Sir John Strachey, ouvr. cité
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hmdlords indigènes attachés au gouvernement ; les petits propriétaires quittèrent la campagne et refluèrent sur les villes où its formèrent une classe d'intellectuels, de déclassés en quête de professions libérales, les uns ayant reçu une instruction européenne et cherchant i se faire une place dans l'administration, les autres, les plus nombreux, ayant reçu l'instruction orientale musulmane, avec quelques bribes de connaissances occidentales- Ce n'est pas dire que les fonctionnaires musulmans qui ont reçu l'instruction occidentale perdent la leur. 11s restent en contact avec le monde musulman ; on trouve jusque dans les journaux turcs, sous le titre de « Correspondance de ITnde », les promotions des musulmans hindoustaniens, leurs nominations à des grades universitaires ou i des fonctions publiques, tous les succès, grands ou petits, dont peut se réjouir l'amour-propre de leurs coreligionnaires, et qu'on peut mettre en parallèle avec les succès obtenus par des Européens. Tout en étant ordinairement moindres que ceux des Anglais, les traitements des fonctionnaires indigènes chargés de postes importants sent calculés dune manière très libérale '. » Mais quelque libéralité que te gouvernement ait mise à disposer des débouchés officiels pour les indigènes instruits de l'Inde, ils ne paraissent pas suffisants aux musulmans ou ne le sont pas en réalité. Leur programme d'opposition loyaliste au gouvernement anglais wnstste i réclamer une part plus large à toutes les fonctions gouvernementales et l'accès à des fonctions supérieures, c II est vrai, dit un de leurs journaux, que notre gouvernement, en répandant la science, a déployé une grande générosité; toutefois il ne parait en être résulté pour TOïndottstan qu'une cause de pauvreté. Les myriades d'étudiants qui sont préparés dans les écoles, par quelle industrie peuvent-ils gagner leur vie? Plat à Dieu que le gouvernement, avec cet enseignement qu'en peut appeler sec, eût fondé
ï. Au Bengale un juge indigène de Haute Cour reçoit 6 000 livres (126000 fr.) par an. Les traitements des subordinaie jtidges de 720 livres (18 000 fr.) à 1200 livres (30 000 fr.), et ceux des munsifs, c'est-à-dire des juges du grade le plus inférieur, de 800 -à 430 'livres (7 500 à 12 000 fr.). «Les appointements des grades élevés des tondions administratives ne s'éloignent pas beaucoup de ceux des magistrats.
çà et là des établissements pour utiliser les connaissances acquises!... »
L'instruction publique; le mouvement des esprits.
— Si, au point de vue religieux et moral, les musulmans de l'Inde se considèrent comme supérieurs aux Anglais, au point de vue intellectuel, ils se considèrent tous les jours davantage comme leurs égaux. C'est l'instruction publique, favorisée par le gouvernement royal, puis impérial, ce sont les sociétés littéraires fondées, c'est la presse créée par l'initiative privée des musulmans instruits, qui les ont amenés i cet état d'esprit et à cette confiance, souvent exagérée, en eux-mêmes. Trois Européens ont beaucoup contribué à une renaissance intellectuelle chez les musulmans de l'Inde : un orientaliste anglais, sir W. Muir, et deux savants d'origine allemande, réfugiés politiques après la révolution de 1848, l'éminent Aloys Sprenger et le Dr Leitner; mais les indigènes musulmans y ont une part considérable. Au premier rang parmi ces indigènes il faut placer l'uléma Seïd Ahmed, ou, pour le nommer à l'anglaise, sir Sayed Ahmed Khan ', Knight commander de l'Etoile de l'Inde, dont sir John Strachey apprécie le caractère en ces termes : « Je suis fier de pouvoir l'appeler mon ami, et je ne connais personne qui m'inspire plus de respect ».
C'est en 1854 que le gouvernement anglais commença sérieusement à s'occuper de l'instructiou des indigènes. La cour des directeurs envoya cette année-là des instructions qu'on a pu justement depuis appeler « la charte de l'instruction publique dans l'Inde » .
