la réserve de Varm^e terriioriale de 34 à 40 ans. — L'Assemblée aurait voulu le service de trois ans dans larmée active comme en Prusse; mais Thiers, resté partisan du service de sept ans, la décida à accepter un compromis, le service de cinq ans. Comme on ne pouvait maintenir à la fois cinq classes complètes sous les armes, on divisa le contingent de chaque classe en deux portions, Tune obligée à cinq ans de service, l'autre à six mois seulement, et on revint au tirage au sort pour répartir les conscrits entre les deux portions du contingent. — Pour les jeunes gens de la bourgeoisie on introduisit l'institution prussienne des volontaires d'un an; les jeunes gens bacheliers, ou pourvus d'un certificat après un examen spécial, avaient le droit de devancer l'appel et de ne faire qu'un an comme « engagés conditionnels ». Mais, au lieu de les laisser s'équiper à leurs frais comme en Prusse, la loi fixa une somme de 1500 francs qu'ils devaient verser.
L'opposition et les manifestations. — Le gouvernement de Thiers avait deux sortes d'adversaires : les partisans de la monarchie qui ne voulaient pas laisser se consolider la République; les républicains de TExtrème gauche mécontents de voir le pays gouverné par d'anciens orléanistes.
Pour satisfaire le Centre droit, l'Assemblée avait voté le rappel des princes d'Orléans (juin 1871), puis leur avait rendu en 1872
les domaines confisqués en 1852. Mais le gouvernement avait mécontenté tous les groupes de droite en repoussant la pétition des catholiques qui demandaient d'intervenir pour rétablir le pouvoir temporel du Pape (juillet 1871). Dès le printemps de 1872, une fraction du Centre gauche avait passé au Centre droit et les attaques contre Thiers devenaient vives : elles furent interrompues par les vacances de TAssemblée (avrilnovembre).
Du côté gauche, Topposition ne pouvait se produire par le moyen habituel de la presse et des réunions : Tétat de siège élait maintenu dans les grandes villes (il dura à Paris jusqu'en 1876), ce qui mettait les journaux à la discrétion du gouvernement. Gambetta, en se retirant en Espagne pendant la Commune, avait évité de se compromettre; ce fut lui qui organisa l'opposition républicaine. Il prit la direction du groupe d'Extrême gauche à l'Assemblée, fonda un journal, la République française, en 1871, et en 1872 commença une campagne de discours dans les villes républicaines. A Toulon (janvier), il demanda « la dissolution de cette Assemblée », qui, née d'une surprise, c ne tient compte ni des avertissements ni des manifestations de la souveraineté du peuple ». A Angers et au Mans (avril), il dénonça les attaques contre la société laïque et demanda la dissolution de TAssemblée pour fonder « la République républicaine ». A Grenoble (septembre), il déclara qu'c une couche sociale nouvelle » faisait son entrée dans la politique et voulait faire l'expérience de la République, et il annonça la dissolution, prête € comme le fossoyeur à jeter une dernière pelletée de terre sur le cadavre de l'Assemblée de Versailles ».
Le gouvernement, dès la rentrée (nov. 1872), essaya decalmer la colère de la majorité par un ordre du jour contre le discours de Gambetta. Thiers déclara : c La République sera conservatrice ou elle ne sera pas » (13 novembre), et condamna la campagne pour la dissolution comme une < politique de fou furieux ». Mais la majorité voulait des mesures de répression contre l'agitation c radicale ». Batbie, du Centre droit, réclamait un c gouvernement de combat ». Thiers obtint que l'Assemblée élût une commission pour préparer un projet de constitution :
mais la « Commission des Trente » fut composée en majorité de membres des Droites adversaires de la République.
Elle rejeta le projet de Thiers par lequel l'Assemblée devait s'engager à régler « dans un bref délai » l'organisation définitive du pays ; elle fit voter (13 nov. 1872) une résolution contre € l'intervention personnelle du chef du pouvoir exécutif dans les débats ». Pour empêcher Thiers d'agir sur l'Assemblée par sa parole, il fut décidé que désormais le Président de la République ne communiquerait plus que par un message écrit, après lequel la séance serait levée. Thiers protesta contre ces « chinoiseries », mais se soumit.
La rupture entre la majorité et Thiers se manifesta à propos d'un incident de séance ; Grévy, président de la Chambre» blâmé par la majorité, donna sa démission et fut remplacé par Buffet, orléaniste du Centre droit (par 305 voix contre 285). La crise, retardée par les vacances de Pâques, devint aiguë quand un candidat radical soutenu par TExtrème gauche fut élu député à Paris (27 avril 1873) contre Rémusat, candidat de Thiers et de la Gauche; les monarchistes déclarèrent que le gouvernement de Thiers était incapable d'arrêter les progrès du radicalisme.
Le 24 mai. — A la rentrée des vacances de Pâques, un des chefs du Centre droit, le duc de Broglie, au nom de 320 députés, interpellait le ministère c sur la nécessité de faire prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice ». La discussion dura deux jours. Le deuxième jour (24 mai), Thiers parla pour défendre sa politique; l'ordre du jour pur et simple, accepté par le ministère, fut repoussé dans l'après-midi par 362 voix contre 348; le petit groupe Target (d'une quinzaine de membres), en se tournant contre le ministère l'avait mis en minorité. Puis l'Assemblée, par 360 voix contre 345, vota l'ordre du jour de la Droite : « Considérant que la forme du gouvernement n'est pas en discussion, que l'Assemblée est saisie des lois constitutionnelles... mais que dès aujourd'hui il importe de rassurer le pays, en faisant prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice, regrette que les récentes modifications ministérielles n'aient pas donné aux intérêts conservateurs la satisfaction qu'elle avait le droit d'attendre ».
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Thiers avait le droit de garder le pouvoir exécutif et de changer de minislëre en attendant la dislocation inévitable d*une majorité hétérogène si faible; il préféra donner sa démission et abandonner le pouvoir aux ennemis de la République. L*Âssemblée tint une troisième séance le soir, accepta la démission de Thiers, par 365 voix contre 331 , et élut président de la République le maréchal de Mac-Mahon, candidat des Droites, par 390voix; les Gauches s'abstinrent (2i mai 1873). Le duc deBroglie, Torganisaleur de la coalition, devenu chef du gouvernement, forma un ministère de coalition où le Centre droit dominait.
Tentative de restauration légitimiste. — Mac-Mahon, en prenant le pouvoir, annonça que rien ne serait changé aux lois et aux institutions existantes, et le ministère déclara qu*il c ne sortirait pas de la légalité la plus stricte ». Mais il expulsa une partie des fonctionnaires républicains et les remplaça par des royalistes ou des impérialistes. La session de TAsscmblée se passa en conflits sur des questions du jour; Tacte le plus significatif fut le vote d'une loi qui autorisait les expropriations nécessaires pour construire Téglise du Sacré-Cœur à Montmartre; c*était Texécution d'un vœu fait, dit-on, par saint Ignace, fondateur des Jésuites. En même temps s'organisaient les grands pèlerinages à Paray-le-Monial en Thonneur du Sacré- Cœur de Jésus; la foule, où figuraient des députés de la Droite, chantait le cantique : « Sauvez Rome et la France, — Au nom du Sacré-Cœur 1 » On parlait de restaurer le pouvoir temporel à Rome et la monarchie légitime en France.
L'action commune des royalistes pour rétablir la monarchie avait été paralysée jusque-là par le désaccord entre les partisans des deux branches : les légitimistes soutenaient le dernier descendant de la branche atnée, Henri Y, comte de Chambord ; les orléanistes, le petit-fils de Louis-Philippe, le comte de Paris. Le désaccord se compliquait d'un conflit entre deux symboles : les orléanistes tenaient au drapeau tricolore sous lequel leurs princes avaient combattu dans l'armée française; le comte de Chambord, i plusieurs reprises (juillet 1871, janvier et févr. 1812), avait déclaré que l'honneur lui interdisait d'abandonner le drapeau blanc c reçu comme un dépôt sacré du vieux roi son aïeul mou-
14 LA TROISIÈME flËPLBLIQUE
rant en exil, et d accepter le tricolore symbole de la Révolution • .
Après le 24 mai, les doux partis se rapprochèrent et la fusion fut décidée. Elle se manifesta par la visite du comte de Paris au comte deChambord, alors en Autriche, à Frohsdorf (5 août). « Je viens, dit-il, en mon nom et au nom de tous les membres de ma famille, vous présenter nos respectueux hommages non seulement comme au chef de notre maison, mais encore comme au seul représentant du parti monarchique en France. » Le comte de Chambord, n*ayant pas d*héritier, serait roi de France, le comte de Paris lui succéderait.
Pendant les vacances de l'Assemblée, les trois groupes de droite déléguèrent un comité de 9 membres (3 par groupe) pour négocier avec le roi les conditions de la restauration. Ce comité envoya à Henri V, en Autriche, deux délégations, une en septembre, une en octobre. On s'entendit sur la question de fond. L'Assemblée devait, non pas élireleroi, mais déclarer qu'Henri Y était appelé au trône comme chef de la maison de France en vertu d'un droit héréditaire. La constitution sernit présentée par le roi et votée par l'Assemblée sous la sanction du roi; elle donnerait au roi le pouvoir exécutif, au roi et à deux Chambres l'exercice collectif du pouvoir législatif; elle garantirait, comme la Charte de 1814, l'égalité devant la loi, la liberté civile et religieuse, le vote de l'impôt par la Chambre.
La question du drapeau resta en suspens; déjà elle avait failli faire rompre les négociations en septembre : le Centre droit exigeait le maintien du drapeau tricolore. On se décida à ajourner la solution jusqu'au retour du roi; mais le procès-verbal du 16 octobre, rendu public, annonçait que le drapeau tricolore était maintenu c et ne pourrait être modifié que par l'accord du roi et de l'Assemblée ». Mac-Mahon annonçait qu'ayant été « nommé par la majorité des conservateurs », il « ne s'en séparerait pas ». La restauration semblait donc certaine et les royalistes faisaient déjà leurs préparatifs pour la rentrée du roi, quand une lettre du comte de Chambord, du 27 octobre, apprit qu'il y avait eu malentendu, et que le roi restait fidèle au drapeau blanc.
Le Septennat. — Le Centre droit, obligé de renoncer à la restauration, résolut de consolider son pouvoir en prolongeant
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les pouvoirs du président Mac-Mahon, au nom duquel il gouvernait. Le Centre gauche, pour empêcher toute restauration, consentit à ce compromis ; le Centre droit demandait dix ans, le Centre gauche cinq ; on s'entendit pour voter la loi dite du septennat^ qui « confiait le pouvoir exécutif pour sept ans au maréchal de Mac-Mahon », c avec le titre de Président de la République et dans les conditions actuelles », et créait une commission de 30 membres « pour Texamen des lois constitutionnelles ». La loi passa (20 nov.) par 383 voix, malgré les légitimistes qui espéraient encore faire rappeler le roi (le comte de Chambord était venu à Versailles s'entendre avec ses partisans). Mais la Commission fut formée de 25 membres de la Droite contre 5 républicains; au lieu de préparer les lois constitutionnelles, elle discuta la loi électorale et évita de rédiger aucun projet. On resta dans un régime provisoire.
M L'ordre moral ». — Le ministère, soutenu par la coalition de tous les groupes de droite, réunissait une majorité sur une politique de combat contre les républicains. C'est ce qu'il appelait rétablir Y ordre moral; le nom en resta à ce gouvernement.
