Voir ci-flessus, t. XF, p
810 L'EXTRÉME-OIUENT
chute du royaume musulman de Ta-li (8 janvier 1873) avaient fait désirer aux Anglais d'étudier à nouveau les voies de communication entre la Birmanie et le Yunnan. Le colonel Horace Browne fut chargé par Lord Salisbury, de concert avec la légation de Grande-Bretagne à Peking et le gouvernement indien, d*une mission pareille à celle du capitaine Sladen. Augustus- Raymond Margary, interprète, venu de Chang-Haî, par terre, le 23 août 1874, le rejoignait à Bhanio le 17 janvier 1875. La frontière birmane fut traversée par la mission le 17 février; mais, sur des bruits sinistres qui couraient, Margary repassa la frontière pour se rendre compte de Télal des esprits; le 21, le colonel Browne était attaqué par les Célestes, et Margary, de son côté, était assassiné à Manwyne. Browne, soutenu par ses troupes birmanes et sikh, parvint à opérer sa retraite.
Convention de Tche-fou. — Les négociations relatives à cet incident furent la plus grande difficulté du nouveau règne et elles traînèrent en longueur pendant plus d*une année; la guerre faillit même éclater. Toutefois Sir Thomas-F. Wade, ministre de Grande-Bretagne, et Li Houng-tchang, gouverneur du Tche-li, parvinrent à signer une convention le 13 septembre 1876, à Tche-fou, que Tempereur ratifia le 17 du même mois. Celte convention, divisée en trois sections, était extrêmement importante; la première réglait l'affaire Margary avec excuses et indemnité de 200 000 taëls; la seconde avait trait aux relations diplomatiques et consulaires, et la dernière, toute commerciale, était relative à l'ouverture des ports de I-tchang et WoU'hou sur le Kiang, de Wen-tcheou, dans le Tche-Kiang et de Pak-hoi dans le Kouang-loung. L'Angleterre était autorisée à envoyer des fonctionnaires dans le Se-tchouen, à Tchoung- King. Un article additionnel stipulait Tenvoi, Tannée suivante, d'une mission d'exploration anglaise de Peking au Tibet et aux Indes, soit par le Se-lchouen, soit par le Kan-sou et le Kokonor. T. Grosvenor, secrétaire de la légation anglaise à Peking, Arthur Davenport et E. Colborne Baber, consuls, partirent pour le Yun-nan, afin d'assister au jugement des assassins de Margary. Ils firent un rapport fort intéressant sur les débouchés commerciaux du sud-ouest de la Chine. De la convention de
Tche-fou dale TenToî de légations chinoises en Europe : le premier ministre chinois à Londres et à Paris, en 1876, fut Kouo Song-lao, avec Lieou comme second ministre. Le marquis Tseng succéda à Kouo.
Une autre question fort importante allait surgir : c'était la question russe dans TAsie centrale.
Débuts des Russes. — Le 25 juillet 1851, le colonel au corps des ingénieurs des mines Kovalevski, au nom de la Russie, et IChanet Bouyantai pour la Chine, signaient, à Kouldja, c un traité de commerce qui établit un traflc dans les villes dlli (Kouldja) et de Tarbagalaï (Tchougoutchak); je note dans ce traité en 17 articles que « des emplacements pour leurs factoreries seront assignés aux Russes à Ili et à Tarbagalaï ». Plus tard, par larticle 6 du traité de Péking du 2 novembre 1860, il était convenu que, à titre d'essai, le commerce est ouvert à Kachgar, sur les mêmes bases qu'à Ili et a Tarbagalaï. A Kachgar, le gouvernement chinois cède un terrain suffisant pour la construction d'une factorerie avec tous les édifices nécessaires, tels que maisons d'habitation, magasins pour le dépôt des marchandises, église, etc., etc., ainsi qu'un terrain pour le cimetière et le pâturage comme à Ili et à Tarbagataï. < Les ordres seront donnés immédiatement au gouverneur du pays de Kachgar pour la concession desdits terrains. Le gouvernement chinois ne répond pas du pillage des marchands russes commerçant à Kachgar, dans le cas où ce pillage aurait été commis par des gens venus d'au delà des lignes des postes de garde chinois ».
