CIVILES. — CLOTAIRE II
Partage du royaume des Francs entre les quatre fils de Clovis. — Conquête de la Thuringe. — Première expédition eu Bourgogne. — Mort de Clodomir. — Invasion de Childebert en Auvergne et en Seplimanie. — Désolation de l'Auvergne par Thierry.
— Reprise de la guerre de Bourgogne. — Meurtre des enfants de Clodomir. — Conquête de la Bourgogne. — Expédition en Espagne. — Théodebert en Italie. — Bataille de Casilin. — Clotaire recueille l'héritage de Théodebald. — Révolte de Cbrainne. — Mort de Clotaire Ier. — Partage entre les iils de Clotaire. — Mort de Caribeit. — Meurtre de Galswinthe. — Guerre civile. — Mort de Sigebert. — Crimes de Frcdégondc. — Gontran adopte le jeune Childebert. — Mort de Cbiipéric. — Intervention de Gontran. — Usurpation de Gondovald. — Guerre des Fraucs coutre les Lombards. — Traité d'Andelot. — Mort de Gontran , de Childebert et de Frédégonde. — Crimes et intrigues de Bruuehaut. — Son supplice.
— Clotaire II réunit toute la monarchie franque. — Dagobert, roi d'Auslrasie. — Mort de Clotaire II.
Clovis mort, la monarchie naissante des Francs se serait écroulée comme le pouvoir éphémère d'Attila ou d'Odoacre, si la véritable force de la nation eut résidé dans la famille des rois; mais elle reposait sur l'armée qui pleurait un vaillant capitaine , sans toutefois regarder cette perte comme irréparable. Aussi peut-on s'expliquer les nouveaux suc» cès des Francs sous des princes encore enfants, et dont l'alné était seul en âge de les conduire au combat. Le partage de l'Empire eut donc
qui y règne et de la barbarie du style. Mais, tout en faisant la part de l'époque, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la législation des Visigotbs annonce une société plus éclairée que celle des Bourguignons ou des Lombards. Don» Bouquet n donné uueéditiou correcte du code des Visigotbs ( tom. IV, p. 273-460. )
lieu, sans diminuer les forces d'une nation qui ne voyait dans son roi qu'un chef militaire, supérieur par sa naissance, mais pouvant avoir des égaux en intelligence et en bravoure.
Thierry, l'ainé des enfants de Clovis, eut pour sa part de l'héritage paternel PAustrasie ou France orientale, c'est-à-dire les possessions des Francs sur la rive droite du Rhin, et de plus le territoire compris entre ce fleuve, la Moselle et la Meuse. Il prit pour capitale Metz. Dans la Neustrie ou France occidentale , Clodomir reçut l'Orléanais, le Maine, l'Anjou et le Berri, et se fixa à Orléans. Childebert obtint l'Ile-de- France, le Perche , la Normandie actuelle et la Bretagne , et s'établit à Paris; enfin Clotaire eut en partage la France septentrionale et résida à Soissons. La partie de l'Aquitaine qui n'était point au pouvoir des Visigoths fut divisée entre les quatre frères.
Après avoir repoussé une redoutable invasion de Dauois qui avaient pénétré dans la Gueldre , Thierry, qui méditait la conquête de la Thuringe , obtint l'alliance ou la neutralité des Saxons, des Suèves et des Bavarois, puissantes tribus qui se partageaient le territoire germain. Les Thuringiens, réunis aux Varnes et aux Hérules, étendaient alors leur domination sur les vastes contrées comprises entre l'Aller, l'Elbe, la Saale et le Danube ». Trois frères les gouvernaient, Baderic, Hermanfroi et Bcrthaire (515). Leurs divisions fournirent à Thierry l'occasion qu'il attendait. Voulant régner seul, Hermanfroi poignarda d'abord Berthaire ; puis, excité par sa femme Amalberge, s'associa avec le roi d'Austrasie contre Baderic qui périt par un second meurtre (521). Maître de tout le royaume, Hermanfroi refusa le prix du sang à Thierry, qui dissimula sa colère tant que vécut le grand Théodoric, oncle d'Amalberge. Mais en 530, profitant de l'anarchie qui réguait chez les Ostrogoths , il entra en Thuringe secondé par son frère Clotaire. Hermanfroi, après avoir tenté vainement d'arrêter les Francs, vit ses troupes taillées en pièces sur les bords de l'Unstrut, et le carnage fut tel que les vainqueurs passèrent le fleuve sur un pont de cadavres. Attiré à une conférence , Hermanfroi fut précipité par Thierry du haut des remparts de Tolbiac, et la Thuringe fut réunie à la France Austrasienne. Thierry abandonna seulement aux tribus saxonnes qui l'avaient aidé
' Ces contrées répondent à ce qu'on appelle aujourd'hui la Saxe, la Thuringe, la Frauconie et le Haul-Palatinat. Scheideugen, sur la rive gauche de l'Unstrut, à environ trois lieues de Naunibourg sur la Saale, parait avoir été la résidence des anciens roi» de Thuringe. Fort un al, ami de la reine Radegonde, princesse deThiiringe, fait de cette villé une description poétique dans son élégie de excidio Tluiringiœ.
dans cette guerre la partie septentrionale ou Ostphalie, située au-dela de l'Unstrut et de la Saale.
Cependant les trois fils de Clotilde avaient grandi. Quoique le meurtrier de Chilpéric fût mort et que son fils Sigismond lui eût succédé, le désir de la vengeance vivait au cœur de la veuve de Clovis. Un jour elle quitta sa retraite de Saiut-Martin-de-Tours , vint à Paris et dit à ses fils : « Mes enfants , faites que je n'aie pas à me repentir de la ten- » dresse avec laquelle je vous ai élevés ; ressentez avec indignation » l'injure que j'ai reçue, et vengez avec constance la mort de mon père » et de ma mère. » Clodomir l'aîné entra le premier en campagne et ravagea cruellement la Bourgogne (523). Sigismond, qui avait pris l'habit de religieux pour expier la mort injuste de son jeune fils , fut livré par les siens. Clodomir lut appliqua la loi du talion à lui et à sa famille, et en partant pour sa seconde expédition, le jeta dans le puits de Coloumelle près d'Orléans. Mais cette campagne ne fut pas heureuse ; au lieu de recueillir l'héritage de sa victime, Clodomir trouva les Bourguignons en armes. Gondomar, leur Hendin ou chef national , attendait les Francs dans la presqu'île du Rhône et de l'Isère, à Véséronce. Après un court engagement, il feignit de prendre la fuite. Clodomir se laissa entraîner à la poursuite des Bourguignons , et comme il se disposait à tourner bride, il entendit des voix qui l'appelaient. Croyant retrouver ses fidèles, il se dirigea de ce côté et tomba au milieu des ennemis qui lui coupèrent la tète, l élevèrent au bout d'une lance et retournèrent contre les Francs. A la vue de ce sanglant trophée , ceux-ci se dispersèrent ( 524 ). Leur retraite fut encore un fléau, mais qui dura peu , et le frère de Sigismond garda dix ans son royaume.