Le gouvernement maintint en état de siège 39 départements, ce qui lui permettait de supprimer arbitrairement les journaux. Aux réclamations de la Gauche il répondit que ce régime était justifié par un < état véritablement exceptionnel et efTroyable des esprits ». Il fit enlever dans les mairies les bustes de la République; il évita avec affectation dans les actes officiels d'employer le mot république. Il destitua ou disgracia les fonctionnaires républicains et nomma des fonctionnaires monarchistes. Dans les élections, il ordonna à ses agents de soutenir le candidat du ministère. Il se servit du régime qui donnait aux préfets le pouvoir de fermer les débits de boissons, pour menacer de fermer les débits où se réunissaient des partisans de l'opposition. Pour enlever le pouvoir municipal aux républicains il fit voter la loi de janvier 1814, qui donnait au gouvernement le droit de nommer les maires dans toutes les communes.
Contre ces attaques tous les groupes républicains s'unirent et concertèrent leurs votes. Gambelta, qui dirigeait l'Extrême
16 LA TROISIÈME UÉPUBLIQLË
gauche radicale, se mit à recommander la prudence; le Centre gauche devint et resta jusqu*à la fin de l'Assemblée le groupe directeur de la coalition républicaine, qui n*eut plus d'autre politique que de sauver la République et de défendre les libertés individuelles contre le gouvernement.
La division se mit entre les légitimistes et le Centre droit sur rinterprétation du septennat; les journaux légitimistes disaient que celte loi n*empèchait pas de restaurer le-roi avant la fin des sept ans; le ministère fit déclarer par Mac-Mahon : c Pendant sept ans, je saurai faire respecter de tous Tordre de choses légalement établi » (février 1874).
Après trois mois de conflits parlementaires avec les Gauches, le Centre droit essaya de s'assurer les Chambres de Tavenir en proposant une loi électorale qui exigeait trois ans de domicile pour être électeur, et la création d*un grand conseil nommé par le Président de la République. La Droite s*unit aux gauches pour rejeter la priorité de la loi électorale par 381 voix contre 317 (16 mai 1874).
Le ministère de Broglie fut remplacé par un ministère Cissey (le 24 mai; réorganisé en juillet), formé d*une coalition entre les partis monarchiques. Les impérialistes, qui venaient de s'organiser en parti d'action avec un comité central présidé par Rouher, entrèrent dans le ministère. Mais la domination resta au Centre droit orléaniste; Mac-Mahon continuait à obéir aux avis des chefs de ce parti qui l'avait porté au pouvoir.
Les électeurs continuaient à manifester leur hostilité pour le gouvernement; sur 29 élections complémentaires faites de mai 1873 i janvier 1875, 23 furent favorables aux républicains, 6 aux impérialistes, pas une seule aux partis royalistes. La majorité de l'Assemblée cherchait à perpétuer son pouvoir en évitant d'organiser un régime définitif. Pourtant une fraction du Centre droit, n'osant plus diflerer indéfiniment la discussion des lois constitutionnelles, s'unit aux Gauches pour faire passer par 345 voix contre 341 la proposition Casimir-Perier. L'Assemblée, c voulant mettre un terme aux inquiétudes du pays », ordonnait à la commission des Trente de prendre pour base de ses travaux le projet déposé par Thiers en 1873 (15 juin 1874).
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Les républicains demandaient une constitulion défînilive pour organiser la République ; la Droite légitimiste voulait le < septennat personnel », c'est-à-dire le gouvernement du Maréchal, avec faculté de se retirer à tout moment pour faire place au roi légitime; le Centre droit orléaniste voulait le « septennat impersonnel », c'est-à-dire un gouvernement provisoire immuable jusqu*en 1880. Aucun des projets ne réunissait une majorité.
Alors commença une période de discussions confuses, aboutissant à des votes contradictoires et entrecoupées d'interpellations, qui dura jusqu'au compromis d'où la constitulion sortit enfin, au printemps de 1875. Des scènes violentes éclatèrent entre les républicains et les impérialistes, à propos de la loi électorale de juin, à propos de la découverte du comité impérialiste dont Rouher avait nié l'existence sur son honneur (9 juin), à propos de l'enquête sur une élection impérialiste (déc. 187i). La renaissance du parti impérialiste paraît avoir effrayé quelques membres libéraux du Centre droit et les avoir décidés à se résigner enfin à la République.
L'œuvre de la constitution resta en suspens. La commission rejeta la proposition Casimir-Perier et proposa d'organiser un régime provisoire, avec une Chambre et un Sénat, jusqu'à l'expiration du septennat de Mac-Mahon ; le régime définitif ne serait' établi qu'en 1880; c'est ce qu'on surnomma le « ventavonat », du nom du rapporteur Ventavon. L'Assemblée rejeta la proposition Casimir-Perier, par 374 voix contre 333; elle rejeta par 369 contre 340 la proposition de convoquer les électeurs, elle ajourna la discussion après les vacances. Mais le minislère mécontenta l'Extrême droite en reconnaissant le gouvernement espagnol et en gardant la neutralité entre le Pape et le gouvernement italien. L'Extrême droite, votant avec les groupes républicains, fit rejeter le septennat impersonnel. Le ministère donna sa démission (6 janvier 1875); mais il resta en fonctions jusqu'à la formation d'un nouveau cabinet, que Mac-Mahon fit attendre jusqu'en mars.
Vote des lois constitutionnelles. — La discussion sur les projets de loi relatifs à « l'organisation des pouvoirs publics » commença enfin en janvier 1875. Le projet de la commission
fIl«tTOine GCMÉRALC. XII. *-
18 L\ TROISIKMIi: RÉPrBLlQlJF:
évilait le nom de République. Le Centre gauche ayant prop de mettre en tète : < Le gouvernement de la République se ce pose de deux Chambres et d*un Président », la coalition Droites fit rejeter ce projet par 3S9 voix contre 336. Mais membre du Centre droit, Wallon, présenta un amendement pi fixer le mode d*élection et la durée des pouvoirs du « Présid de la République », le mot était prononcé. La commission repoussa, TAssemblée le vota par 353 voix contre 352; i quinzaine de membres du Centre droit, se détachant de la co] tion, avaient assuré le vote. La République était reconnue, in rectement, à une voix de majorité. Quand on eut achevé de vo les articles sur le Président, l'Assemblée adopta Tensemble la loi par 508 voix contre 174. — On passa à la loi sur le Sén Le Centre droit voulait faire nommer les sénateurs par Président. Les Gauches voulaient les faire élire par le sufTn universel. L'élection au suffrage universel fut votée par 322 v< contre 310, grâce aux voix des impérialistes (11 février). Mais chef du ministère démissionnaire vint, au nom de Mac-Mah( protestercontrece votequi « dénaturait Tinstitu tion » ; et TAsse blée, après avoir voté tous les articles, rejeta Tensemble de la 1
Dans cette confusion, les républicains de gauche demanda la dissolution, les Centres s'entendirent sur un compromis. Centre droit renonça à la nomination par le Président : échange on laissait élire le quart des sénateurs (75) par Vi semblée nationale ; ce compromis, accepté par les Gauches, pai par 422 voix contre 261.
Un ministère de conciliation présidé par Buffet fut consti enfin le 11 mars; il y entra deux membres du Centre gauche M. Wallon, < le père de la constitution »; il s'appuyait sur deux Centres et n'était pas combattu par la Gauche. Il fit vo la loi de 1875 sur la liberté de renseignement supérieur^ qui d( nait le moyen de créer des universités catholiques.
La discussion des dernièreslois constitutionnelles, commen* en juin 1875, fut achevée avant les vacances. Mais la majoi de conciliation se rompait dans une discussion sur une élect impérialiste; le chef du ministère. Buffet, avait dit (15 juillet propos des tentatives bonapartistes : c Les périls ne viennent |
d*un seul côté; il y a un autre côté... d*où peut venir... un péril plus grave encore. » A cette attaque contre la Gauche, Gambetta répondit en dénonçant < le parti du 24 mai, qui a gangrené la France de bonapartistes ». Cet^e rupture avec la Gauche mit Buffet en lutte ouverte avec le parti républicain et en hostilité sourde avec ses collègues du Centre gauche, Dufaure et Léon Say; le ministère faillit se disloquer pendant les vacances.
L'organisation du nouveau régime s'acheva après les vacances (nov. 1875) par la discussion sur la loi électorale. La lutte porta sur le mode de scrutin. Les Gauches demandaient le scrutin de liste par département; il fut rejeté par 375 voix contre 326; les Droites firent passer le scrutin uninominal (impropremeat appelé par arrondissement).
La Constitution de 1876. — Le régime politique établi en 4875 par TAssemblée nationale — et resté en vigueur, sauf des changements de détail faits en 1884 — porte les marques de son origine : c'est un compromis entre les solutions opposées de deux partis dont aucun n'avait de majorité pour faire passer ses projets. L'Assemblée n'a même pas voté une cons* titution, comme celles de 1791 ou de 1848. Ce qu'on appelle c la Constitution de 1875 » n'est que la réunion de la loi de 1873 oi^nisant le septennat et des trois lois constitutionnelles votées en 1875 sous les titres : c 1*" Organisation du Sénat; 2"* Organisation des pouvoirs publics; 3"* Rapports des pouvoirs publics », et complétées parles lois organiques, sur l'élection des sénateurs et sur le Conseil d'État. Et pour définir les pouvoirs du Président on est obligé de se référer aux lois de 1871 et de 1873 qui avaient organisé le gouvernement de Thiers.
Ce régime repose sur la conception commune aux libéraux du Centre droit et du Centre gauche; c'est une monarchie par^ lemen taire sur le modèle de la constitution belge. Le Président de la République, élu pour sept ans par les deux Chambres réunies en Congrès (le mot est américain), est investi des droits d'un roi constitutionnel ; il est le représentant de la France au dehors, le chef nominal du pouvoir exécutif au dedans ; il signe les décrets, il promulgue les lois, il a même le droit (dont il n'a jamais été fait usage) de les renvoyer aux Chambres et d'exiger
une nouvelle délibération; il a le droit de grâce, prérogati des souverains ; il est irresponsable. Comme dans les monarch parlementaires, il ne peut exercer personnellement aucun ses pouvoirs; toute décision de lui doit être contresignée ] un ministre. Il a même le droit royal de dissoudre la Chambj mais, au contraire de Tusage monarchique, il lui faut le ce sentement du Sénat, ce qui rend ce pouvoir presque impossîl à exercer.
Le pouvoir législatif appartient collectivement à deux asse blées : la Chambre des députés est élue au suffrage universel renouvelée tout entière tous les quatre ans; le Sénat formé de deux portions : un quart des membres (75) sont él à vie par TAssemblée nationale et seront remplacés à mesi par le Sénat; trois quarts (225) sont élus pour neuf ans scrutin de liste par département, par un collège sénatorial co posé d*un délégué par commune et des élus du départeme (sénateurs, députés, conseillers généraux, conseillers d*arrc dissement). C*estle Centre droit qui a imposé Tégalité de repj sentation entre toutes les communes pour donner aux peti< communes rurales la majorité contre les grandes commur urbaines. Les 225 sont renouvelés par tiers (75) tous les trois ai
Les deux Chambres ont exactement les mêmes pouvoi sauf que le Sénat a le droit de consentir à la dissolution de Chambre et que le budget doit être voté par la Chambre avi d*ètre présenté au Sénat. Le pouvoir législatif des Chamb comprend, outre le vote des lois et du budget, le droit de vo la paix, la guerre, les traités, le droit d'interpeller les mir très; le droit d'initiative est reconnu à chaque membre.
