‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 262 sur 364 · Cf. p. 417, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 417, n

4. Abel Hermant (né en 1862) : Le Cavalier Miserey, 1887 ; la Carrière, 1894 ; le Faubourg. 1900, etc.

5. Jules Renard (né en 1864) : L'ÉcorniJIeur. 1892 ; Poil de Carotte, 1894 ; le Vigneron dans sa vigne, 1894. 1900 ; Histoires naturelles. 1896, 1904 ; Ragotte. 1908, etc. — Nommons aussi Marcelle Tinayre, dont le talent vigoureux et frémissant excelle à peindre la conscience de la femme d'aujourd'hui et tous les aspects des choses, vieilles villes, vieux logis, campagnes de France, impressions changeantes du ciel et de la lumière, (la Maison du péché, 1902 ; la Rebelle, 1905 ; l'Ombre de l'amour, 1909) ; — Romain Rolland, l'auteur de cet original et curieux Jean Christophe (3 vol., 1904), biographie psychologique d'un musicien, riche étonnamment d'idées, d'observations et d'émotions ; l'écrivain a été plus qu'un romancier pour beaucoup de jeunes gens qui sont entrés dans la vie entre 1900 et 1904', il a été un directeur de consciences, ou plutôt un éveilleur d'aspirations et d'élans ; — et Pierre Louys, un bel artiste, si grec dans sa prose si française.

6. Paul Margueritte (1860-1918): Pascal Gefosse. 1887; Jours d'épreuve, 1888; la Force des choses. 1882 : la Tourmente. 1893 ; l'Essor. 1896. Avec son frère Victor, il a donné : le Désastre, 1898"; les' Tronçons'du glaive, 1901 '; les Braves gens,\\90\ ; la'Commune, 1904 : quatre volumes qui font un ensemble puissant et 'pathétique. Comme pour la* Débâcle de Zola, je regrette que les auteurs n'aient pas pris le parti de renoncer aux inventions romanesques, si mesquines toujours en de tels sujets.

EPOQUE CONTEMPORAINE

EDMOND ROSTAND. Por/rai7 par Antoine Van Welie. (Musée des Tuileries.) CL. HACHETTE.

l'a empêché de prendre, et l'empêchera surtout de garder le rang où 11 aurait pu aspirer.

Paul Hervleu ^, écrivain d'abord bizarre et tourmenté, en marche vers une facture plus sobre et plus simple, observateur pénétrant et féroce des classes aristocratiques, créateur de types solides et fins, était en train de prendre la première place dans le roman contemporain, lorsqu'il se détourna vers le théâtre.

Marcel Prévost peintre subtil de cas compliqués et de mœurs singulières, amateur de sujets où l'analyse psychologique confine à l'observation pathologique, invinciblement attiré par le mystère des âmes féminines, a fait peut-être un peu trop de sacrifices à certaines curiosités du public élégant ; mais il a su heureusement appliquer son intuition pénétrante et sa sensibilité tendre à de grands et larges sujets qui, pour être encore « parisiens », n'en sont pas moins humains.

Je voudrais pouvoir m'arrêter sur ces étonnants frères Rosny, poètes et philosophes, qui dans leurs romans d'une écriture d'abord trop personnelle ou même parfois laborieusement douteuse, ont posé les problèmes moraux et

1. Paul Hervieu (1857-1915) : L'Alpe homicide, 1885 ; l'Inconnu, 1887 ; Peints par euxmêmes, 1893 ; l'Armature, 1895, etc.

2. Marcel Prévost (né en 1862) : Le Scorpion, 1887 ; Mademoiselle Jaufre, 1889 ; Lettres de femmes, 1 892 ; les Vierges fortes (Léa ; Frédérique), 1 900 ; les Demi- Vierges, 1 894 ; les Anees gardiens, 1913, etc.

3. Des frères J.-H. Rosny : Nell Horn, 1886 ; le Bilatéral, 1887 ; le Termite, 1890 ; Vamireh, 1892 ; l' Indomptée, 1894, etc. De J.-H. Rosny aîné : La Guerre du feu, 191 1 ; les Rafales, 1912 ; Dans les rues, 1912, etc. — J.-H. Rosny aîné (né en 1856) s'est éloigné peu à peu de l'écriture artiste. 11 écrit alors une langue saine et forte.

4. Paul Adam (1862-1920) : La Force du mal. Cœurs nouveaux, 1896 ; la Bataille d'Uhde, 1897 ; Basile et Snphia ; la Force. 1899 : l'Enfant d' Austerlitz, 1901 : Au soleil de Juillet, 1 903 ; /a Ruse, 1 903 ; le Serpent noir. 1 905 ; /e TriK*. 1 9 1 0- 1 9 1 2 ; la Ville inconnue, 1 9 1 1 , etc.

sociaux les plus actuels avec un sens aigu de la vie et une sympathie sincère pour les souffrants. Parfois, s'emparant des hypothèses de la science contemporaine, ils ont introduit dans le roman la vision épique des temps préhistoriques. Il est à regretter que, trop souvent, par une production incessante et surabondante, ils aient renoncé à faire œuvre de littérateurs pour chercher les succès plus faciles du roman-feuilleton.

