NIVEAUX D'EAU ADJACENTS AUX HIVIÈRES
L'ancien Paris se désaltérait surtout à Taide des milliers de puits, dont le sol de ses parties basses était criblé. Il importe beaucoup de préciser les rapports de la rivière avec cette nappe.
On la qualifie souvent de nappe adjacente aux rivières, n>ais l'expression est mauvaise, en donnant Tidée, fausse, comme nous le savons, qu'elle est alimentée par la rivière, alors que c'est elle qui se déverse dans celle-ci. Il y a toutefois à distinguer entre les moments, et la chose est dautant plus intéressante qu'elle a de très directs contre-coups au point de vue de l'hygiène.
Très souvent une population s'émeut parce que des substances malsaines ont été répandues dans les rivières : elle en conclut que la nappe des puits risque fortd'clre contaminée. Cela, en •effet, arrive quelquefois et spécialement quand le point considéré reçoit les produits d'une crue partielle affectant la région d'amont. Il peut alors se déclarer des refoulements de la nappe et, par conséquent, se réaliser le transport dans leé puits des matériaux en dissolution dans le lit. Dans certaines circonstances, on constate un mouvement de balancement dans les deux sens : la nappe allant parfois se déverser dans la rivière et la rivière pouvant à d'autres moments refouler la nappe.
Ce dernier cas est toutefois le plus rare : en général, conformément à nos résultats précédents, c'est l'autre qui se réaljsc. La lumière a été faite sur ce sujet, de la manière la pluscomplète, par une expérience de Belgrand à Porl-à-l'Anglais, tout près de Paris.
Il y ouvrit un puits de 9 mètres de profondeur, à 97 mètres de distance de la Seine, et constata que le niveau s'y établit à o"',5o m contre-haut du plan d'eau du fleuve. Au moyen d'épuisement^ par pompe et machine à vapeur, il descendit le niveau dans le puits à I mètre en contre-bas et l'y maintint pendant dix-sept jours consécutifs. Des échantillons d'eau prélevés en même temps dans le puits et dans la Seine montrèrent que l'eau de Seine étant à la température de 7", 00, et son degré hydrotimétrique inesurant 19^,58, la température de l'eau du puits était à 12*" et son hydrotimétrie à 45", 33. Belgrand en conclut que « le puits ne recevait pas une goutte d eau de la Seine. »
Rien n'est plus intéressant que le conflit véritable qui, dans
IIO LKS KAL'X COURANTES
certaines occasions, s'établit entre Teau de la nappe et celle de la rivière et, tout spécialement, lors des inondations. Il va parfois jusqu'à masquer la signification véritable des phénomènes.
(( Souvent, dit Daubrée (*), le volume du Uhin augmente beaucoup, parce qu'il y a des fontes de neige ou des pluies dans la partie moyenne du fleuve.
(( Dans cette partie moyenne, le niveau de la nappe d'eau souterraine s'élève néanmoins, d'abord près de la rivière, puis l'élévation du niveau gagne de proche en proche : ce qui ne peut résulter que de ce que le fleuve, en s'élevant, s'infiltre latéralement dans le gravier i>oisin, »
Eh bien I cette explication ne parait pas si évidente, car il suffit que l'eau gonflé© du fleuve oppose un obstacle à récoulcment de la nappe latérale, pour que celle-ci subisse elle-même une crue consécutive à la première. La preuve en est dans le rôle de régulateur que Daubrée lui-même attribue à cette nappe en cas de sécheresse, alors qu'elle se déverse bien évidemment dans le cours d'eau et relève son niveau. C'est simplement qu'alors son action n'est plus masquée par la rivière, réduite à des dimensions plus modestes.
Il se passe en somme, dans les graviers qui bordent les rivières, les mêmes actions qu'on observe à l'égard de la nappe d'eau douce, que renferment fréquemment les dunes et qui s'écoule dans la mer. Malgré les alternances des marées, qui peuvent être comparées à des inondations périodiques, l'eau salée ne pénètre pas dans les dunes. Elle est constamment repoussée par l'alllux d'eau douce qui se dirige vers la mer.
Le phénomène arrive au maximum par la tempête. Arago raccmle c(»llo du u) novembre \S'2f\ qui, souillant dans la direction du cours (le la Neva, « empccha, d'une part, l'eau du fleuve de s'écouler, el, de l'autre, éleva tellement le niveau de la Baltique sur toute sa cote orientale qu'il en résulta d'épouvantables inondations.
« A Cronstadt, ce changement de niveau entre lo heures du matin el li heures de l'après-midi, fut de 3"". 70; une grande portion des remparts fut détruite. A IVlersbourg, l'eau s'éleva à
(') n^s^Tiptinn géologû^ne du Bas-Rhin, p. 345.