Voir ci-dessus, I. V, p
2. Sur !<• gallicanisme, voir cnlcs-us, t. VI, p. 2i9 ctsuiv.
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xviii* siècle, les théories gallicanes étaient restées à peu près cantonnées en France et dans les autres pays gouvernés par des princes de la maison de Bourbon. Mais, vers cette époque, elles furent propagées en Allemagne par l'historien Jean-Nicolas de Ilontheim (1701-1790), devenu en 1748, avec le litre d évoque « de Myriophite, auxiliaire de l'Électeur de Trêves. Rêvant une réforme générale de l'organisation ecclésiastique, Ilontheim publia en 1763, sous le pseudonyme de Justinus Febronius l, un ouvrage intitulé : De prœsenti statu Ecclesiiv deque legitimd * potestate romani Ponti/icis, où il exposait et essayait de justifier par l'histoire un système analogue à celui des « libertés » gallicanes. Pour lui, la vraie constitution de l'Eglise n'est pas monarchique; ce n'est pas le Christ, mais l'Eglise qui a conféré à l'évèque de Rome la primauté dont il jouit. Le pape, il est vrai, est bien le chef de l'Eglise, et a, comme lel, le devoir de 1 veiller à l'exécution des canons et à la conservation de la foi ; mais à l'égard des évèques, ses collègues, il n'a aucune juridiction. Le droit qu'il s'est arrogé de les conlirmer, de les déposer, de se faire représenter par des nonces auprès des souverains, n'est qu'un produit des Fausses Décrétâtes. Quant aux jugements qu'il prononce en matière de foi et de morale, ils doivent être reçus avec soumission par les fidèles, mais sont
subordonnés à l'approbation de l'Eglise universelle représentée par un concile œcuménique. Febronius concluait en invitant le pape à se désister de ses prétentions, et les princes catholiques à l'y forcer au besoin.
Le livre de Febronius produisit une agitation d'autant plus vive qu'on fut quelque temps sans en découvrir l'auteur. Il eut en peu d'années trois éditions, et fut traduit en français, en italien, en espagnol, en portugais. Dès le 27 février 17(>i, Clément XIII le condamna. Plusieurs auteurs catholiques le réfutèrent ensuite, notamment le savant Pierre Ballerini, le jésuite Zaccaria, l'abbé Bergier, le chanoine Jean Pey, etc. Quelques prolestants, tels que Lessing et Jean de Millier, l'attaquèrent également. — Ilontheim cependant ne se rendait pas.
I. Ce pseudonyme était. eiu|»nintr .ni n«>:n do <:i nièco Justine, on religion Fcbronia, ohanoine-se tic Juvigny.
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Il avait rencontré parmi les évoques d'Allemagne un certain nombre de partisans, et obtenu des Electeurs ecclésiastiques, qui partageaient ses opinions à l'égard des nonces, la présidence d'une commission qu'ils avaient convoquée à Coblentz et chargée de rédiger un mémoire contenant leurs griefs contre le Saint- Siège. Ce mémoire, en trente articles, fut envoyé à Marie- Thérèse, qui n'en tint pas compte (17G9).
La démarche des Electeurs prouve que les idées de Febronius s'étaient déjà répandues eu Allemagne. Pie VI, inquiet de leurs progrès, exigea la soumission de l'auteur, qui céda aux instances de l'archevêque de Trêves, et écrivit en 1778 une rétractation en règle. Mais la joie du pape fut courte; car dès 1781 Hontheim remettait entre les mains de l'archevêque une explication de sa rétractation qui en affaiblissait la portée et laissait soupçonner qu elle n'avait pas été sincère. Cette explication lui attira de nouvelles censures de la part du Saint-Siège.
Réformes ecclésiastiques de Marie-Thérèse. — Les doctrines de Hontheim, répandues en Autriche par Valenlin Eybel, professeur de droit canonique à l'Université de Vienne, exercèrent une grande influence dans les nombreuses réformes que Marie-Thérèse ( 1 7 4 0-1 "780) et, après elle, Joseph II (176a- 1790), plus hardi et plus radical, entreprirent dans les matières ecclésiastiques. — Marie-Thérèse porta son attention sur trois points principaux : le renouvellement des études théologiques, • la réforme des ordres religieux, le régime des biens ecclésiastiques.
Le renouvellement des études théologiques se fil par les soins de l'évèquc de Kosone, Simon de Stock, et de l'abbé de Braunau, Hautensbrauch, sous la direction du médecin hollandais de l'impératrice, le baron Gérard Van Swieten. L'évèqu»' Stock écarta les Jésuites de l'enseignement de la théologie et du droit canon, qu'il contia à des professeurs italiens ou à des laïques. L'abbé Hautensbrauch, qui dressa le plan des études, et le baron Van Swieten, qui était en relations suivies avec les jansénistes de Hollande et les philosophes de Berlin, achevèrent de soustraire l'Université de Vienne à l'influence ecclésiastique. — A l'égard des Ordres monastiques, Marie-
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Thérèse interdit de faire profession religieuse avant vingtcinq ans, et d'augmenter le nombre des monastères. — Elle plaça les biens d'Église sous l'administration de l'État, défendit t de les accroître au delà d'une certaine mesure, et soumit les clercs à l'impôt.
