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CHAPITRE VII

De 1870 à nos jours.

/. — Suède et Norvège.

Oscar n. Politique étrangère. Traits communs aux deux royaumes. — Oscar II, actuellement encore régnant, succéda à son frère Charles XV le 18 septembre 1872 et fut couronné à Stockholm le 12 mai et à Trondhjem le 18 juillet 1873.

Dans rhistoire de son règne, comme pour ses prédécesseurs immédiats, il convient de distinguer des éléments divers : les questions d'abord où la Suède et la Norvège ne sauraient être séparées, la politique étrangère notamment; puis Thisloire propre de chacun des deux Etats; enfln les rapports qu'ils ont entre eux. Ces facteurs sont parfaitement distincts à certains égards, tout en réagissant sans cesse les uns sur les autres. Impossible cependant, pour être clair, de les présenter soit complètement joints, soit tout à fait séparés. Durant la période qui va nous occuper, les discussions relatives à TUnion n'ont eu qu'une influence tardive et relativement médiocre sur la politique proprement suédoise : celle-ci pourra donc, sans trop de supercherie, être racontée à part. En Norvège, au contraire, pour des causes déjà dites, les partis, luttant entre eux ou contre le pouvoir royal, ont généralement pris pour plate-forme la ques-

lion des relations avec la Suède. Mieux vaut par conséquent ne point séparer l'histoire de l'Union de celle de la Norvège, en en indiquant même seulement alors certains faits de l'histoire suédoise. Rien n'empêche non plus de simplifier l'exposé de ces questions souvent assez obscures en signalant d'abord et à part les quelques faits ou traits communs aux deux royaumes.

Peu de chose à dire de la politique étrangère, nécessairement commune aux deux royaumes, bien qu'il puisse leur arriver, comme on le verra plus loin, d'avoir parfois une attitude différente à l'égard d'une puissance étrangère. Elle est, on le sait, absolument dans la main du roi, qui, s'il existe des actes importants, ne les a pas laissé connaître. Quand, en 1889, un député suédois, M. Bexell, demanda au gouvernement s'il avait ou non conclu un traité d'alliance avec l'Allemagne, la question, considérée comme incorrecte, fut simplement écartée, sans débat sur le fond. Cette interpellation avait été provoquée par les bruits qui couraient avec une certaine persistance. Le roi passait pour très sympathique à l'Allemagne, surtout depuis que le prince héritier était devenu en 1887, par son mariage avec une princesse de Bade, le cousin de l'empereur allemand. Déjà en 1875, à la suite d'un voyage du roi à Berlin, mais surtout en 1888, à la suite d'une visite de l'empereur à Stockholm, on avait conclu que des liens étroits unissaient les Royaumes-Unis à l'Empire. D'autre part, et les deux choses peuvent être connexes, le gouvernement semblait craindre par instants quelque entreprise de la Russie, où la presse réclame de temps en temps un port en mer libre, port qui se trouverait sur la côte de Norvège : ces craintes expliqueraient des précautions que nous signalerons.

Comme conséquence de la continuation de la paix, il convient de mentionner dans l'un et l'autre royaume un important développement de la prospérité économique, qui, malgré quelques arrêts et des crises partielles, a atteint un point inconnu jusqu'à ce jour. Les dernières années ont été également marquées par un brillant mouvement intellectuel. Les écrivains Scandinaves ont brusquement pris une place notable dans la littérature européenne. On ne saurait, d'autre part, ne pas

mentionner de mémorables voyages d^explorations scientifiques, dont les plus fameux ont été ceux du Norvégien Nansen au Groenland et dans les mers polaires et du Suédois Nordenskjôld autour de TAsie.

Suède.

Situation politique & l'avènement d'Oscar n. — Le

nouveau roi Irouva pendantes, à son avènement, deux questions de première importance : la réforme militaire et une réforme fiscale. L'une et Tautre dataient de la fin du règne de Charles XV. L*armée suédoise avait une organisation antique et compliquée dont Torigine remontait au temps de Charles IX et de Gustave-Adolphe et qui, sur Lien des points, n'avait pas été sérieusement modifiée depuis Charles XI. L'armée active se composait: d'une part de troupes permanentes ou enrôlées, payées directement et exclusivement par la couronne; d'autre part — et c'était là le point très original, — de troupes cantonnées, indella (de indela^ diviser, répartir), c'est-àdire d'hommes toujours prêts pour le service, mais répartis sur l'ensemble du pays, vivant chez eux, en famille, du produit d'un domaine à eux concédé, entretenus, en fait, grâce à des arrangements divers, par les propriétaires fonciers. Il y avait en outre une réserve formée d'hommes appelés par la conscription et soumis à des périodes d'exercice rares et courtes. Les défauts d'un tel système sautaient aux yeux : la mobilisation était lente, une partie des troupes insuffisamment exercées, les cITeclifs enfin trop faibles; les troupes enrôlées, par exemple, les seules que l'on eût positivement sous la main, ne se montant guère à plus de 7000 hommes et l'indelta tout au plus à 25000. La nécessité de porter remède à une telle situation apparut surtout après la grande crise européenne de 1866 qui fit craindre de nouveaux bouleversements, et le principe de la paix armée qui se généralisa partout après la guère de 1870 ne fît que confirmer cette manière de voir. Les projets de réformes fiscales étaient tous inspirés par le

