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L'EXÉCUTION DU TRAITE DE BERLIN

ront à se mettre d*accord. Toutefois, pour faciliter le succès des négociations, les puissances sont prêtes à offrir leur médiation directe auprès des deux parties. »

L*essentiel de cette résolution, sous une forme d'ailleurs beaucoup trop vague, avait été inséré dans les art. 23 et 24 de TActe général du 13 juillet.

Comme il fallait s'y attendre, la Grèce et la Turquie ne purent s'entendre et la médiation prévue dut se produire. Les premières propositions de la conférence réunie à Berlin, adoptées le 25 juin 1880, donnaient pour limites nord à la Grèce le cours du Kalamas et là ligne de faite des montagnes qui séparent les bassins de la Wistritza et de la Salambra, lui laissant ainsi toute l'Albanie et toute la Thessalie. Mais la Turquie n'accepta pas celte décision. Le 28 mars 1881, les ambassadeurs des puissances à Constantinople fixèrent les frontières des deux pays beaucoup plus au sud. Elle fut formée par les eaux de l'Aria et par une ligne parlant de la source de ce cours d'eau pour aller aboutir à la mer Egée au sud de Platamone, en laissant à la Turquie le versant méridional du Pinde et de l'Olympe jusqu'au sud d'EIassona. Ce fut cette limite qui fut provisoirement adoptée.

Si l'exécution du traité de Berlin avait, à l'égard de la Grèce, souffert des retards et des difficultés, si elle n'avait pas couronné toutes les revendications de l'hellénisme, du moins le sang n'avait pas coulé. Il n'en fut pas de même au Monténégro et en Bosnie.

Le Monténégro. — Au Monténégro, le prince Nikita dut, pour entrer en possession des districts de Gussinjé et de Pleva, battre 13 000 Albanais à Gussinjé (janvier 1880), et les flottes européennnes vinrent bloquer Dulcigno, pour obliger la Turquie à forcer la main aux Albanais et à remettre cette ville au Monténégro.

La Bosnie et l'Herzégovine. — En Bosnie et en Herzégovine l'Autriche dut, pour briser la résistance des populations musulmanes, prendre d'assaut Bosna-Seraï el faire une campagne de deux mois.

La Roumanie. — L'article 43 du traité de Berlin avait

reconnu Tindépendance de la Roumanie, en subordonnant cette reconnaissance à l'exécution des articles 44 (relatif à Tégalité confessionnelle) et 45 (relatif à rechange de la Bessarabie contre le Dobroutcha). L'exécution de l'article 45 ne souleva pas de difflcultés, mais il n'en fut pas de même de celle de l'arlicle 44. L'article VII de la constitution roumaine interdisait en effet la naturalisation des non-chrétiens, et il fallut modifier cet article pour que, lesr.lauses du traité de Berlin relatives à l'égalité confessionnelle étant considérées comme exécutées, les trois gouvernements d'Allemagne, d'Angleterre et de France reconnussent officiellement l'indépendance de la Roumanie par la note identique du 20 février 1880.

La Bulgarie et la Roumélie Orientale. — Restait la plus grosse des questions que le traité de Berlin avait essayé de résoudre, la question de la Bulgarie et de la Roumélie Orientale.

Dans ces deux pays, le traité parut d'abord s'exécuter sans difficultés. Après avoir voté une constitution, l'assemblée nationale bulgare réunie à Tirnovo élut comme souverain le prince Alexandre de Battenberg (1879), tandis qu'Aleko- Pacha, désigné par le sultan comme gouverneur de la Roumélie Orientale, organisait l'administration de cette province.

Mais, le premier moment de satisfaction causée par leur délivrance passé, Bulgares du Nord et Bulgares du Sud songèrent à reprendre l'œuvre d'indépendance et d'union que l'Acte de Berlin avait laissée inachevée. Après avoir couvé pendant plusieurs années, la révolution éclata le 17 septembre 1885 à Philippopoli. Le gouverneur nommé par le- sultan, Gavril-Pacha, fut reconduit à la frontière, et l'union de la Bulgarie et de la Roumélie Orientale sous l'autorité du prince Alexandre de Battenberg proclamée sans effusion de sang.

