LE DERNIER RENOUVELLEMENT DU COMPROMIS
texte à la clôture du Reichsralh, et pût êlro rendue responsable des sacrifices nouveaux imposés au pays. Mais le mystère d'Ischl avait été percé, et quand le Parlement fut convoqué (septembre 1898) Topposition habilement renonça à robslruclion € technique » pour inaugurer Tobstruction « tactique ». Les discours et les amendements rendirent le même service qu'auparavant le bruit et les pugilats. Cette discussion approfondie fit traîner les choses jusqu'en décembre : et le ministère, acculé à à ce terme, dut clore la session pour appliquer l'article 14, mais il n'eut plus de prétexte à invoquer, et porta seul la responsabilité de son coup d'Etat. En Hongrie, même tactique d'obstruction, et même embarras pour le gouvernement. Faute d'article 14, le baron Bànfi*y se décida à proroger simplement de fait Tétat de choses existant; Koloman Tisza, le prolecteur du cabinet, proposa de l'en absoudre d'avance par une loi; et craignant les tempêtes de l'obstruction, il demanda qu'elle fût, non point soumise au vote de la Chambre, mais simplement signée en séance du club libéral par les députés de la majorité. A cette double violation delà Constitution, les membres les plus distingués du parti, à leur tète le président de la Chambre Szilàgyi et les fils du comte Andr&ssy, en tout une trentaine de députés, répondirent par une sécession. Le désir de conserver une arme pour la défense peut-être un jour nécessaire de la Constitution, le dégoût du régime violent et servile du baron BànfTy et de la dictature occulte de Tisza donnent les raisons de leur conduite. Ce fut pour le système BànfTy le coup de mort : la couronne dut capituler devant la Constitution. Koloman de Szélly l'ancien ministre des Finances, héritier politique deDeàk, fut chargé par le roi de négocier avec la majorité et l'opposition : celle-ci promit de laisser passer le compromis, le ministère se retira, Széll devint chef du cabinet. A la place de la convention d'Ischl, une nouvelle formule, la formule Széll, établie d'accord entre le ministère hongrois et l'opposition, donna la solution de la question du compromis. Les lois économiques seraient votées en Hongrie, pour être valables jusqu'en 1907; les traités de commerce^ qui expirent en 1903, ne pourraient être prolongés que jusqu'à cette date; un nouveau tarif douanier
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devrait être élaboré à la même époque. La Hongrie a ea mains, grâce à celte triple échéance, un triple moyen de faire triompher ses revendications en 1907 ; elle ne perd aucun de ces avantages si, au cours des dix ans, un compromis légal vient à être conclu avec TÂulriche. La majorité libérale, fusionnée désormais avec le parti national du comte Apponyi, vota ces arrangements sans difficulté. En Autriche, ils furent successivement mis en vigueur par des ordonnances. Le ministère Thun tomba en octobre 1899, faute de pouvoir obtenir du Parlement Télection de la Délégation. Le cabinet Clary, qui Fa remplacé, a franchi ce pas difficile : mais l'hostilité ouverte de la majorité du Parlement rend sa position extrêmement précaire, et les Jeunes- Tchèques viennent de reprendre Tobstruction abandonnée par les Allemands.