Les Chambres doivent toujours être à la fois toutes deux session, et leur résidence est fixée à Versailles par la con tution. La session obligatoire ne dure que cinq mois par Le Président a le droit d'ajourner les Chambres pendant t le reste de Tannée, et pendant les vacances il reste seul a les ministres, sans commission de permanence pour le s veiller. Mais la Chambre, en prenant l'habitude de ne votei budget que dans la session extraordinaire, a mis le Présid hors d'état d'user de ce pouvoir d'ajournement.
G*est le Congrès, formé de la Chambre et du Sénat réunis, qui seul est souverain; il élit le Président, il exerce le pouvoir constituant; seul il peut reviser; mais il faut la décision séparée de chacune des deux Chambres.
Le gouvernement pratique, qui dirige les affaires et prépare le budget et la plupart des lois, c'est le conseil des ministres. Il est organisé avec un chef officiel, le président du conseil, et la Constitution déclare que c les ministres sont solidairement responsables devant les Chambres ». Ce qui dans le régime parlementaire anglais n'était qu'une pratique constitutionnelle, est devenu une règle formelle. Le ministère, étant responsable, ne doit rester au pouvoir qu'aussi longtemps qu'il platt à la Chambre * ; étant solidaire, il doit se retirer tout entier.
La Constitution ne définit pas la responsabilité; théoriquement un ministère pourrait garder le pouvoir même après un vote formel de défiance de la Chambre (comme il est arrivé en novembre 1877). Théoriquement c'est le Président de la Répu- Mique qui nomme les ministres, la loi de 1871 dit même qu'il les révoque. Mais il ne pourrait les révoquer sans violer le régime parlementaire; un ministre ne se retire qu'en donnant sa démission. La pratique parlementaire n'admet pas que le Président choisisse les ministres à son gré, il ne doit les prendre que dans la majorité. La Chambre élue au suffrage universel, étant maîtresse du sort des ministres, est ainsi indirectement le véritable souverain de la France.
Les élections et la fin de T Assemblée. — Le Centre droit avait fait accorder à l'Assemblée l'élection d'un quart des sénateurs, pour se perpétuer au pouvoir par le moyen du Sénat. Le Centre gauche lui proposa de s'entendre et de partager les sièges; il en demandait 30 pour les Gauches et lui en laissait 45; le Centre droit ne lui en offrit que 13. L'accord ne fut pas conclu. Le premier jour du vole (9 déc. 1875) deux candidats seulement réunirent la majorité absolue; les Gauches
I. Le texle de la loi constilulionnelle dit les Chambres (au pluriel). Mais comme il est impossible que deux Chambres à la fois, en désaccord l'une avec Tautre, exercent le pouvoir de forcer le ministère à se retirer, la pratique s'est établie que le ministère ne se retire que devant la Chambre des députés, comme en Angleterre.
22 LA TROISIÈME RÉPUBLIQLE
avaient voté en bloc pour la liste dressée par le comité des tro groupes, les voix des Droites s*étaient dispersées par suite d( compétitions individuelles.
Le soir du vote, le comité des Gauches négocia avec legrou{ impérialiste, qui, pour démolir c la machine de guerre orlé; niste », promit de donner ses voix à la liste des Gauches. Comn il fallait encore une quinzaine de voix, on se les procura ( offrant des sièges de sénateurs à 15 légitimistes de TExtrèn droite surnommés les chevau-légers, qui en échange s*engag rent à voter pour la liste des Gauches. Cette coalition fît en cii jours de scrutin (10-16 décembre) élire tous les sénateur excepté 5. Le quart élu par TAssemblée comprit 58 répub cains, 9 légitimistes et seulement 8 membres du Centre dro
L*Assemblée, après avoir voté une loi sur la presse qui lai sait à la correctionnelle le jugement de la plupart des déli politiques de presse, se séparait définitivement le 31 décei bre 1875. Le ministère Buffet, resté au pouvoir, se divis; pendant la campagne électorale; Buffet faisait soutenir les ca didats de droite par des fonctionnaires de son ministère; s collègues de la Justice, des Finances et de l'Instruction in taient leurs subordonnés à rester neutres.
A Télection sénatoriale du 30 janvier 1876, les délégués t petites communes firent élire à la majorité des sièges les can dats de droite; mais, grâce à Télection des républicains parTi semblée, le Sénat fut à peu près également partagé : il compt 149 républicains, 151 de la coalition des Droites, dont 40 im rialistes et 21 constitutionnels.
La Chambre élue par le suffrage universel (février-mars 18 fut en grande majorité républicaine; il y eut environ 360 ré] blicains contre 170 monarchistes. Buffet n'avait pu se faire él ni au Sénat ni à la Chambre; il donna sa démission.
//. — Le conflit.
Les ministères Centre-gauche. — La majorité repu caine à la Chambre était si forte que Mac-Mahon accepta
former un ministère républicain. Ce fut le ministère Dufaure (mars 1876), pris dans le groupe le moins nombreux, le Centre gauche, dont la politique ne différait guère de celle du Centre droit que par Tacceptation loyale de la République.
Le parti républicain, formé de trois groupes, Centre gauche (moins de 50 membres), Gauche républicaine (près de 200), Gauche radicale (plus de 90), acceptait le ministère centre-gauche ; mais à condition qu'il prit Toffensive contre les adversaires de la république. Il réclamait Yépuration, c'est-i-dire la révocation des fonctionnaires ouvertement hostiles aux républicains, Tinstruction primaire laïque, la liberté de la presse.
La Chambre commença par invalider 15 élections faites sous la pression des fonctionnaires et du clergé ; puis elle entra en conflit avec le Sénat en votant la suppression des jurys d'examen pour les étudiants des Universités catholiques, que le Sénat rejeta par 144 voix contre 139. Le ministère ne consentit qu a une épuration très limitée. La Chambre rejeta à une forte majorité toutes les propositions de la Gauche radicale, élection des maires dans les villes, impôt sur le revenu, amnistie aux condamnés de la Commune, séparation de TÉgliseet de TEtat, jury pour la presse.
Dufaure, se sentant peu sympathique a la majorité républicaine de la Chambre et à la majorité conservatrice du Sénat, se retira (2 déc. 1876). Mac-Mahon, sur le refus du duc de Broglie, se résigna à former un ministère Jules Simon (12 déc), qui se présenta comme < profondément républicain et profondément conservateur », et chercha à gouverner en satisfaisant à la fois les deux partis. Mais Mac-Mahon resta défiant, continuant à prendre conseil de ses anciens ministres du Centre droit.
Le Seize-Mai. — Le conflit entre le Président et ses ministres républicains éclata à propos de la politique ecclésiastique. Des pétitions catholiques demandaient au gouvernement de c faire respecter Tindépendance du Saint-Père » , c'est-à-dire de faire rendre au pape son pouvoir temporel. La Droite les soutint; les Gauches volèrent un ordre du jour contre < les manifestations ultramontaines ». A cette occasion Gambetla prononça la phrase célèbre : < Le cléricalisme, voilà Tennemi » (4 mai 1877).
Le 16 mai parut à YOfficiel une lettre du Président de la
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République au Président du conseil. Mac-Mahon y reprochail Jules Simon de n'avoir pas combattu deux mesures volées p; la Chambre et demandait si le chef du cabinet avait « conser sur la Chambre Tinfluence nécessaire pour faire prévaloir s vues ». Il terminait ainsi : « Une explication à cet égard c indispensable; car, si je ne suis pas responsable, comme vou envers le Parlement, j'ai une responsabilité envers la Fran dont aujourd'hui plus que jamais je dois me préoccuper. » Cet lettre, n*élant contresignée par aucun minisire, se présent? comme un acte personnel de Mac-Mahon. J. Simon Tinlerpre comme une révocation et le cabinet, bien que soutenu par majorité de la Chambre, donna sa démission le 17 mai; Cliambre, par 347 voix contre 149, vota Tordre du jour d Gauches, que « la prépondérance des pouvoirs parlementai!' s'exerçant par la responsabilité ministérielle est la premic condition du gouvernement du pays par le pays ». Le soir mèi était formé le ministère de Broglie, composé d'orléanistes d'impérialistes.
Ce gouvernement surnommé « le Seize-Mai » s'appuyait sur Président de la République et la majorité conservatrice du Séi contre la Chambre républicaine. Son plan était de reconqué une majorité conservatrice dans la Chambre en faisant voler dissolution par le Sénat et en usant de l'influence du Préside et du pouvoir de l'administration pour faire élire les dépu présentés par le gouvernement. Pour se donner le temps préparer les élections, le ministère prolongea le délai jusqu'à limites extrêmes que permettait la lettre de la constiluti( D'abord il ajourna la Chambre jusqu'au 16 juin . Pi il demanda la dissolution, qui fut votée par le Sénat, 22 juin (par 149 voix contre 130). La constitution exigeait convocation des électeurs dans les trois mois, le délai expir le 22 septembre, le cabinet attendit le 22 septembre et c( voqua pour le 14 octobre. Dès le mois de mai, le minisli révoqua tous les préfets et sous-préfets républicains et insta un personnel entièrement conservateur qui organisa métho quement la candidature officielle, empêchant la vente sur I voie publique des journaux républicains, fermant les débits
boissons républicains, entravant les réunions publiques républicaioeSy révoquant les maires républicains.
Les Gauches, réduites à la défensive, organisèrent Faction commune; tous les députés de la Chambre dissoute qui adhéraient à Tordre du jour du 18 mai, « les 363 », se présentèrent avec un programme commun, chacun comme seul candidat républicain dans sa circonscription. La tactique des républicains fut de se poser en défenseurs de la République contre la coalition des partis monarchiques, de la souveraineté du peuple contre le gouvernement personnel du Président, de la paix contre les partisans de la guerre au royaume dltalie.
L'excitation fut très vive dans le pays; mais Topposition se borna à des protestations légales, des articles et des discours. Gambetta à Lille (15 août) déclara que, quand la France aurait ordonné il faudrait c se soumettre ou se démettre ». Le tribunal correctionnel le condamna par défaut à trois mois de prison pour ce discours. Thiers, étant mort subitement (le 3 septembre), la tactique du gouvernement fut de présenter l'élection comme un choix entre la Gauche radicale et le Président de la République; on afficha même : « Mac-Mahon ou Gambetta ».
Mac-Mahon, docile à ses conseillers du Centre droit, prit Taltitude d*un souverain chargé de diriger la nation. Son ordre du jour à Tarmée (1"^ juillet) parlait de la « mission » qui lui était confiée et qu*il remplirait c jusqu'au bout ». Le manifeste aux électeurs (19 sept.) disait : < Mon gouvernement vous désignera, parmi les candidats, ceux qui seuls pourront s'autoriser de mon nom. Des choix favorables à ma politique affermiront le principe d'autorité ruiné par la démagogie. Pour moi, je ne puis jamais devenir Tinstrument du radicalisme, ou abandonner le poste où la constitution m'a placé. Je resterai pour défendre avec l'appui du Sénat les intérêts conservateurs. » Le manifeste du 10 octobre disait : c La lutte est entre l'ordre et le désordre. Vous voterez pour les candidats que je recommande à votre libre choix. »
Le parti républicain resta vainqueur; le 14 octobre, la plupart des 363 furent réélus, il n'y eut que 15 ballottages. La Chambre se composa de 335 républicains et 208 conservateurs.