Childebert, qui n'avait point pris part à cette expédition, convoitait l'Auvergne, conquise par Thierry sous le règne de Clovis, et que le roi d'Austrasie avait gardée dans son partage ; le voisiuage et la beauté de ce pays tentaient son avidité. La Haute-Auvergne, qui s'étend au sud jusqu'aux montagnes des Cévennes, offrait une riche perspective de bois et de pâturages. Les flancs des montagnes formaient des coteaux de vignes, et chaque coteau était couronné d'un manoir ou château. Dans la Basse-Auvergne, l'Allier traverse la vaste plaine de la Limagne, U )a fertilité du sol fournissait alors comme aujourd'hui d'abondantes moissons. Trompé par un faux rapport qui annonçait que le souverain légitime avait été tué eu Thuringe, le sénateur Arcadius livra la ville et le diocèse de Clermout ; mais Childebert n'eut pas le temps de voir se lever les brouillards qui voilaient celte belle Limagne où il brûlait d'en-
trer. La nouvelle de la victoire de Thierry, la crainte de son arrivée, décidèrent le roi de Paris à quitter l'Auvergne en se contentant d'une vague soumission. Alors il conduisit ses bandes dans la Narbonnaise, sous prétexte de venger sa sœur Clotilde, maltraitée par le roi des Visigoths. Amalaric surpris s'enfuit en Espagne, et Childebert, malgré le zèle religieux qu'il affectait, mit au pillage les riches églises du Midi, entassant sur ses chariots les habits précieux , les vases d'or, les boîtes d'évangiles incrustées de pierreries. Cependant les Francs, qui s'étaient avancés jusqu'à Tolède, furent repoussés par Theudis , qui reprit après eux la Septimanie. Childebert, remontant vers le Nord, mit son butin en sûreté ; mais sa sœur qu'il ramenait périt en chemin ( 531 ).
L'année suivante commença la conquête de la Bourgogne. Clotaire et Childebert invitèrent inutilement leur frère Thierry à se joindre à eux , en promettant de tout partager en commun. Le roi d'Austrasie, irrité de la récente invasion de l'Auvergne , refusa de prendre part à cette guerre , sans laisser rien voir de son mécontentement ni de ses projets. Les deux frères partirent , et dès qu'ils furent entrés sur le territoire des Bourguignons , les Francs orientaux s'assemblèrent en tumulte autour de la demeure royale et menacèrent Thierry de quitter ses drapeaux. « Suivez- » moi en Auvergne , leur dit alors le roi ; je vous conduirai dans une » province où vous trouverez de l'or, de l'argent, des troupeaux, des es- » claves et des richesses de toute espèce ; je vous engage ma foi de vous » abandonner les peuples et tous leurs biens. Vous les transporterez , si » vous voulez, dans votre pays. » Une foule des plus farouches Barbares de la Germanie vinrent à cette curée et déployèrent dans cette invasion l'énergie cruelle que la foi chrétienne n'avait pas encore adoucie. Châteaux, églises, monastères, rien n'échappa. Ceux des habitants que leur âge et leur force rendaient propres à être vendus comme esclaves, attachés deux à deux par le cou, suivaient à pied les chariots où leurs meubles étaient amoncelés. Les Francs mirent le siège devant Clermont. La population voyant du haut des murs le pillage et l'incendie des campagnes, essaya de résister; la ville n'en fut pas moins prise et saccagée. Maître de la cité des Arvernes, Thierry attaqua l'un après l'autre tous les lieux forts où les gens du pays s'étaient renfermés. Il brûla les châteaux de Tiern et d'Issoire. AVolore, où les Francs entrèrent par la trahison d'un esclave, ils mirent en pièces auprès de l'autel le prêtre Proculus. Ils prirent par stratagème le château de Merliac, situé a cent pieds au-dessus du sol, qui renfermait dans son enceinte un vaste réservoir d'eau vive et quelques terres labourables. Un autre détachement pénétra jusqu'à Brivasou I. 9
talogne et mirent le siège devant Saragosse. Les habitants, hors d'état de tenir long-temps, se couvrirent de ciliées, jeûnèrent et promenèrent sur les remparts la chasse de saint Vincent, patron de la ville. Les femmes suivaient en robes noires, les cheveux épars et poussant des gémissements. Respectant l'intervention du martyr, les Francs levèrent le siège, après s'être fait donner la tunique de saint Vincent, pour laquelle Childebert fonda à Paris la fameuse abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Selon Isidore de Séville , les Francs furent inquiétés dans leur retraite par une armée de Visigoths , qui leur ferma les passages des Pyrénées. Au prix d'une somme considérable, ils obtinrent de défiler pendant un jour et une nuit par quelques gorges étroites. Ce terme passé, les traînards furent égorgés (542). Clotaire n'en fit pas moins frapper à Marseille une médaille qui portait pour exergue Victoria Gothied; mais les limites des deux peuples restèrent les mêmes.
Théodebert avait reçu quelque temps auparavant deux ambassades : Tune de Justinien, empereur d'Orient, l'autre de Vitigès, roi des Ostrogoths d'Italie. Justinien réclamait l'appui des Francs contre les Goths hérétiques ; Vitigès invoquait les liens de la parenté, et, pour se rendre le roi d'Austrasie favorable, lui envoyait de riches trésors ; il lui cédait de plus ses droits sur la nation des Allemanni , auxquels Théodoric avait abandonné la Rbétie et le Norique après la bataille de Tolbiac. II en fut de même de cette partie de la Gaule située entre les Alpes, le Rhône et la Méditerranée ; elle appartenait aux Ostrogoths, et ceux-ci la transférèrent aux Francs à condition qu'ils ne fourniraient point de secours aux Grecs «. Justinien, à l'exemple de Vitigès, et pour obtenir la même neutralité , céda aux Francs sa souveraineté nominale sur les Gaules *. En effet, Théodebert refusa de se prononcer; et ce fut malgré lui que dix mille Bourguignons prirent les devants et se joignirent aux troupes de Vitigès, qui assiégeaient Milan (538). La ville prise par la famine fut livrée à toutes les horreurs du meurtre et du pillage, et les Bourguignons
1 Phocopb, lib. I, cap. 13 et 33.
* Ce ne fut donc, à proprement parler, que la confirmation de la cession déjà faite par les Ostrogoths; car les Francs possédaient tout le reste, et Justinien, en dispensant les provinciaux du serment de fidélité, donna une base plus légitime, mais non pas plus solide au trône des Mérovingiens. A cette époque Arles était encore le siège d'un préfet du Prétoire , et Marseille entretenait avec l'Orient un commerce très-actif de vins, de soieries, d'épices et de pierres précieuses. Les Gaulois ou les Francs s'établissaient en Syrie et les Syriens en Gaule/Les Mérovingiens eurent dès-lors le droit de célébrer à Arles les jeux du cirque , et la monnaie d'or frappée à leur coin fut légalement reçue dans toutes les provinces de l'empire grec.
enrichis par un immense butin, attirèrent Théodebert sur leurs traces. Au printemps suivant, il descendit lui-même avec cent mille Barbares dans les plaines de l'Italie. Lui seul avec ses leudes était à cheval. L'infanterie , sans arcs et sans piques, n'avait qu'un bouclier, une épée et la formidable hache à deux tranchants connue sous le nom de framée. Le petit-fils de Clovis éluda les questions de Bélisaire et de Vitigès jusqu'au moment où il fut assuré du passage du Pô. Alors il attaqua presque le même jour les camps ennemis des Romains et des Goths. Ceux-ci s'enfuirent avec une égale précipitation : l'Émilie et la Ligurie furent dévastées, et à Gênes les tribus idolâtres qui faisaient la principale force de Théodebert, immolèrent des femmes et des enfants à leurs dieux nationaux. Mais les Francs, par leurs excès mêmes, eurent à souffrir de la famine; ils furent réduits à manger la chair des animaux morts d'une maladie contagieuse, et le roi d'Austrasie perdit par la dyssenterie un tiers de son armée. Mieux disposé à écouter les conseils ou les offres de Bélisaire , il repassa les Alpes (539).