L' Autriche-Hongrie à la fin du XIX"" siècle. — Les luttes politiques, religieuses et sociales ne sont nulle part plus violentes qu*en Autriche-Hongrie, où le conflit des nationalités les complique et les envenime. L'Église est aujourd'hui vraiment maîtresse en Autriche. Elle soutient et dirige le mouvement antisémite, non seulement à Vienne, où il a conquis avec M. Lueger Thôtel de ville, mais en Bohème, où il cherche à s'organiser, en Pologne, où les émeutes de 1898 ont été sanglantes. Les cléricaux allemands s'allient aux Slaves : en revanche les pangermanistes de M. Schonerer ont inauguré une campagne de « détachement de Rome », de conversion au protestantisme. La petite bourgeoisie, organisée et menée par le clergé et laristocratie, lutte désespérément sous la bannière antisémite contre le prolétariat démocrale-socialisle pour maintenir son rang social, pour ne pas déchoir J4jsqu'à la « prolétarisation ». Les socialistes, en 1897, ont échoué — grâce pour beaucoup à la partialité de tous les organes officiels — devant les antisémites dans les cinq circonscriptions de la cinquième curie à Vienne : mais leurs elTorts en vue d'une revanche promettent de chaudes luttes pour l'avenir. Les classes moyennes, menacées de toute part, hésitent entre leurs traditions libérales et leur peur des nouveautés démocratiques. Seuls la démocratie avancée et le socialisme combattent avec énergie et
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succès contre la noblesse et le clergé, unis pour reconquérir la « direction héréditaire » des peuples. Les anciens partis sont usés et disparaissent : il n*y a plus de gauche allemande; le sort qu'ils ont infligé aux Vieux-Tchèques guette déjà les Jeunes- Tchèques, devenus les alliés des féodaux, les prisonniers du cléricalisme. La fidélité dynastique, autrefois lappui le plus sûr de TAutriche, à la fin s*use et s'ébranle : les appels pathétiques au loyalisme des sujets ne trouvent plus dans leurs cœurs qu'un écho affaibli. Ce qui reste même de l'antique loyalisme, comment oublier que l'objet en est un souverain septuagénaire?
D'apparence, la Hongrie est plus forte, plus une, plus résolue. Mais, moins visibles, les dangers qui la menacent ne sont pas moins graves. Les grèves de l'Alfold en septembre 1897 ont fait éclater à tous les yeux la misère du prolétariat agricole. L'industrie, à mesure qu'elle se développe, fait naître un proietariat urbain, socialiste par nature. L'Etat hongrois est encore dominé par la petite noblesse rurale: de profondes modifications seules pourront lui assurer une adaptation paisible à des conditions sociales nouvelles. L'Eglise, irréconciliable depuis les lois politico-ecclésiastiques, est à l'affût de toutes les difficultés qui peuvent assaillir l'Etat pour les exploiter. Le parti populaire catholique tend la main aux Slovaques, qui recommencent à s'agiter, aux Croates, toujours lésés et toujours jaloux. Les Serbes ne sont point sûrs; l'agitation roumaine ne s'est calmée qu'à la surface. Une réforme électorale est le premier besoin, le premier vœu de la majorité du pays : toute réforme amènera au Parlement des députés nationaux et des députés révolutionnaires, mettra fin au tranquille « entre soi » de l'aristocratie magyare.
Le dualisme ne subsiste que de nom. Sans doute, d'autres combinaisons après lui sont possibles; la séparation peut être évitée ; et, si elle se produit, elle ne sera, espèrent les optimistes, qu'une étape vers une nouvelle union, plus digne, plus solide et plus durable. L'expérience, en tout cas, serait risquée : et rien ne garantit qu'elle ne se fera pas. L'Autriche et la Hongrie sont faîtes pour l'union : seule, l'union leur assure la puissance, la force, même l'existence. Séparées, ni l'une ni l'autre, ne
pourra longtemps résister à des voisins ambitieux et avides. Quiconque réfléchit, en Autriche-Hongrie et hors de l'Autriche- Hongrie, sait cela; et pourtant quiconque observe doit voir que cette séparation menaçante peut se produire d*un moment à Taulre. Une idée, voilà ce qui manque à la monarchie austrohongroise. L empire des Habsbourg a trop longtemps méconnu et méprisé les forces morales et mis sa confiance dans les moyens matériels, fondé sa force sur le gendarme ecclésiastique et le gendarme laïque. Aujourd'hui, les idées se vengent. L'avenir le plus proche de la monarchie comme de l'Autriche et de la
Hongrie est trouble et incertain : si les hommes d'Etat autrichiens et hongrois se montrent incapables de résoudre la question autrichienne, bientôt c'est devant les diplomates et les politiques européens qu'elle se posera.
BIBLIOGRAPHIE
La bibliographie d'une histoire contemporaine de rAutriche-Hongrie se trouve surtout éparse, en dehors des documents officiels, dans des articles de journaux et de revues. 11 n'y a point de travaux d'ensemble en dehors de Rogge, OEsterreich seit der Katastrophe Beust-Hohenwart, 2 vol., qui s'arrête en 1879, et a les mêmes défauts que les trois volumes précédents, surtout la confusion. On se bornera ici à citer les principaux recueils à consulter, et quelques ouvrages sur des questions importantes. C'est par les indications mêmes de ces recueils et de ces ouvrages que l'on pourra, dans chaque cas particulier, se faire une bibliographie.