Conflit entre le Président et la Chambre. — Le mii
tère, battu aux élections législatives, attendit pour se retirer élections des conseils généraux et d'arrondissement (4 no> les républicains y gagnèrent cent sièges. Le ministère oEFrit démission, Mac-Mahon la refusa et on parla de faire voter le Sénat une nouvelle dissolution. La Chambre, aussitôt & stituée, nomma une commission d'enquête pour rechercher faits de pression illégale commis par le ministère (10 no^ Enfin le ministère de Broglie se relira (20 nov.).
Mac-Mahon, persistant à ne pas se soumettre, forma le mil tère Rochebouêt (23 nov.), composé de conservateurs pris dehors des Chambres et qui se présenta comme un cabi d'affaires étranger aux luttes politiques. Mais la majorité ré blicaine vota aussitôt (24 nov.) un ordre du jour dans leq constatant que c par sa composition et ses origines » le mir tère était la négation des droits parlementaires et ne pou\ qu'aggraver la crise qui pesait depuis le 16 mai sur les affair elle déclarait « ne pouvoir entrer en relations avec lui ». budget de 1878 était toujours en suspens, la Chambre refus de le voter tant que Mac-Mahon ne se serait pas soumis à volonté exprimée par les électeurs. Au Sénat, le groupe conî tulionnel qui faisait la majorité ne voulait pas se risquer à vo une nouvelle dissolution; le ministère se relira (3 déc). M Mahon négocia deux fois avec Dufaure sans résultat (4-8 déc il voulait conserver les préfets du 16 mai et prendre une par des ministres dans le Centre droit. Il revint à l'idée de forn encore un ministère conservateur : Batbie, du Centre dn acceptait la présidence du conseil; mais on ne trouva persoii pour se charger du ministère des Finances; le budget néU pas voté, il eût fallu pour gouverner à partir du 1" janvier 18 lever les impôts illégalement.
Mac-Mahon voulut alors donner sa démission, ses cons( 1ers du Centre droit l'en empêchèrent; il se résigna à se s< mettre, et chargea Dufaure de former un ministère. La fin conflit fut annoncée par le message présidentiel (14 déc. « Pour obéir aux règles parlementaires, j'ai formé un cabinel composé d'hommes résolus à défendre et à maintenir les ii
titutions républicaines par la pratique sincère des lois constitutionnelles... L^exercice du droit de dissolution n'est qu'un mode de consultation suprême auprès d'un juge sans appel et ne saurait être érigé en système de gouvernement. J'ai cru devoir user de ce droit et je me conforme à la réponse du pays. La Constitution de 1875 a fondé une république parlementaire, en établissant mon irresponsabilité, tandis qu'elle a constitué la responsabilité solidaire et individuelle des ministres. » Ainsi était officiellement condamnée la tentative de faire gouverner directement le pays parle Président de la République en imposant sa politique aux électeurs par la candidature officielle. Le Seize- Maiaété en France le dernier essai de gouvernement personnel.
Le dernier ministère Centre-gauche. — Le ministère Dufaure était un compromis entre Mac-Mahon et la majorité de la Chambre; tous les ministres importants, Dufaure (Justice), de Marcère (Intérieur), L. Say (Finances), Bardoux (Instruction publique) sortaient du Centre gauche, le groupe le plus conservateur du parti républicain. La majorité républicaine le soutint pourtant, sans exiger aucune grande réforme.
La Chambre invalida plus de cinquante élections faites sous la pression de l'administration ou du clergé; presque tous les nouveaux élus furent républicains. Le gouvernement fit voter une amnistie pour les délits politiques poursuivis depuis le 16 mai. II destitua les fonctionnaires qui avaient soutenu les candidats officiels et replaça les fonctionnaires républicains.
L'oMivre principale du ministère fut de faire voter le budget de 1878 retardé par la crise. Puis vint l'Exposition de 1878 qui donna la preuve du relèvement matériel de la France.
Gambetta, devenu pendant le Seize-Mai le chef incontesté du parti républicain, fît une campagne de discours où il indiqua au parti radical la tactique à suivre pour devenir un parti de gouvernement, recommandant la discipline et la patience, et parlant de la nécessité de « sérier les questions >.
Celte politique d'attente se termina par les élections sénatoriales. Au renouvellement triennal de janvier 1879, sur 82 élus il y eut 66 républicains. La petite majorité conservatrice du Sénat était remplacée par une forte majorité républicaine (174
contre 126). Le ministère annonça qu'il allait donner < d satisfactions » à l'opinion républicaine par des changemei de fonctionnaires. Mais, quand les ministres présentèrent ] décrets de révocation àla signature, Mac-Mahon ne voulut pas ] signer; le ministère offrit sa démission, Mac-Mahon la refu (28 janvier 1879) et, le 30 janvier, donna sa démission. Le pa républicain s'était d'avance entendu sur l'éleclion. Jules Gré fut élu sans concurrent Président de la République. Les tn pouvoirs appartenaient désormais aux républicains, et le CenI gauche, n'élant plus soutenu par le Président de la Républiqi sortait du gouvernement pour n'y plus revenir.
///. — Le gouvernement du parti républicai
L'arrivée de la Gauche au pouvoir. — Grévy s'él fait connaître en 1848 par un amendement pour supprimer présidence de la République. Devenu Président, il s'abstint toute intervention personnelle dans les affaires, et parvint créer une tradition de neutralité stricte qui a enlevé à la pré dence tout caractère monarchique.
Le parti républicain, entré en possession du pouvoir, se co posait de plusieurs groupes, le Centre gauche, la Gauche réf blicaine et VUnion républicaine^ groupe de Gambetta. Le min tère du 4 février 1879 (Waddington) fut formé de trois minisli centre gauche qui restèrent en fondions, et de membres la Gauche républicaine. Gambetta, qui apparaissait déjà comr le chef du parti républicain, fut élu président de la Chambre.
Le ministère Waddington fit voler une amnistie partielle po les condamnés de la Commune, puis une revision partielle la Constitution, qui permit de ramener le gouvernement et 1 Chambres à Paris (juin 1879). 11 présenta un plan de constn lion de chemins de fer nouveaux (plan Freycinel). Son a( principal fut la préparation de la réforme de l'enseignemei dont il ne put faire voler au Sénat que des fragments. La maj rite républicaine de la Chambre lui reprochait de s'opposeï l'amnistie, à la liberté de la presse, à l'élection des maires. V
ses votes ou ses abstentions elle manifesta son mécontentement a plusieurs reprises, et le ministère se retira (21 déc. 1879).
Le ministère Freycinet, constitué le 28 décembre, ne gardait plus d*hommes du Centre gauche, il était tout entier pris dans la Gauche républicaine. Il accepta Tamnistie, que le Sénat rejeta d'abord, puis finit par voter. Il fit créer la Fêle nationale du 14 juillet, symbole de rétablissement définitif de la République.
Il engagea la lutte avec le Sénat pour la réforme de renseignement. Jules Ferry, ministre de llnstruction publique, parvint à faire voter la loi qui excluait du Conseil supérieur de rinstruction tous les représentants du clergé. — La loi sur renseignement supérieur qui rendait aux Facultés de TEtat le pouvoir exclusif de conférer les grades avait été votée en 1819 par la Chambre, avec le fameux article 7 ainsi conçu : « Nul n'est admis a diriger un établissement public ou privé, de quelque ordre qu'il soit, ni à y donner l'enseignement, s'il appartient à une congrégation non autorisée. » Cette mesure visait les établissements d'enseignement secondaire des Jésuites. Le Sénat vota le reste de la loi, mais le Centre gauche fit rejeter l'article 7, par 148 voix contre 129 (9 mars 1880).
La Chambre accepta la loi ainsi réduite ; mais, par un ordre du jour voté à 324 voix contre 155, elle engagea le gouvernement à < appliquer les lois relatives aux associations non autorisées ». Le gouvernement, par les décrets du 29 mars, remettant en vigueur d'anciennes lois tombées en désuétude, ordonna aux Jésuites de dissoudre leurs établissements et accorda aux autres congrégations un délai de trois mois pour solliciter TautorisatioD. A l'expiration des délais (30 juin), les Jésuites refusant de quitter leurs maisons, l'administration les fit expulser. Pendant les vacances, une partie du ministère essaya de s'entendre secrètement avec le Pape pour obtenir des autres congrégations une déclaration de soumission au gouvernement. Ces négociations, qui avortèrent, produisirent dans l'intérieur du ministère un conflit (18 sept.). Freycinet donna sa démission et J. Ferry le remplaça. Les congrégations refusèrent de se séparer et furent dissoutes par la force. Elles se reconstituèrent d'ailleurs, et le nombre de leurs élèves s'accrut, à mesure que la bourgeoisie
30 LA TROISIÈME RÉPUBLIQL'E
républicaine accepta les habitudes de la noblesse conservatri*
Le ministère Ferry (23 sept.), formé presque des mêrr ministres, s*occupa surtout de la réforme de renseignement. Il créa renseignement secondaire laïque des jeunes fil (décembre 1880), et l'instruction primaire gratuite (juin 188
Il fit voter les deux lois de liberté réclamées par le pa républicain. — La loi sur le droit de réunion (juin 1881) recc nait à tout citoyen le droit de tenir une réunion publique sa autorisation; les clubs restent interdits. — La loi sur la prei (29 juillet) reconnaît le droit de fonder un journal sans auto sation ni cautionnement, après une simple déclaration, et re libres le colportage et la distribution des journaux. Les pro< de presse ne doivent être jugés que par le jury, sauf la dif malion contre un particulier; les attaques contre un fonctic naire sont du ressort du jury et Ton a le droit de faire la preu^
Les pouvoirs de la Chambre élue en 1877 expiraient en 18( Gambetta voulait auparavant faire changer le mode d'clectîc Le parti républicain, depuis 1848, soutenait le scrutin de Vu contre le scrutin uninominal établi en 1852 par Napoléc en 1875 par la Droite. Derrière les raisons théoriques donne de part et d'autre se cachaient les véritables motifs personnel le scrutin de liste est plus économique et moins pénible pc les candidats parce qu'il répartit entre plusieurs les frais et fatigues de la campagne électorale; le scrutin uninomir augmente les chances pour le député sortant d'être réélu dn sa circonscription. Gambetta comptait sur le scrutin de lii pour faire passer ses partisans personnels, que son nom aur servi à € remorquer » ; Grévy préférait le scrutin uninomin
Un projet de loi pour établir le scrutin de liste fut volé à Chambre avec Tappui de Gambetta (mai 1881), mais rejeté Sénat par 148 voix contre 114.
L'élection, fixée brusquement au 21 août, se fit dans un gra calme. Les partis conservateurs désorganisés n'essayèrent p de lutter. Il n'y eut dans la nouvelle Chambre que 90 consc vateurs, contre 467 républicains. Mais les républicains se di saient en partisans et en adversaires de Gambetta ; 206 de l'Uni républicaine, 168 de la Gauche républicaine, 40 du Cent
gauche. Une nouvelle Extrême gauche (de 46 membres), reprenant le vieux programme radical abandonné par Gambetta, demandait la séparation de TEglise et de TEtat, la suppression du Sénat, Timpôt progressif sur le revenu.
Le « Grand Ministère ». — Le ministère Ferry avait annoncé qu'il se retirerait à la rentrée des Chambres et on s'attendait à voir former un ministère où seraient entrés les chefs des deux groupes républicains, la. Gauche et VUnioUy pour faire les réformes réclamées par le parti; on l'appelait d'avance c le Grand Ministère >. Mais Gambetta, chargé de former le ministère, se décida, sur le refus de L. Say et de Freycinet, à le prendre tout entier dans son propre groupe, V Union républicaine.
