‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 193 sur 364 · Cf. plus loin. Livre III. Chapitre II · texte numérisé non relu

Cf. plus loin. Livre III. Chapitre II

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ÉPOQUE CONTEMPORAINE

entre les superbes lieux communs de l'école, certame veine de poésie intime, domestique, parisienne, trop prosaïque et très réaliste ; par là il a été précurseur aussi, à sa façon. Je dois nommer encore Barbier ^, qui a fait, parmi nombre de bons vers de qualité courante, deux chefs-d'œuvre d'éloquence satirique et fougueuse : la Curée et l'Idole. Il a dénoncé avec une verve puissante, une rare largeur d'inspiration, l'égoisme des vainqueurs de 1830, l'imprudence des pontifes du culte du Napoléon : c'était si rudement frappé et si juste, que tout ce qu'il fit depuis parut terne

DERANGER. 0 Aucun des romantiques, pas même Hugo, ne pouvait rivaliser, aux environs de 1830, avec la gloire de Béranger

Ignorés du peuple, étonnant le bourgeois, ils n'avaient

MOINE AGENOUILLÉ EN PRIÈRE, PAR ZURBARAN . a Ce,t a celle toik que semble avoir bensé Gautier quand il écrivit :

Cette tête de mort entre vos doigts jaunie. Pour ne plus en sortir qu'elle rentre au charnier Que votre fosse soit par un autre finie I

{Espafia ; A Zurbaran.)

(National Gallery.)

ALBERTUS.OU L'AME ET LE PÉCHÉ, a Légende theolomi'e.pur Théophile Gautier (1833). Ce fronlispice, œufre de Célalin NantemI, représente la fuite de l'ange et la joie du démon à la vue d'un homrrte séduit par une femme. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.

en général conquis que les ateliers et quelques cercles littéraires. La Curée avait fait un bruit immense ; mais le poète littéraire, le poète national c'était le chansonnier.

Au temps où le romantisme était légitimiste et chrétien, Béranger était libéral ; il avait souffert destitution, prison, amende : mais, avec cela, il était classique : il satisfaisait pleinement les esprits que l'art romantique effarouchait.

Était-il poète? Il n'a rien que de médiocre dans les idées. II a une philosophie et une sensibilité de café-concert. Il est irrémédiablement vulgaire. Il a le don de rapetisser, d'ennraiser tous les grands sujets, quand il y touche : la religion, par son Dieu des bonnes gens, ami de la joie et tendre aux mauvais sujets, par son agaçante conception

1. Aug. Barbier (1803-1882); ïambes et poèmes (1831) ; il Pianto. Lazare (1833): Satires et poèmes (1837). etc.

2. Malgré mon aversion pour les énumérations de noms, je ne puis m'empêcher d'inscrire ici Gérard de Nerval (1808-1855), le traducteur de Faust (1828), romantique d'imagination et de vie, qui sombra dans la folie, délicieux écrivain pourtant de la plus saine tradition du XVIIl' siècle, qui sut trouver la couleur sans renoncer à la finesse, à l'esprit, à l'élégance, dans la prose exquise de ses récits de voyage et de ses contes {Sylvie, 1854). — A conslUtcr : Cîauthier Ferrières, Gérard de Nerval, 1906. — 11 faudrait nommer aussi cet original Maurice de Guérin qui mourut jeune, ne laissant que des essais incomplets.

fragment intitulé le Centaure est un poème en prose oii la puissance du senti ment naturaliste et panthéiste anime une forme pleine et ferme, sobrement, largement p ittoresque. Maurice de Guérin a l'âme romantique, mais par ce morceau il se classe parmi les précurseurs de Leconte de Lisle. — Editions : Reliquiœ, p. p. Trébutien, 1861, 2 vol. Journal et poèmes, 1862. — A consulter : A. 1-^tranc, Revue bleue. 1908.

3. Béranger (1780-1857), né à Paris, publia ses recueils de Chansons en 1815, 1821 (trois mois de prison et 500 fr. d'amende), 1825, 1828 (10 000 fr. d'amende, neuf mois de prison), 1833. Œuvres posthumes, ceuvres complètes, 2 vol. in-8. 1857. Ma biographie, 1857. Correspondance. 1860, 4 vol. in-8.

LA POÉSIE ROMANTIQUE

d'un christianisme de pacotille qui met à Taise tous les instincts matériels, par ses curés bénisseurs et bons vivants dont la perfection suprême est de ne pas être des gêneurs ; — le patriotisme, par un chauvinisme de méchant aloi, par l'exploitation fastidieuse de la gloire napoléonienne, avilie, vulgarisée, réduite aux puériles légendes de la redingote grise et du petit caporal ; — l'amour, par une sentimentalité frelatée, un mélange de grivoiserie et d'attendrissement qui exclut à la fois l'intensité de la passion sensuelle et la hauteur du sentiment moral ; — la morale, par une étroite et basse conception de la vie, mesquine dans la vertu, mesquine dans la jouissance, bien aménagée en un confortable égoïsme sans excès et sans danger. Il n'a guère regardé la nature: classique encore en cela que l'homme seul l'intéresse ; classique de décadence en cela qu'il n'a qu'une psychologie de surface et de convention.

En un mot, la mesure de Béranger, c'est cette moyenne assez vulgaire de l'esprit français qu'on appelle l'esprit bourgeois : esprit positif, jouisseur, gausseur. Il exprimait de son mieux les idées du bourgeois de son temps : de là son succès.

Cependant, il y a quelque chose de plus relevé dans ce succès. La chanson de Béranger donna une voix à tous les sentiments populaires que froissait la Restauration. Sa

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