Marie-Thérèse s'occupa aussi des fêtes chômées, dont elle trouvait le nombre trop considérable. Déjà en Espagne, à la demande du concile provincial de Tarragone, Benoit XIII avait réduit ce nombre, exigeant seulement pour les fêtes supprimées l'assistance à la messe, avec permission de travailler ensuite (1728). En Autriche, Marie-Thérèse obtint de Benoit XIV la suppression de 24 fêles dans les mêmes conditions qu'en Espagne (1*753); puis, comme l'obligation d'entendre la messe ces jours-là paraissait trop gênante, Clément XIV l'abrogea. — Marie-Thérèse abolit encore l'Inquisition en Lombardie en 1*775 *, et subordonna au placet royal, comme en France, la publication des bulles et des brefs émanés de la cour de Rome
Pour certaines de ces mesures, qui empiétaient évidemment sur le domaine spirituel, Marie-Thérèse s'était efforcée d'obtenir l'assentiment du pape. Si elle n'y réussit pas toujours, elle sut au moins éviter une lutte ouverte avec le Saint-Siège.
Réformes ecclésiastiques de Joseph H. — Il n'en fut pas de même sous son successeur. Joseph II avait adopté toutes les idées de Febronius et d'Eybel sur les droits des souverains circa sacra. De concert avec Kaunitz, il les mit en pratique avec une telle ardeur que le « Fébronianisme » devint le « Joséphisme », et que le Joséphisme confina de bien près au protestantisme.
A partir de 1780, les ordonnances en matière ecclésiastique ou même purement spirituelle se succèdent sans interruption,
1. L'Inquisition fui supprimée en 1782 en Toscane et en Sicile, en 1707 h Venise.
2. I*i même mesure, prise à Venise en 1751. amena un conflil enlre la République el Benoit -XIV, conflil qui n'était pas encore pacifié à la mort de ce dernier. — Benoit XIV avait au contraire terminé par un concordat le différend relatif à la Monarchia Sicula (voir ci-dessus, t. VI, p. 261). En 1727, Benoit XIII avait accordé à l'empereur Charles VI le droit d'établir en Sicile un ju^e ecclésiastique en troisième instance, ne retenant pour lui que les affaires importantes. Benoit XIV, de concert avec le futur Charles III d'Espagne, institua un tribunal composé en nombre égal de juges ecclésiastiques et séculiers et seul chargé de connaître des affaires spirituelles.
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et sans que Joseph II s'inquiète d'en référer au Saint-Siège et de suivre les règles canoniques. En 1781, il prétend donner aux évoques le droit d'absoudre même des cas réservés au pape. En 1783, il leur enjoint d'accorder, sans recourir à Rome, des dispenses de mariage pour cause de parenté au 4e et au 3e degré, et publie sur le culte et la liturgie une ordonnance minutieuse, qui le fait surnommer par Frédéric II de Prusse « l'empereur sacristain ». En 1784, il soumet nuplacet, non plus seulement les bulles pontificales, mais encore tous les mandements des évoques, qu'il prétend également nommer sans confirmation du pape. En 1786, il autorise l'usage de la langue allemande dans la liturgie, etc. — Entre temps, il entreprend une nouvelle limitation des diocèses plus en harmonie avec les circonscriptions civiles; puis, pour s'assurer un clergé conforme à ses vues, il supprime tous les séminaires diocésains.et les remplace par cinq « séminaires généraux », placés sous la tutelle des Universités, à Vienne, Pesth, Fribourg, Louvain, Pavie, avec quelques séminaires affiliés, sortes de succursales, à Gratz, Olmiitz, Inspruck, Luxembourg, Prague. Il ne devait y avoir dans ces établissements que des professeurs éclairés, c'est-à-dire dévoués aux idées joséphistes. Les séminaires généraux étaient en fait sous la main de l'empereur, et les jeunes clercs se trouvaient par là soustraits à la direction de leurs évèques. — Les Ordres monastiques ne furent pas épargnés. Sous prétexte d'achever la réforme commencée par le concile de Trente, l'empereur supprima tous les Ordres contemplatifs et tous les Ordres de femmes, sauf les Ordres hospitaliers et enseignants, ferma un grand nombre de couvents des autres Ordres, s'empara de leurs biens et mit des écoles à leur place. On évalue à six cents le nombre des monastères qu'il fît ainsi disparaître. A ceux qu'il laissait subsister, il défendit de recevoir des novices pendant douze ans, et de s'affilier avec des couvents du môme Ordre situés à l'étranger. — Il interdit également d'accepter du pape une dignité quelconque sans son autorisation, abolit toutes les confréries, plusieurs processions, diverses fêtes. Il semblait qu'il eût voulu isoler de Rome l'Eglise d'Autriche et en faire une sorte d'Église nationale, dont il aurait été le chef.