Le Grand Ministère (comme on l'appela par dérision) fut dès son début reçu froidement par les autres groupes républicains de la Chambre, inquiets de la domination personnelle de Gambetta. Il s'aliéna bientôt la masse des députés républicains (4 nov.) en affirmant la volonté de remettre l'administration en possession de l'autorité; cela signifiait en pratique que les préfets et les sous-préfets, au lieu d'être sous le contrôle des députés du département, dépendraient du ministère et de ses partisans, et que les recommandations des députés aux ministres devraient passer par l'intermédiaire des préfets.
Le conflit décisif se produisit sur la revision de la Constitution. Les élections sénatoriales de janvier 1882 ayant amené 66 républicains et 13 conservateurs, le Sénat avait désormais une majorité pour accepter une revision limitée. Le gouvernement la proposa. Mais Gambetta voulait aussi faire inscrire dans là Constitution que la Chambre serait élue au scrutin de liste; la majorité républicaine, bien que favorable au scrutin de liste, refusait d'en faire une institution constitutionnelle. La commission de 33 membres élue par la Chambre combattit le projet; la Chambre le rejeta. Le t Grand Ministère » se retira (30 janv. 1882). Gambetta ne revint plus au pouvoir et mourut le 31 décembre.
Scission du parti républicain. — La chute du ministère Gambetta était une défaite de V Union républicaine; le ministère Freycinet (30 janvier) fut pris tout entier dans la Gauche repu-
blicaine, et fut soutenu par la Gauche radicale. Il fit voler la municipale de 1882 qui donnait l'élection du maire au cons municipal dans toutes les communes et supprimait Tinstituti des plus forts imposés. Il fit passer enfin au Sénat renouvelé \ les élections la loi qui établissait Tinstruction primaire gratui obli.fi^atoire, laïque. Le projet de réforme de la magistratu n'aboutit pas ; la Chambre vota le principe de l'élection des jug(
Depuis la scission entre la Gauche et VUnion^ il n'y av; plus de majorité ferme, le cabinet était à la merci des incider de séance. — Le ministère Freycinet tomba à propos de l'insi rection d'Egypte (29 juillet). — Le ministère Duclerc-Fallièi (7 août), pris encore dans la Gauche républicaine, mais av l'adjonction de quelques membres de YUnion, dura jusqu'i février 1883, grâce aux vacances, puis par la tolérance d groupes de gauche. Quand le prince Napoléon, devenu depi la mort du prince impérial en 1879 le prétendant impérialisi fit afficher un manifeste contre le gouvernement républicai la Chambre ne put s'entendre avec le Sénat sur la formule la loi contre les prétendants, et le ministère se retira.
Alors fut formé le ministère Ferry (21 févr. 1883), pris da les deux groupes principaux, la Gauche et VUnion, qui con titua à la Chambre une majorité compacte et dura plus de dei ans. Sous ce ministère s'opéra la scission entre le gros < parti républicain et l'Extrême gauche. Le parti républica avait, en arrivant au pouvoir, abandonné comme chimérique programme de 1869. Il ne demandait plus que l'achèvement i la réforme scolaire, la réforme du service militaire, la liber des syndicats et une revision de la Constitution, « tempéré partielle, opportune > (c'étaient les expressions de J. Feri en 1881). Le parti s'appelait républicain de gou\)eimement^ s adversaires le surnommèrent opportuniste.
Le parti républicain d'opposition conservait l'ancien nom < radical et l'ancien programme, l'impôt sur le revenu, la sép ration de l'Eglise et de l'Etat, et demandait une revision rad cale de la Constitution pour ôter au Sénat le pouvoir d'arrêl( les réformes votées par la Chambre. Le conflit entre les det politiques se compliquait d'une rivalité entre deux personnel
Les partisans de Gambetta et de Ferry gardaient pour eux les avantages du gouvernement; les radicaux en étaient exclus.
La lutte fut d*abord sourde. La majorité, abandonnant le rachat des chemins de fer par TËtat, accepta les conventions conclues par le ministère en 1883, qui laissaient les grandes compagnies maîtresses des chemins de fer. — La réforme de la magistrature fut remplacée par un expédient, la suspension de rinamovibilité, qui permit au gouvernement de mettre à la retraite les magistrats les plus hostiles à la République (nov. 1883). — Les radicaux avaient combattu ces deux mesures; ils s'unirent à la majorité pour voter la loi qui rendit publiques les séances des conseils municipaux (188i), la loi de 1884, qui rendit à la France le divorce aboli en 1815, la loi quf permettait la création de syndicats professionnels; on vola aussi Tégalilé du service militaire, qui fut rejetée par le Sénat.
Lo conflit entre la Gauche radicale et le gouvernement devint aigu sur la revision de la Constitution, la politique coloniale ' et la politique flnancièrc. Le ministère fit voler par les deux Chambres la revision, mais en promettant au Sénat de la limiter à une petite réforme du système d*élection. Les radicaux soutenaient qu'une fois réuni le Congrès devenait souverain et avait le pouvoir de revision illimitée. Le Congrès, par 509 voix contre 172, vota la revision d'août 1884, qui se borna à éliminer de la Constitution les dispositions sur Télection du Sénat. Après quoi une nouvelle loi modifia le recrutement du Sénat; elle attribua aux départements les 75 sièges inamovibles à mesure qu'ils deviendraient vacants, et donna aux conseils municipaux un nombre de délégués sénatoriaux variable suivant le nombre des conseillers, de façon à atténuer, mais très fûblement, le privilège des petites communes.
En matière financière, le parti républicain avait, dès 1879, abandonné le système de l'économie dans les dépenses et de l'amortissement de la dette établi par l'Assemblée de 1871, pour adopter le principe des c dépenses productives » ou nécessaires à la constitution de la démocratie, construction de chemins do
1. Sur la politique coloniale, voir, ci-dessous, le ohapilre Empire colonial ft'affçaif.
lIitTOIRK OKHéRALB. XII. 3
34 LA TROISIKMK RËPL'HLIUIK
fer et d*écoles primaires. — Les frais des expéditions el administrations coloniales montèrent annuellement à plusic centaines de millions.
On s*était habitué à voir chaque année un excédent sur recettes prévues au budget. Mais la longue crise économi qui commença en France après le krach de Y Union générale, 1882, amena une succession de moins-values. On eut un dé chronique et un accroissement rapide de la dette, auquel para provisoirement par des emprunts avoués ou dissimu
Mais la lutte la plus violente porta sur la politique coloni Les radicaux combattirent le principe même des expédition; surtout la conquête du Tonkin. J. Ferry répondit par la : mule : < Le péril est à gauche ». La masse républicaine se sci en deux partis, républicains modérés {opportunistes) et radica
Une dépêche du Tonkin annonçant la retraite de Lang effraya la masse des députés républicains. Le chef du p radical, Clemenceau, accusa le gouvernement d'avoir eng le pays malgré lui; le ministère fut mis en minorité par 306 1 (dont 86 de la Droite) contre 149 (30 mars 1885).
Les élections de 1886. — Le ministère Brisson fo: péniblement, le 6 avril, d'un mélange de radicaux et de répi cains, fit appel à la « concentration des forces républicaines conclut la paix avec la Chine et fit voter la loi du scrutin de 1
Dans les élections d'octobre 1885, les partis conservât s'entendirent presque partout sur une liste unique; le ] légitimiste, privé de son prétendant par la mort du comt< Chambord en 1883, s'était fondu presque entièrement dan parti orléaniste ; royalistes et impérialistes s'unirent en Opposition constitutionnelle^ qui, évitant d'attaquer la R blique, fît campagne, au nom de la religion catholique et intérêts conservateurs, contre les lois scolaires, l'expulsion congrégations, les dépenses exagérées et l'expédition du Ton
Les républicains se divisèrent. Presque partout il y eut liste républicaine et une liste radicale.
Au premier tour (4 octobre), il passa 176 conservateui 127 républicains. L*émotion fut si vive qu'au second tour les républicains, se soumettant à « la discipline républicaii
votèrent pour la liste de concentration formée des candidats républicains qui avaient eu au premier tour la majorité relative. La Chambre fut composée de 202 conservateurs et de 382 républicains. La division était régionale : TEst et le Midi avaient élu des républicains; FOuest et le Nord, des conservateurs. Les républicains étant divisés en deux partis presque égaux (200 modérés, 180 radicaux), il n'y avait dans la Chambre aucune majorité stable.
Lies ministères de concentration. — Le ministère Brisson, mal vu de la Chambre qui le rendait responsable du succès des conservateurs, ne put faire passer les crédits pour le Tonkin, combattus par la Droite et les radicaux, qu'à une majorité de quatre voix, grâce aux invalidations de vingt-deux élections de droite qui réduisirent le nombre des conservateurs à 180. Après la réélection de Grévy comme Président de la République, le ministère se retira (29 déc).
Le ministère Freycinet (7 janvier 1886) annonça une c politique de conciliation » entre « toutes les fractions de la majorité républicaine » et promit de c rétablir Téquilibre dans le budget ». Il avait fait une place au personnel radical et gouvernait en 8*appuyant sur les deux partis républicains contre la Droite. Le général Boulanger devenait ministre de la Guerre par l'appui des radicaux et se rendait populaire dans ce parti par des déclarations contre les officiers « qui faisaient parade de sentiments hostiles » à la République. Ce ministère ne fit guère que la loi d'expulsion contre les prétendants (22 juin) et la loi de 1886 qui achevait d'organiser l'enseignement primaire en excluant des écoles publiques les instituteurs et institutrices congréganistes (27 oct.). Il tomba (3 déc.) sur un amendement au budget voté par 262 voix contre 249 pour exiger la suppression des sous-préfets, — que d'ailleurs la Chambre abandonna.
Le ministère Goblet (11 déc), formé des débris du précédent cabinet, suivit la même politique, et promit d'ajourner toutes les questions sur lesquelles les deux partis républicains seraient en désaccord. Il fut inquiété par la tension des rapports avec le gouvernement allemand, qui aboutit à l'incident Schnœbelé (21 avril 1887). Il tomba (17 mai) sur un ordre du jour de
la Chambre, déclarant insuffisantes c les économies introdui dans le budget de 1888 ». La majorité qui le renversa et formée de 165 conservateurs et 110 républicains, contre 257 ré| blicains; on avait voulu surtout se débarrasser de Boulanger.
Freycinet, chargé de constituer le cabinet, ne put s^entend ni avec les radicaux qui exigeaient un programme de réform< ni avec les modérés, qui ne voulaient pas du général Boulange Après de longues négociations, on forma un ministère Rouvi (30 mai), pris dans le parti républicain modéré, qui abandon la concentration et adopta une tactique inverse. Il s*enten< avec la Droite, qui promit de cesser l'opposition, en se réserva de combattre « les mesures anti-religieuses et anti>sociaIes les emprunts et les impôts. Ce fut la « politique d*apaisement le parti républicain modéré faisait la paix avec le clergé et I conservateurs pour combattre les radicaux.
La crise présidentielle. — Le ministère d'apaisement débarrassa du général Boulanger, en l'envoyant commander i corps d armée à Clermont; son départ fut l'occasion d'ui manifestation à la gare de Lyon (8 juillet 1887), et ses partisai commencèrent à attaquer violemment le ministère.
