‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 4)Chapitre 58 sur 215 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De 1870 à nos jours.

/. — La Turquie.

La population. — Entre 1840 et 1810, les Osmanlis étaient la minorité dans la population totale de l'empire (musulmans et chrétiens compris) '; depuis 1870, ils tendent à devenir la majorité. D'une manière générale, tous les musulmans qui viennent du dehors s'établir en Turquie d'Europe ou en Anatolie (la Syrie et les pays de langue arabe non compris), se fondent, à la première génération, dans la population osmanlie; à partir de 1829, date de l'affranchissement de la Grèce, les Osmanlis se sont incorporé et assimilé de celle manière les nombreux immigrants musulmane provenant des provinces qu'ils ont successivement perdues, ou venant de pays conquis par les Russes : Hellènes, Serbo-Croates, Bulgares, Gircassiens. Cet afflux d'éléments nouveaux, qui s'est sensiblement accéléré depuis 1870, et d'autre part la séparation de provinces peuplées surtout par des non Osmanlis, a renversé les proportions entre « races » dans l'empire. La marche vers la nationalisation turque des non Osmanlis de l'empire a été, d'une part, aidée par la politique du présent sultan Abd-ul-Hamid ; de l'autre, contrariée par le réveil particulariste chez des peuples semi-

i. Voir ci-dessus, t. XI, p. 528-529.

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musulmans, les Albanais et les Arabes des villes (Araméens), ou entièrement musulmans, les Arabes organisés en tribus et les Kurdes. Les massacres d* Arménie de 1894-1895 n'ont pas été un fait particulier, comme ceux de Syrie en 1860, mais font partie d'un plan, d'un système politique consistant à détruire les populations de Tempire qu'on ne peut espérer assimiler, et à les remplacer par des populations osmanlisables. Longtemps avant celte manœuvre sanglante du nationalisme impérial osmanli, le correspondant de la Revue britannique à Constantinople en signalait la préméditation : « Les hommes d'Etat ottomans ont eu tout le loisir de se convaincre que leur faiblesse est avant tout le résultat du défaut d'homogénéité des populations soumises au sceptre du padichah. Si en temps et lieu la dynastie de Mahomet II avait suivi l'exemple de Philippe II, et si elle avait chassé ou exterminé les chrétiens comme fit le fils de Charles Quint pour les Maures d'Espagne, toute la presqu'île des Balkans serait occupée aujourd'hui par de bons musulmans qui ne subiraient pas l'influence de l'Europe et soutiendraient énergiquement le khalifat de Stamboul... De là cette nouvelle politique d'extermination systématique des chrétiens qui se trouve si brutalement exposée dans l'officieux Ittihad » *. L'//iihad, « l'Union », a été fondé à Paris, en 1868, par les Jeunes- Turcs ; quand une partie de ceux-ci a tourné au nationalisme intransigeant, leur journal d'opposition libérale s'est rallié au gouvernement qui acceptait leurs doctrines.

En 1881, le parti de « la Turquie aux Turcs » jetait son dévolu sur les Arméniens et commençait à exécuter son plan d'osnianlisation de la Turquie d'Asie, à défaut de la Turquie d'Europe : « Abd-ul-Hamid profile du répit que lui laisse la lassitude de ses puissants voisins pour tâcher d'anéantir l'élément chrétien dans les massifs du Taurus et d'en faire un pays exclusivement musulman » ^

C'est d'Albanie qu'est parti le mouvement en sens contraire, le mouvement parliculariste qui, depuis 1878, date de la formation de la Ligue albanaise fondée par des musulmans et des

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