Rébellions '. — La mort de Djihanghir n'avait donné que quelques années de répit aux gouverneurs chinois; en 1846, un des Khodja, Kalti Torah, avec ses frères, s'empara de Kachgar, mais fut bientôt battu et chassé par les Chinois à Kok Robat; en 1857, révolte d'un autre Khodja, Wali Khan, et de Kichik Khan, son frère, mais ce n'est que deux ans plus tard qu'il réussit à quitter Khokand; il s'empara successivement de Kachgar, d'Artosh et de Yangi-IIissar. Profilant de la rébellion
i. Voir ci-desâus, t. X, p. 975.
des Musulmans dans le Kan-sou, le fils de Djihanghir, Bouzourk Khan, se révolta contre les autorités chinoises, aidé par un soldai de fortune, Yakoub Beg.
Takoub Beg. — Mohammed Yakoub, fils de Pir Mohammed Mirza, était né vers 1820, dans la petite ville de Piskent, dans le khanat de Khokand. Il s'était distingué dans les guerres contre les Russes à Tépoque de Perovski, et de sa campagne sur le Syr-daria. Son chef Bouzourk, adonné à tous les vices, ne larda pas à être déposé par lui (1866). Les Dounganes avaient pris le fort de Yarkand, à l'automne de 1863. Ce ne fut que Tannée suivante que commence la guerre; d'année en année, il remporte de nouveaux succès : hiver de 1864-1865, prise de Kachgar; printemps de 1865, prise de Yarkand; janvier 1867, prise de Khotan; été et automne de 1867, prise d*Aksou, de Kou-tche, elc; janvier 1869, prise de Sarikol, etc. Les Russes ne pouvaient voir cette puissance nouvelle s'établir au cœur de l'Asie centrale, et un envoyé arrivait à la cour de Yakoub i l'aulomme de 1868. Depuis lors, menacé d'un côté par les Russes, d'un autre par les Chinois, Yakoub chercha des appuis. Consiantinople, impuissante à se défendre, ne pouvait naturellement que lui accorder des honneurs stériles : on lui permit de prendre le litre d'Emir El-Moumeneim^ Commandeur des Croyants; son voisin, l'émir de Boukhara, le notnmdi A ttalik- Ghazi, Chef des Champions de la Foi; l'Angleterre, qui avait vu avec plaisir s'affermir son pouvoir dans l'Asie centrale, n'accorda à Yakoub que des encouragements platoniques; des montagnes infranchissables l'empêchaient d'être un allié vraiment utile dans le cas où les Indes seraient menacées. Néanmoins elle envoya, en 1870 et 1873, à Yarkand, une mission spéciale sous la direction, de Sir T. Douglas Forsyth,
La meilleure défense de Yakoub était son armée exercée à l'européenne ; abandonné à ses propres ressources, il dut s'en servir d'abord pour consolider sa puissance dans son propre pays, ensuite pour essayer de lutter contre la Chine. Le règne éphémère de Yakoub aura eu pour résultat, comme nous allons le montrer, de mettre les Russes en contact direct avec les Chinois dans les Tien-chan et de compléter par l'annexion d'une
partie du territoire d*IIi leurs possessions de Ferghana et de Semiretchie.
Fin de la rébellion musulmane. — La Chine, débarrassée des musulmans du Yun-nan par la prise de Ta-li, avait pu diriger toutes ses forces vers le nord-ouest de TEmpire. L'ancien vice-roi du Fou-Kien, Tso Tsoung-tang, célèbre dans la guerre des T'aï-ping, et depuis vice-roi du Kan-sou et du Chen-si en 1867, fut nommé généralissime des troupes envoyées contre Kachgar. Il se rendit maître de la ville de Manas, se signala par un horrible massacre, et marchait contre Yakoub lorsque celui-ci mourut, miné par la fatigue et la maladie. L'œuvre de Yakoub flnissaît avec lui : les Chinois, contre lesquels ses successeurs ne pouvaient lutter, s'emparèrent successivement de la capitale de l'émir, Aksou, le 19 octobre 1877, de Yarkand le 21 décembre, de Kachgar le 26 décembre et enfln de Khotan le 4 janvier 1878.
Affaire de Kouldja. — En 1871, les Chinois avaient accepté l'offre des Russes d'occuper la ville de Kouldja et le nord des Tien-chan jusqu'à pacification complète du pays; il était convenu que les frais d'occupation seraient remboursés par la Chine. Mais quand l'empire de Yakoub eut sombré et que le Céleste Empire voulut reprendre les Tien-chan, il fallut entamer des négociations avec la Russie. On fit choix de Tchoungheou, celui qui avait été envoyé en Europe après le massacre de Tien-tsin. Arrivé en Russie, Tchoung-heou signait à Livadia, en octobre 1879, un traité dont les conditions étaient tellement léonines que, vaincue, la Chine ne les aurait môme pas acceptées, et qu'à son retour Tchoun^'-heou fut condamné à mort (non exécuté) et que ses biens furent confisqués. La Russie rendait une partie du territoire de Kouldja, mais en gardait la partie la plus florissante; c'est-à-dire la vallée de la Tekkes au pied des Tien-chan, et les passes, particulièrement celle de Mouzarte, allant de Kouldja à Aksou, et qui coupe la route militaire faite par Kien-loung, mettant Kouldja en communication avec Kachgar. On comprend le rapport fulminant du censeur Tchang Tchi-tong contre le malheureux diplomate.
