LES TRAVAUX ACTUELS DE LA PLUIE
Bonvalot, dans son Voyage à travers le Tibet inconnu, se trouvant dans une passe de 6 ooo mètres et parlant de la chaîne qu'il a baptisée monts Dupleix, a dit avec éloquence :
(( Après que la neige aura tombé dans les mois qui suivront, €t que Tété sera venu, le soleil fondra ces a conserves » prodigieuses d'eau, et ce sera, aux alentours de la chaîne Dupleix, une débâcle de fin du monde. Une inondation diluvienne déposera des lacs sur les hauts plateaux, les traversera de rivières qui €n traîneront les boues épaisses et laisseront aux flancs des collines, et dans les anses, des débris des hauteurs. Ces dépôts restent là jusqu'à Tété suivant, car l'hiver arrête le cours des fleuves. Puis, la chaleur du soleil agit, elle hquéfie les masses solidifiées ; celles-ci s'ébranlent, coulent, s'emportent, reprennent les dépôts où elles les ont laissés à l'entrée de l'hiver, et les enlèvent. D'année en année, étape par étape, elles finissent par les charrier, toujours plus bas, sans cesse obstruant les vallées, étalant des deltas, comme si une volonté supérieure avait ordonné : « Vous, les eaux, de concert avec les vents et les froids, démolirez la montagne et nivellerez la terre. »
Ceci, on le voit, contient en raccourci toute la géologie de la pluie... en passant par la neige.