‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 29 sur 364 · I. " -«îeenard · texte numérisé non relu

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COMÉDIE ET DRAME

Un genre s'y créa, l'opéra-comique, comédie à ariettes, très analogue à notre vaudeville à couplets. L'opéracomique sacrifiait forcément à l'actualité. Aussi se modelat-il sur la comédie larmoyante ; et il en emprunta la sentimentalité, la niaise psychologie, l'optimisme attendri. On conçoit que la peinture des mœurs mondaines lui échappe : il se complaît au contraire dans les sujets populaires. Il s'approprie la paysannerie, qu'il traite avec une naïveté de convention, exclusive de la franche et fruste nature. C'est sur ces scènes de la Foire, et précisément en raison de leur humilité qui les soustrait aux lois de la littérature, que paraissent les premiers indices d'un goût nouveau, les premiers essais d'une représentation plus exacte des « milieux », des formes extérieures et des instruments matériels de la vie : dans cette voie, la Comédie-Française alla à la remorque de l'opéra-comique et des Italiens. Mme Favart joua une paysanne en sabots et en jupe courte, avant que Mlle Clairon supprimât les paniers d'Electre. Voyez ces indications scéniques d'une parodie de Vadé:

« Le théâtre change et représente une veillée ou encreigne ; une vieille est occupée à filer au rouet, et s'endort de temps en temps, pendant lequel (sic) deux jeunes personnes quittent leur ouvrage pour jouer au pied de bœuf, et le reprennent quand la vieille s'éveille.... Une petite fileuse se détache du groupe, et danse une fileuse, tandis que les autres exécutent tout ce qui se pratique dans une veillée de village ^. »

Cette mise en scène de la vie rustique n'est-elle pas caractéristique en sa minutie? L'opéra-comique, à son heure, satisfit le goût du public pour la précision du décor et du costume ; en le satisfaisant, il le fortifia et l'excita.

Quand rOpéra-Comique fut réuni à la Comédie-Italienne, quand Duni, Grétry, Monsigny eurent transformé le genre en développant la partie musicale, quand il devint ce que nous l'avons vu en notre siècle, les théâtres des boulevards, qui avaient remplacé les scènes de la Foire, ressuscitèrent le primitif et populaire opéra-comique dans le vaudevilleà couplets, qui demeura je n'ose dire un genre littéraire, mais enfin ne devint pas un genre musical.

COMÉDIE SATIRIQUE. £/ 0 Revenons à la comédie sans épithète, au genre de Molière, de Lesage et de Dancourt. Comme il est naturel, la création de la comédie larmoyante, en séparant les éléments hétérogènes qui y étaient contenus antérieurement, la rétablit dans la pureté de sa définition. Destouches, qui avait fait le Glorieux, protesta que le rire était l'effet unique et nécessaire de

jolies comédies du temps. Il mourut en 1792. Théâtre, 1763-1772, 10 vol. in-3'; 1813, 3 vol. in-I2 (théâtre choisi) ; Mémoires et correspondance littéraires, Paris, 1808, 3 vol. în-8.

1 . La Fileuse, parodie i'Omphale (1752). Œuvres de Vadé, Troyes. an VI, 6 vol. in-12.

2. J.-B. Gresset, né à Amiens en 1709, auteur de Vert-vert (1733), de SiJneu, drame moral, et du Méchant (1745) ; il mourut enl777. Œuvres, Paris, Lecointe, 1829, 2 vol. in-12. — A consulter : E. Wogue, Gresset. 1894.

3. Charles Palissot de Montenoy (1730-1814), attaqua Jean-Jacques dans sa comédie du Cercle, publia en 1 757 ses Petites Lettres contre de grands philosophes, et les joua dans ses Philosophes (1760). 11 ménagea toujours Voltaire. Ses Courtisanes sont de 1782. — E«lition : Œuvres, 4 vol. in-8, Paris, 1788. — A consulter : Delafarge, La vie et l'œuve de Palissot, 1912.

la comédie. Piron maudit le genre sérieux en y revendiquant sa part de paternité: il écrivit sa Métromanie{\73S), peinture trop chargée d'un travers trop spécial, et dont vraiment on a fort exagéré l'agrément.

Après Destouches, il ne faut plus parler de la comédie de caractère. La comédie plaisante se renferme dans la peinture des ridicules mondains : cette peinture est à l'ordinaire sans largeur et sans couleur, sèche, fine, spirituelle. C'est moins une représentation sensible de la vie qu une analyse piquée d'épigrammes. De là l'agrément et la froideur de ces pièces. La froideur domine dans les grandes comédies. Le Méchant même de Gresset " n'en est pas exempt : c'est une piquante satire d'un caractère mondain, de l'homme à bonnes fortunes du milieu du siècle, égoïste, persifleur, se faisant un jeu, par « noirceur », de diffamer et compromettre les femmes. Il ne manque à cet ouvrage finement écrit que la puissance dramatique.

L agrément domine dans les petites comédies en un acte, qui sont souvent de vives esquisses des mœurs. Le Cercle de Poinsinet (1771) est le type le plus fameux du genre : on ne saurait mieux exprimer le vide absolu des cervelles mondaines, la puérilité des engouements, des caquetages, des vanités, toute l'insignifiance de cette vie extérieurement brillante et exquise.

Il y eut encore certaines tentatives intéressantes, sur lesquelles je ne m'arrêterai pas, parce qu'elles ont trop complètement avorté. Palissot ^, dans ses Courtisanes,

PORTR.MT DEj MADAME FAVART EN SPILETTA . a Gravure anonyme. (Bibl. Nat., Est.) CL. HACHETTE.

H'''' L1TTÉR.ATLRE. T. II.

LE DIX-HUITIEME SIECLE

essaya de restaurer la comédie de satire sociale, à laquelle Molière avait touché dans Tartufe. Dans ses Philosophes, comme Voltaire dans son Écossaise, il renouvela la comédie aristophanesque, âpre parodie des idées, satire virulente des personnes. Ce n'était plus, comme dans la tragédie, des tirades générales, des allusions indirectes : la polémique s'établissait sur la scène même ; et les auteurs y faisaient descendre les hommes et les systèmes qu'ils voulaient honnir, à la fois désignés et reconnaissables sous leurs baroques déguisements.

Tous les genres que j'ai nommés, anciens et récents,

déformations et créations, toutes les traditions et toutes les nouveautés, comédie larmoyante, comédie de caractère, comédie de mœurs, bouffonnerie, satire morale, sociale, philosophique, aristophanesque, tout cela se réunit dans l'oeuvre supérieure que le théâtre comique nous présente à la fin du siècle, dans l'étincelant et complexe génie de Beaumarchais, qu'il nous faut réserver pour le faire apparaître à sa date ^.

I. A consulter, outre les ouvrages déjà indiqués ; G. Desnoiresterres, Zai Comédie satirique au XVlIl'' siècle, Paris. 1885, in-8. L. Fontaine. Le Théâtre et la philosophie au XVIII^ siècle. A. Jullien, Histoire du costume au théâtre, Paris, 1880, gr, in-8.

LE ROMAN

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