LES SOURCES
desdittes sources venant des montaignes ne soient guère grands, il leur vient du secours de toutes parts, pour les agrandir et augmenter, et singulièrement des terres et montaignes, qui sont à dextre et à senestre des dittes sources. »
Alors qu'une eau abondante circule sous terre, la surface, nous l'avons vu, reste bien souvent aride. Comment reprendre le trésor qui se dérobe.»^ Les hommes de tout temps s'y sont ingéniés. Sans nous arrêter à la méthode empirique de la baguette divinatoire qui, dans des mains expérimentées, obtient des manières de résultats, nous emprunterons quelques lignes à Tabbé Paramelle, une sorte de PaUssy moderne, — sans les rustiques figulines, — qui a fait de si remarquables explorations hydrologiques et qui ne procédaient que de la seule observation de la nature par une intelligence convenablement adaptée.
« La géognosie, dit-il (*), qui a pour objet de faire connaître, non seulement les terrains qui sont à découvert, mais encore ceux qui sont cachés, me parut, il y a trente-quatre ans, être la science la plus propre à fournir des lumières sur les cours d'eau souterrains... J'employai neuf ans à étudier les terrains, et à recueillir les nombreuses observations qu'on verra dans le cours de ce traité... L'hydrographie souterraine, entièrement subordonnée au gisement et à la constitution des dépôts terrestres, présente les mêmes anomalies et les mêmes exceptions que les terrains. La connaissance des cours d'eau, tant visibles que souterrains, offre des lois générales qui sont incontestables dans la presque totalité des cas.
« Les quelques exceptions qui peuvent être opposées dans une localité ou dans Taulre, n'empêchent pas que les lois générales qui ont été posées, d'après l'universalité des faits, ne soient des règles assez sûres pour diriger l'hydroscope dans ses recherches et lé faire réussir dans la très grande majorité des tentatives.
(( La tache que j'entrepris, il y a vingt-huit ans, de fournir au public une théorie raisonnée sur l'art de découvrir les sources, aarait dû naturellement être remplie par quelque géologue profond, et n'être pas laissée à un pauvre succursaliste de campagne, qui n'avait pas assez de livres pour étudier les terrains à
(*) L'art de découvrir les sources, inS, Paris, i856.
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fond, ni assez de temps pour les explorer au loin, ni à sa portée des hommes assez instruits pour l'aider de leurs conseils... Maigre tous ces motifs de découragement et le ridicule universel qui m'attendait en cas d'insuccès, profondément ému des maux sans nombre que la disette d eau causait tous les ans dans le département du Lot, je consultai d'abord les plus grands livres qu'il me fut possible pour tacher d'y trouver quelque moyen de découvrir les sources; mais ce fut inutilement... Ce que je recueillis de plus positif, ce (ut la conviction qu'aucun de ces hydrographes ne s'était donné la peine d'aller parcourir les terrains sur de grandes étendues, dans le but de reconnaître la présence des sources; qu'ils s'étaient bornés à se copier les uns les autres, ou à bâtir des systèmes plus ou moins invraisemblables sur leur origine. Voyant donc que persoime n'avait rien écrit de satis* faisant sur celte matière, et que cette science était encore à ci"écr. je me sentis porté a faire au moins tout ce que je pourrais pour essayer d'y poser quelques jalons. Bien que l'entreprise fût de beaucoup au-dessus de mes forces, me souvenant que l'importance d'une découverte ne se mesure pas sur la capacité de son auteur, je résolus d'étudier Thydrographie souterraine sur le terrain même, d'y recueillir le plus grand nombre possible de faits, de les coordonner et de voir s'ils seraient concordants ou non. Lorsqu'après plusieurs années de courses et d'observations, je tombai heureusement sur la bonne voie et que je me fus assuré par l'examen de plusieurs milliers de localités, que les sources se forment, marchent sous terre et en sortent dans des circonstances de t('rrain à peu près identi(|ues, j'eus la certitude que j'avais travaillé sur un bon plan, et j'espérai que l'hydroscopie pourrait enfm passer dans le domaine des sciences naturelles el rationnelles. »
Et le bon abbé pendant vingt-cinq ans expérimenta sa théorie dans plus de trente mille localités, situées dans quarante départements. Il en vint à désigner de loin certaines sources el à déterminer leur volume, à décrire le revers des montagnes el des collines dont il ne vo\ait qu'un coté.
Les populations rurales, auxquelles il rendait tant de ser>'ices, le prenaient pour un sorcier. 11 était toujours accompagné dans ses explorations d'un grand nombre de curieux. Ces gens naïfs
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fi avaient pas lu son livre, car ceux pour qui fut écrit rArl de découvrir les Sources étaient depuis longtemps convaincus que l'auteur n'était qu'un excellent géologue doublé d un homme de bien.
Entre autr^ exemples de ses procédés, voici comment Tabbé Paramelle détermine la profondeur d'une source située dans un vallon :
(( Les fonds de presque tous les vallons étant comblés de terrains de transport, excepté dans les étranglements, et des milliers -d'expériences m'ayant montré que la ligne d'intersection des deux coteaux est généralement la plus grande profondeur à laquelle la source puisse se trouver sous ces encombrements, on •détermine, par les moyens qui ont été indiqués, le point du thalweg où l'on veut placer la fouille, et l'on y plante un jalon; on mesure la distance qu'il y a entre ce jalon et le pied d'un des coteaux; on nivelle ce coteau pour connaître sa hauteur et la distance horizontale qu'il y a entre sa corniche et une ligne verticale qui s'élèverait du pied du coteau. Cette hauteur et cette •distance se composent des hauteurs et distances partielles qu'on -a trouvées dans des s.tations de nivellement. L'opération terminée, on établit la proportion suivante :
(( La distance AB, qu'il y a entre la corniche et la ligne verticale qui part du pied du coteau est à la hauteur BG du coteau, comme la distance horizontale CD, qu'il y a entre le pied du coteau et le point où l'on veut creuser, est à la profondeur DX de la source. Ainsi, AB : BC : : CD : DX. Et multipliant la hauteur BC par la distance CD, et divisant le produit par la distance AB, on trouvera au quotient la profondeur qu'il y a depuis D j[u8qu'à X, qui est le point où coule la source. »
Puits artésiens. — Les plus frappantes des sources provoquées sont les puits artésiens. Celui de Grenelle est le résultat de données précises de la géologie, le triomphe de la méthode scientifique.
Les premiers auteurs de la Carte géologique de France, Elie -de Beaumont etDufrénoy, avaient démontré que Paris est sensiblement établi au centre d'une énorme masse de couches relevées «ur leur pourtour et emboîlécs les unes dans les autres comme