Pendant les vacances, le sous-chef d'état-major au ministè de la Guerre fut arrêté et révoqué pour avoir vendu des cro de la Légion d'honneur; on avait voulu atteindre en lui i auxiliaire de Boulanger. Mais les poursuites firent découvi que le gendre du Président de la République, Wilson, ét( compromis dans des affaires analogues.
A la rentrée, la Chambre, par 338 voix contre 130, vota u enquête parlementaire sur < les faits de trafic des fonctio publiques et des décorations ». Le procès amena à poursuis Wilson. Les radicaux demandèrent à interpeller sur la siti tion; le ministère réclama le renvoi de la discussion, qui 1 rejeté par 317 voix contre 238, et se retira (19 nov.). Le v( visait surtout Grévy, qui soutenait encore son gendre.
Grévy essaya de constituer un ministère, mais tous ] hommes politiques lui déclarèrent qu'aucun ministère n'ét possible tant qu'il resterait Président de la République. Gré hésita jusqu'au 30 novembre. Il avait annoncé le message
démission dès le 26. Mais les radicaux de rExlrème gauche, voulant a tout prix éviter l'élection de J. Ferry, s'entendirent avec Boulanger, venu secrètement à Paris, pour décider Grévy i rester, en lui constituant un ministère. On négocia secrètement pendant les deux < nuits historiques » (28-30 nov.). Dans la nuit du 28 on envoya des délégués à Floquet et à Freycinet pour former un ministère où serait entré Boulanger; tous deux refusèrent. — Dans la nuit du 29, une réunion où Boulanger assistait proposa pour président du conseil Clemenceau, qui refusa, puis Andrieux, qui acceptait, mais en écartant le général Boulanger. On ne put donc s'entendre.
La foule, impatiente d'apprendre la démission de Grévy, se porta sur la Chambre des députés. La Chambre, pour forcer Grévy, s'ajourna à six heures du soir, < attendant la communication qui lui avait été promise »; le Sénat s'ajourna à huit heures. Devant ce vote unanime Grévy céda enOn, et fit annoncer le message de démission {V déc.) qui fut lu le 2 décembre.
Le parti républicain modéré voulait élire Président de . la République J. Ferry, qui avait pour lui la grande majorité du Sénat. Mais Ferry était resté impopulaire à Paris depuis le siège de 1870; le conseil municipal de Paris déclara qu'il ne répondait pas de. l'ordre s'il était élu. La majorité républicaine, intimidée par la crainte d'un conflit, hésita, puis se rallia à la candidature d'un républicain modéré, Carnot, proposée par les radicaux pour faire échec à Ferry. Au premier tour, Carnot eut 303 voix, J. Ferry 212, Freycinet 76; la Droite, ne voulant pas voler pour l'auteur de l'article 7, égara ses voix sur le général Saussier. — Au deuxième tour, Carnot fut élu par 616 voix (3 déc).
La crise boulangiste. — Carnot revint au système de la concentration républicaine. Son ami Tirard, chargé de former le ministère, prit des membres de tous les partis avec un programme c de concorde et d'entente républicaine » (13 déc). Mais un parti d'opposition césarienne se formait autour du général Boulanger. Aux élections complémentaires, un comité Gt voter pour lui dans quatre départements. Le ministère apprit que le général était venu à Paris secrètement s'entendre avec ses partisans; il lui retira son emploi. 11 se créa un Comité de
38 LÀ THOISIÈMË RÉPUBLIQUE
protestation nationale dirigé par quelques députés radicaux, ministère mit Boulanger à la retraite.
Boulanger, devenu éligible, adopta la tactique de se présen a chaque élection complémentaire dans les départements ou oppositions de gauche et de droite réunies étaient assez for pour le faire passer. Il résuma son programme en trois mol « Dissolution, Revision, Constituante ». 11 s'agissait d'abolir régime parlementaire, et de faire voter par une constitua spécialement élue un régime analogue à la constitution de 181 une Assemblée unique, un Président élu directement au suffr; universel et indépendant de l'Assemblée, c'est-à-dire maître la force armée et des fonctionnaires.
Le parti radical se déclara contre Boulanger, mais s renoncer à la revision. Le ministère ayant combattu la pro sition de revision, fut mis en minorité par 268 voix contre ' et fut remplacé (4 avril 1S88) parle ministère Floquet, où do naient les radicaux.
Le parti royaliste entra alors ouvertement dans la lutte, comte de Paris lança un manifeste qui demandait la dissolul et la revision afin d'établir par le suffrage universel une moi chie démocratique fondée sur l'appel au peuple.
Il ne restait plus en face du parti républicain que des ps plébiscitaires : impérialiste, royaliste, révisionniste. — groupes monarchistes de la Chambre formèrent un coi commun, chargé d'agiter pour la dissolution de la Chambre Le parti de Boulanger, iniilulé national ou révisionniste, fît a à tous les Français, y compris les conservateurs, pour foi « la République ouverte ». — Les partis monarchistes adc rent la tactique de « l'action parallèle » avec le parti revis niste : ils voleraient pour Boulanger, qui devait « faire la trou<
Boulanger, élu député, vint à la Chambre demander Turgi pour la re vision. Elle fut rejetée par 377 voix contre 186 (4 ji Puis il demanda la dissolution. Enfin, renonçant à agir si Chambre, il travailla à préparer Topinion pour les élections g raies de 1889 en faisant plébisciter sur son nom dans les < lions complémentaires. Il n'eut aucun succès dans les dcpi ments républicains de l'Est et du Midi; il fut élu avec de f(
majorités dans les départements conservateurs ou hésitants. La campagne était menée avec les procédés de la publicité commerciale, des affiches en masse, des distributions de portraits et de biographies du général Boulanger, des manifestations faites par des agents embauchés. On sut plus tard que l'argent était fourni surtout par les royalistes, la duchesse d*Uzès et le comte de Paris.
Une vacance s*étant produite dans le département de la Seine, Boulanger se présenta. Il eut pour lui tous les conservateurs et la plupart des électeurs radicaux, toujours prêts à voter contre le gouvernement; il fut élu par 242 000 voix, contre 165 000 au candidat de la coalition de tous les républicains (27 janv. 1889).
On crut qu'il allait le soir même marcher sur l'Elysée et renverser par la force le gouvernement : les troupes de police (gardiens de la paix, gardes républicaines) ne cachaient pas leur sympathie pour le futur dictateur. Mais Boulanger ne fit aucune tentative de coup d'Etat; il comptait sur les élections générales. Or son succès n'était possible qu'au scrutin de liste, où son nom seul pouvait faire voter pour une même liste les électeurs radicaux et les électeurs conservateurs. En montrant sa puissance il avait averti du danger ses adversaires.
Les républicains efTrayés se décidèrent à sacrifier le scrutin de liste, et le ministère présenta un projet de loi pour rétablir le scrutin uninominal. Mais il avait dès la rentrée déposé aussi un projet de revision. Lequel des deux serait discuté le premier? De cette question de priorité dépendait l'issue de la crise, car si on commençait par la revision, le désaccord entre les républicains rendrait l'entente impossible. La priorité pour la loi électorale passa à quelques voix de majorité seulement; puis la loi fut votée malgré la Droite, les révisionnistes et quelques radicaux, par 268 voix contre 222 (12 février). Elle fut complétée en juin par la loi qui interdisait les candidatures multiples.
Puis vint le débat sur la revision. Dès le début, sur une question d'ajournement, le ministère Floquet fut mis en minorité par la réunion des Droites, des révisionnistes et des républicains modérés, et se retira (15 février). Tirard forma un ministère de concentration où dominaient les républicains modérés.
Ce ministère se débarrassa de Boulanger en lui faisant faire
40 LA THOIHIKME ItKPl'IiLIQLE:
un procès pour complot contre la sûreté de l'État devant le S constitué en Haute Cour, Boulanger s'enfuit de France,
La loi militaire, volée dès 188t par la Chambre, passa enû Sénat avec de fortes modifîcalions que la Chambre ace (juillet). Elle abolissait le système mixte de 1872, le votonta l'exemption des membres du clergé et de l'enseignemen division du contingent en deux portions; elle établissait le vice de trois ans pour tous, avec dispense de deux années | les jeunes gens pourvus de diplômes supérieurs.
L'Exposition universelle de 1889, ouverte le S mai en < mémoration de 1789, Oélourna t'allenlion de la politique; fut très brillante et fortiiia le gouvernement. Les monarch et les révisionnistes essayèrent d'utiliser les élections au coi général pour faire plébisciter sur le nom de Boulanger; c présenta dans 80 cantons choisis exprès, il ne fut élu que dan
Aux élections générales (22 sept.) la hitic s'engagea vnl coalition des républicains, soutenus secrètementparl'admini tion, et la coalition des ennemis de la république parlement monarchistes, catholiques, révisionnistes, soutenus ouvertci par le clergé. Le comité national révisionniste avait dressé liste de candidats, composée en partie de monarchistes, qua' de " républicains ralliés >; il demandait une f république n nale >. Le clergé attaquait les lois scolaires et la loi militait en beaucoup d'endroits, la Itépublique elle-même.
La masse des électeurs vola pour le parti qui représent; maintien des institutions clablies. La Chambre nouvelle • prit 3G6 républicains, 172 coiiservaleurs, 38 révisionnistes avait 282 députés nouveaux. Les révisionnistes n'avaient \ que dans la Seine et dans quelques circonscriptions cparsc toute la France. La coalition entre monarchistes et rcvl nistes se rompît. Ce fut la fin de la crise boulangisle.
ait qu'un petit groupe de députés qui, après l't listes aux élections municipales de Paris en fut élu sur 80), et le suicide du général Bouh se fondit dans les partis radicaux et socialisl* Itères de concentration (1890-93). — • de 1889, la concentration républicaine re^
LE GOL'VEKXEMKNT DU PAUTI UËIH BLICAIX 41
politique officielle de tous les ministères. Mais le parti radical était réduit à une minorité sans force; il conservait son programme, revision, impôt sur le revenu, séparation de TÉglise et de TEtat, sans espoir d*en faire passer aucune partie. Le parti républicain modéré, fortifié par sa victoire sur Boulanger, avait à la Cliambre environ 2S0 membres et une majorité énorme au Sénat (en 1893 le Sénat élut président J. Ferry, qui mourut presque aussitôt après); il formait seul le ministère et dirigeait le gouvernement. Ayant épuisé son programme de réformes, il suivait une politique défensive : maintenir les lois scolaires et la loi militaire contre le parti catholique et laisser reposer le pays fatigué par la crise boulangisle.
La Chambre n*essaya môme pas d'annuler les élections faites sous la pression du clergé, elle n^invalida que des élections de boulangistes, — qui d'ailleurs furent réélus. Ce fut l'occasion de quelques scènes violentes; puis la vie polilique se réduisit à des conflits de personnes et à des incidents sans portée, condamnation du duc d'Orléans, manifestation du T' mai, manifeste du comte de Paris (1890), afTairc de Fourmics, afTaire de l'archevêque d'Aix (1891).
Le ministère Tirard se relira à propos d'un traité de commerce avec la Turquie (mars 1890). — Le ministère Freycinet, qui déclarait s'appuyer sur toutes les fractions du parti républicain, démissionna à propos d'une interpellation relative à la loi sur les associations (20 février 1892). — Mais il se reconstitua avec les mêmes membres, excepté Conslans, sous la présidence de Loubet (27 février 1892). Celte crise fut attribuée à l'action personnelle du président Carnot, mécontent de l'influence de Conslans sur le gouvernement. Le ministère Loubet, mis en minorité à propos de Texpédition au Dahomey, donna sa démission (Il juillet), mais la reprit en se bornant à remplacer le minisire de la marine Cavaignac, seul visé par le vole de la Chambre.
