‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 265 sur 364 · UNE PAGE DU MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE CHANTECLFR : HYMNE · texte numérisé non relu

UNE PAGE DU MANUSCRIT AUTOGRAPHE DE CHANTECLFR : HYMNE

AU SOLEIL. On remarquera que le nom du principal personnage est orthographié Chanteclair. (Collection de M. Louis Barthou.)

influences étrangères (les Anges gardiens). Paul Adam nous a fait le tableau de la misère et de l'injustice qui résultent du régime économique, et nous a décrit avec un idéalisme ardent la réforme nécessaire de la société {la Force du mal. Cœurs nouveaux). Le Trust est une étude saisissante des conditions de l'activité industrielle dans la société contemporaine, et des difficultés qu'éprouve à s'y adapter la mentalité formée au cours des siècles par la civilisation française.

Toute l'œuvre, si originale et si colorée, de Pierre Hamp ^, est je ne dis pas seulement remplie, mais elle est née de l'inquiétude sociale, de la volonté de peindre le malaise social pour en chercher le remède. Enfin qu'estce que cet étonnant Jean Barois (1913) qui nous révéla Roger Martin du Gard, sinon une enquête sur les états d'esprit de la jeunesse française vers 1900-1910, dont il serait difficile de dire s'il faut la classer parmi les études psychologiques ou les études sociales?

Le symbolisme et l'émoi poétique qui l'a prolongé nous ont valu une recrudescence du roman personnel ou lyrique : le plus souvent, ou du moins dans les meilleures œuvres, le lyrisme se tempère de réalisme, et l'observation s introduit au travers de l'effusion.

Un des faits littéraires les plus intéressants des trente dernières années a été l'essor du roman régional ou local. C'est l'une des suites les meilleures de ce mouvement un peu vague et fort mêlé qu'on a appelé le régionalisme : l'intérêt des littérateurs s'est éveillé sur leur petite patrie, sur le caractère de grâce ou de grandeur particulier à chaque coin de France, terre et gens.

Toutes les notes se sont rencontrées, du naturalisme le plus exact au lyrisme le plus tendre et au symbolisme le plus stylisé. Cependant, en général, ce qui a donné le ton, ce n'a pas été l'antipathie sévère de Balzac pour les paysans, ni la crudité réaliste de Zola, ou l'objectivité un peu méprisante de Flaubert ou de Maupassant ; pas davantage la transfiguration sympathique et la complaisance un peu molle de George Sand. Ç a été plutôt, et peut-être sans intention consciente de suivre un modèle, mais en vertu d'une certaine évolution de la sensibilité littéraire, l'exactitude bienveillante et un peu amusée d'Alphonse Daudet, ou le chaud regard curieux de Ferdinand Fabre une certaine pitié pour la peine des hommes et pour celle même que leurs fautes leur attirent, et une sympathie d'artiste pour la vie, pour la beauté de l'effort humain déployé dans la beauté du monde. Pouvillon fut un des premiers à montrer la voie.

Tantôt la nature est l'objet principal de l'écrivain : l'homme n'est qu'un élément de la grande vie universelle. Tantôt le paysage est le fond sur lequel se détache la vie humaine ; les caractères, les mœurs, se colorent et s'expliquent par le milieu local, par les lentes influences du ciel et du sol.

Pans a sa place dans le vaste tableau de la France par

\. Marée fraîche, 1908 ; le Rail, 1912 ; l'Enquête, 1914, etc.

lequel nos romanciers ont complété les esquisses passionnées de Michelet, et illustré les savantes descriptions de Vidal de Lablache. Mais non pas le Pans des gens du monde, le tout Pans cosmopolite. C'est le Paris des faubourgs, des quartiers populaires, le Pans du travail et de la lutte pour le pain de chaque jour qui nous est offert dans l'admirable roman de Gustave Geffroy, dont j'ai parlé tout à l'heure, l' Apprentie, et dans les œuvres de Léon Frapié, de Simone Bodève, de Rosny l'aîné ^

Marcelle Tinayre, dans la Maison de Péché (1902), nous a apporté des fins paysages de l'Ile de France (Montfort l'Amaury) ; Marguerite Audoux, dans Marie-Claire, la triste et si prenante Sologne René Boylesve ' s'est fait le poète véridique et tendre de la vie bourgeoise et rurale en Touraine. René Bazin a pris les bûcherons du Nivernais ^ : le Bourbonnais a inspiré à E. Guillaumin la Vie d'un simple, un chef-d'œuvre d'émotion discrète et de vérité simple, où le refus de la beauté littéraire tourne en beauté '. Les frères Tharaud font vivre devant nous, à leur manière concise et vigoureuse, les hobereaux du Limousin, dans leur cadre de paysage et de société

Le Périgord, ses paysans, ses meuniers, ses bourgeois de petite ville, son effort incomplet au cours du XIX^ siècle pour s'élever d'une sauvagerie farouche à la civilisation et au bien-être, remplissent l'œuvre d'Eugène Le Roy '. Chez Pouvillon, c'est la Gascogne, et la ruse du paysan pour disputer sa terre au fleuve ou la reconquérir. Emmanuel Delbousquet a mis son âme de poète dans l'évocation de la vie des résiniers des Landes

Le pays basque nous a donné un pur chef-d'œuvre, Ramuntcho (1896) ; je ne sais si nulle part la nature locale a été mieux sentie par Loti ; ses paysages bretons ne sont pas supérieurs.

Charles de Bordeu a peint en poète la plus humble vie, celle du paysan béarnais

Le Languedoc, la montagne et la plaine, après Ferdinand Fabre, a inspiré les V endanges de Georges Beaume Arles-sur-Tech et la Catalogne française ont eu leur peintreen Mlle JeanneNérel Edmond Jaloux s'estattaché à sa Provence ; Toulon a inspiré H. Daguerches Claude Farrère Diraison-Seyior ^'^ ; et Marseille, avec ses nervi et la vie cosmopolite de son port et de ses usines, a suscité la vision éclatante et nette de Louis Bertrand Edouard Rod et Henry Bordeaux se sont emparés de la Savoie

Gaston RoupneP*^ nous a dessiné la figure haute en

1. Léon Frapié. La Maternelle. 1904. S. Bodève. La petite Lolte, 1907; Celles qui travaillent. 1913. J.-H. Rosny aîné. Histoire d'une famille (1, Les rafales, II, Dans les rues, etc ).

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