Tchang Tchl-tong. — L'un des personnages qui ont pris
une part très active a la politique de la Chine dans ces dernières années est ce fonctionnaire important, aujourd'hui gouverneur général des deux Hou, dont la résidence officielle est Wou-tchang, sur la rive droite du Kiang, en face de Hankeou. Tchang Tchi-tong est un Chinois de Nan-p'i, dans la province de Tche-li, où il est né en 1835; juge dans la province de Canton en mars 1865; trésorier du Kiang-sou en mai 1868, il doit sa grande réputation au rapport qu'il fit comme censeur sur le traité signé par Tchong-heou avec les Russes à Livadia (1879). Depuis lors, il a été gouverneur du Chan-si (janvier 1882), gouverneur général des deux Kouang (août 1884), et enfin gouverneur général des deux Hou (8 août 1889). De lui dépendent en majeure partie les grands travaux entrepris à lembouchure de la rivière Han, et le grand chemin de fer central qui doit relier le fleuve Bleu, à travers le Hou-pé, à Péking, Règlement de l'affaire de Kouldja. — La non-ratification du Irailé de Livadia était donc un casus bellL Tseng Ki-tse, fils aine du vice-roi Tseng Kouo-fan, alors ministre à Paris et à Londres, fut envoyé à Sainl-Pétersbourg pour reprendre les négociations sur de nouvelles bases. C*est le diplomate bien connu en Europe sous le nom de marquis Tseng; comme son père, il était originaire du Hou-nan, où il est né en 1837. Il est mort à Peking en 1890. Grâce à sa patience et à des conseils amicaux, il réussit dans une tâche qui paraissait impossible. Le 12-24 février 1881, Tseng signail à Saint-Pétersbourg, avec les plénipotentiaires russes Nicolas de Giers et Eugène Butzow, un traité en vingt articles qui rendait une grande partie du territoire contesté à la Chine; mais, par l'article VII : « La partie occidentale du pays dTIi est incorporée à la Russie, pour servir de lieu d'établissement aux habitants de ce pays qui adopteront la sujétion russe et qui, par ce fait, auront dû abandonner les terrains qu'ils y possédaient. La frontière entre les possessions de la Russie et la province chinoise dlli suivra, en parlant des montagnes Bédjin-taou, le cours de la rivière Khorgos, jusqu'à l'endroit où celle-ci se jette dans la rivière Ili et, traversant cette dernière, se dirigera au sud, vers les montagnes Ouzoun-laou, en laissant à l'ouest le village de Koldjat.
Mariage Impérial et audience. — II y a un certain parallélisme dans les événements qui ont précédé la majorité de Toung-tclii et celle de Kouang-Siu. Ce dernier, né le 2 août 1872, à Pékin^, s'est marié le 26 février 1889, à la fille de Kouei-sîanff, frère de Timpératrice Tse-hi, alors vice-lieutenant g^énéral, de la tribu Ye houa-la. Par un édit du 12 décembre 1890, Tempereur régla les audiences accordées désormais au corps diplomatique. C'était renouveler les traditions du règne précédent; mais, plus tard, les ministres d'Autriche et d'Angleterre demandèrent à être reçus dans une salle qui n'eût pas été attribuée aux réceptions des pays vassaux de l'Empire. Une nouvelle audience, en novembre 1894, fut accordée pour la première fois au Wen Hoa-tien, dans l'intérieur du palais impérial, aux ministres des Etats-Unis, de Russie, de France, d'Angleterre, de Belgique, de Suède et au chargé d'affaires d'Espagne.
