‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 186 sur 364 · Mont des Oliviers · texte numérisé non relu

Mont des Oliviers

6. Mort du loup, — Byron a suggéré ce symbole. (Childe Harold, IV, 21).

7. Maison du berger. Byron disait au contraire : <* J'ai pitié de toi, qui aimes ce qui doit périr.» (Lucifer, dans Caïn, Il , 2.)

H''^ Littérature. T. II.

le mari ; il se dévoue par pitié à celle que par devoir il a désespérée. Ainsi EloaaimeSatan, l'innocence se dévoue au péché, parce que, comme dit Émile Faguet, « pour l'innocence le péché n'est que le plus grand des malheurs L'homme est plus grand que Dieu, car l'homme, au moins, peut se donner et mourir pour ce qu'il aime.

Un stoïcisme actif et tendre, voilà où aboutit le pessimisme de Vigny. Il se dit que tout cet effort, toute cette bonté, toute cette pensée ne seront pas en vain. Il croit au règne du pur esprit, et ce règne se prépare par Vécrit ^. Il lègue, fier et rasséréné, son œuvre à l'attention de la postérité, au moment même où il va s'en aller en Dieu ou

VIGNETTE DE TONY JOHANNOT POUR LES POÈMES D'ALFRED DE VIGNY (1829). ^ Elle semble illustrer ces vers de la Frégate !s Sérieuse

Mon banc de quart est mon trône J'y règne plus que les rois; Sainte Barbe est ma patronne :

Mon sceptre est mon porte-voix.

(Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

au néant. 11 a écrit d'abord pour amuser l'ennui de sa prison, puis pour illuminer l'humanité.

Cette pensée grave et profonde germa parfois en poèmes dont une dizaine sont égaux à tous les chefs-d'œuvre -. Pour l'exprimer, il créa (à peu près en même temps qu'Émile Deschamps) la forme du Poème: et, classant ses Poèmes, il fit un livre mystique, un livre antique {Biblique, Homérique), un livre moderne : ne voit-on pas là le modèle et l'esquisse d'une Légende des siècles? Et ainsi, dans le chef-d'œuvre où il se renouvela, Hugo reprenait les traces de Vigny.

Chaque poème est né d'une image : un livre qu'on publie, une bouteille jetée à la mer. L'image se développe, s'assimile tous les éléments qui peuvent la compléter, s'organise, devient une réalité vivante, qui reste le symbole d'une pensée profonde. La composition est sévère, de proportions très calculées, de coupe et de structure soigneusement étudiées ; le développement est d'une sobriété puissante : les images, choisies, précises, fortes, sortent en pleine lumière ; Vigny a l'expression pittoresque, qui dessine de vastes paysages avec ampleur et netteté : voyez-le nous mener au haut d'une montagne d'où

Les grands pays muets longuement s'étendront.

Ce n'est qu'un trait : voulez- vous le tableau? Lisez l'admirable début de Moïse, toute la Terre Promise vue du Nébo. Cela est d'un éclat sobre, dont nulle orgie de couleurs n'égalerait l'impression.

Vigny n'avait pas précisément le génie de l'écrivain. La rareté même de sa production poétique suffirait à nous mettre en défiance sur la richesse de son invention verbale. Où il est médiocre, il rappelle Delille. Il a l'expression maigre, un peu terne, fibreuse, si je puis dire, plutôt que nerveuse, ou fâcheusement élégante, partout où la pensée et le sentiment ne sont pas de premier ordre. Mais que la pensée soit haute, le sentiment puissant, l'expression s'enlève, acquiert une plénitude, une beauté incomparables. On peut dire que chez Vigny le penseur crée à chaque instant l'écrivain.

VICTOR HUGO AV.ANT 1850. /H/U Lamartine ne daignait, Vigny ne pouvait faire un chef d'école. Hugo ^ avait, pour ce rôle, puissance et volonté. Il avait l'orgueil adroit, l'art d'imposer son génie, de le présenter en beau jour. Moins sensible que Lamartine, moins penseur que Vigny, il avait la fécondité, le labeur acharné, la création incessante qui écrasait à la fois le public et les vanités rivales. Il multipliait sa pensée par une invention verbale à l'aide de laquelle son immense personnalité occupait toutes les avenues de la littérature.

Entre l'élégie de Lamartine et la philosophie de Vigny,

L L'Esprit pur. La Bouteille à la mer est aussi un acte de foi aux i<^cc5.

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