LE BRÉSIL
guay fut le seul obstacle que rencontra, en avril 1866, un projet d'émancipation graduelle. En juillet 1866, Don Pedro répondait à la Société française pour Tabolition de Tesclavage qu'il accomplirait en temps opportun une réforme « que l'esprit du christianisme réclame >.
Les circonstances favorables qu'invoquait Don Pedro se firent longtemps attendre, mais il ne perdait point de vue le but final et s'en approchait à petits pas. La première étape est marquée par la loi Rio Branco ou loi du < ventre libre » (21 septembre 1871). Désormais l'esclavage était aboli en principe et les rentrées de certains impôts étaient affectées à l'émancipation des noirs. Les enfants des négresses désormais naîtraient libres) on accordait cependant par compensation aux maîtres des mères que ces enfants resteraient à leur service jusqu'à l'âge de vingt et un ans. L'heure approchait où le Brésil n'aurait plus d'esclaves puisque la côte d'Afrique n'envoyait plus ses cargaisons de bois d'ébène à la côte brésilienne, puisque par la naissance l'esclavage ne se recrutait plus. Les abolitionnistes l'emportaient donc ; on ne pouvait plus invoquer en faveur du maintien dans l'esclavage des nègres, nés esclaves, que les convenances personnelles des maîtres et des perturbations économiques dans la production en l'absence du travail servile, si le travail libre n'y suppléait. Mais l'exemple de la libération fut donné par quelques maîtres, par deux provinces et, en mai 1888, les Chambres votèrent l'émancipation.
C'est en l'absence de Don Pedro, au cours de l'un de ses voyages en Europe, que sa fille, la princesse régente, avait déclaré : « A l'honneur du Brésil, sous l'influence du sentiment national et des libéralités particulières, l'extinction de l'esclavage a fait de tels progrès que c'est aujourd'hui une aspiration acclamée par toutes les classes, avec d'admirables exemples d'abnégation de la part des propriétaires ». On lui offrit une plume d'or pour signer l'acte d'émancipation.
Llmmigration étrangère. — Il était à craindre que l'extinction de l'esclavage n'entraînât une crise économique et, pour parer à une éventualité depuis longtemps prévue, le gouvernement brésilien avait de tout temps favorisé l'immigration; aussi
existe-Uil aujourd'hui de puissantes colonies allemandes et italiennes au Brésil. L'événement qui favorisa le plus l'arrivée des Allemands fut assurément la reconnaissance d'un état civil aux habitants nés en dehors du catholicisme (1861).
De 1820 à 1830 il n'y avait eu que 7000 arrivants. Les chiffres s'accrurent considérablement dans la suite : en 1862 il y avait 45 000 individus originaires d'Allemagne au Brésil; en 1892 il y en avait 240000 appartenant aussi bien au culte catholique que protestant. Ces colons ont une tendance à se grouper dans les mêmes pays : ils forment des îlots germaniques dans le Rio Grande do Sul et en Santa-Galarina, tandis que les Italiens arrivés au nombre de 31445 en 1887, 97 730 en 1888, 65 000 en 1889, sont éparpillés sauf dans le San Paulo, où ils sont 150 000 (d'autre part on en trouve 30000 à Rio*).
Chute de Don Pedro ; la République proclamée ( 1 889) . — En 1889 l'Europe apprit brusquement l'abolition du régime impérial au Brésil. L'événement semblait imprévu : nulle question grave dans l'ordre économique et politique ne semblait favoriser une révolution; le Brésil passait pour l'Etat le mieux administré de l'Amérique du Sud; les budgets se soldaient en excédent; les charges militaires étaient très supportables; le gouvernementparlementaire fonctionnant sans encombres venait d'amener les libéraux au pouvoir; l'Empereur était populaire.
En réalité peu de gens menèrent l'affaire, mais ils le firent activement. C'étaient des partisans convaincus de la forme républicaine et des mécontents du gouvernement de Don Pedro, dont la cécité et la vieillesse favorisaient la politique du comte d'Eu, mari de Thérilière de la couronne, impopulaire et redouté. Il y avait à craindre que Tinfluence d'un prince jeune laissât moins de liberté au jeu des institutions parlementaires. Depuis longtemps l'apostolat positiviste de M. Benjamin Constant, professeur de mathématiques à l'Ecole militaire, avait conquis une petite partie delà nation à l'idée républicaine : les instituts mili-
1. Cet arflux puissant d'étrangers peut avoir un jour de graves conséquences dans la vie intime du pays brésilien; il importe donc de suivre attentivement le mouvement d'immigration dans les MonaUhefte zur Staiistik des deutschen lieichs et dans le BuUelln de Tlnstilul international de statistique de Rome. Cf. aussi Meuriot, Revue de géographie, janvier iS92.