Guerre sino-Japonaise. — Les Japonais ont toujours émis de grandes prétentions sur la Corée depuis l'époque de l'impératrice Jin-go, et nous avons, dans un chapitre précédents parlé de l'invasion de ce pays par Taico-sama. Des difficultés dans le genre de celles qui amenèrent l'intervention de la France en 1866 et des Etats-Unis en 1871 furent le prétexte pour les Japonais de renouveler leurs prétentions sur la Corée. Le 20 septembre 1875, leur bâtiment de guerre VUnyoknwan ayant été attaqué par les Coréens pendant qu'ils se livraient à des travaux hydrographiques, les Japonais forcèrent la Cour de Séoul à leur donner ample compensation et à signer à Kang-hoa un traité le 26 février 1876. Ni les Français ni les Américains n'avaient obtenu un résultat pareil. La Chine, soi-disant suzeraine de la Corée, comme de la Birmanie et de l'Annam, n'avait pris part à aucune des négociations. Le traité fut signé par le lieutenant-général Kuroda Kiyotaka, ministre des Colonies, et Inouye Kaoru, membre du Genroin, pour le Japon, et par Sin-Ilon et In Jà-syng, pour le gouvernement coréen. Il était décidé que toutes les communications du Japon au gouvernement de Corée seraient écrites en japonais et, pendant une
J. Voir ci-dessus, l. X, p. 4007.
période de dix ans, seraient accompagnées d*une traduclion chinoise, la Corée pouvant employer la langue chinoise. En dehors de Cho-riang-hang, dans Fousan, deux ports devaient être ouverts au commerce sur la côte; les articles supplémentaires furent signés entre les deux pays (24 août 1876, 30 janvier 1871, 3 juillet 1877, 20 décembre 1877). Dès le 30 août 1879, le port de Yuen-san, dans la province de Han Kiang, devait être ouvert; en réalité, les employés chinois des Douanes impériales prenaient la direction dans les trois ports ouverls au commerce de Jen-tchuan, Yuen-san et Fou-san. Il était évident que la Chine, se considérant comme suzeraine de la Corée, ne voulait pas se laisser supplanter par sa rivale. Beaucoup de désordres avaient déjà été amenés par une garnison chinoise et une garnison japonaise casernées à Séoul depuis 1882; par suite de leurs jalousies, le 4 décembre 1884, il y eut des troubles sérieux dans cette ville et sept ministres furent assassinés; la lutte se déclara le lendemain entre les deux garnisons. Les Japonais eurent leur légation brûlée, leurs hommes massacrés et durent fuir sur la côte. Palk-keum-moun-youi, Kim-ok-kyoum, Sayekoum-pou et Hong-yeng-syetri étaient les auteurs de cette révolution, qui amena un résultat contraire à leurs espérances, puisque croyant travailler pour les Japonais, ce fut le jeu des Chinois qu'ils firent. Quelque temps après, Kim-ok-kyoum, réfugié au Japon, fut persuadé par son compatriote Hong-Tjongou, qui avait passé quelque temps à Paris, de venir à Chang-hai avec lui. Le 28 mars 1894, Kim-ok-kyoum était assassiné à coups de revolver dans cette ville par son ami, lequel prétendit avoir agi par ordre du roi de Corée. Transporté en Corée, le corps du malheureux Kim-ok-kyoum fut coupé en huit morceaux lesquels furent distribués aux huit provinces du royaume. La guerre ne pouvait pas larder à éclater, et les hostilités commencèrent aussitôt. Le 20 juillet, le capitaine Galsworthy, commandant le navire anglais le Koivshing, partait de Takou pour transporter des troupes à Assan en Corée; il fut coulé près des îles Shup-sinlo; seuls le capitaine Galsworthy, le capitaine allemand Hannccken, et 40 hommes sur 1300 purent se sauver. Les résultats des premières attaques des Japonais sur terre contre
la ville fortifiée d^Asan, en juillet, ne furent pas importants, car aussitôt après, sous la conduite de leur général comte Yamagâta, ils s'engagèrent sur la route de Péking par la Mandchourie; le 15 septembre ils se rencontraient avec les Chinois à Ping-yang. Le général Tso fut laissé seul par ses collègues chinois Yeh et Wei, qui avaient battu en retraite le 16, les Japonais étaient vainqueurs et les Chinois se sauvèrent à Yi'tcheou, sur le Yalou, fleuve qui sépare la Corée de la Mandchourie et sert de frontière. Les Japonais étaient, deux jours plus tard, le 17 septembre, aussi heureux sur mer que sur terre et attaquaient victorieusement, à Tentrée du Yalou, la flotte de Tamiral chinois Ting, dont les vaisseaux transportaient des troupes à Yi-tcheou. Ce qui restait de la flotte eut grand'peine à se réfugier a Port-Arthur. Pendant ce temps, les Japonais se rendaient (8 octobre) maîtres de Yi-tcheou et, franchissant le Yalou, sous la conduite de leur général Nodzu (24 octobre), après quelques engagements, arrivaient à Foung* houang-tcheng, d*où partent les trois routes de Houkden, de Nieou-tchouang et de Port-Arthur. De là, au lieu de se diriger sur Moukden, ils se dirigèrent vers le sud. L'attaque simultanée des troupes de terre et de la flotte permit aux Japonais d'emporter Port-Arthur (novembre 1894).