Le seul acte important de la Chambre élue en 1889 fut le vote des tarifs douaniers de 1892. Le système des traités de commerce, adopté par Napoléon III depuis 1860, avait établi entre la France et les principales nations des droils de douanes fixés pour une période déterminée par les traités, chaque Etal
42 LA THOISIÈMK REPrBLlQlB
abaissant ses tarifs sur certains articles pour obtenir en échai lies abaissements sur les articles qu*il tenait le plus à expor On pouvait ainsi graduellement se rapprocher du libre-échan Mais en 1871 Bismarck, pour empêcher la France de rom ses relations de commerce avec TAUemagne, avait imposé i clause par laquelle les deux nations s'engageaient à s*appliq réciproquement les tarifs accordés à la nation la plus favoris Les industriels français se plaignirent de la concurrence a mande, appelant le traité de Francfort < un Sedan industriel Les grands industriels cotonniers et drapiers des Vosges, Nord et de la Seine-Inférieure firent dans la presse une ci pagne protectionniste et, entraînant la masse des députés régions agricoles qui demandaient la protection pour les bléi le bétail, décidèrent la Chambre à rétablir le régime protecte
Les traités de commerce qui liaient la France expirai vers i890. La Chambre, refusant de les renouveler, adopta régime du < tarif autonome », qui laisse chaque État mai d'élever ou d'abaisser a volonté les tarifs sur chaque article maintient les importateurs dans une incertitude permanente i les droits de douane qu'ils auront a payer. La loi de 1892, d* Méline fut rapporteur, établissait deux tarifs : le tarif maxirn applicable à tous les articles pour lesquels le pays producti n'a pas fait une convention spéciale avec la France, le t(\ minimum accordé à certains articles par convention spéci avec le pays producteur. Le résultat fut une guerre de tai avec plusieurs Etats étrangers, qui obligea à accorder le ta minimum a la plupart des grands pays.
Formation de nouveaux partis (1892-93). — Le pa conservateur ayant renoncé à la lutte ouverte, la fraction exe: sivement catholique du parti changea de tactique. Elle se rai officiellement à la République pour entrer dans le gouvernemc et lui faire adopter une politique favorable au clergé. Cette é\ lution fut soutenue par Léon XIII, qui formula ainsi sa politiq (dans une entrevue privée) : « Accepter la Constitution po modifier la législation », — ce qui voulait dire abroger les le scolaires et la loi militaire.
Les royalistes catholiques protestèrent contre cette intc
ventioQ du Pape dans une question de politique intérieure. Léon XIII prit ouvertement parti contre eux. L*encyclique du 16 février au clergé et à tous les catholiques de France leur ordonna de reconnaître la République. Elle fut confirmée par une lettre aux cardinaux français (6 mai), blâmant les conservateurs qui sacrifiaient a leurs idées personnelles ou à des motifs de parti politique Tunité nécessaire de tous les catho* liques — et enfin par un ordre formel de se soumettre (14 juin). Suivant Tordre de Léon XIII un groupe catholique, se détachant de la Droite, forma le parti constitutionnel, appelé aussi parti des ralliés (3 mars 1892).
En même temps une transformation s*opérait dans les partis socialistes. Le retour des amnistiés de la Commune en 1880 avait rendu aux socialistes un personnel de direction ; la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté des syndicats (depuis 1884) leur avaient donné les moyens de se recruter par la propagande.
L'ancien parti de Blanqui se reconstitua, surtout à Paris et dans le Centre, en un parti socialiste révolutionnaire, qui se proposait défaire la révolution parle prolétariat. — Il se constitua dans les grandes villes et les régions industrielles et minières du Nord et du Centre un parti socialiste formé presque uniquement d'ouvriers, qui, adoptant le programme et l'organisation du parti allemand, prit le nom de Parti ouvrier socialiste français. En 1882, après un conflit sur la tactique compliqué de rivalités personnelles, il se scinda en deux groupes ennemis. L'un, dirigé par Guesde, conserva le nom ancien, le programme collectiviste allemand, la direction centralisée dans un conseil de cinq membres et la tactique d'abstention parlementaire. — L'autre, dirigé par Brousse, la Fédération des travailleurs socialistes de France, déclarait vouloir « fraclionner son but jusqu'à le rendre possible »; il admettait l'action commune avec les partis politiques pour obtenir des réformes sociales, et se constituait en fédération laissant à chaque groupe régional son autonomie. Ses adversaires le surnommèrent possibiliste. Dans la crise boulangiste le parti possibiliste seul combattit du côté des républicains, pendant que les autres se tenaient à l'écart. — En 1890 il se coupa en deux sur une question d'organisation; le
gros du parli resté avec Brousse (broussiste) conserva le no la politique de la Fédération. Il s'en délacba, avec Alleman( parti ouvrier socialiste révolutionnaire qui, repoussant Tai commune avec les partis bourgeois, réclamait la directior Torgane central du parti; son moyen d'action préféré éla grève générale. — Ces quatre partis fragmentés, hostile uns aux aulres, n'avaient guère d'action que sur les élec municipales de Paris.
En 1892 la grève de Garmaux, soutenue par l'élu des ouv socialistes du pays, Jaurès, bienltit fameux comme ora donna l'occasion aux fractions socialistes de se rapproi En 1893 toutes les fractions socialistes, s'unissant en vu( élections, formèrent une c Ligue révolutionnaire pour Ta^ ment de la République sociale ».
La crise du Panama et les élections de 189S Après la rentrée d'octobre 1892 éclata le scandale du Pan préparé par le parti conservateur pour aider la campagne torale de 1893. Après la banqueroute du canal de Pan survenue en 1888, une enquête judiciaire très lentement con avait révélé que la direction avait gaspillé les fonds et a( les journaux qui menaçaient d'informer le public du mai état de l'entreprise. Quelques députés se trouvaient comprc ou pour avoir participé aux bénéfices des émissions, ou avoir aidé la compagnie à obtenir de la Chambre en 1888 l'i risation d'émettre des valeurs à lots (toute loterie étant inte en France par le droit commun).
Un des organisateurs de la publicité, le baron de Reii mourut subitement sur le point d'être arrêté (21 nov.). L'o sition réclama une enquête. La Chambre élut une commis qui demanda la saisie des papiers de Reinach et l'autopsi cadavre. Le ministère répondit que la commission outrepa ses pouvoirs; l'ordre du jour pur et simple fut rejeté 304 voix contre 219) par une coalition de la Droite et des eaux. Le ministère démissionna et se reconstitua, sauf deux i bres, sous la présidence de Ribot, républicain modéré (6 c Mais les journaux conservateurs et radicaux conlinuaie campagne de révélations; le ministre des finances Rou
accusé de relations avec Reinach, donna sa démission (i3 déc).
Le ministère fit arrêter d*abord deux administrateurs du Panama» un ancien député accusé de s*ètre laissé acheter en 1888 pour faire un rapport favorable à rémission des valeurs à lois, puis fit poursuivre plusieurs députés et sénateurs (déc. 1892). Tous les accusés furent acquittés par le jury, excepté Tancien ministre, Baîhaut, qui avoua avoir reçu 300 000 francs.
Le scandale avait d'abord atteint les notables du parti républicain modéré; mais on y impliqua Freycinet, ministre de la Guerre, pour ses relations avec Cornélius Herz, et le ministère démissionna pour se reconstituer avec le même président (13 janv. 1893). Puis on dénonça les chefs du parti radical, Clemenceau pour ses relations avec Cornélius Herz, Floquet pour avoir en 1888 demandé aux administrateurs du Panama de comprendre les journaux radicaux dans leurs distributions à la presse.
Le résultat de cette crise fu t d'écarter presque tout l'ancien personnel directeur des deux partis républicains, qui fut remplacé par une nouvelle génération. Une coalition de toutes les oppositions mit le ministère en minorité sur une question de budget, par 247 voix contre 242; la majorité consistait en 117 conservateurs, 102 radicaux, 28 boulangistes (30 mars). Un homme nouveau, Dupuy, forma un ministère de concentration où les modérés dominaient (4 avril).
Les partis conservateurs et les ralliés comptaient profiter, aux élections de 1893, du scandale fait par la presse autour des noms républicains les plus connus. Cette illusion gagna même les républicains; Dupuy sembla faire des avances aux ralliés. Sa politique se tournait contre les socialistes; profitant d'une manifestation d*étudiants que les agents de police transformèrent en c émeute du quartier latin », il fit venir des troupes à Paris et ferma la Bourse du travail, qui servait de centre aux syndicats ouvriers (6 juil.). La Chambre l'approuva par 343 voix contre 149.
Les élections, faites dans un grand calme (20 août, 3 sept.), renouvelèrent la moitié de la Chambre. La Droite tombait de 170 membres à 93, y compris une trentaine de ralliés. Le parti radical montait à environ 150. La ligue socialiste, ralliant les
électeurs de lancien parti révisionniste désorganisé, fais passer plus de 50 socialistes. Pour la première fois il se forn un parti socialiste parlementaire. Dans Tensemble, c*était déplacement général vers la gauche.
La crise anarchiste (1893-94). — Le parti républic modéré restait encore le groupe le plus nombreux et conlini à diriger la politique. Il faisait élire son chef, Casimir-Per président de la Chambre par 295 voix contre 195 à Brisson, c didat de la Gauche. Le ministère Dupuy, disloqué par la dér sion de ses deux membres radicaux, donnait sa démiss (25 nov.) et était remplacé par un ministère Casimir-Per presque tout entier modéré (!•' déc), qui annonçait quelq réformes fiscales; Dupuy était élu président de la Chambre.
La vie politique fut brusquement bouleversée par les at tats anarchistes contre les pouvoirs publics. Les anarchiste! formaient pas un parti politique; ils s*abstenaient par prin* de toute action électorale, et n*avaient ni organisation ni ] gramme. Mais transportant la tactique des terroristes rui dans un pays de liberté, ils se servirent des explosions [ forcer l'opinion publique à réfléchir sur les vices de Toi^an tion sociale; c'est ce qu'ils appelaient « la propagande pa fait ». Ce moyen, essayé en province dès 1882, fut emp! méthodiquement à Paris en 1892. Mais les attentats de R chol, puis l'explosion du restaurant où Ravachol avait arrêté, n'étaient que des faits-divers sans portée politii L'anarchiste Vaillant s'attaqua à la Chambre, il jeta dans la i des séances une bombe (9 déc). Les Chambres votèrent ausi des lois contre les journaux et les associations anarchi: Vaillant fut condamné à mort et exécuté (janvier 1894).
Le ministère fut mis en minorité par 265 voix contre pour avoir interdit aux employés des chemins de fer de 1 de prendre part à un congrès de syndicats; Dupuy recons un ministère de même nuance (30 mai). Mais les anarch continuaient la guerre. Un anarchiste italien, Caserio, assas le Président Carnot à Lyon (24 juin).
Le candidat du parti modéré, Casimir-Perier, fut élu Prési de la République par 451 voix contre 195 à Brisson, can«
des radicaux, et 97 à Dupuy. Le ministère Dupuy présenta des lois d'exception qui mettaient hors du droit commun tout individu réputé anarchiste. Les socialistes et les radicaux les combattirent et demandèrent que du moins la durée en fiH limitée. Dupuy refusa et, en posant la question de confiance, força les Chambres à les voter presque sans modification.