Mais bientôt Justinien blessa la vanité du Barbare en faisant frapper des médailles où il s'intitulait vainqueur des Francs. Le roi mérovingien renoua des négociations avec les Goths et leur offrit son alliance ; la promesse ou la menace de descendre des Alpes à la tête de cinq cent mille hommes, donnait du poids à ses propositions. Ses plans de conquête étaient sans bornes ; il se proposait de franchir le Danube et d'aller châtier Justinien dans Constantinople, en soumettant sur sa route les Lombards et les Gépides. Déjà ses préparatifs étaient achevés , lorsqu'il fut tué par un auroch , en chassant dans les forêts de la Belgique 1 (548).
Son fils Théodebald, à peine âgé de quatorze ans, ne put donner suite à l'expédition projetée. Les Francs , cependant, firent quelques incursions au-delà des Alpes, et s'établirent dans la province de Vénétie dont ils refusèrent le passage à Narsès , alors allié des Lombards. En 553, Teïas , successeur de Totila, envoya à Metz des ambassadeurs dont les magnifiques promesses séduisirent peu les tuteurs du jeune roi ; mais Tenthousiame guerrier de la nation entraîna la prudence de la cour. Leutharis et Buccelinus, ducs desAlemanni, prirent la conduite de la guerre, et sous leurs ordres soixante-quinze mille hommes, saxons, allemands ou francs, arrivèrent à l'automne dans les plaines de Milan, six mois après la mort de Teïas. Us mirent en fuite près de Parme
• Tel est du moins le lécit d'Apalhias ; niais nos historien* originaux se bornent a dire qu'il mourut d'une fièvre.
l'avant-garde de l'armée romaine, commandée par l'hérule Fulcaris, et s'avancèrent jusqu'à Césène, où Aligern leur déclara que les Goths n'avaient plus de trésors pour payer les fatigues d'une invasion. Après avoir éprouvé un léger échec à Rimini, Leutharls et Buccelinus divisèrent leurs forces : le premier se chargea du pillage de la Pouille et de la Calabre ; le second alla ravager la Campanie, la Lueanie et le Brutium. Dans cette marche destructive, les Francs catholiques épargnèrent les églises; mais les Allemands, qui offraient des têtes de chevaux aux divinités de leurs bois et de leurs rivières , inondèrent les autels du sang des fidèles \ Buccelinus aspirait à rétablir à son profit le royaume des Goths. Mais Leutharis, dominé par l'avarice , reprit avec ses bandes le chemin des Alpes pour aller mettre son butin en sûreté. C'était la mort qu'il allait chercher ; une maladie épidémique, causée par l'abus des fruits, le fit périr lui et son armée sur les bords du lac Bénacus entre Trente et Vérone.
Cependant Narsès avait rassemblé et exercé ses troupes. Lorsqu'il les mit en campagne au printemps de l'année 554, Buccelinus était revenu du détroit de Sicile vers Capoue avec trente mille soldats, et avait pris une forte position près de Casilin. Une tour de bois défendait le pont du Vulturne ; un rempart de pieux et de chariots fortifiait son camp. Aussi Narsès ne négligea rien pour s'assurer la victoire. Ses troupes présentaient un front très-prolongé ; sa cavalerie se trouvait aux ailes ; l'infanterie, pesamment armée, au centre, et les archers avec les frondeurs sur les derrières. Les Germains s'avancèrent sous la forme d'un triangle ou d'un coin ; ils percèrent le faible centre de Narsès, qui les reçut dans le piège fatal et qui ordonna à sa cavalerie de les investir. Les Francs, tous à pied et armés seulement de la framée, furent alors attaqués par les archers romains : ceux-ci à choval et protégés par une armure, lançaient des traits sûrs au milieu d'une multitude de Barbares couverts , au lieu de casques et de cuirasses, d'un large vêtement de fourrure ou de toile. Us s'arrêtèrent effrayés ; dans ce moment décisif, les Hérules tombèrent avec impétuosité sur la tête de la colonne, et Aligern, prince des Goths, qui venait de se soumettre à Narsès , se signala par sa valeur. Les Romains, redoublant d'efforts, achevèrent avec la pique et la lance la destruction de l'ennemi. Buccelinus et la plus grande partie des siens pé-
» Le canton de Zug en Suisse était encore idolâtre en 6 1 3. Saint Colomban et saint Hall furent les apôtres de cette sauvage contrée, et le dernier fonda un ermitage qui est devenu une ville commerçante et peuplée.
rirent sur le champ de bataille. Le reste se noya dans leVulturneou fut égorgé par les paysans furieux. Cette sanglante bataille délivra l'Italie. Les Francs, au lieu de venger Buccelinus, évacuèrent sans combat la Vénétie et les places qu'ils occupaient \ Ils ne reparaîtront en armes au-delà des Alpes, que sous le règne de Pépin-le-Bref.
Tbéodebald survécut peu à l'expédition aventureuse qui avait été conduite en son nom. Il mourut sans enfants en 555 , et son grand-oncle Clotaire s'empressa d'épouser sa veuve Vultrade. Le royaume qu'il obtint par ce mariage, et qu'il refusa de partager avec Childebert, comprenait, outre les états qu'avait gouvernés Thierry , la Provence, l'Allemanie, la Bhétie et le Norique, avec les Saxons et les Bavarois pour tributaires. Childebert, irrité, excita secrètement à la révolte Chramne, le lils bien-aimé de Clotaire. Ce jeune prince , impie et débauché, se révolta sans hésiter et se jeta sur le Poitou et la Bourgogne pendant que Childebert envahissait la Champagne. Clotaire, retenu sur les bords du Rhin par les Saxons rebelles, fit soutenir sa cause par ses deux fils Caribert et Gontran ; mais en 558 la mort de Childebert , dont les deux filles étaient inhabiles à régner , réunit le royaume entier sous l'autorité de Clotaire. Chramne, privé de cet appui, fit sa soumission , puis se souleva de nouveau , obtint l'assistance du duc des Bretons , mais n'en fut pas moins vaincu près de Dol. Surpris sur la côte au moment où il allait s'embarquer, Chramne fut brûlé dans une chaumière avec sa femme et ses enfants T par l'ordre de son père.
Laissons parler ici Grégoire de Tours. « Le roi Clotaire, parvenu à la cinquante-unième année de son règne , se rendit ensuite avec de riches présents aux portes de l'église de Saint-Martin. Arrivé à Tours, auprès du sépulcre de cet évêque , il confessa toutes les actions dans lesquelles il avait eu à se reprocher quelque négligence, et priant avec de grands gémissements il demanda au saint confesseur d'obtenir la miséricorde du Seigneur pour ses fautes et d'effacer par son intervention tous ses péchés. Lorsqu'il fut de retour, un jour qu'il chassait dans la forêt de Cuise, il fut surpris de la fièvre et revint à son palais de Compiègne. Comme il était cruellement tourmenté parla douleur, il s'écria: « Qu'en pensez- » vous? quel est le roi des cieux qui tue ainsi les rois de la terre? » Dans cette souffrance il expira. Ses quatre fils le portèrent avec beaucoup
1 Mekander (in Exeerpl. légat, p. 133) fait mention de diverses émeutes suscitées en Italie par les Francs sous l'administration de Narsès ; mais ces tentativei saus importance et sans connexion ne méritent pas l'attention de l'histoire.