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désir de diminuer les charges de la propriété foncière. Mais, tandis que les projets militaires émanaient du gouvernement, l'initiative des projets fiscaux appartenait au pays, ou mieux, à un grand parti nouvellement constitué. A la suite de la réforme de la représentation nationale (1865) et grâce au système électoral introduit alors, la deuxième chambre se trouva surtout constituée des meilleurs éléments de Tancien ordre des paysans. Les petits propriétaires fonciers y prédominèrent. Or, à défaut de doctrines véritables et de vues d'ensemble, ils avaient des habitudes d^esprit et un sentiment très net de leurs intérêts. Us se trouvèrent d*accord pour essayer de les défendre en commun, et, se groupant, formèrent le parti agrarien, landlmannapartij constitué en 1867, avec, pour chef, le comte Arvid Posse. Son centre était dans la chambre basse de la diète, mais son influence s*étendait sur Topinion publique et également dans la chambre haute, des membres de cette dernière pouvant juger utile de s*unir à lui ou estimer que leurs intérêts personnels concordaient avec ceux quil désirait défendre. Le parti préconisait une administration économe, prudente, se méfiait des desseins étendus, s*opposait à toutes les dépenses non immédiatement productives et réclamait enfin, comme je le disais, une diminution des charges foncières. Il se modifia d'ailleurs peu à peu, se fractionna même, comme nous aurons à le voir, mais son action demeura véritablement prépondérante pendant nombre d'années. Son avènement enfin manifeste le caractère nouveau que prend l'histoire intérieure de la Suède : les discussions et les querelles économiques se substituent aux questions purement politiques.

Pour comprendre le rôle du parti agrarien et l'histoire parlementaire de la Suède contemporaine, deux faits ne doivent pas être oubliés. D'abord, en cas de conflit entre les deux chambres, la question est tranchée par un vote commun, un plénum; d'autre part, la réforme de 1865 n'a pas introduit le régime parlementaire tel que nous l'entendons : les ministres continuent à être les conseillers du roi, qui les choisit et les maintient à sa guise. Le parlement peut faire indéfiniment échec à la volonté royale, mais non imposer la sienne.

Le a compromis ». Les réformes militaires. — Questions fiscales et réformes militaires sont généralement liées, toute augmentation des forces militaires exigeant des ressources nouvelles. Elles Tétaient en Suède plus que partout ailleurs, à cause de conditions toutes spéciales et de circonstances assez particulières. La réforme fiscale consistait en un dégrèvement de la propriété foncière, et parmi les charges dont on désirait Talléger figuraient celles relatives à Tindelta. D*autre part, rien ne pouvait être mené à bien sans le concours du parti agrarien, c*est-à-dire de celui-là même qui en voulait à une partie essentielle de l'organisation militaire et qui d'autre part réclamait des économies. Le problème se ramenait donc, en réalité, à augmenter Tarmée sans bourse délier, bien plus, en diminuant certains impôts. II pouvait passer pour insoluble et, plusieurs années durant, le parut en effet. Des projets soigneusement étudiés avaient été soumis à la diète durant les dernières sessions du règne de Charles XV, mais avaient été rejetés par l'obstination des paysans. Durant la première année du règne d'Oscar II, la situation demeura la même. Pour sortir de l'impasse, les deux partis en présence résolurent de s'entendre. Les partisans des réformes militaires, c'est-à-dire les représentants de la majorité de la chambre haute engagèrent des négociations avec les partisans des réformes fiscales, c'est-à-dire les agrariens, maîtres dans la chambre basse. Ces négociations, conduites au sein du comité constitutionnel de la diète, formé de représentants des deux chambres, aboutirent à un accord, le compromis portant la date du 6 mai 1873. C'était une résolution par laquelle la commission déclarait que l'armée suédoise devait être réoi^anisée de fond en comble, l'indelta disparaître, mais que du même coup il y avait lieu de remanier complètement les charges foncières en supprimant un certain nombre d'entre elles. La diète, approuvant sa commission, invita le gouvernement à prendre les mesures nécessaires. Réformes militaires et réformes fiscales étaient dès lors indissolublement liées, ayant fait l'objet d'un véritable marché entre leurs partisans respectifs. Le compromis de 1873 éliminait dans une certaine mesure les oppositions de principe, mais n'était pas une solution. Restaient à

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trouver les formules (Inapplication» les moyens pratiques de donner satisfaction aux deux partis : plusieurs ministères s*y épuisèrent en vain.