Le conflit sur les lois d'exception détruisit la concentration républicaine. Les modérés commençaient d'ailleurs à réclamer un « ministère homogène », c'est-à-dire le gouvernement par une seule des fractions républicaines, plus conforme, disait-on, à la doctrine parlementaire. Mais pour réunir une majorité absolue il fallait joindre au parti républicain modéré une fraction de la Droite, et, pour gagner cet appoint, revenir à la < politique d'apaisement ». Le ministre de l'Instruction publique, Spuller, avait indiqué ce rapprochement, le 3 mars 1894, en parlant de « l'esprit nouveau » qui animait le gouvernement envers l'Eglise. L'élection de Casimir-Perier acheva la rupture entre modérés et radicaux. Mais entre les deux partis se forma une masse flottante d'une centaine de députés, toujours prêts à voter avec le ministère pour éviter une crise ministérielle, mais toujours sujets à voter des mesures démocratiques pour plaire à leurs électeurs. En même temps les socialistes attaquaient personnellement Casimir-Perier dont le nom et la fortune symbolisaient le gouvernement par la bourgeoisie. Brisson fut élu président de la Chambre par 249 voix contre 213 à Méline, candidat des modérés (décembre 1894). Puis, le ministère s'étant disloqué sur le rejet d'un ordre du jour dans une question de conventions de chemin de fer, Casimir-Perier donna brusquement sa démission pour des motifs qui ne sont pas encore éclaircis (15 janv. 1895).
Dans le Congrès pour l'élection présidentielle, la majorité des députés vota pour Brisson, candidat des radicaux, qui eut au premier tour 344 voix contre 195 au candidat des modérés Waldeck-Rousseau, et 215 à Félix Faure, ministre de la Marine. Au deuxième tour Félix Faure, que la Droite soutenait ouvertement, fut élu par 435 voix contre 363.
Le ministère Ribot (27 janvier 1895), formé de modérés, revint à la concentration, fit voter une amnistie pour les délits
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politiques, présenta une réforme fiscale et fit même voler p la Chambre le principe de Timpôt progressif sur les héritage
Les ministères homogènes (1896-98). — Ce ministè s'élant retiré à propos d*une enquête votée par la ChamI] (28 octobre), ce fut un radical, Léon Bourgeois, qui accepta former un cabinet de concentration; mais les modérés ays refusé d*y entrer, il finit par former un ministère homogc radical (V novembre 1895). De Tancien programme radical ne conservait qu*un article, Timpôt progressif sur le revenu y joignait des réformes économiques démocratiques et Tétab] sèment de la liberté d'association, et faisait arrêter Arton, ag secret de la société du Panama, réfugié à Londres.
Le conflit commença bientôt entre le ministère Bourgeois le Sénat, el aboulità deux votes de défiance du Sénat (21 févri 3 avril 1896). Mais le ministère, soutenu par la Gauche, attii lui la masse flottante des députés du Centre, désireux suri d'éviter une crise ministérielle, et obtint à la Chambre des v( de confiance avec des majorités de plus de cent voix.
Dans ce conflit entre les deux Chambres, le parti républi( acheva de se diviser. A droite, les républicains modérés i aux conservateurs formèrent un parti de conservation soc appuyé sur la bourgeoisie, le clergé, les hauts fonctionnai à gauche, les républicains radicaux unis aux socialistes devin un parti de réforme sociale qui fit appel à la masse des ouvri des paysans et des petits fonctionnaires. Le parti de di dominait dans TOuest et le Sud-Ouest, le parti de gauche ( l'Est, le Sud-Est et les centres industriels. Le terrain de co fut rimpôt progressif sur le revenu, soutenu par les social et combattu par les conservateurs comme le symbole el le < mencemént d'une réforme dans la répartition de la propr La commission du budget le rejeta; le ministère parvint faire voter le principe par la Chambre à quelques voix de n rite. Pour se délivrer de l'opposition du Sénat, la Gauche r mait aussi la revision de la Constitution, de façon à chang mode d'élection du Sénat et à diminuer son pouvoir légis
Le Sénat, soutenu ^.ecrètement par le Président de la I blique, profita de ce que le ministère avait négligé avan
vacances de Pâques de lui faire voter le crédit nécessaire aux troupes de Madagascar; il reprit ses séances avant la rentrée de la Chambre, et refusa le crédit (21 avril). Le ministère Bourgeois n'essaya pas de soulever un conflit entre le Sénat et la Chambre, où d'ailleurs sa majorité était précaire, et profita de Toccasion pour se retirer.
Le ministère Méline (29 avril), ministère homogène formé exclusivement de modérés, et soutenu par les conservateurs, rallia la plus grande partie du Centre flottant et parvint à se constituer à la Chambre une majorité de 50 à 80 voix. Sa politique fut le maintien du statu quo. Il écarta le projet d'impôt progressif et global sur le revenu et proposa une réforme fiscale qui aurait établi TimpôC sur « les revenus », mais qui ne put pas aboutir. Il fit voter une loi sur les Universités, une loi sur les octrois, une loi sur le crédit agricole, et, en fin de législature (en 1898), la loi préparée depuis longtemps sur les accidents du travail. L'attention du public se tourna surtout sur l'alliance franco-russe, la visite du Tsar en France (1896), la visite du Président de la République en Russie (1897).
Le ministère ne fit aucune concession législative aux conservateurs catholiques et ne prit aucune mesure contre la Gauche, pas même contre les socialistes. Mais ses adversaires de gauche l'accusèrent de favoriser secrètement en province les conservateurs. Ce fut le plus long ministère que la France ait eu en république : il dura deux ans et deux mois.
Élections de 1898 et retour à la concentration. — La Chambre élue en 1893 pour quatre ans avait prolongé la durée de son mandat de six mois, pour qu'à l'avenir l'entrée en fonctions de la Chambre commençât avant les vacances d'éle. Aux élections de mai 1898, le parti ministériel essaya d'obtenir une majorité de gouvernement formée de républicains modérés et de ralliés, de façon à pouvoir se passer de l'appoint de l'Extrême droite monarchiste; le parli catholique rallié fît un grand efTort. Un parti « nationaliste » se forma avec les débris du parti boulangiste ; en Algérie et en quelques endroits de France se présentèrent des candidats antisémites. Les divers groupes socialistes en général agirent de concert, et au second
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tour s'entendirent d'ordinaire avec les radicaux. La campagne contre le ministère porta surtout sur Talliance avec la Droite et rimpôt progressif et global sur le revenu, et en quelques endroits sur la réduction du service militaire. Elle fut trè: ardenle, jamais la proportion des votants n'avait été si forte, ell( dépassa en beaucoup d'endroits les neuf dixièmes des inscrits
Le parti ministériel au lieu d'augmenter diminua, la Droit ne gagna presque pas de sièges. La nouvelle Chambre s composa d'environ * 100 députés de la Droite (dont 40 ralliés 200 radicaux ou radicaux-socialistes opérant ensemble, SOsocii listes, 150 ministériels décidés. Le reste consistait en un Centi flottant de 50 et une vingtaine de nationalistes ou d'antisémit< républicains. C'était, comme en 1893, dans l'ensemble un moi vement vers la gauche.
Il n'y avait pas de majorité homogène. On le vit dès Télectic du président. Le parti républicain modéré, qui prit dès lors nom de progressiste, entraînant la majeure partie du Cent flottant et s'alliant à la Droite et aux antisémites, flt passer s< candidat, Deschanel, par 282 voix contre 278 à Brisson, candie des Gauches coalisées. — A la première interpellation sur politique du ministère, les progressistes, le Centre flottant et Droite votèrent par 295 voix contre 270 un ordre du jour conflance. Mais les Gauches et le Centre flottant votèrent ] 295 voix contre 246 une addition qui exigeait une « majoi exclusivement républicaine » (14 juin). Le ministère Méline retira le lendemain.
Les chefs du parti radical, appelés l'un après l'autre, pan rent enOn à former le ministère Brisson (28 juin), comp presque uniquement de radicaux, qui déclara renoncer à l'irn progressif et promit une politique de concentration repu caine; il obtint un vote de confiance par 316 voix contre ^
Puis la vie politique fut bouleversée par l'afTaire Drcy L'agitation pour la revision du jprocès avait commencé novembre 1897; mais le ministère Méline avait refusé d'<
i. 11 esl impossible de donner des chiiïres précis, beaucoup de dépuU sont inscrits dans aucun proupe et n'ont pas de couleur politique trancha seul renseignement précis est fourni par les scrutins du li juin 1898.
miner la question et la masse des électeurs y était demeurée indifférente (sauf Téleclion des antisémites en Algérie). Le ministre de la guerre Cavaignac, en voulant démontrer à la Chambre la culpabilité de Dreyfus par une pièce qui fut bientôt reconnue fausse, amena malgré lui le ministère à se prononcer pour la revision et à en saisir la Cour de cassation (septembre 1898). A la rentrée, le ministère Brisson, abandonné en pleine séance de la Chambre par le général ministre de la Guerre, fut mis en minorité par un vote des progressistes, de la Droite et des nationalistes (25 octobre). Il fut remplacé par le ministère Dupuy, formé de progressistes et de quelques membres radicaux du précédent ministère, qui déclara s'appuyer sur Tunion des républicains. L'élection à la présidence de la République (février 1899) du président du Sénat, Loubet, candidat des quatre groupes de Gauche de la Chambre et de la grande majorité des républicains du Sénat, par 483 voix (contre 279 données à Méline, qui n'avait pas posé sa canditure), parait avoir fortifié la politique de concentration républicaine.
BIBLIOGRAPHIE
D€»cuiiieiit«i. — 1^ Documents parlementaires, c'est-à-dire les Comptes rendus des débats des Chambres, et les Annexes (enquêtes, rapports, budgets, projets de loi), publiés par le Journal officiel et reproduits dans les Annales de r Assemblée nationale (jusqu'en 1876), de la Chambre, du Sénat; — 2® journaux quotidiens et Revues; on en trouvera la liste dans Schultz^ Calai, mcthod. des revues et journaux (1893). Pratiquement on peut souvent recourir aux annuaires, l'Année polit, de Daniel depuis 1876, YAnnual register, et le Schulthcss' Europ, Geschichtskalender.
On a publié quelques recueils de souvenirs, surtout sur la période anté- Heure à 1880 : — J. Simon, Le gouvernement de M. Thiers, 1879. — H. Pessard, Mes petits papiers, 1887-1888. — Chesnelong, La campagne monarchique d'octobre 4813, 189H. — E. Daudet, Trois mois d'hist. contempor,, 1873. — Ils n'apportent guère que des détails secondaires.
Travaux. — Maxime Du Camp, Les convulsions de Paris, a vol., 1878- 1879, très conservateur et peu critique. — Lissagaray, Hist. de la Commune, édil. de 1896, partisan de la Commune. — Le travail le plus critique est Fiaux, Histoire de la guerre civile de 1871, 1879.
Mathieu-Bodet, Les finances françaises de 4810 à 4818, 2 vol., 1881. — Amagat, Les finances françaises, 1889.
A.'Lébon, DasStaatsrechtderfranz. /l€pt/6/tAr, 1886 (colicct. Marquai dsen). — Block, Dictionn. de l'admin. franc,, 3<^ édit. 1891.
n n'y a en fait d'histoires d'ensemble que des œuvres de vulgarisation. La plus considérable est E. Zôvort, Hist. de la 3« République, trois séries, 1896-1898 (le t. IV, Présidence de Carnot, est annoncé).