IV. — LES CLASSES SOCIALES
La littérature du seizième siècle n'est plus, comme celle du moyen Age, d'observation directe et réaliste. Elle prend ses modèles, soit en Italie, soit chez les anciens; et elle commence à analyser l'homme intérieur. Aussi n'avons-nous plus à nousdemandercomment elle roprôscnle les diverses classes de la société, mais plutôt dans quel milieu social elle s'épanouit. Car l'auteur qui écrit pour être lu veut plaire, et il est bon de savoir à qui il s'adresse.
La cour. — C'est de François !•' que date réellement l'institution de la cour. Le roi-chevalier, si séduisant par son esprit et par son courage que la nation lui pardonnait ses vices, fut le prcnriier qui groupa en un môme centre toute la noblesse, et qui créa la vie de cour et le courtisan. La hiérarchie, l'étiquette se substituèrent aux relations plus simples des règnes précédents. Les femmes furent, par leur beauté, leur esprit et leur élégance, les arbitres de cette cour. Le temps n'était plus où le seigneur s'isolait et boudait dans son château, et obtenait par la crainte ou par l'estime les faveurs du roi. Il fallut maintenant venir « faire sa cour », être connu du roi, le solliciter en personne, obtenir et remercier par une présence assidue.
Dans cette cour, il se forme un goût de convention, qui changera selon les influences, mais qui, à chaque moment, aura son unité. Le poète, pour plaire à la cour, se fera poète-courtisan. Marot et Mcllin de Saint-Gelais sauront comment on dit finement cl galamment les choses, quand on parle au Roi ou aux dames. Uonsard, qui commence par protester contre la poésie de cour, se plie à son goût nouveau d'italianisme, et « pétrarquise ». D'ailleurs, do François 1* à Henri III, on ne peut nier que la cour, si elle a trop aimé et encourage certaines affectations, a témoigné d'un goût large et souple. François !•' sent tout le prix de Marot, qu'il arrache plusieurs fois à ses persécuteurs. Henri II applau-
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dit la prcmiùm triigùdic du Joiliillc, ci pn<iid Amyal. pour précppicur du so£ fils. Charles IX proti-gcct uiicounige Itonsard. Henri 111 ),''>ûlo Montaigne.
L'aristocratie. — Aiii<ci ci;ntraliso(t et disuiplinûc pnr In cour, rnHstocr.itic t.
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dtipcndnni:*; qu'an inojcn ôgc. KIlu se pliill surluut aux ffics, anx rûcuplions, oùellutslnlcunluxck'liiu'i) Talliit des lois pour j iiicllre un frein. Klle su rnino en armures de pnrndc et en co<tuiniTS. D'ailleurs, clic ne vil pas seulement autour du roi. A l'imitation de rilaliu, on 3 substitué aux fortcl'csscs réodales dcscliAlcaux de plais^mcc. Ln roi n dorme l'cxempto. 11 se Iran.ipoi'te avecsiicouràF'ontiiiiieblenu, à lllois, h Chamiiord. Les granilsseigneurssL- font con-
deiici-.t d'été, près de bois qui leur servent de décor, et qui n'uni plus d'eiiu dans leur.J fossés que pour se mirer. On conimcncc à faire dos viliégiulnrcs luxueuses, où l'on emporte tout l'appareil de la vie mondaine, où les buis et les divurtissemcnta rassemblent de nombreux invités (1). C'est un lionucur, pour ces riches Marguari seigneurs, de jouer aux Mécènes. Ils protègent et pensionnent des poètes ; ils leur font composer de» mascarades, d<
i fircniifs ; Ils aixeplcnt
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iU LA LITTHRATUnE FliAl^lÇAISE
des dédicaces qui dallent leur vanité. Parcourez l'œuvre de tous ces poètes et prosateurs : vous y trouvez une foule de noms de grands seigneurs, à qui sont dédiés ou adressés leurs vers, leurs discours, leurs traductions, leurs dictionnaires, et qui, à la fois courtisans et humanistes, ont su contribuer au progrès des lettres. Mais aussi, ce n'est plus la liberté du moye.iagc. Et Ton chercherait vainement, au seizième siècle, cette poésie indépendante que nous goûtons chez Hutebeuf, chez Eustache Deschamps, chez François Villon. La satire de Joachim du Bellay, le poète-courtisan^ est un cri d'indignation que ne répercute aucun écho.
Le clers^é. — L'Église, un moment ébranlée par la Réforme, avait senti le besoin de se réformer elle-même. C'est à quoi travailla le Concile de Trente, qui dura de 1545 à 1563, et d'où l'Église sortit, au point de vue de la hiérarchie et de la discipline, réorganisée et plus forte. D'autre part, de nombreux ordres religieux s'étaient créés, se donnant pour mission spéciale de combattre le protestantisme. Le plus célèbre de ces ordres fut celui des Jésuites, fondé en 1534 par Ignace de Loyola, et qui grâce à ses coifsti'.utions sévères et savantes, acquit rapidement une influence européenne. Au point do vue qui nous occupe, il faut signaler les nombreux collèges des Jésuites à Paris et en province, qui furent bientôt fréquentés par les enfants de la noblesse et de la haute bourgeoisie, que les jésuites cherchèrent surtout à rendre humanistes. Ils firent aux collèges do l'Université une concurrence si forte et si brillante, que celle-ci leur suscita plusieurs procès. Mais, quoique le Parlement les ait bannis en 1595, ils purent rouvrir leurs collèges en 1604, et retrouvèrent le même succès. — Le haut clergé prit Thabitude de fréquenter la cour ; et il se glissa bien des abus dans rattribution des évèchés et dans la distribution des bénéfices, qui dépendaient du roi. Mais aussi vit-on beaucoup de cardinaux et d'évèques se faire les protecteurs des poètes et des érudits, et consacrer une large part de leurs revenus h pensionner des gens de lettres ou des savants. Souvent aussi un évéché devint le prix de services rendus aux leltres, ou celui de beaux ouvrages; c'est ainsi qu*Amyot reçut Févéché d'Auxerrc. Enfin, en ce qui concerne le clergé, si les écrivains protcslanl s et libertins redoublent d'allaciuos contre lui, les catholiques ne jouissent plus de la même licence qu'au moyen âge, du moins en France. On devient plus sévère, surtout dans la seconde moitié du siècle, et Rabelais est le dernier représentant d'une liberté qui sera de plus en plus restreinte par le pouvoir.
La bourgeoisie et le peuple. — Au seizième siècle, la grande bourgeoisie est formée de magistrats, d'avocats, de médecins, de savants. Elle remplit les Parlements, les tribunaux, les dilTérents Conseils, la Cour des comptes, la Cour des aides. Tous les emplois, sauf les hauts grades militaires, lui étaient accessibles. El comme elle était travailleuse patiente, ambitieuse, elle les envahissait tous. Elle forme, dès cette époque, la partie vraiment solide et sérieuse