‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 5)Chapitre 58 sur 205 · Mollah Tcheragh Ali, CvUie*l **f**Ui<m of Jikaé · texte numérisé non relu

Mollah Tcheragh Ali, CvUie*l **f**Ui<m of Jikaé

Pacha Zadeh, dont les Nouvelles « Kutchuk Cheîler — Petilcs choses » et le roman tSerguzceht — Une Aventure », — dirigé contre l'esclavage des femmes, mériteraient d'être traduits, Ahmed Midhat et ses excellents livres sur l'éducation, Mm* Fatma Alia, etc., etc., n'ont commencé à écrire qu'après 1870.

C'est également après cette date, et surtout dans ces dernières années, qu'on a commencé à publier en Turquie de véritables ouvrages traitant de sujets scientifiques, soit traduits, soit adaptés, soit même originaux. Les premiers volumes originaux de physiologie, par le Dr Bessim Orner, sont de 1880; de la même époque, le premier cours méthodique de littérature turque '. La philologie, la critique et la publication des anciens textes, avec Ahmed Djevdet, Nedjib Acem, leur société des anciens textes c Athar i Eslafdin — Vestiges des ancêtres», leur revue le Mekteb et leur journal Vlkdam viennent encore plus tard. L'archéologie a été crée par Hamdi Bey, directeur du Musée de Constanlinople, un peintre, élève de Gérôme. C'est Gérôme qui ouvrit le premier un atelier à Constantinople, et forma quelques peintres turcs.

L'imprimerie s'est développée lentement, avec la littérature. Jusqu'en 1870, les éditions sorties des presses turques sont franchement mauvaises, mal composées, mal tirées, pleines de fautes. Peu à peu, elles s'améliorent, malgré les entraves de la pénurie économique (elle est telle qu'on ne coud même pas les livres brochés). En 1889, un juge compétent, M. Barbier de Meynard, parlant d'un dictionnaire turc-français (par R. Yousouf) récemment imprimé par l'imprimerie turque d'Abou- Zia, peut écrire : « L'élégance des caractères turcs et français, la correction du texte, font honneur à l'imprimerie que Abou- Zia Tevfiq dirige habilement, et au grand profit de la littérature ottomane ». J'ai sous les yeux des journaux illustrés, des livres scientifiques à figures et à vignettes provenant de l'imprimerie impériale de Constantinople, dont les types, la composition, le papier, le tirage ne laissent rien à désirer, et M. Barbier de Meynard qualifie déjà de « bijou typographique » un médiocre

i. Cours de littérature ottomane, par Mahmoud-Ekrem, 1882.

volume de vers (Zemzémi, les Murmures) imprimé à Constantinople en 1882.

Ce mouvement des esprits se concentre dans la capitale et dans quelques rares villes de province, Salonique, Smyrne, Alep, Bagdad. Il n'y a pas de vie provinciale turque en Turquie. La vie provinciale à Alep, à Bagdad, est arabe, antiturque; en Albanie, où elle cherche i naître, à Elbassan, à Bérat, elle est albanaise. Le mouvement intellectuel, en Turquie, a bien été créé par des provinciaux jusqu'à 1870 et après (Zia, d'Amasia, d'origine circassienne ; Tahsin, Kémal, Albanais ; Khaïali, de Bagdad, d'origine arabe; Midhat Pomak, Bulgare musulman; Ali-Suavi, Tatare Turcoman; actuellement, Nedjib Acem, d'Alep; Bessim Orner, Albanais), mais ce mouvement s'est produit à Constantinople, et il ne pouvait se produire que là.

//. — L'Inde.

La société musulmane. — On peut estimer actuellement le nombre des musulmans dans l'Inde à plus de 50 millions ; il était, au recensement de 1881 \ de 40 867145, et en 1871, de 30 millions en nombre rond. Dans l'Inde, c'est la population qui s'accroît le plus rapidement. En dehors de leur accroissement naturel, les musulmans font des prosélytes : « L'islamisme continue à faire des progrès dans l'Inde. On s'imagine généralement que les femmes y sont opposées, et que ce sont plutôt les hommes qui l'adoptent. Le contraire est récemment arrivé dans le Sind, car nous apprenons que dans cette province, la plupart des femmes ont adopté l'islamisme * ». C'est d'ailleurs du prosélytisme que provient la majeure partie des musulmans de l'Inde, qui sont des rayas indigènes convertis; les immigrés d'origine turque, persane, afghane, ou s'attribuant une origine arabe sont en minorité, et de sang très mêlé. « Sur toute cette longue bande de pays, presque partout médiocrement peuplée,

i. Huniers Gazetteer.

