‹ Histoire grecque (volume 3)Chapitre 5 sur 19 · APOGÉE ET DÉCLIN DE LA FORTUNE DAÏUÈNES · texte numérisé non relu

APOGÉE ET DÉCLIN DE LA FORTUNE DAÏUÈNES

quarante-huit ans *, et il employa depuis lors ses loisirs forcés à écrire l'histoire de cette guerre à laquelle il avait pris une part active au service de sa patrie.

liest probable que Thucydide a été accusé et jugé coupable de haute trahison pour avoir desservi les intérêts de l'État, soit par négligence, soit par mauvais vouloir. Cet homme au cœur haut placé, qui sans doute n'avait pas caché son antipathie pour le régime démocratique alors en vigueur, devait être peu aimé des puissants du jour ; il devait être facile à des ennemis aussi influents de faire passer pour un mauvais patriote cet aristocrate, parentde princes étrangers, possesseur de vastes propriétés en Thrace, et d'exploiter à son détriment la mauvaise humeur des citoyens -.

Thucydide lui-même, qui à ce moment décisif de son existence est son propre historien, s'est sévèrement abstenu de faire quoi que ce soit pour détourner de lui le soupçon d'une culpabilité réelle ^ : il dit simplement qu'Euclès était le gardien d'Amphipolis. Il lui suffit de ces simples paroles pour repousser toute responsabilité dans cette affaire ; car, vu la marche rapide des événements, il était impossible qu'un homme embrassât en même temps du regard ce qui se passait sur les bords du Strymon et dans le golfe de Thasos. Si donc l'un des deux généraux est coupable, c'est Euclès ; il aurait du se rendre compte des dispositions d'Amphipolis ; il s'est laissé surprendre complètement par Brasidas, bien que les intentions de ce derniernefussent pointdouteuses;on ne conçoitpasqu'ilaitnégligéde munir de retranchements et de forces suffisantes le pont du Strymon, le point le plus important et en même temps le plus facile à défendre. On aurait certainement

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-) Sur la pari prise par Cléon au bannissement de Thucydide, voy. Mar- CELLIN., Vit. Thucyd., 46. Cf. Schol. Aristoph., Vesp. 947. Meier, De bonis damnât. 179. Jahrbb . für Philol. 1861, p. 685. Gilbert, Beiträge, p. 196. Thucydide a été condamné comme avant lui Phormion (ci-dessus, p. 90). Les généraux devaient, même innocents, expier les insuccès et les déceptions. Cf. Hiecke, Hochverrath des Thuhydides. Berlin, 1869.

3) O.xcKEN {op. cit.), à l'exemple de Grote et de Mure, « ajoute le silence de l'accusé aux indices nombreux, et dont rien n'affaiblit la valeur, qui rendent sa culpabilité vraisemblable. »

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pu s'y maintenir jusqu'à Famvee du secours; or, la défection des citoyens n'eut lieu que lorsque Brasidas eut commencé à traiter avec eux et qu'il avait déjà les otages en main.

La prise d'Amphipolis produisit une profonde impression sur les amis et les ennemis d'Athènes. Celle-ci était frappée à l'endroit le plus vulnérable, sa faiblesse reconnue, sa domination sur les côtes ébranlée. Eupolis', dans sa comédie des Villes^ venait de faire passer sous les yeux de ses orgueilleux concitoyens toute la série des alliés tributaires ", et maintenant la couronne avait perdu un de ses fleurons; une des colonies les plus importantes d'Athènes, établie sur un sol acheté au prix de tant de sang, était perdue treize ans après sa fondation, une ville qui faisait l'orgueil de sa métropole, qui était pour elle une source de revenus considérables, qui lui fournissait du bois pour la construction de ses vaisseaux et qui commandait toutes les communications entre la Thrace de l'est et celle de l'ouest,, entre la Macédoine et l'Hellespont.

Même maintenant, Brasidas ne songeait pas à prendre ses quartiers d'hiver; il voulait profiter des circonstances et s'établir aussi fortement que possible en Thrace avant l'arrivée des vaisseaux ennemis. Il marcha donc avec ses nouveaux alliés, parmi lesquels il y avait d'audacieux chefs de partisans connaissant parfaitement le pays (comme Lysistratos d'Olynthe), contre les villes de 1'^/,/^^, c'est-à-dire la plus orientale des trois dentelures de rochers, celle dont le mont Athos forme au sud le point culminant. Dans cette contrée toute en rochers, comme la Maïna d'aujourd'hui en Laconie, le peuple avait conservé, malgré la mer qui l'entoure, des mœurs tout à fait archaïques ; caries Chalcidiens n'étaient là qu'en petit nombre ; la plupart des habitants appartenaient à des tribus pré-helléniques, pélasgiques, dont les unes avaient été refoulées du sud, des côtes de Lemnos et de TAttique dans ces rochers, et dont les autres étaient venues du nord, des contrées des Bisaltes

•) Voy. vol. II, p. 602.

-) Les IIô/.£t: d'Eiipolis furent représentées vers le moment où les Spar tiates transportèrenl la guerre en Thrace. Cf. Meineke, Fragm. Com. Attic, II, 509. Les villes v figuraient avec leurs armes (Gilbert. Beiträge, p. 149).

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et des Édoniens. Il n'y avait dans toute la presqu'île, vu sa conformation, que de petites villes, à la fois villes de montagne et ports de mer ; à rapproche de Brasidas, la plupart lui ouvrirent leurs portes. Sané seule, située non loin d'Acanthos sur le canal de Xerxès, et Dion restèrent fidèles à Athènes ' .

Brasidas se dirigea alors vers la presqu'île de Sithone, qui occupe entre les deux autres une situation moyenne, pour prendre Torone ". Il y avait là une garnison athénienne, et quelques vaisseaux postés en sentinelles gardaient le port. On était précisément occupé à réparer les fortifications de la ville ; mais, avant qu'on en fùtvenuàbout, des partisans des Péloponnésiens avaient appelé Brasidas. Sept de ses hommes, armés de poignards, avaient été envoyés en avant; on les fit entrer secrètement dans la ville. Brasidas s'approchapendant la nuit; on lui ouvrit du dedans deux portes opposées, et la surprise réussit si bien que les ennemis entrèrent à la fois par deux chemins en poussant leur cri de guerre, sans que la garnison se doutât du danger.

Les Athéniens se retirèrent dans la forteresse de Lécythos, située sur une presqu'île qui s'avance au loin dans la mer, et, malgré l'état délabré des fortifications, ils repoussèrent les propositions les plus favorables. Pour la première fois, Brasidas dut employer la force, et, par de fortes récompenses, il chercha à exciter les siens à monter à l'assaut. Les assiégés le repoussèrent, mais une tour de bois, dont la base manquait de solidité, s'écroula et les remplit d'une telle consternation que la plupart s'enfuirent sur les vaisseaux. Brasidas fit mettre à mort ceux qui étaient restés, enlever partout les décombres et les murs écroulés, et consacra le lieuàAthêna^ qui avait là un antique sanctuaire ^ C'est à elle qu'il attribua son succès inespéré^ et il donna à son temple lasomme qu'il avaitdestinée au plus vaillant combattant. C'est ainsi qu'il se montrait généreux et plein d'égards envers les divinités du pays, tandis que les Athéniens convertissaient violemment en places de guerre les sanctuaires étrangers. Brasidas employa le reste

M Thucyd., IV, 109.

2) Voy. vol. I, p. 533.

3) Thucyd., IV, 110-116.

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