Doeuments oflIclelM : les comptes rendus des Délégations, du Reichsrath, du Parlement hongrois, des Diètes autrichiennes (surtout Bohème, Galicie, Basse-Autriche, Styrie), de la Diète de Croatie. — Les statistiques officielles, autrichienne et hongroise; les enquêtes officielles des ministères du commerce, par exemple sur l'industrie en Autriche, 1898, sur le projet de tarif douanier autonome hongrois, 1898.
Joiimaiix : Neue Frcie Presse, allemand libéral; Vaterland, clérical féodal; Deutsches Wolksblatt, chrétien social; Ostdeutschc Rundschau, allemand national; Arheiter Zeilung, socialiste (tous de Vienne); — Ndro'Jni Listy, jeune-tchèque, Poliiiky vieux-tchèque, de Prague; Czos, polonais conservateur, de Cracovie ; — Pester Lloyd, libéral, officieux; Magyar AUdm, c\ùrica\;Egyetertès, radical, de Pest. — Les journaux allemands, surtout la Frankfurter Zeitung et la, KôtnLsche Zeitung, contiennent des correspondances austro-hongroises souvent intéressantes*
Revues : Cas, Nase Doba, Osoèta, de Prague; Die Zeit, Die Wage, Deutsche Worte, de Vienne; Ungariscfie Revue, de Pest; Kroatische Revue, d'Agram; Preussische Jahrbiicher, Die Nation, de Berlin; Die Neue Zeit, de Stuttgart. Les grandes revues allemandes et anglaises contiennent toutes des articles sur les événements importants qui s'accomplissent en Autriche et en Bon-
gric (on trouvera ces articles en se reportant aux tables de tous ces périodiques; nous nous abstenons d'en citer ici les titres). En français, la collection de la Revue d'économie politique renferme des articles politicoéconomiques sur rAutrichc et la Hongrie; la Revue politique et parlementaire donne des chroniques politiques exactes et assez impartiales et quelques articles de fond. La Revue des Deux Mondes, 1897 et 1898, a publié des articles de M. Gh. Benoist sur La monarchie austro-hongroise et Véquilibre européen \ la Revue de Paris, 1894, de M. Horn sur Le mariage civil en Hongrie; de M. Gaidoz sur Les Serbes de Hongrie \ 1897, sur La crise austrohongroise; 1898, de M. Kramàî*, L'avenir de r Autriche; de M. Gramaussel, En Transylvanie.
Sur la question des nationalités, la plus importante de toutes, on consultera utilement : Hainisch, Die Zukunft der Deutsch-OEsterreicher, 1892. — Herkner, même titre, 1893. — T.-G. Masaryk, Ceskd otdzka et Nase nynèjsi krise, 1895. — Die Reichsratliswahlen in Ostgalizien t. J. 4897, Vienne, 1898 (de source ruthène). — Madeyski, Die Nationalitàtenfrage, 1898; Die deutsche Staatssprache, 1883. — Les brochures d*Edouard Grégr sur la participation au Reichsrath, 1879. — Kramàf , Vas bôhmische Staatsrecht, 1896. — Menger, Der bôhmische Ausgleieh, 1891. — Sur la réforme électorale autrichienne : V. Adler, Das allgemeine, gleiche, direkte Wahlrecht, 1893.
Sur les mouvements économiques et sociaux : Waentig, Gewerbliche MitteUtandspolitikj 1898. — Rauchberg, Die Bevôlkerung CEsterreichs auf Grund der Ergebnisse der Volkszâhlung vom 34 , Dez. 1890, 1895; — les procès-verbaux des congrès socialistes annuels; — la série de brochures publiées à Vienne, chez Brandt, sous le titre Socialpolitische Flugschriflen. — Un certain nombre d^ouvrages indiqués au tome précédent s^appliquent aussi à la période traitée ici : ainsi ceux d*Andrûssy, Auerbach, Beksics, Krones, Tezner, Ulbrich.