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Dès 1782, Pie VI, inquiet, setait rendu à Vienne, dans l'espoir d'arrêter Joseph II dans la voie où il était engagé. Son voyage \ fut un triomphe auprès des populations, un échec auprès de l'empereur. Joseph II affecta de ne pas paraître à l'office pontifical, défendit de parler au pape sans son autorisation, et, pour empêcher qu'on ne parvint secrètement jusqu'à lui, fit murer toutes les entrées de son palais, sauf une, qu'il entoura de gardes. Quand Pie VI voulut lui parler d'affaires, il répondit qu'il consulterait son Conseil. Auprès de Kaunitz, qui se montra grossier, le pape n'eut pas plus de succès. Après un mois de séjour, tout ce qu'il obtint de Joseph II fut la promesse que les réformes projetées ne seraient pas contraires à la doctrine de l'Eglise ou à la dignité de son chef. Cette promesse ne devait pas être tenue.
Congrès et « punctation » d'Ems (1786). — Joseph II avait une excuse : c'est qu'une partie de lépiscopat allemand, en lutte avec les nonces dont l'autorité était trouvée gênante, l'approuvait, au moins par son silence. Telle était notamment l'attitude gardée par les trois Electeurs ecclésiastiques, l'archiduc Maximilicn, frère de Joseph II, à Cologne, le prince Clément- Wenceslas de Saxe à Trêves, Charles d'Erthal à Maycnco, auxquels s était joint l'archevêque de Salzbourg, Jérôme de * Colloredo. L'érection d une nonciature à Munich, faite à la demande de l'Electeur de Bavière, Charles-Théodore, augmenta leurs griefs contre le pape (1785). L'Electeur de Bavière ayant ordonné aux ecclésiastiques de ses Etals de s'adresser à l'avenir » au nouveau nonce, les évêques protestèrent contre cette mesure auprès du pape, qui leur donna tort, puis auprès de Joseph II, qui leur promit sa protection. Les Électeurs reprirent alors le projet de donner à l'Eglise d'Allemagne une organisation plus indépendante de la cour de Rome. Ils nommèrent des délégués qui se réunirent en congrès à Ems, pour y rédiger, comme l'avaient fait ceux de Coblentz, un mémoire ou punctation, contenant l'exposé de leurs griefs (1786).
La punctation d'Ems comprenait 23 articles, dont l'idée générale, empruntée à Febronius, était de réduire les droits du pape à ceux qu'il avait exercés pendant les trois premiers siè-
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cles et de rétablir l'épiscopat dans ses prérogatives anciennes Comme conséquences, les évèques demandaient la suppression des exemptions accordées aux monastères, la concession à litre définitif des facultés quinquennales, c'est-à-dire des pouvoirs que le pape ne leur conférait habituellement que pour une durée oV cinq ans, l'abolition de la juridiction exercée par les nonces. Les rapports de l'Eglise d'Allemagne avec le Saint-Sièite ^devaient être réglés par les décrets du concile de Baie adoptés à la diète de Mayence de 1439, et par le concordat de Vienne de 1448 !. Les bulles et brefs du pape ne devaient obliger les fidèles qu'après leur acceptation par les évèques. Enfin ces der- ' niers, une fois rétablis dans leurs droits primitifs, pourraient introduire des améliorations dans la discipline de leurs diocèses respectifs sans avoir besoin de recourir à Rome.
Joseph II approuva naturellement les articles d'Ems et promil son appui aux Electeurs, mais leur entreprise échoua devant l'opposition de la majorité des évèques et l'attitude énergique du nonce de Cologne, Pacea. L'archevêque de Trêves battit en retraite le premier, en demandant au pape le renouvellement «le
ses pouvoirs quinquennaux pour le diocèse d'Augsbourg (1787). L'archevêque de Mayence se rapprocha à son tonr de Rome, quand il eut besoin de faire confirmer la nomination de son coadjuleur, le célèbre Dalberg. En 1789 enfin, les trois Electeurs firent leur soumission, et reconnurent unanimement au souverain pontife le droit d'envoyer des nonces et d'accorder des dispenses. Pie VI, en leur répondant, réfuta avec une grande fermeté les articles d'Ems.
La retraite des Electeurs était pour la politique ecclésiastique de Joseph II un premier échec. Vers la fin de sa vie, il put en prévoir d'aulres. Les évèques commençaient à s'apercevoir que leur condescendance à sôn égard les soumettait à un joug autrement pesant que celui du Saint-Siège. Déjà les archevêques de Grau et de Vienne lui avaient adressé île courageuses remontrances. Quand il voulut abolir le célibat ecclésiastique, la résistance se généralisa. En Belgique, où le cardinal Frankenberg,