d'honneur à Soissons et l'ensevelirent dans la basilique de saint Médard. 11 mourut un jour après celui qui complétait l'année depuis que son fils Chramnc avait été mis à mort (561). »
Clotaire laissait quatre flls : Caribert, Gontran, SigebertetChilpéric. Ce dernier, qui vient de fermer les yeux de son père, s'empare de ses trésors et veut régner seul ; mais ses trois frères le forcent au partage du royaume. Caribert, l'afné, reçoit Paris, l'Aquitaine , et la partie de la Neustrie qui s'étend le long de la Seine. Gontran obtient la Bourgogne, et fixe sa résidence tantôt à Châlons-sur-Saône, tantôt à Orléans. L'Austrasie échoit à Sigebert , qui prend pour capitale Metz. Chilpéric est forcé de se contenter de la plus grande partie de la Neustrie et de la Belgique, et s'établit à Soissons. Alors s'arrête la période des conquêtes extérieures. Amollis par les richesses et le bien-être, les Francs ont perdu cette première vigueur qui les rendait si redoutables , et défendent avec peine leurs frontières. Le sentiment national s'efface par degrés. Déjà l'aristocratie songe à se rendre indépendante : la famille des rois est remplie de meurtres , de trahisons et de scandales.
Caribert, en montant sur le trône , répudie sa femme et prend successivement, et peut-être même ensemble, deux sœurs , Maroflède et Marcovelde. L'évêque de Paris lance vainement contre lui les foudres de l'excommunication. Gontran répudie trois femmes et se laisse gouverner par ses maîtresses. Chilpéric entretient à la fois plusieurs concubines, parmi lesquelles se distingue la belle Frédégonde, qui prend sur le roi un ascendant irrésistible et le force à répudier son épouse légitime, Audovère. Sigebert, qui a épousé Brunehaut, fille du roi des Visigoths , fait un contraste frappant avec ses frères par la pureté de ses mœurs et la régularité de sa conduite.
Menacé par une invasion des Huns ou Avares , qui avaient pénétré dans la Thuringe, le roi d'Austrasie les repousse et les force à demander la paix. Dans une seconde invasion ces barbares effraient les Francs par des apparitions magiques. Sigebert est fait prisonnier: à cette nouvelle , Chilpéric se jette sur les états de son frère ( 566) , s'empare de Bheims et rançonne cette ville ; mais le roi des Avares, séduit par l'adresse et la beauté de Sigebert, lui rend la liberté et le comble de présents. Le roi d'Austrasie se met aussitôt à la tête de ses troupes et des tribus germaniques qui ont pris part à l'expédition ; 11 bat Chilpéric en Champagne, prend et pille Soissons, et ne consent à la paix que grâce à l'intervention de Gontran et de Caribert. Bientôt ce dernier meurt sans enfants mAles ; ses états sont partagés entre ses trois frères. Paris reste
indivis, et chacun des rois s'engage par les serments ies plus solennels à n'y point entrer sans la permission des deux autres (567).
Cependant l'alliance royale qu'avait contractée Sigebert excitait dans le cœur de Chilpéric une émulation plus généreuse. Il demanda et obtint la main de Galswinthe , sœur aînée de Brunehaut. Mais Frédégonde , dont les larmes et les menaces n'avaient pu empêcher ce mariage , reprit son empire sur le faible roi. Galswinthe dédaignée demanda à retourner û la cour de Tolède. Il aurait fallu lui rendre son morgengab et abandonner aux Visigoths les plus belles cités de l'Aquitaine. Chilpéric aima mieux livrer Galswinthe à la fureur de Frédégonde, qui la fit étrangler pendant son sommeil. Aussitôt Brunehaut excite son époux à la vengeance. Sigebert et Gontran s'arment pour punir ce crime odieux et lâche , et en une campagne dépouillent Chilpéric de la plupart de ses possessions. Mais Gontran, qui joue le rôle de médiateur dans ces sanglantes querelles, revient à des sentiments plus modérés. Il détermine Sigebert à ne point se faire justice , et à la demander pacifiquement au peuple assemblé selon la loi. Le conseil des arimans procédant par sentence arbitrale déclare que le voi de Neustrie doit abandonner à Brunehaut le morgengab de Galswinthe «. A cette condition la paix est rétablie (569). Toutefois la haine des deux rivales subsiste violente et implacable , et Chilpéric , loin d'accepter ce jugement comme une expiation , se propose de reprendre un jour les villes d'Aquitaine ou d'en usurper l'équivalent sur les domaines de Sigebert.
Au milieu de ces démêlés un fléau terrible désolait la Gaule et surtout la Bourgogne. La population de Dijon , Lyon , Chàlons, Clermont, Bourges était décimée par la peste , et les Lombards , qui avaient conquis l'Italie à la suite d'Alboin, franchissaient les Alpes et dévastaient la Provence. Lepatrice Amatus fut vaincu et tué, ses troupes taillées en pièces. Le butin rapporté en Italie attira d'autres Barbares l'année suivante ; mais cette fois un général habile commandait les Bourguignons. Le patrice Eonius Mummolus, homme fln et hardi qui s'était insinué dans les bonnes grâces de Gontran, attendit les Lombards près d'Em-
* * Voici le jugement du 1res glorieux roi Gontran el des nobles hommes siégeant dans le Malberg. Les cilés de Bordeaux, Limoges, Cahors, Déaru et Bigorreque Galswinthe, sœur de la très-excellente dame Brunehaut , à son arrivée dans le pays des Francs, reçut, comme chacun sait, à titre de douaire et de présent du matin, deviendront à partir de ce jour la propriété de la reine Brunehaut et de ses héritiers, afin que, moyennant cette composition , la paix de Dieu soit désormais rétablie entre les très-glorieux seigneurs Chilpéric et Sigebert. » ( Grpgoike. n* Tours , liv. V.)
bran, les fit tomber dans une embuscade et massacra leur avant-garde. Le reste repassa les Alpes eu désordre (572).
A peine débarrassé de l'invasion étrangère, Gontran fut obligé de s'interposer entre ses deux frères. Chilpéric, sans même déclarer la guerre à Sigebert, s'était emparé de Tours et de Poitiers qui faisaient partie du lot du roi d'Austrasie. Appelé par Sigebert , le roi de Bourgogne chargea d'abord Mummolus de faire rentrer les deux villes dans le devoir ; mais quand Chilpéric eût fait partir une nouvelle armée sous le commandement de Théodebert, l'aîné des fils qu'il avait eus d'Audovère, Gontran, renonçant à la voie des armes, remit à un synode ecclésiastique le soin de réconcilier les deux rois. Chilpéric refusa d'écouter la voix des évêques , et l'armée neustrienne envahit l'Aquitaine qui fut mise à feu et à sang (573). Au bruit de ces ravages, Sigebert accou- 1 rut, entraînant à sa suite les tribus transrhénanes, Suèves, Allemands, Thuringiens, Bavarois. Lorsque Gontran vit arriver sur ses frontières ces guerriers farouches, aux moustaches pendantes, aux cheveux relevés en aigrettes , qui lançaient leurs haches d'armes au visage de l'ennemi , ou le harponnaient de loin avec leurs javelots à crochets , il s'empressa décéder le passage de la Seine. Sigebert s'avança sans obstacle jusqu'à Chartres , força Chilpéric à demander la paix , se lit rendre les villes de Tours , de Poitiers, de Limoges et de Cahors, et exigea que l'armée de Théodebert repassât la Loire. Mais les Germains furieux de ne plus combattre et piller murmurent hautement : une sédition éclate. Aussitôt l'intrépide Sigebert monte à cheval, paraît au milieu des soldats révoltés, les étonne par ce trait d'audace et apaise le tumulte. Il les ramène en Austrasie, et là fait lapider ceux qui s'étaient le plus signalés par des actes de mutinerie et de brigandage. Ce ne fut pas , dit Grégoire de Tours, sans l'assistance miraculeuse de saint Martin que cette terrible armée se retira sans combat.