De la péninsule de Liao-toung, les Japonais portèrent leur attaque sur l'autre côté du Pet-che-li, sur le golfe du Chantoung, où Wei-hai-wei fut pris le 2 février 1895; enfin une autre flotte s'emparait des lies Pescadores et débarquait un corps de troupes à Formose. A la suite de ces revers, la Chine, représentée par Li Houng-tchang et Li Tching-fong, et le Japon, représenté par le Comte Ito Hirobumi et le Vicomte Mutsu Munemitsu, signaient à Shimonoseki, le 17 avril 1895, un traité en onze articles, par lequel l'Empire du Milieu cédait à son rival heureux la portion sud de la province de Feng-tien (Cheng-king, Mandchourie), l'ile de Formose et les lies Pescadores. La Chine devait payer une indemnité de 200 000 000 de taêls.
Les villes de Cha-si dans la province de Hou-pé, Tchoung- King dans le Se-tchouen, Sou-lcheou dans le Kiang-sou, Hang tcheou dans le Tché-Kiang, étaient ouvertes au commerce japo-
HlSTOinS OÉNÉRALB. XII. OZ
818 LEXTRÊMË-ORIENT
nais et des consuls pouvaient y être installés. La navigation élait libre pour les navires portant pavillon japonais sur le haut Yang-lse entre I-tchangetTchoung-king; sur la rivière de Wousong et le Grand Canal jusqu*à Sou-tcheou et Hang-tcheou; les Japonais pouvaient occuper Wei-hai-wei jusqu*à Texécution du traité. L'action combinée de la Russie, de la France et de TAU lemagne empêcha le Japon de profiter des avantages qui avaient été consentis par la Chine sur le continent : il gardait Formose et les Pescadores, mais la Russie le remplaçait en Mandchourie et TAnglelerre à Wei-hai-wei.
Les Russes. — L'intervention de TAllemagne dans le Chan-toung devait amener des revendications russes ; la Russie demandait la cession de tous droits souverains sur Port-Arthur et Ta-lienouan, sur la côte mandchourienne, pour la même durée et les mêmes conditions que celles accordées à TAUemagne pour l'occupation de Kiao-tcheou, ainsi que la concession pour un chemin de fer de Petuna à Moukden et Port- Arthur. Le gouvernement chinois (à la date du 20 mars 1898) accéda en parlie à cette demande : Port-Arthur et Ta-lien-ouan furent donnés à bail pour vingt-cinq ans à la Russie, mais la Chine se réserva les droits souverains sur ces deux ports. Les concessions de chemins de fer ont, malgré le port ouvert de Nieou-tchouang, fait en pratique de la Mandchourie une province russe.
Les Allemands. — L'Allemagne, dont les intérêts commerciaux n'avaient cessé de grandir de jour en jour en Chine, ne pouvait rester indifférente aux progrès faits par les autres nations; à difTérentes reprises, cherchant à imiter l'exemple de l'Angleterre, elle avait essayé de créer sur les côtes de Chine un établissement durabfe en dehors des ports ouverts aux intérêts internationaux. Un point, sur la côte du Fou-Kien, un autre à Lappa, sur la côte du Kouang-toung semblaient être désignés par les manœuvres des navires de guerre allemands pour atteindre le but désiré. Il en fut tout autrement. Négligeant un protectorat sur les Missions catholiques qui a été jadis le grand moyen d'action de la politique française dans l'Ëxtrème-Orient, nous avions, en 1882, laissé les Franciscains italiens de la pro*
vince de Chan-toung céder à des prêtres allemands du diocèse de Munster (Westphalie), couverts du nom de leur maison de Steyl en Hollande, une portion de leur territoire. Le Père J.-B. Ânzer, de Ratisbonne, fondateur de. cette nouvelle Mission, devint rapidement vicaire apostolique (1886). Le 1*' novembre 1897, deux Pères appartenant à la nouvelle mission, Nies et Henle, étaient massacrés à Tchang-Kia-tchouang (chan-toung) : le châtiment de ces meurtres ne se fit pas attendre. Le 14 novembre 1897, Tamiral Diederichs se présenta avec les croiseurs Irène^ Kaiser^ Princess Wilhelm et Arcona dans la baie de Kiao-lcheou où il débarqua sans la moindre difficulté. Après des pourparlers, le 5 janvier 1898, un contrat était signé entre rAllemagne et la Chine, par lequel cette dernière puissance accordait à la première la possession du bassin de la baie de Kiaotcheou, avec quelques îles et un périmètre continental de 50 kilomètres, par un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans.
