‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 118 sur 408 · BLAISE DE MONTLUC · texte numérisé non relu

BLAISE DE MONTLUC

(ir)02-IS77). — Monliuc se distingua d'abord, sous Henri 11, par SCS succès en Italie ; la défense de Sienne restera un des plus glorieux épisodes de milre histoire militaire (4). Par lo nombre et l'importance de ses victoires, Montluc prendrait rang parmi les plus grands de nos hommes du guerre, s'il n'avait montré, pendant les guerres de religion, une Cruauté restée légendaire. Il ue quitta le service qu'après avoir reçu, au siège de llabaslens, eu 15Tfl, une horriblo blessure qui le défigura et le força de porter un masque jusqu'à la fin de hq vie. C'esl alors, dans cette retraite prématurée, qu'il dicta si-s Commentaires, que Henri IV ajtpelait la Bible du soldai. Ces Cammeiilaii-fi sit composent de sept livres ; on y trouve le récit des campagnes de Montluc de l"ilJ) à 1S74.

Montluc écrit pour ses compagnons d'anues, pour ses enrants, pour tous les

(tj JlarVMHX cAoitii, £■ ejtl», p. StS

\fililLm.-~^f.^ ^f Ù.,^'J^Àwit.

â76 LA LITTÉRATURE FRANC AlSk

capitaines de Tavenir. «... J*ai voulu, dit-il, employer le temps qui me reste à décrire les combats auxquels je me suis trouvé pendant cinquante et deux ans que j'ai commandé, m'assurant que les capitaines qui liront ma vie y verront des choses desquelles ils se pourront aider, se trouvant en semblables occasions... » Il dit encore : (( Ce n'est pas un livre pour les gens de savoir : ils ont assez d'historiens; mais bien pour un soldat capitaine... » Il rappelle que César, a le plus grand capitaine qui ait jamais été )>, a écrit ses Commentaires, n J'ai donc voulu dresser les miens, mal polis, comme sortant de la main d'un soldat, et encore d'un Gascon, qui s'est toujours plus soucié de bien faire que de bien dire (1)... » Il raconte, avec la verve primesauticre d'un homme d'action et d'un Gascon, sans vantardise, mais sans fausse humilité. On le lit, comme on écouterait un récit animé, précis, abondant en détails techniques. Et, sans doute, la stratégie et la tactique ont trop changé pour que les capitaines de nos jours puissent apprendre la guerre dans Montluc ; mais cette lecture ne leur sera tout de môme pas inutile, tant que la bravoure personnelle, l'abnégation et l'entrain seront des qualités propres au soldat français.

AGRIPPA D'AUBIGNÉ (1552-1630) (2). — En face du catholique fanatique Biaise de Montluc, on peut placer le farouche protestant d'Aubigné. Nous avons déjà parlé de lui au chapitre de la Poésie. Vers la fin d'une vie plus agitée encore que celles de La Noue et de Montluc, d'Aubigné écrivit des pamphlets et des ouvrages d'histoire. — Les Aventures du baron de Fœneste sont un dialogue satirique entre un gentilhomme catholique, fanfaron, galant, et d'une élégance ridicule, qui n'a aucune sincérité, et qui justifie ainsi son nom de Fœneste (d'un mot grec qui signifie paraître), et un gentilhomme protestant, habitant la campagne, sincère, probe, et qui est moins préoccupé du paraître que de Vélre : de là son nom de Enay. — La confession de Sancy est un pamphlet plus violent et moins spirituel, dirigé contre les protestants qui se convertissent, et contre ceux qui travaillent à les convertir. — VHistoire universelle (qui parut en 3 vol. in-folio de 1616 à 1620) comprend le récit des événements de 4550 à 1601. Malgré son titre ambitieux, ce n'est guère qu'une histoire de France, et plus particulièrement du parti protestant. Cependant, à la fin de chaque livre, d'Aubigné ajoute des remarques sur l'état des affaires dans VOrient, le Midi, etc. Ce dont il faut louer surtout d'Aubigné, c'est d'avoir loyalement documenté son histoire, et visé, autant qu'il était en lui, à l'impartialité. — Sa vie à ses enfants {k laquelle on donne parfois le titre de Mémoires) est une sincère et complète autobiographie, curieuse à la fois pour la connaissance d'un caractère ardent et généreux jusque dans ses erreurs, et par les nombreux rapprochements et renvois que l'auteur y a établis avec son Histoire universelle. — Le style de d'Aubigné pro-

(1) Liv. I" (éd. do Ruble. t. I"). — Morceaux choiêis, 2* cycle, p. 243

(2) Sur d'Aubigné, poète, Cf. p. 2U.

Page 1