Cette leçon ne corrigea point Chilpéric. Dès le printemps de l'année 675, Théodebert repassa la Loire avec une nouvelle armée, pendant que Chilpéric se jetait sur la province rémoise. Sigebert irrité de tant de perfidie, rappela les bandes germaines, et cette fois résolut d'en finir avec l'assassin et de satisfaire la vengeance de Brunehaut. Chilpéric, forcé de battre en retraite, redescend vers la Seine- Inférieure, taudis que Sigebert , malgré le traité de partage , entre en vainqueur dans Paris, où Brunehaut vient s'établir avec ses enfants. Bientôt le roi de Neustrie apprend que son fils a été vaincu et tué près d'Angoulême par Gontran Boson. Désespéré il va s'enfermer à Tournay avec Frédégonde. Vaine-
ment saint Germain, évéque de Paris, essaie de fléchir la colère du roi «TAustrasie. Sigebert s'avance vers Tournay, et partout sur sa route les leudes neustriens viennent lui faire hommage et se joindre à son cortège. Arrivé au domaine de Vitry près de Douai, Sigebert est proclamé roi , élevé sur le pavois et salué par une muititude immense. Mais pendant les fêtes de son avènement, deux assassins armés par Frédégonde 1 pénétrent jusqu'à lui, et le frappent mortellement de leurs skramasax ou couteaux à gaine, dont la reine pour plus de sûreté avait empoisonné les lames.
Cet attentat hardi produisit la révolution la plus subite. Les Austrasiens qui étaient devant Tournay levèrent le siège, et ayant rejoint ceux qui se trouvaient à Vitry se retirèrent en désordre. Brunehaut de toute puissante qu'elle était devint captive, et elle n'eût pas sans doute trouvé grâce devant sa mortelle ennemie, si elle n'eût réussi à mettre en lieu de sûreté son fils Gbildebert, âgé de cinq ans, que les leudes austrasiens reconnurent pour leur roi. Cet événement imposa à Frédégonde la nécessité de ménager la reine d'Austrasie, et Chilpéric, après avoir mis la main sur une partie des riches trésors qu'elle avait emportés avec elle, la relégua à Rouen. Mais elle avait su inspirer une violente passion à Mérovée, second fils de Chilpéric et dAudovère. L'imprudent jeune homme quitte la cour, arrive secrètement à Rouen, et décide l'évêque Prétextât, son parrain, à consacrer son union avec la veuve de Sigebert. A cette nouvelle Chilpéric furieux arrive à Rouen. Les époux se retirent dans une église consacrée à saint Martin. Chilpéric promet alors de pardonner et de ne pas séparer ceux que Dieu a unis. Maître de son fils et violant sa parole, il le conduit à Soissons. Puis, redoutant de nouvelles intrigues de Brunehaut, il se hâte de la rendre aux instances des Austrasiens (576) a. Prétextât est déposé par une assemblée de prélats vendus, et exilé dans une île du Cotentin.
» Alors Frédégonde, se souvenant de ses artifices, enivra avec des boissons spiritueuses les deux jeunes gens de Térouanne et leur dit : « Allez à l'armée de Sigebert et tuez-le. Si vous reveoez vivants , je vous honorerai merveilleusement vous et toute votre race ; si vous succombez , je distribuerai pour la félicité de vos âmes des aumônes abondantes aux tombeaux des Saints. » ( Gest. reg. Franc. , cap. 32, p. 502 - )
2 « A cette révocation inespérée des ordres qui la retenaient en exil , Brunehaut s'empressa de quitter Rouen et la Neuslrie au plus vite, comme si 1j terre eût tremblé sous ses pieds. Dans la crainte du moindre retard, elle brusqua ses préparatifs de voyage et résolut même de partir sans son bagage qui , malgré l'énorme dimiuulion qu'il avait subi, était encore d'une grande valeur. Plusieurs milliers de pièces d'or et plusieurs ballots renfermant des bijoux et des tissus de prix furent confiés par son ordre à l'évêque
De retour dans ses États , Chilpéric veut reprendre ses projets de conquête; mais les Austrasiens arrivent jusqu'à Soissons , et Mu m mol us, général de Gontran, lui tue vingt-quatre mille hommes près de Limoges. Le roi de Neustrie, supposant que Mérovée son fils se réjouit de ses défaites ou fomente des révoltes , le fait tonsurer et l'enferme dans un monastère du Mans. Le prince s'évade et se réfugie auprès de Grégoire de Tours, qui rerase dè le livrer à Frédégonde et à Chilpéric. L'approche d'une armée neustrienne force Mérovée à fuir de nouveau. Poursuivi de refuge en refuge, il est trahi par Gontran-Boson, et prévient le supplice par une mort volontaire. La haine de Frédégonde n'est pas encore satisfaite. En 580, ayant perdu ses trois fils, enlevés coup sur coup par la dyssenterie, elle s'irrite de voir que l'héritage de Chilpéric va passer à Clovis, dernier fils d'Audovère; elle l'accuse de sortilèges et de maléfices, triomphe des hésitations de Chilpéric, et fait poignarder à Noisy le malheureux prince, dont le corps est jeté dans la Marne. Sa sœur Basine est confinée dans un monastère , après avoir été violée par les satellites du roi ; Audovère elle-même est étranglée : dernière victime de la jalousie haineuse qui la poursuivait depuis si long-temps dans la personne de ses enfants.
La présence de Brunehaut en Austrasie ne tarda pas à y causer de grands troubles en excitant la jalousie des leudes puissants et ambitieux, qui se disputaient la régence. En effet, c'est du règne de Childebert II que datent les efforts de l'aristocratie austrasienne pour se rendre indépendante. Le tuteur du roi , nommé tour-à-tour nourricier, grandjuge et maire-du- palais, devient le chef des leudes, et son pouvoir grandit à mesure que s'affaiblit l'autorité des rois dont il doit recueillir la succession. Brunehaut, trop faible pour lutter à force ouverte contre l'orgueil et les violences des grands1, suit l'exemple de Frédégonde et se
Prélexlat, qui, en acceptant ce riche dépôt, se compromit une seconde fois. Partie de Rouen, la mère de Childebert alla trouver à M eaux ses deux filles ; puis, évitant l'approche de Soissons, elle se dirigea vers 1* Austrasie où elle arriva sans obstacle. • M. Augustin Thierry, Récits des temps Mérovingiens , tom. II, p. 77.