Les Anglais. — L*occupation de Port-Arthur par les Russes avait fait désirer aux Anglais de trouver un point d*attache à rentrée du golfe de Pet-che-li, qui leur servirait non seulement d*appui en cas de guerre, mais de lieu de surveillance. Seule, la cole du Ghan-toung pouvait leur permettre de trouver Tabri désiré. On se rappellera que, pendant la campagne de 1860, les premières bases d'opération avaient été, pour les Anglais, leur propre territoire de Hong-Kong et pour les Français la ville de Chang Haï. Les secondes bases avaient été, pour ceux-ci, Tchefou, sur la côte nord du Chan-toung, pour ceux-là Ta lienouan, sur la péninsule de Liao-loung, près de Port-Arthur, qui n*cxislail pas alors. C'est de ces deux points que partirent les deux flottes pour débarquer à Tembouchure du Pe-Tang-ho et prendre à revers les forts de Ta-Kou. Après la guerre, Tche-fou devint un port ouvert au commerce international, aussi les Anglais durent-ils chercher sur la côte du Chan-toung un autre point d*appui. Ce point, ils le trouvèrent à lest de Tche-fou, à Wei-hai-wei, qu'ils oblinà^ent à bail, lorsque les Japonais évacuèrent la place. Dans une autre région, c'est-à-dire dans le sud même de la Chine, une nouvelle portion de la péninsule de Kaou-loun, en face de Hong-Kong, qui avait été cédée à TAn-
gleterre par la convention de Péking du 24 octobre 1860» était reportée plus au nord, de façon à mettre en communication Deep et Mirs Bay, et à faciliter ainsi les moyens de transport vers Canton.
Les Français. — La France obtenait un avantage semblable avec la cession a bail (5 avril 1898) de Kouang-tcheou-ouan, baie de la péninsule de Loui-tcheou, qui ferme à Test, avec nie deHainan, le golfe du Tong-King, au fond duquel se trouve Pak-hoi, port ouvert au commerce étranger, que nous ne pouvions demander, mais d*où nous pourrons tracer un chemin de fer vers le Si-Kiang. L'assassinat récent des enseignes de vaisseau Koun et Gourlaouen (13 novembre 1899) a amené, à la fin de Tannée dernière, une intervention delà France dans la région et la demande d'une indemnité de 200 000 francs, qui a été accordée par la Chine. La cession de chemin de fer de Lao-Kaî à Yun-nan-fou était également obtenue, ainsi que nous le marquons ailleurs. Nos réclamations au sujet de l'augmentation de la concession française de Chang-Haï viennent d'être admises, malgré l'opposition d'autres puissances occidentales. Le déplacement du dépôt mortuaire des gens de Ning*Po, que des raisons sanitaires, plus encore que des raisons politiques, nous faisaient désirer de transporter en dehors de notre concession de Chang- Hai, avaitamené une émeute populaire des Chinois, le 3 mai 1874, émeute qui s'est renouvelée le 16 juillet 1898 : nous ne pouvons que dire que la question chinoise, au point de vue français, comporte l'examen complet de nos intérêts dans les provinces méridionales les plus rapprochées du Tong-Kinget du Laos, la mise en communication de ces provinces avec le Kiang par l'intermédiaire de nos industriels; c'est-à-dire ne pas considérer ce grand fleuve comme rentrant dans la zone d'influence de la Grande-Bretagne, nos intérêts à ChangHaï, ceux des Russes à Han Keou, tenant suffisamment en balance ceux des Anglais. Il est nécessaire encore de ne pas oublier de relier cette région du Kiang soit commercialement, soit politiquement avec le nord de l'Empire qui, dans la pratique, est russe. Si la Chine doit être démembrée, Tlie Break-up of Chinay suivant l'expression de Lord Charles Beresford, la France ne doit pas
LA CHINE 82i
rester IndifTérentc, ni se laisser arrêter dans ses desseins par des rivaux plus audacieux que scrupuleux.