2. Gare in de Tassy, La langue et la littérature hindouslanies en 1876.

qui s 'étend dans la vallée de l'Indu», au pied des montagnes de l'Afghanistan et du Belouchistan qui forment la frontière occidentale de l'Inde, la majorité de la population est musulmane depuis de longs siècles. Cette région, d'une largeur variable, mais ne dépassant pas 643 kilomètres, et d'une longueur de 1286 kilomètres, va de Peshawer au nord, à travers les plaines du Pendjab occidental et du Sind, jusque la mer. Quoique comprise dans les limites géographiques de l'Inde, die ne ressemble pas aux autres pays indiens. Sa population est de S> i 10 millions d'habitants, dont 6 à 1 millions de musulmans. Les races dominantes, les Pathans et les Beloutchis, sont d'origine étrangère; mais la majorité des habitants est formée de descendants d'Hindous de tribus aborigènes, qui ont plus ou moins accepté depuis longtemps la religion de leurs conquérants.

c Dans les parties orientales du Pendjab, les plus riches et les plus peuplées, les mahométans, réels ou supposés, sont également nombreux, sans que leur foi ait jamais réussi à se faire généralement adopter. Ils sont au nombre de 6 à 1 millions, et descendent presque tous d'Hindous convertis.

« A l'exception de ce pays voisin des frontières nord et ouest de Tlnde, la seule grande province où une importante portion de la population ait embrassé l'islam est le Bas-Bengale. Sur les 36 millions d'habitants du Bengale proprement dit, près de 18 millions sont musulmans. Dans les districts orientaux au delà du Gange, et entre le Brahmapoutra et les limites orientales de l'Inde, les musulmans constituent la grande masse de la population agricole.

« C'est à peine si la majorité des musulmans de l'Inde méritent cette dénomination. Leur religion et leurs coutumes diffèrent peu de celles de leurs voisins hindous, et ils pratiquent les mêmes distinctions de castes *. »

Quelle que soit l'opinion de M. Strachey sur les superstitions hindoues de la majorité des musulmans — il est exact que l'islamisme n'est qu'un voile léger sous lequel on découvre aisément l'ancien culte — , il n'en est pas moins vrai que ces

i. Sir John Strachey, W*<te, préface et traduction de J. Harmand, 1892.

L'INML 4»!

musulmans parlent tous un dialecte particulier, Y ourdou \ l'écrivent en caractères arabo-persans, ont une littérature particulière; qu'ils ne se convertissent pas aux cultes de l'Inde différents du leur, mais qu'ils font des prosélytes parmi les adhérents à ces cultes ; qu'ils se considèrent comme solidaires les uns des autres, et qu'ils subissent une influence, celle de leurs coreligionnaires plus instruits et plus orthodoxes qu'eux, et non celle des habitants non musulmans de l'Inde. M. Strachey dit lui-même : c La population musulmane des villes, quelle que soit d'ailleurs son origine» est ordinairement beaucoup moins hindouisée que celle des villages. Dans les provinces du nordouest, la population urbaine, qui n'est évaluée qu'à 7 pour 100 de celle des campagnes, compte 25 pour 100 de musulmans. Ce fait tend à donner aux musulmans une importance plus grande qu'elle ne le serait autrement. En beaucoup de villes, on remarque une animosité prononcée entre les musulmans et les Hindous, et il en résulte souvent des troubles accompagnés d'effusion de sang, tandis que dans les campagnes les paysans de croyances différentes — si l'on peut employer ici ce nom de croyance — vivent mélangés les uns aux autres de la manière la plus paisible *. »

Ce nombre de musulmans urbains, ou ayant les sentiments des musulmans urbains, tend à s'accroître par l'immigration dans les villes, par l'instruction qu'amène la lecture des journaux musulmans et des livres d'éducation et d'édification islamique, par la facilité des communications, qui met en contact les musulmans des campagnes et ceux des villes. A mesure qu'il s'instruit, le musulman se déshincUmise, renie son origine hindoue, et cherche à faire partie d'un internationalisme islamique. € Lorsqu'un mahométan, dit M. Strachey, qui s'est toujours comporté dans ses coutumes et ses pratiques religieuses à peu près comme un Hindou, vient à réussir, il commence par

1. L'islam est entré dans PInde avec les conquérants musulmans du Nord qui» du xi* au xvi' siècle, ont fondé des empires militaires. C'est au xvi' siècle que la langue des indigènes, le brindi, a été adoptée par les musulmans d'origine turque et persane; écrite en caractères arabes elle est devenue Y ourdou (langue de la cour).

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