En 1857, l'Etat fonda, d'abord, les trois universités de Calcutta, de Madras et de Bombay. Mais avant qu'en 1887 il en ait fondé une quatrième, pour les provinces du nord-ouest, dans le centre islamique d'AUahabad, grâce à l'esprit d'association des musulmans, de véritables universités libres étaient fondées : en 1865, à Lahore, par le Dr Leilner; en 1876, à Aligarh, par Seïd Ahmed. La fondation la plus originale et qui
J. Le titre de Seïd ou descendant du Prophète indiquerait une origine arabe; le titre de Khan, une origine turque. En réalité, les ancêtres du seïd Ahmed se sont établis dans l'Inde au temps de la conquête tu rco- mon go le.
a eu le plus d'action sur les musulmans de l'Inde a été celle de Seïd Ahmed à Aligarh (dans la province du Nord-Ouest, entre Dehli et Agra), le Collège musulman anglo-oriental. Le verset du Coran qu'il a choisi pour épigraphe d'un de ses ouvrages caractérise son esprit de libéralisme et de large tolérance : « Nous croyons en Dieu et en ce qu'il nous a révélé. Nous croyons i ce qu'il a révélé à Moïse, à Jésus, i tous les prophètes, et nous n'établirons pas de différence entre eux ». Seïd Ahmed consacra vingt-cinq ans de sa vie à réaliser son idée, avec l'aide d'une société musulmane qui l'avait choisi pour président. Cette société établie d'abord à Calcutta en 1864, sous le nom arabe de Madjlis Mouzakhara ilmiya ahl-i-islam, « Compagnie d'entretiens scientifiques des Musulmans », puis à Aligarh, sous le nom populaire de Andjouman Islami, c Société musulmane », avait pour devise les deux hadiths : c L'amour de la patrie fait partie de la foi. — L'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs ». Le collège d'Aligarh reçoit une subvention du gouvernement, dont il pourrait difficilement se passer, car, fait remarquer sir John Strachey, « le collège a trouvé des appuis et fait des progrès extraordinaires, mais la communauté musulmane est pauvre en général ». Il serait plus exact de dire que c'est la partie pauvre de la communauté musulmane qui s'intéresse à des fondations de ce genre; « les princes, les chefs, les grands propriétaires fonciers de l'Inde, à de rares exceptions près, n'ont jamais reçu d'instruction... Les chefs et les nobles indigènes ne se montrent, en général, aucunement disposés à envoyer leurs (ils i nos collèges, car ils n'attachent que peu d'importance à l'instruction et ils redoutent les contaminations sociales ».
Les sociétés musulmanes. — En même temps que les collèges, les sociétés de tout genre ranimaient la vie intellectuelle et la conscience de leur personnalité chez les musulmans de l'Inde. La plus ancienne société littéraire à visées sociales fondée dans l'Inde par des musulmans a été, comme je l'ai dit plus haut, celle de Calcutta (transportée plus tard à Aligarh),
1. Collège musulman d'Amretsir (1811), exclusivement oriental. Collège de Batna, id. de Bangalore, id. etc. — Ce sont des médrécéf, des • séminaires -.
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fondée en 1864 par Seïd Ahmed, dans la maison et sous la présidence du mollah Abdoullalhif Khan Bahadour. Le discours prononcé par le seïd à l'inauguration de la société traduit exactement les sentiments des musulmans libéraux à cette époque ; un Turc, fondateur de la Jeune-Turquie, aurait pu aussi bien le prononcer que r uléma indien, fonctionnaire loyaliste du gouvernement. Plus tard, les visées nationalistes se sont accentuées en Turquie, et ont commencé à prendre corps dans l'Inde. Dans ce discours, le seïd reproche aux musulmans leur manque de patriotisme et leur indique la cause de leur décadence, r arrêt de la culture intellectuelle chez eux, et leur infériorité scientifique. « Il faut, dit-il, étudier les ouvrages scientifiques européens, bien qu'ils ne soient pas écrits par des musulmans et qu'on y puisse trouver des propositions contraires i l'enseignement du Coran. Il faut agir ainsi à l'imitation des anciens Arabes qui ne croyaient pas déroger à leur foi en étudiant l'astrologie de Pythagore; mais sans se laisser égarer par les arguments fantastiques des philosophes irréligieux » '.