Les Italiens. — Les intérêts italiens sont surtoiit représentés en Chine par les missionnaires capucins et les prêtres des Missions étrangères de Milan dans les provinces du Ho-nan, du Chen-si, du Chan-si, du Hou-pé, du Hou*nan et du Chantoung septentrional. Les demandes des autres puissances poussèrent le ministre dltalie à Péking, M. de Martine, à adresser au Tsong-li-Yamen, le 28 février 1899, une demande de cession de la baie de San-men, dans la province de Tche-Kiang, entre Ning-po et Wen4cheou. On se souvient que M. de Martine fut rappelé de Péking par son gouvernement. Le peu d'appui donné par quelques puissances occidentales à Tltalie, Thostililé très marquée de la Chine dans cette circonstance, ne permirent pas au nouveau ministre plénipotentiaire, M. Salvago Raggi, d'obtenir la cession à bail du territoire convoité ; il est juste d'ajouter que le cabinet italien, depuis sa dernière crise, n'était pas favorable à des aventures dont le résultat était douteux.
Missions commerciaies. — Au lendemain de la guerre sino-japonaise et de la signature du traité de Shimonoseki (17 avril 1895), il était urgent d'étudier à nouveau l'état économique du Céleste Empire en général et de ses provinces moins connues en particulier. La Chambre de Commerce de Lyon prit l'initiative de cette enquête. La mission lyonnaise, dirigée par le consul E. Rocher (25 septembre 1895-3 mai 1896) et par M. Henri Brenier (3 mai 1896-28 novembre 1897), comprenait un médecin de la marine, le D^ R. Deblenne, quatre délégués de la Chambre de Commerce de Lyon : MM. C. Métrai (soies et soieries), R. Antoine (soies), P. Duclos, ingénieur civil des Mines, L. Sculfort (commerce général et banque), des délégués des Chambres de Commerce participantes : MarseillCj MM. A. Grosjean {commerce général); Bordeaux, L. Rabaud (commerce général); Lille, A. Vial (filature de lin, constructions mécaniniques); Roubaix, A. Waeles (laines et lainages); fioanne^ J. Riault (cotonnades), et un ingénieur hydrographe, M. A. Perre. On reprenait ainsi la tradition inaugurée en 1843 lors de l'ambassade de M. T. de Lagrené. Le Yun-nan, le
Kouei-tcheou et le Se-tchouea furent lobjet d*éludes approfondies, tandis que le flou-nan, le Kouang-si et le Kouang-loung furent visités moins en détail. La Grande-Bretagne a imilé Texemple de Lyon ; le consul-général Byron Brenan a inspecté les ports ouverts de Chine et de Corée; la Chambre de Commerce de Blackburn a fait faire une enquête par le consul F.-S.-A. Bourne et deux autres personnes; les Japonais ont étudié Tchoung-king et le Kiang. Nous devons considérer la mission de Lord Charles Beresford, qui a quitté l'Angleterre le 25 août 1898, comme politique plutôt que commerciale : le résultat de cette mission a été la publication du gros volume intitulé : The Break-up of China.
Chemins de fer. — Le premier essai de chemin de fer en Chine eut lieu entre Chang-Haî et Wou-song, c'est-à-dire sur une étendue d'environ quatre lieues (1876). La guerre sino-japonaise et l'influence de Li Houng-tchang permirent de construire un réseau dans la province de Tche-li. Une nouvelle ligne a été commencée en 1897 entre l'arsenal de Kiang-nan et la ville de Wou-song. Un groupe franco-russe, représenté par la Banque russo-chinoise, a obtenu, par contrat du 21 mai 1898, la permission d'exploiter les mines de la partie nord de la province de Chan-si et de relier par un chemin de fer les villes de Ïcheng-Ting et de Tai-youen-Fou. Des avantages accordés à un syndicat dit de Péking, composé de capitalistes anglais et italiens, en accordant à la même époque l'exploitation des mines du sud de la même province, puis plus lard, le 21 juin 1898, les mêmes avantages dans les préfectures du Ho-nan au nord du Fleuve Jaune, leur reconnaissaient également le droit de construire des chemins de fer.