Lorsque la collaboration des deux frères a cessé, l'aîné a continué de donner des œuvres fortes qui ont révélé chez lui, en même temps que les dons les plus rares d'imagination constructive et de vision réaliste, une culture et une intelligence scientifiques qui se sont rarement rencontrées chez un romancier^.

Paul Adam improvisateur hâtif et fougueux, imagination puissante, esprit curieux, tour à tour attiré vers les sujets les plus divers, depuis l'idéalisme le plus fantaisiste jusqu'au plus pur réalisme, capable tour à tour de voir le présent, d'imaginer le passé et de rêver l'avenir, de peindre largement les masses ou de noter minutieusement les plus infimes détails, était devenu, quand la mort l'a pris en pleine production, un maître incontesté du roman français. Il avait la force réalisatrice des Zola et des Balzac. Il les dépassait peut-être, et tous les autres avec eux, par une puissance de vision telle que l'on a à chaque instant l'impression que les descriptions de villes, de foules, de fêtes, d émeutes, etc., qu'il introduit dans ses évocations historiques, ne sont pas inventées d'après des documents écrits, mais traduites d'anciennes estampes : peut-être d'ailleurs est-ce arrivé plus d'une fois.

Dans les générations plus jeunes, entre 1895 et 1914, ont apparu des originalités variées : Edouard Estaunié s'est révélé par une œuvre bien personnelle où il a dépeint l'éducation ecclésiastique, plus précisément la prise de possession des consciences enfantines par la souple pédagogie des Jésuites ; curieux de psychologie, mais de la psychologie que ses devanciers n'ont pas faite, il paraît s'être intéressé surtout à la vie secrète des âmes, et s est

CYRANO DE BERGERAC, e) Une tcène du premier', acte qui se passe à l'Hôtel de Bourgogne. Œuvres de Rostand ; Publications I .afitte, éditeur.)

plu à montrer, dans des castrés variés, ce qui peut tenir, dans les caractères les plus effacés ou les existences les plus ternes, de passions indomptables, de souffrances ou de voluptés effrénées ^.

Charles Louis Philippe^, d'abord sentimental et lyrique, a réprimé ses élans, et s'est imposé la loi de cacher sa sensibilité dans des études réalistes de modèles et de milieux vulgaires : artiste sobre et volontaire, chez qui l'on ne trouve plus trace d'écriture artiste, et qui a donné d'excellents exemples du retour à la langue saine, à la phrase correcte. Quel que soit le mérite de ses romans, il vaudra surtout par la leçon de français qu'il a donnée.

D'ailleurs, « ces jeunes » des premières années du XX'' siècle ont eu en général le goût de la bonne langue, de la prose nette, lumineuse et ferme : André Gide^, esprit inquiet ou curieux, parfois excentrique dans l'ironie de sa fantaisie, peintre subtil des cas douloureux, poète par la sensibilité, par la perception de la beauté des lieux et des jours, mais poète ayant le don de l'analyse, critique lucide, et qui garde dans ses hardiesses quelques solides attaches à la meilleure tradition française ; les frères Jérôme et Jean Tharaud *, ces étonnants peintres de mœurs et d'âmes provinciales ou exotiques, qui de la sécheresse oij ils se condamnaient à leur début, sont arrivés peu à peu à élargir leur manière sans lui enlever de sa précision ; et ] en pourrais nommer plusieurs autres.

Dans la multiplicité confuse des œuvres et la diversité des tempéraments, plusieurs directions se laissent distinguer. Le roman psychologique a continué de subsister, et même brillamment : sans parler des romanciers qui font leur objet principal de l'étude d'âmes, on peut dire que la préoccupation psychologique ne quitte guère un écrivain français. C'est en quelque sorte la marque de la fabrique nationale.

On peut citer, outre Edouard Estaunié, le regretté Émile Clermont, auteur de cette Lame (1913), qui avait fait tant espérer de lui, et Jules Sageret, avec cet original Paul le Nomade (1910), où l'esprit est si aigu, la sensibilité si profonde et sincère.

A la veille de la guerre s'est révélé Marcel Proust ^. Il s'éloigne de l'idéal classique de netteté, d'ordre, et de mesure : son style touffu, minutieux et surchargé, découragera beaucoup de lecteurs. Il a pourtant une fraîcheur poétique de sensations et d'émotions, une sensibilité aiguë jusqu'à être presque anormale, une psychologie subtile et neuve, qui payent ceux que la difficulté de l'abord n'a pas arrêtés. Peintre impitoyable de la société et surtout de la noblesse contemporaine, il a le don de percevoir, en lui et chez les autres les moindres frémissements, l'activité intérieure : on n'imagine pas ce qu'il découvre

\.L' Empreinte, 1895 : Le Ferment, 1899 ; La Vie secrète, \908.Les choses voien}, 1913. etc.

2. Quatre histoires de pauvre amour, 1897 ; La mère et l'enfant, 1900 ; Buhu de Montparnasse, 1901 ; Le Père Perdrix, 1902 ; Marie-Donadieu, 1904.

3. André Gide (né en \m) : L Immoraliste, mi; Prétextes, ; la Porte étroite, 1909; /saie//e, 191 1 ; Nouveaux prétextes, 1912, etc.

Page 1