Un an après YAndjouman de Calcutta, les musulmans du nordouest de Tlnde fondaient celui du Pendjab à Lahore. Dès Tannée 1866 celte dernière société commençait à sortir du cercle de la littérature pure ou des sciences idéales, et se risquait à traiter de matières sociales et politiques. « La société de Lahore, dont le Dr Leitner est toujours le membre le plus actif, a été réunie, en avril dernier, en séance générale, et le secrétaire Mohammed Husein, a annoncé qu'elle publîeraitdes traités sur des sujetsd'utilité publique. Dans cette séance, on s'occupa des plaintes des pauvres traités dans les hospices du gouvernement, des réformes i opérer dans les ventes à l'encan, des règlements à adopter dans le débit des médicaments, des encouragements à donner à la culture des végétaux propres aux lieux montagneux. En septembre dernier, il a été tenu une autre séance dans laquelle il a été proposé de demander au gouvernement l'admission des indigènes non seulement aux petits emplois, mais aussi aux grands, et de réclamer contre certains abus dans les chemins de fer*. *
\. Je cite le discours du seïd d'après la traduction de Garcin de Tassy. 2. Mirât Gazette, 21 septembre 1867, cité par G. de T.
Sans doute la plupart de ces sociétés affichent leurs sentiments de loyalisme pour le gouvernement anglais, et le libéralisme religieux de beaucoup d'entre elles, qui admettent leurs membres sans distinction de culte, est absolument sincère; mais, dans ces trente dernières années, leur tendance à devenir des groupements d'opposition politique et sociale s'est graduellement développée.
L'action des sociétés s'est surtout produite sur les journaux dont un certain nombre, comme YAligarh Akhbar, par exemple, ne sont plus que l'organe de la société établie dans la ville où ils sont publiés.
La presse. — Il ne s'est pas produit, parmi les musulmans de l'Inde, un mouvement littéraire comme celui de Turquie; leur activité intellectuelle ne s'est montrée que dans l'apologétique religieuse, à laquelle les amenait le zèle aggressif des missionnaires chrétiens, et dans le journalisme. Bien que les musulmans soient une minorité dans la péninsule, leurs journaux y sont en majorité. La plus ancienne statistique que j'aie sous la main date de 1852, et donne pour les provinces du nord-ouest vingt et un journaux musulmans sur trente et un ; trois de ces journaux sont exclusivement religieux. En 1853, le nombre des journaux a presque doublé (plus de cinquante). La crise de l'insurrection arrêta court ce mouvement de la presse; beaucoup de journaux disparurent, mais, dès 1862, le mouvement avait si bien repris que le gouvernement du Bengale nomma un « rapporteur de la presse indigène » chargé d'en faire connaître les opinions à l'autorité par un rapport hebdomadaire. Dès celle époque, la liberté de la presse indigène, attaquée par les ultra-gouvernementaux anglais, était défendue par les journaux musulmans, qui se sentaient particulièrement menacés : « Il n'y a pas longtemps, dit le Pendjabi du 7 juin 1876, que l'Hindoustan, qui est un pays immense, et qui fut jadis le berceau de toutes les sciences et de tous les arts, était appelé c contrée ténébreuse ». Mais maintenant que depuis un certain temps les journaux y sont en circulation, le progrès qui éclaire le monde s'y manifeste. Ainsi, bien que la lumière primitive et l'éclat antérieur ne lui soient pas revenus, néanmoins ces tempsci valent mieux que les temps dernièrement écoulés.
« Maintenant des journaux de toute espèce, hindoustanis, anglais, persans et arabes sont répandus dans ce pays; les journaux peuvent faire l'office d'un conseiller bienveillant; par leur moyen, la réforme du pays est possible. Celte contrée jouit de la sécurité et de la tranquillité dans laquelle la liberté de la presse existe; dans les pays où il n'y a pas de journaux, les sujets ne sont jamais tranquilles ».