En 1895, la petite ligne du Tche-Ii, destinée a l'exploitation des mines de charbon de Kai-ping, rachetée par le gouvernement impérial, fut étendue et forma la voie Tien-tsin-Péking, de 135 kilomètres, ouverte en septembre 1897. De Péking, une autre ligne va à Pao-ting, capitale de la province du Tche-li ; une , ligne va de Tien-tsin à Chang-Haï-Kouan, première passe de la Grande-Muraille et route de la Mandchourie. Un grand chemin de fer, désigné sous le nom de Grand Central, devra relier Han-
Keou sur le Kiang, à Tembouchure du Han, à Péking, et doit èlre construit par un syndicat franco-belge ; ce Grand Central doit èlre continué de Han-Keou a Canton par les Américains (contrat du 14 avril 1898). Une autre grande ligne sera celle qui doit relier Tien-tsin à Tchen-Kiang, sur le Kiang, en longeant la roule du Canal Impérial, cédée aux Anglais, mais avec des avantages accordés aux Allemands, dans la traversée du Chantoung. Les Allemands, qui ne restent pas indifférents à la ligne précédente, ont obtenu dans le Cbaa-loung les lignes de Kiao-tcheou à Wei-h'ien et Tsi-nan avec retour au même point par Yi-lcheou. Depuis le mois d*août 1898, le chemin de fer marche à nouveau de Chang-Haï à Wou-song. Les chemins de fer mandchouriens reviennent à la Russie et le transsibérien, au lieu de suivre la rive gauche du fleuve Amour, en coupera la boucle sur la 4*ive droite, et une de ses branches passera à Moukden pour aller à Port-Arthur. La France avait obtenu (20 juin 1895) que les voies ferrées entre IWnnam et la Chine lui seraient concédées, c*est-à-dire celle de Hanoï à la porte de Chine, prolongée jusqu*à Long-tcheou, Nan-ning et Pesé, sur Tune des branches du Si-Kiang (juin 1896 et 1897); celle de Pakhoï au Si-Kiang, les villes de Wou-tcheou et Nanning pourront être choisies comme points d*arrivée sur ce fleuve (mai 1898); enfln, en avril 1898, nous obtenions le droit de construire un chemin de fer à partir de notre frontière du Tong- King à Lao-Kay, à travers le Yun-nan jusqu'à la capilale de celte province. Les Anglais cherchent à nous faire concurrence dans celle région par un projet qui permellrail de rejoindre Mandalay, capilale de la Birmanie, par Koun-loung-ferry, frontière chinoise, à Tching-lou, capitale du Se-lchouen.
Coup d'État de sept. 1898. — Les velléités de libéralisme de l'empereur, Tappui qu'il donnait aux idées progressives venues de l'Occident, des projets qui semblaient prématurés, permirent à Timpéralrice douairière Tse-hi de reprendre, le 21 septembre 1898, les rênes du gouvernement. Voulant montrer en même temps que son attitude n'était pas hostile aux étrangers, le 15 décembre 1898, Tse-hi recevait en audience offlcielle les femmes des ministres accrédités à la Cour de
Pékio^. Tout récemment, nous avons entendu des bruits que Fempereur avait abdiqué ou même s'était suicidé; en réalité, coutume qui n*a rien d*extrordinaire dansTEmpire du Milieu, on a choisi comme héritier présomptif le prince Pou-lsiun, âg-é de neuf ans. Ce ne serait, d'après quelques rigoristes chinois, que la réparation de l'usurpation qu'elle commit pour avoir la régence, en faisant choisir comme empereur Kouang-Siu au délriment d'un autre prince Pou. Li Houng-tchang, pour lequel elle avait créé un ministère du Commerce, a été envové à Canton comme vice-roi des deux Kouang. Il serait prématuré de vouloir dire, dans les circonstances actuelles (1900), ce que réservent de surprises à la politique européenne les mystères de l'administration chinoise. Il nous est toutefois permis de penser actuellement — nous disons « acluellement » — que ni les intérêts de la France, s'ils sont bien conduits, ni surtout ceux de la Russie ne seront lésés.
//. — La Corée \
Le Nar^^al. — La côle coréenne a souvent été funeste aux bateaux étrangers, témoin le naufrage de VEpeimersiU xvu" siècle et celui de la Gloire ei de la Victorieuse en 1847; une catastrophe de ce genre a donné l'occasion à nos fonctionnaires de se distinguer d'une façon trop remarquable pour que nous la passions sous silence. Dans la nuit du 2 au 3 avril 1851, un baleinier français, le Narwal, s'échouait sur les îles de la côte S.-E. de Corée et se perdait. L'équipage, sauf un homme, échappait au naufrage; le second, monté dans une chaloupe, vint a Chang Haï prévenir M. de Monligny, consul français, de ce désastre. Equipant un lortcha, et se faisant accompagner par le comte Kleczkowski, son interprète, M. de Montigny se rendit luimême auprès des naufrages et les rapatria.
Massacres de 1866. — Mgr Ferréol était mort le 3 février 1853; il fut remplacé comme vicaire apostolique par