Le premier projet déposé à la suite du compromis en 1875, portant la suppression de Tindelta, ne fut pas adopté. Le ministère qui prit alors le pouvoir, présidé par De Geer, proposa en 1877 un nouveau projet qui fut répoussé, puis en 1881 un autre qui eut le même sort; s*estimant alors incapable de rien faire aboutir, il se retira. Le roi se tourna vers le parti dont Topposition empêchait toute réforme et constitua un cabinet ayant i sa tète le comte Posse, le chef des agrariens, dont certains avaient du reste, par voie de motion, essayé déjà, mais sans succès, d'indiquer la solution qulls préconisaient. Le ministère nouveau confia l'étude de la question à des commissions spéciales et le projet ainsi élaboré fut soumis aux chambres en 1883, conjointement avec des projets sur Timpôt foncier, procédure tout à fait conforme à Tesprit du compromis. Mais, ainsi qu*il arrive souvent, les agrariens ne se croyaient pas obligés de soutenir leur chef arrivé au pouvoir et leur désir d'économies remportait sur toute autre considération. En 1881, ils avaient refusé déjà des crédits souvent sollicités pour la construction d*un cuirassé; ils agirent de même cette fois. Le projet militaire fut tellement amendé par la chambre basse que la chambre haute le rejeta et, le comte Posse, qui lui-même ne Tacceplait plus sous sa forme nouvelle, se retira à son tour, pour faire place à M, Thyselius, le premier roturier appelé à d'aussi hautes fonctions (juin 1883).

Cependant, au cours de ces discussions nombreuses et de ces luttes interminables, l'opinion des agrariens se modifiait peu à peu. L'indelta retrouvait des partisans. Une solution devenait dès lors plus facile; le successeur de M. Thyselius, M. Themptander, eut Thonneur de la faire intervenir en mai 1885 : certains impôts fonciers furent réduits de trente pour cent, tandis que la réserve était réorganisée avec des périodes d'exercice considérablement augmentées. Après douze ans d'efforts, le compromis de 1873 aboutissait ainsi à un résultat. Celui-ci demeurait, toutefois, très incomplet et le gouvernement le premier le jugeait insuffisant.

qu*il eût à sa tète M. ThempUnder, M. Bildt (1888), M. Âkerhjelm (1889) ou M. Bostrôm (i89i). Peut-être obéissait-il simplement à des considérations générales et théoriques, peut-être était-il au contraire inQuencé par sa politique étrangère ou la crainte de certains de ses voisins; la chose est malaisée i déterminer. Il ne cessa pas, en tout cas, de se préoccuper vivement de Taugraentation des forces militaires de terre et de mer ainsi que de la construction d*ouvrages fortifiés, en particulier dans le Norrland. Des crédits furent, en effet, demandés à plusieurs reprises. En 1891 notamment, divers projets furent déposés, votés par la Chambre haute, mais rejetés par la Chambre basse. L année suivante enfin, le roi convoqua une session extraordinaire qui vota un accroissement considérable de l'armée, en échange de nouveaux remaniements des impôts fonciers.

Protectionnistes et libre-échangistes. — Les questions militaires et les questions fiscales, base du compromis de 1873, ont ainsi dominé pendant longtemps la politique suédoise, leur importance Qnit toutefois par décroître, et, peu après 1885, d'autres problèmes surgirent qui provoquèrent de nouvelles luttes et un nouveau classement des partis. Les agrariens étaient, nous l'avons vu, pratiques, très attachés aux intérêts matériels et directs, et d'autre part, agriculteurs : les tarifs douaniers les préoccupaient donc fort et s'ils admettaient bien le libre-échangisme en théorie, ils préféraient de beaucoup le protectionnisme dès qu*on en venait aux applications. Par contre, le parti qu'on appela pendant un temps le Centre et qui avait succédé à l'ancien parti dit des bourgmestres (borgmâstareparli), composé de représentant des villes, c'est-à-dire de commerçants, prônait le libre-échange. D'où une lutte qui devint d'autant plus ardente que nuls grands débats politiques ne passionnaient alors le pays. Elle se trouva du reste bientôt circonscrite à un point assez spécial qui amena une scission parmi les agrariens. Un groupe, dit le nouveau parti agrarien, voulait des droits protecteurs sur les céréale.^ tandis que l'ancien parti était, sur ce seul point, favorable au libre-échange. Celui-ci commença par l'emporter, grftce à l'appui de la Chambre haute, mais la situation changea aux élections de 1887, qui aboutirent à un résultat tout à fait

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