Cependant l'opposition des journaux musulmans allait s'accentuant, à mesure que la presse anglaise accentuait elle-même ses attaques contre le journalisme indigène. Un journal musulman de Mirât, le Djam i Djamchid, « la Coupe de Djamchid », reproduit par YAligarh Akhbar, est le premier à mettre de la vivacité dans sa polémique. « Les journaux anglais, dit-il, se flattent d'être le véritable thermomètre du progrès et de la décadence; ils dénient cet honneur aux journaux indiens; mais les journaux indiens se moquent de leurs railleries. Ils ont secoué leur insouciance et leur paresse, et ils profitent de la liberté que le gouvernement leur laisse; ils disent franchement ce qu'ils pensent. Les journaux anglais font entendre des menaces; les indiens useront de représailles, et on ne pourra les en blâmer ». Les ultra-conservateurs furent les plus forts, et la censure fut établie pour la presse indigène de l'Inde en 1877. Cette même année, les musulmans de l'Inde, tout en prolestant de leur loyalisme, jetèrent les yeux hors de la péninsule, vers le Padichah de Conslantinople, Alem penah « Refuge du monde ». A l'occasion de la guerre russo-turque, ils organisèrent des souscriptions, et affirmèrent hautement leur solidarité avec leurs coreligionnaires d'Occident. Sans prendre de caractère révolutionnaire, ni de programme, une sourde agitation islamique n'a cessé, depuis cette époque, de se manifester, tantôt par des articles de journaux, tantôt par des manifestations populaires. Sans doute, les musulmans de l'Inde sont attachés au gouvernement anglais, dont ils ne peuvent après tout se passer, mais comme à un pis-aller; leurs sympathies, sinon leurs espérances, sont hors de l'Inde, à Conslantinople et à la Mekke. Cette agitation a entraîné le gouvernement anglais à une suite de mesures réactionnaires contre la presse
musulmane. On remarquera que toules les manifestations islamiques ont immédiatement suivi les mouvements de ce genre qui se sont produits en Turquie; dès 1876, le correspondant do Conslantinople de la Reme britannique*, l'un des journaux européens les mieux informés de ce que pense le monde musulman, écrivait : « J'exprime certainement en ce moment des idées assez nouvelles, mais elles me sont suggérées par le caractère de plus en plus religieux que prend en Turquie le mouvement révolutionnaire, dont on peut constater le rapide développement. Sous peine de périr, il faut absolument que l'islam trouve le moyen de se rattacher tous les non musulmans vivant dans son sein par les liens de l'égalité civile, et ce but, il ne pourra vraisemblablement l'atteindre qu'à la suite de cruelles défaites; mais, une fois ce redoutable problème résolu, l'islamisme reprendra certainement sa force d'expansion en Asie et menacera de plus en plus la domination anglaise dans les Indes. Attirer à soi tous les déshérités du brahmanisme, devenir la religion de la majorité des Indiens et supplanter les Anglais, c'était le rêve d'Abd-ul-Aziz, c'est celui de tous les musulmans intelligents et instruits que j'ai connus ».
Ces articles de journaux sont d'ailleurs généralement suivis d'un résultat positif. Après la campagne commencée dans le Pendjabi et reproduite dans les journaux turcs, notamment dans le Baciret, des souscriptions s'ouvraient un peu partout en faveur des nouveaux musulmans; on s'ingéniait à quêter. A Bombay, on décidait, à la fête du Darât ou purification (c'est le jour des morts dans l'Islam) de mettre des troncs dans les cimetières pour l'œuvre de la conversion des infidèles.
Ces manœuvres servaient de thème aux missionnaires et aux ultra-conservateurs anglais de l'Inde pour demander des mesures de répression contre la presse et les sociétés musulmanes de ITnde ; ils ont fini par les obtenir, à la suite des émeutes musulmanes qui éclatèrent à Calcutta et à Pouna, en 1897, au moment de la guerre tu rco -grecque. Nombre de journaux musulmans furent supprimés, de journalistes arrêtés, de sociétés