C'était bien taillé, mais, pour rappeler un mot célèbre, il fallait recoudre, c'est-à-dire obtenir l'assentiment des puissances européennes à une violation formelle d'un traité dont elles étaient garantes. C'est à quoi échoua le prince de Battenberg. Il put remporter dans les défilés de Slivnitza, puis à Pirot, deux brillantes victoires sur les troupes serbes qui avaient

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envahi la principauté. Il reçut des assurances favorables de TAngleterre et peut-être de bonnes paroles de rAllemagne et de ritalie, mais rAulriche et la France, avec des arrière-pensées bien différentes, se maintenaient sur le terrain de Tobservation stricte du traité de Berlin, et la Russie fut nettement hostile. Une fois la paix conclue avec la Serbie à Bucarest (8 mars 1886), le prince Alexandre avait cru, après Téchec de la conférence de Constantinople, résoudre la question par un accord direct avec le sultan. Aux termes de cet accord, il était reconnu comme gouverneur de la Roumélie Orientale pour un terme renouvelable de cinq ans. Mais la Russie ne voulut pas entendre parler d'autre chose que de Texécution stricle et intégrale du traité de Berlin. A la suite d*une révolution militaire faite par les partisans de celle puissance, le prince Alexandre fut arrêté pendant la nuit et conduit hors de Bulgarie. Il n'y rentra que pour en ressortir aussitôt volontairement, sur l'assurance que l'empereur Alexandre III ne le reconnailrait jamais. Après celle véritable abdication, la Bulgarie ne revint pas pour cela sous l'influence russe. La mission du général Kaulbars n*eut pas de résultats et le Sobranié bulgare élut, le 8 juillet 1887, le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg, qui, sans être reconnu par aucune des puissances, n'en prit pas moins en main le pouvoir.

La Grèce avait, au moment de la réunion des deux Bulgaries qu'elle jugeait nuisible aux intérêts de l'hellénisme, manifesté rinlenlion d'imiter la Serbie et fait des préparatifs de guerre. Le blocus de ses côles par les flolles combinées des puissances les rendit inutiles. Sur les conseils de la France, qui n'avait pas voulu participer à celle mesure de coercition, elle se résigna au fait accompli.

Les événements de Bulgarie ont eu, dans les conséquences du traité de Berlin, une influence capitale. Us ont été la cause occasionnelle la plus importante, parmi toules celles qui ont amené un nouveau groupement des puissances européennes et substitué à l'alliance des trois empereurs la triple alliance de TAUemagne, de T Autriche et de l'Ilalie d'une part, lalliance franco-russe de Tautre.

///. — La Triple Alliance.

Fin de l'alliance des trois empereurs. — Cette alliance (les trois empereurs (1812), dont nous venons de prononcer le nom, avait été plutôt une entente qu*une alliance. Les trois souverains s^étaient engagés réciproquement a maintenir le statu quo territorial créé par les événements de 1866 et de 1870, a résoudre par un accord amiable les difficultés qui pourraient surgir en Orient, et enfin à combattre les menées révolutionnaires.

L*empereur François-Joseph se résignant aux conséquences de Sadowa, ce ne pouvait guère être que de l'Orient que devaient surgir des difficultés de nature à troubler cet accord. Ce fut en effet de là qu elles vinrent.

La Russie était sortie mécontente du congrès de Berlin. Elle avait espéré que l'Allemagne Vy soutiendrait énergiquement, que, grâce a cet appui, elle pourrait reprendre quelques-unes des concessions qu'elle avait faites à l'Angleterre et l'Autriche dans les négociations qui avaient suivi le traité de San Stéfano et précédé le congrès. 11 n'en fut rien. Le prince de Bismarck appuya officiellement toutes les propositions des plénipotentiaires russes, mais sans se départir de l'impartialité et de la correction qu'il affectait d'apporter aux séances. Le résultat final fut que la Russie perdit une partie importante des bénéfices acquis au traité de San Stéfano et que l'Autriche, sans avoir pris part à la guerre, se trouva jouir d'une situation au moins égale à la sienne dans la péninsule des Balkans.

Sous l'empire de ces sentiments, en présence surtout des pertes cruelles subies par l'armée russe autour de Plevna et de Chipka, le mécontentement fut extrême en Russie. Le vieux chancelier Gortchakoff déclarait que le congrès de Berlin était « la plus sombre page » de sa carrière; la presse menait une campagne d'amères récriminations contre l'Allemagne et l'Autriche; l'empereur Alexandre II lui-même trouvait que « M. de Bismarck avait oublié ses engagements de 1870 ».

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