1 Les plus redoutables étaient leducRaukhiog et ses deux acolytes Bertefred etUrsio. Ils en voulaient surtout à Lupus, duc de Champagne, administrateur sévère et vigilant. • Une fois Ursio et Bertefred fondirent sur lui aux portes mêmes du palais où le jeune roi logeait avec sa mère. Attirée par le tumulte, Brunehaut accourut, et se jetant avec courage au milieu des cavaliers armés, elle cria aux chefs des assaillants : - « Pourquoi » attaquer ainsi un homme innocent ? ne faites point ce mal; n'engagez pas un combat » qui serait la ruine du pays. — Femme, lui répondit Ursio avec un accent de fierté bru- « tnle , retire-toi ; qu'il le suffise d'avoir gouverné du vivant de ton mari, c'est ton fils
débarrasse de ses ennemis par le fer et le poison. Mais elle trouve un puissant appui dans Gontran, qui, assassin de ses deux beaux-frères, vient de perdre ses deux fils. Le roi de Bourgogne adopte Childebert (577). • C'est en punition de mes péchés, dit-il en embrassant le jeune » prince, que je me trouve aujourd'hui privé d'enfants ; mais que désor- » mais mon neveu devienne mon fils; qu'un seul bouclier nous protège, » qu'une seule lance nous défende. » Les grands de Childebert firent des promesses semblables. Ils envoyèrent à Chilpéric une légation pour lui demander de rendre ce qu'il avait enlevé au royaume d'Austrasie , ou de se préparer au combat; mais Chilpéric, méprisant cette sommation, fit bâtir des cirques à Soissons et à Paris, et y donna des spectacles au peuple \
Toutefois l'ingrat Childebert se rapproche de Chilpéric; la guerre s'engage, et après des succès balancés une trêve est conclue entre les rois de Neustrie et de Bourgogne. Mais bientôt Chilpéric est assassiné à Chelles (584). Vainement Frédégonde essaie de rejeter le crime sur Brunehauf. Accusée par la voix publique, elle se réfugie dans la cathédrale de Paris avec son fils Clotaire, âgé de quatre mois , le seul des huit enfants de Chilpéric qui lui ait survécu. L'autorité du souverain légitime est méconnue : tout le royaume est en proie à l'anarchie. Dans cette extrémité Frédégonde a recours à Gontran : « Que mon seigneur, lui écrit-elle, s'en vienne pour recevoir le royaume de son frère ; il ne me reste qu'un petit enfant que je veux déposer entre ses bras et soumettre à son autorité. » En effet, Gontran accourt à Paris, dont les portes sont fermées aux Austrasiens. Toutes les demandes formulées au nom de Childebert sont repoussées. Le roi de Bourgogne se déclare ouvertement le défenseur de Frédégonde et de son fils. Il s'occupe alors d'opérer dans l'administration des réformes réclamées par les besoins des peuples et par la justice. Mais il se sent peu à l'aise dans un pays
• qui règne maintenant, et c'est notre tutelle et non la tienne qui fait la sûreté du royaume. » Retire-toi donc, ou nous allons l'écraser sous les pieds de nos chevaux. » M. Augustin Thierry, Récit des temps Mérovingiens , tom. II, p. 120. 1 Grégoire oe Tours, liv. VI.
» Une tradition rapportée dans les Gesta reg. Franc. , dit que Frédégonde voulut prévenir la vengeance de son mari qui avait découvert ses liaisons adultères avec Lenderic, page du palais. Chilpéric avait tous les vices qui caractérisent un tyran. Lâche et cruel , injuste et avare , jouet méprisable d'une femme encore plus injuste que lui , il fut barbare par instinct et par obéissance. Comme Néron , il aspira à la gloire littéraire; mais il fut méchant poète , méchaul grammairien , méchant théologien, comme il était méchant roi.
témoin de tant de forfaits, et ne se montre dans les lieux publics qu'au milieu de ses gardes 1 .
Cependant les grands d'Austrasie et de Bourgogne s'alarment de la puissance de Gontran. Pour défendre leur autorité menacée , ils lui opposent Gondovald, fils adultérin de Clotaire Ier. Gondovald, relégué à Cologne par Sigebert , avait échappé à ses gardiens et s'était réfugié à Constantinople. Rappelé par de nombreux partisans , en téte desquels on comptait l'évéque de Marseille, le patrice Mummolus, le duc Didier, le turbulent Gontran-Boson, il revient en Gaule avec des trésors immenses qu'il doit à la munificence et à la politique des Empereurs d'Orient. A son arrivée, Gondovald est élevé sur le bouclier et présenté aux troupes d'Aquitaine qui le reconnaissent pour roi ( décembre 584 ). Angouléme , Périgueux , Toulouse , Bordeaux et plusieurs autres villes lui prêtent serment d'obéissance. Il obtient chaque jour de nouveaux succès et tout le midi de la Gaule paraît sur le point de se détacher de l'empire des Francs. Gontran s'allie alors à son neveu , malgré les intrigues des grands qui redoutent une union fatale à leur pouvoir. Gontran et Childebert pleinement réconciliés se liguent contre l'aristocratie et contre Gondovald. Leurs troupes réunies reprennent les villes de l'Aquitaine et viennent assiéger le prétendant, qui s'est retiré dans la cité des Convennes, aujourd'hui Comminges. Livré par Mummolus, Gondovald est égorgé en se rendant au camp des Bourguignons, et sa tentative périt avec lui (585).
Cette révolte coûta la vie au traître Mummolus, qui s'était signalé quelques années auparavant par de nouvelles victoires sur les Saxons et les Lombards. Les Saxons, compagnons d'Alboin , étant venus dévaster la Provence, avaient été battus par lui près d'Estoublons ; et ces bandes farouches n'avaient échappé à une extermination totale, qu'en promettant de ne plus inquiéter les frontières et de retourner en Germanie. Les Lombards ne furent pas plus heureux deux ans après (576). Trois corps d'armée commandés par Rhodan , Zabon et Amon vinrent assiéger Grenoble , Valence et Arles : mais la défaite de Rhodan , que
» Citons à ce sujet une allocution de Gontran an peuple réuni dans une église. « Hommes et femmes qui êtes rassemblés, dit-il, je vous conjure de ne pas violer ici la foi que vous m'avez donnée, de ne pas me faire périr comme vous avez fait périr récemment mes frères. Je ne demande que trois ans ; mais j'ai besoin de trois nus pour élever mes neveux que je regarde comme mes fils adoplifs. Gardons qu'il n'arrive qu'à ma mort, vous périssiez avec ces enfants, puisqu'il ne reste de ma race personne de parvenu à l'âge viril qui vous défende. » (Grégoire de Tours, loc. supra citai. )
Mummolus blessa d'un coup de lance, effraya les deux autres, qui perdirent la plus grande partie de leurs troupes en traversant au retour les passages des Alpes.
Ce fut en souvenir de ces invasions que Childebert accueillit les offres de l'empereur Maurice, qui voulait renouveler en Italie l'œuvre de Justinien. Le don de cinquante mille pièces d'or décida le roi d'Austrasie à franchir les Alpes; mais, à l'exemple de Théodebert, il fit sentir aux Grecs et aux Lombards sa pesante neutralité. Dans une première campagne (585), il mena en Italie une armée de Francs et d'Allemands; mais la rivalité des deux peuples fit manquer l'expédition. En 588, les Francs furent vaincus dans une bataille sanglante par le roi Autharis : enflammés par la vengeance, ils revinrent une troisième fois sous la conduite de vingt ducs (590). Autharis céda au torrent. Les troupes et les trésors des Lombards furent distribués dans les villes murées, situées entre les Alpes et l'Apennin. Les Francs se vengèrent par d'atroces ravages, des maladies et de la famine qui les décimaient; mais ils ne purent opérer leur jonction avec les Grecs, qui s'amusaient à réduire Modène et Parme, et ils furent obligés de rentrer en Austrasie, vendant leurs vêtements et leurs armes pour se procurer quelques vivres. Aussi Childebert dut-il s'estimer heureux d'accorder la paix aux ambassadeurs d' Agilulfe, moyennant un tribut de douze mille sols d'or, qui fut payé jusqu'en 617, et remis aux Lombards par Clotaire II. Les Lombards abandonnèrent aussi aux Francs leur souveraineté sur la nation des Bavarois, auxquels Childebert donna pour rois la famille des Tassillons.
