CHAPITRE XVI
De 1870 à nos jours.
L'orage qui secouait la coupole de Saint-Pierre, à l'heure même où le pape Pie IX promulguait le dogme de l'infaillibilité pontificale, était un présage. Un autre orage, religieux et politique, allait fondre sur l'Eglise : — d'abord le Vieux-Catholicisme, qui eut quelque importance en Allemagne et en Suisse, mais n'aurait cependant constitué qu'une agitation superficielle, si le prince de Bismarck n'avait cru avantageux pour sa politique de le soutenir; — ensuite le Kulturkampf, forme nouvelle de la vieille hostilité des princes contre l'Eglise catholique, développement inattendu des doctrines joséphistes, qui, après avoir agité l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, fut adopté leualirs sous l'influence grandissante des sectes anti-chrétiennes; terminé maintenant en Allemagne, il ne l'est pas encore dans d'autres pays. — Il en est résulté une conséquence imprévue : l'Eglise, repoussée partout par les chefs d'État sur l'alliance desquels elle s'était accoutumée à compter, a évolué. Sous l'habile direction de Léon XIII, elle s'est retournée vers les peuples ; elle a fait alliance avec la démocratie. Grâce à l'impulsion donnée par les encycliques et les « directions pontificales », un mouvement nouveau se produit : les catholiques abandonnent les questions
purement politiques et se portent vers les questions sociales, qui s'imposent de plus en plus à l'attention des nations civilisées. D'autre part, l'Église continue à gagner du lerrain en Amérique et dans les pays de missions : son expansion de ce côté compense en partie ses perles en Europe.
/. — Le Vieux-Catholicisme et le Kulturkampf.
Le Vieux-Catholicisme en Allemagne. — On se rappelle l'agitation et les polémiques qu'avait soulevées en 1870 la question de l'infaillibilité du pape K Celte agitation, vive surtout en Allemagne, ne fut pas calmée par la proclamation du dogme. Tandis que tous les évêques, y compris ceux de la minorité, se soumettaient et promulguaient dans leur diocèse la bulle Pastor .Etenius, un certain nombre de théologiens allemands se réunissaient à Nuremberg et niaient à la fois l'œcuménicité du concile du Vatican et le caractère dogmatique de la bulle Pasior ^lernus. Une assemblée laïque, tenue à Kœnigswinler, avait voté, le 14 août, une résolution analogue. Les anti-infaillibilistes croyaient encore avoir pour eux les évoques allemands de la minorité; mais une lettre collective de l'épiscopat allemand, délibérée à Fulda le 12 octobre, leur enleva cette illusion et provoqua de leur part un redoublement d'agitation. Pour y couper court, les évoques sommèrent les Facultés de théologie placées sous leur autorité de se soumettre. Ces sommations déterminèrent à Bonn le schisme des professeurs Reusch, Langen, Hilgcrs, Knoodt. A Munich, Dollinger répondit qu'il ne pouvait adhérer aux décrets du concile t ni comme chrétien, ni comme théologien, ni comme historien, ni comme citoyen »; il fut excommunié (avril 1871), ainsi que les docteurs Reinkens, Ballzer, Weber, de Breslau.
Les dissidents s'entendirent alors pour tenir à Munich, en septembre 1871, leur premier congrès, sous la présidence du canoniste laïque Von Schulte, de Prague. Après avoir protesté