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TAINE : LES ORIGINES DE LA FRANCE CONTEMPORAINE, a Titre de rédilion
originale (1876). (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
chaque siècle comme élément de tous les écrivains. Le fond de l'homme, c'est, pour Taine, aujourd'hui comme aux temps préhistoriques, < le gorille féroce et lubrique » : des éléments multiples se sont superposés à celui-là, mais ne s'y sont pas mêlés, ne l'ont pas altéré. Dans un de nos contemporains, on détache une enveloppe, puis une autre, et l'on rencontre enfin le noyau, le gorille. Dans son effort pour constituer la psychologie scientifique, Taine s'est comparé souvent au naturaliste, botaniste ou anatomiste ; d'autres fois, au chimiste ; parfois il a donné ses recherches comme des problèmes de mécanique : ces comparaisons ne laissent pas de révéler quelque incertitude sur le caractère de l'objet étudié. Ce qu'il y a de sûr, c'est que sa science suppose l'immutabilité des substances, l'identité des forces, que son analyse distingue : pour mieux dire, sa synthèse n'est qu'une analyse retournée. Cela vient encore de ce qu'il opère en réalité sur des abstractions, et, dans la synthèse comme dans l'analyse, les facteurs, les signes qui représentent les choses, restent les mêmes, gardent une valeur constante.
Nous touchons ici à un dernier caractère par où l'œuvre de Taine entre en étroite relation avec le mouvement de la pensée contemporaine : ce grand esprit, qui, par sa théorie des signes, n'estime avoir prise que sur un monde abstrait et irréel, équivalent intelligible des réalités insaisissables, ce grand esprit a voulu se faire un style sensible et coloré. Qu'on y réfléchisse un peu, et l'on verra que son procédé d'expression est essentiellement symbolique, lorsqu'il adapte si artistement à ses concepts un vêtement de sensations choisies.
Toutes les générations arrivées à maturité depuis 1865 lui doivent plus qu'à personne, sauf (pour une minorité) à Renan : c'est dire assez que toutes les réserves que je puis faire ici ont pour objet de le définir, et point de l'amoindrir.
FROMENTIN. crois être strictement juste en
faisant ici une place à Fromentin \ ce peintre exquis de l'Algérie et de l'Orient, cet esprit inquiet, intelligent, qui comprit, sentir, conçut plus qu'il ne sut exécuter, et qui fut par là éminemment un critique. 11 a fait la critique de lui-même, dans ce roman de Dominique (1863) qui est, en dehors de toutes les écoles, une des œuvres excellentes du roman contemporain : dans une forme impersonnelle, avec une délicate psychologie, il a mis les doutes, les amertumes, le renoncement final de l'homme qui a essayé de créer et qui a jugé sa création médiocre. Les deux volumes où il a consigné ses impressions du Sahara et du Sahel contiennent des tableaux étonnants, dont la couleur intense fait pâlir les finesses charmantes de sa peinture :
1. Eugène Fromentin (1820-1876). — Éditions : Un été dans le Sahara, 1 vol. in- 18. 1857 : Une année dans le Sahel, in- 18, 1859 ; Dominique, in- 18. 1863 : les Maîtres d'autrefois, in-18, 1876. Lettres de jeunesse, p. p. G. Blanclion, 1909, in-16.
ces descriptions sont en un sens de la critique, la critique des sujets, si je puis dire ; car on y voit la réflexion de l'artiste analyser à l'aide des mots des sensations pittoresques dont sa main ne saurait rendre la puissance.
Fromentin, enfin, a laissé, dans ses Maîtres d'autrefois (1876), un remarquable essai de critique d'art. Ce sont les notes d'un voyage en Belgique et en Hollande : le livre n'a rien de systématique. L'auteur dit ses surprises, ses découvertes, ses dépits, ses ravissements devant des tableaux : c'est un peintre qui saisit la facture, les procédés et qui, dans la technique, atteint le génie des maîtres. 11 n'a pas de prétentions d'historien ni de penseur : mais il utilise l'histoire et il est philosophe, toutes les fois qu'il le faut pour comprendre.
Il note très finement les caractères généraux que la race, le milieu, le moment déterminent ; il explique la nette opposition de l'art flamand et de l'art hollandais ; il voit dans chaque groupe les éléments communs, ce qui rapproche, par exemple, Paul Potter, Ruysdaël et Rembrandt. Mais il aperçoit surtout ce qui les distingue, la singularité personnelle de leur œuvre. Par l'étude du métier et de la technique, il réintègre dans la critique ce que Taine en éliminait trop, l'originalité de l'individu. Comme Sainte- Beuve dans un livre, Fromentin, dans un tableau, retrouve l'auteur, son développement personnel, ses hésitations, ses recherches, ses acquisitions, toutes les influences qui l'ont modifié, mais aussi et d'abord l'irréductible fond de l'individualité. Devant une Adoration des mages, c'est Rub ens ; devant la Leçon d'anatomie, c'est Rembrandt que ce délicat critique découvre : eux-mêmes en ce qui les fait être eux et non autres, eux-mêmes, et non seulement la définition de l'art flamand ou de l'art hollandais.
AU. PAYS DE LA SOIF, SAHARA ET SAHEL. a Croquis de Fromentin exécuté dans l'Afrique du Nord. (Pion , éditeur.)
LA POÉSIE : VICTOR HUGO ET LE PARNASSE
UN DESSIN DE VICTOR HUGO. 0 On sail que Victor Hu^o élail doué d'un très original talent de dessinateur ; chez lui, l'art t>lasti^u2 refljte les giâts du fioète. (Bibl. Nat., Mss.)