Pendant ce temps les armes de Gontran n'étaient point heureuses en Septimanieeten Espagne, contre les rois Leuvigilde et Récarède1. Là, comme en Italie , les revers des Francs doivent être attribués à leur indiscipline. Lorsque le roi de Bourgogne, après avoir reproché aux chefs leur crime ou leur négligence, menaça de les punir, non d'après un jugement légal, mais sur-le-champ et sans formalité, ils s'excusèrent sur la corruption générale et incurable du peuple : « Personne, dirent-ils, ne redoute ni ne respecte plus son roi, son duc, ou son comte. Chacun se plait à faire le mal et satisfait sans scrupule ses inclinations criminelles. La punition la plus modérée entraîne une sédition, et le magistrat qui veut blâmer ou arrêter la fureur des mutins soustrait rarement sa vie à leur vengeance a. »
' Yoy. le chapitre précédent , page 1 1 !). » Grégoire db Tours, liv. VIII, chap. 30.
Pour remédier à cet état de choses , l'union de tous les rois mérovingiens était plus que jamais nécessaire , et cependant la discorde était entre eux. Gontran, dégoûté des intrigues de Frédégonde, l'avait reléguée à Vaudreuil avec son fils Clotaire; Frédégonde, en retour, lui suscitait partout des ennemis. Soissons et Meaux ouvraient leurs portes à Childebert. En Austrasie, Brunehaut s'emparait d'un pouvoir absolu sur le royaume et l'esprit de son fils, et frappait sans pitié les leudes dont la conspiration de Gondovald avait révélé les secrets desseins. Au moment où le meurtre du duc Raukhing, la proscription d'Ursio et de Bertefred, effrayait les seigneurs austrasiens, Gontran s'unit étroitement à son neveu, et lui proposa de régler par un traité la situation d'un pays d'où la tranquillité semblait bannie. Des plaids s'ouvrirent à ce sujet au château d'Andelot (587). Après de longs débats, une pacification générale fut conclue. Les leudes obtinrent pour prix d'une soumission équivoque la possession héréditaire des bénéfices l, et Ton fixa les droits du clergé, de la noblesse, du peuple, ainsi que les frontières des deux royaumes.
Mais Gontran, après avoir aidé Childebert à triompher de ses leudes rebelles , revint au système de médiation qu'il avait long-temps suivi, et tint sur les fonts de baptême le fils de Chilpéric et de Frédégonde. Deux ans après, sa mort rompit l'équilibre (593). Childebert II prit aussitôt possession de la Bourgogne sans trouver d'obstacle. Loin d'appeler au partage son cousin Clotaire, il voulut le dépouiller complètement et devenir le maître d'un triple royaume. 11 envahit la Neustrie ; mais son armée fut honteusemeut mise en fuite près de Soissons. Deux guerres , l'une indécise contre les Bretons , l'autre plus glorieuse contre les Warnes qu'il extermina, occupèrent la fin de son règne. Childebert mourut à vingt-cinq ans, et le poison , dit-on, abrégea ses jours (596). Les historiens accusent à la fois Brunehaut et Frédégonde.
Brunehaut, du moins, recueillit seule la succession de son fils ; car ses deux petits-fils Théodebert et Thierry étaient par leur âge hors
1 Nous ne voulons pas heurter les idées généralement reçues; mais nous pensons avec plusieurs modernes que le traité d'Andelot est avant tout une alliance offensive et défensive entre les deux rois contre l'aristocratie. En effet, ils se promirent de ne point accepter ces défections mutuelles par lesquelles les leudes faisaient tour à- tour pencher la balance et empêchaient la stabilité du pouvoir royal. Un seul article parle de confirmation de bénéGces : mais c'était plutôt dans l'intérêt des deux rois que dans celui des bénéfificiaire*. Childebert et Gontran se faisaient des échanges de provinces , et pour que leur parole restât inviolable , il fut stipulé que tous les dons faits par eux dans les provinces qu'ils abandonnaient seraient respectés par leurs successeurs.
d'état de gouverner. Le premier fut proclamé roi d'Austrasie; le second eut la Bourgogne avec l'Alsace , le Sundgau et une partie de la Champagne : au-dessous de Brunehaut , Quintrio en Austrasie , Warnachaire en Bourgogne administrèrent l'État sous le nom de Maires du palais. C'était aussi le titre que portait en Neustrie Landeric, le favori de Frédégonde. Ces officiers supérieurs', profitant habilement de la décadence de la royauté mérovingienne, tendaient à s'allier avec les ducs et les comtes dont la victoire était inévitable.
Frédégonde comme Brunehaut avait de bonne heure compris le danger , et avait lutté contre lui avec sa hardiesse habituelle ; aussi à la mort de Childebert put-elle tourner toutes ses forces contre son implacable ennemie. Les Austrasiens furent défaits près de Sens, et Clotaire II entra vainqueur à Paris avec sa mère qui mourut quelques mois après dans la plénitude de sa puissance. Frédégonde a laissé une mémoire chargée de crimes ; mais on ne peut nier qu'elle ait eu autant de talent que de perversité, puisqu'elle triompha de toutes les haines, et qu'au moment où elle descendit dans la tombe, l'aristocratie neustrienne vaincue et soumise reconnaissait la supériorité de son génie.
Délivrée de sa rivale, Brunehaut dispute l'autorité aux seigneurs d'Austrasie, Elle fait assassiner Quintrio, espérant qu'on ne lui donnera pas de successeur. Ce meurtre soulève contre elle tous les grands. Bilchilde, épouse de Théodebert, humiliée de la hauteur dédaigneuse de Brunehaut, se ligue avec eux. La veuve de Sigebert est enlevée de Metz et transportée à Arcis-sur-Aube , aux frontières de la Bourgogne. L'aïeule de deux rois, seule, à pied et dénuée de tout, arrive à Châlonssur-Saône, où Thierry la reçoit avec empressement. Bientôt la fugitive exerce sur son petit-fils une influence sans bornes (599).
L'année suivante, les Bourguignons, s'unissant aux Austrasiens, se jetèrent sur les états du roi de Neustrie, le battirent à Dormeilles près de Moret, lui enlevèrent l'Ile-de-France, l'Artois, tout le pays compris entre la Seine et la Loire jusqu'à la Bretagne, et le réduisirent à douze comtés. Ils tournèrent ensuite leurs armes contre les tribus des Basques
« Le maire du palais , élu en général par le peuple , avait, sous le rapport de l'administration de la justice , uce autorité indépendante du roi. C'était un défenseur que se
l'administration de la justice et la convocation des hommes de guerre qu'il conduisait en personne au combat.
stocratie naissante ; mais dans la suite le ie en favorisant ses empiétements sur le eux moyens d'action les plus influents :
ott Gascons, qui avaient quitté les montagnes de la Cantabrie pour envahir la Novempopulanle. Après des hostilités indécises , cette peuplade belliqueuse se soumit à la souveraineté des rois Francs, qui reconnurent Génialis pour duc des Gascons (602).
Cependant Brunehaut affermissait son autorité en Bourgogne , dans ce pays où dominait encore l'influence romaine. Elle dégradait Thierry par la débauche, lui donnait elle-même de honteux exemples, et accordait une protection scandaleuse au Gaulois Protadius. Elle faisait et défaisait à son gré les maires du palais , livrait au bourreau saint Didier et condamnait a l'exil saint Colomban ', qui avait prononcé anathème sur fà race illégitime de Thierry et avait promis l'empire à Clotaire. Impatiente de se venger de Théodebert , la vieille reine ne cessait d'exciter l'ambition dti roi de Bourgogne. Dans une première guerre l'inimitié des deux frères fut apaisée par le supplice de Protadius (605) ; mais Brunehaut se vengea cruellement sur les leudes et prépara tout pour une nouvelle expédition. Thierry, trompé par son frère au plaid de Seltz, n'hésita plus. Il obtint la neutralité de Clotaire II , et, sous prétexte de reprendre l'Alsace, envahit l'Austrasie avec une armée considérable. Théodebert , vaincu à Toul et À Tolbiac, tomba entre les mains de Son frère, qui lui fit raser les cheveux , puis ordonna sa mort. Ses enfants furent égorgés avec lui. Ces meurtres, si l'on en croit Frédégaire, furent l'œuvre de Brunehaut (612). Mais quelques mois après Thierry lui-même fut emporté à Metz par une dyssenterie, en maudissant, dit-on, celle qui l'avait rendu fratricide. Brunehaut perdait en lui son dernier et son seul appui.
Aussitôt tous l'abandonnèrent; les grands marchandèrent sa ruine : le clergé et le peuple ne lui témoignèrent qu'une froideur dédaigneuse et menaçante. Brunehaut, qui représentait le principe gallo-romain, se vit obligée de s'appuyer contre Clotaire du secours des Germains, des Barbares. Mais l'évêque de Metz, Àrnulf et son frère Pépin, passèrent
* « Le» soldats chargés de l'arrêter saisirent le manteau dont le saint était enveloppé ; d'autres, s'étant jetés à genoux, le suppbèrent en pleurant de leur pardonner un si grand
crime ; car ils obéissaient non à leur volonté, mais aux ordres du roi. L'homme de Dieu, voyant qu'il pourrait y avoir du danger s'il n'écoutait que la fierté de son cœur, sortit en pleurant et se désolant, accompagné de gardes qui ne devaient point le quitter avant de l'avoir mis hors des terres soumises au pouvoir du roi. Le chef de ces soldats était Ragamond, qui le conduisit jusqu'à Nantes. Ainsi chassé du royaume de Thierry, le saint se disposa * retourner en Irlande ; mais comme nul prêtre ne doit prendre une route ou une autre qu'avec la permission du Seigneur, saint Colomban alla en Italie et construisit dans un endroit rtommé Bobbio un monastère consacré à une sainte vie ; et plein de jours, il monta vers le Christ. - (Frédéoaihe, traduct. de M.Guizot. )
au roi dé Neustrie ayant la bataille. Les autres se firent battre et furent mollement poursuivis; ils étaient gagnés d'avance. Warnachaire, maire de Bourgogne, avait stipulé qu'il conserverait la mairie pendant sa vie. Brunehaut fut prise dans le château d'Orbe, au pays des Trausjurains, et conduite au camp de Glotaire sur les bords de la Saône. La fille, la sœur, la femme, la mère, l'aïeule de tant de rois fut traitée avec une atroce barbarie. On la livra trois jours aux tortures; on l'abreuva d'outrages : on la lia par les cheveux, par un pied, par un bras à la queUe d'un cheval indompté qui la mît en pièces. Les débris de son corps furent brûlés et jetés au vent (613). Certes , parmi les crimes dont on la chargea, beaucoup étaient avérés. Mais ce qu'on punit surtout dans la fille des rois visigoths , c'était ce génie tout romain , cette politique qui substituait les formes juridiques à la grossière astuce des barbares , cette fiscalité savante, antipathique aux mœurs germaniques. Brunehaut avait fondé une foule d'églises et des monastères qui alors étaient des écoles ; elle avait favorisé les missions que le pape envoyait chez les Anglo- Saxons ; elle avait enfin employé avec grandeur cet argent arraché au peuple par tant d'odieux moyens. Aussi ses monuments, sa puissante, son malheur firent une impression si profonde sur l'esprit des hommes, que long-temps après on faisait honneur à la fameuse reine d'Austrasle de plusieurs constructions romaines.
La mort de Brunehaut termine cette longue période de crimes et de guerres civiles. Le fils de Frédégonde, devenu l'unique représentant de la race de Clovis , réunit sous son sceptre les trois royaumes ; mais chacun de ces royaumes a un maire du palais : Gondoland gouverne la Neustrie, Warnachaire la Bourgogne, et Raddon l'Australe. Ces trois maires s'unissent avec Clotaire contre l'aristocratie; de leur côté les grands et le clergé cherchent à limiter l'autorité royale. Un concile tenu à Paris en 614, conserve au peuple la libre élection des évèques, soustrait les ecclésiastiques à la juridiction des délégués du roi , abolit les impôts établis depuis la mort de Gontran, de Chilpéric et de Sigebert. En 617 les évèques et les seigneurs de Bourgogne obtiennent du roi la confirmation de leurs privilèges.
Les leudes, en effet, savaient que Clotaire avait vaincu par eux et pour eux. Dans une sédition ils mirent à mort Herpin, duc de la Transjurane, qui refusait de s'associer à leurs intrigues. Bientôt le patrice Alétée et Leudemonde, évêque de Sion , formèrent un complot contre la vie du roi. Ce dernier chercha d'abord à exploiter la crédulité de la reine Bertrude ; mais il ne réussit pas, prit la fuite, et son complice fut mis à
mort. En Austrasie les seigneurs foulaient le peuple et lui faisaient regretter le temps où U pouvait recourir contre l'oppression à l'autorité royale. Les Austrasiens d'ailleurs voyaient avec chagrin que Metz eût perdu l'éclat et les avantages attachés à une capitale. Aussi demandèrent-ils à Glotaire de leur donner pour roi son fils Dagobert. Glotaire céda à leurs vœux. Le jeune prince, âgé de quinze ans, alla gouverner 1* Austrasie sous la tutelle d'Arnulf et de Pépin , et peu de temps après son père lui rendit les villes des Vosges et des Ardennes, qu'il avait d'abord retenues sous sa domination personnelle (622).
Dagobert avait à peine pris possession de sa royauté nouvelle , qu'il fut attaqué par les Saxons. Vaincu sur les bords du Weser et assiégé dans son camp, il appela son père qui accourut à la hâte. Clotaire tua de sa main Bertoald , chef des ennemis, dispersa les Saxons et fit massacrer tous les prisonniers dont la taille dépassait la hauteur de son épée. Mais il survécut peu à cette brillante expédition et mourut à quarante-cinq ans dans son palais de Clichy (628). Quoiqu'on puisse lui reprocher des exécutions injustes et trop de faiblesse pour les femmes , il fut pour son époque un prince habile et éclairé , et il avait profité des leçons des clercs entre les mains desquels Frédégonde avait remis sa jeunesse. C'est à lui que les Allemands durent leur code de lois rédigé dans une nombreuse assemblée d'évéques, de ducs et de comtes. On voit par là, aussi bien que par le concile de 614, que le pouvoir législatif résidait dans ces plaids nationaux, qui selon toute apparence se réunissaient chaque année. En comparant ce règne aux époques de trouble et de violence qui le précédèrent et le suivirent, il semble avec celui de Dagobert une période de calme entre deux orages.