CHAPITRE DIX-SEPTIKME
l'anarchie
Crassus avait abdiqué ses fondions do consul avant la (in
de l*annéc pour se rendre dans sa province de Syrie; Pompée,
au contraire, hésita à quitter Rome et finit par refuser d'aller
en Espagne ' ; il resta dans les environs de Rome et lit
administrer ' ses provinces par ses lieutenants, le consulaire
L. Afranius et l'ancien préteur M. Petreius. Sa conduite était
tout à fait illégale ^; il donna comme justification le prétexte
qu'il était encore chargé de Tannone jusqu'en 52, que ses
pouvoirs comme directeur de Tannone étaient supérieurs à
ceux que lui conférait son titre de gouverneur d'Espagne ^;
or, Pompée commettait une nouvelle illégalité en cumulant
deux emplois qui n^étaient pas compatibles. La vraie raison
qui retenait Pompée en Italie n'était pas celle qu'il donnait,
ni son amour pour Julia^; il sentait que pour rester Tégal
de César, il ne devait pas s'éloigner plus loin de Rome que
César*.
£n 56, César avait soumis par lui>même ou par ses lieutena.T)ts les populations maritimes de la Gaule ''; en 55, il avait rèté sur le Rhin les tribus germaniques des Usipëtes et des noterez; il avait même franchi le Rhin, et avait encore eu le
•;> Gic, Fam., 7, 5, 1.6, 6,5.
•> VeIL,2, 48.
*> Oio C, 39, 39, Cf. App., 6. c. 2, 18. •J ï*lal., Pùn^., 53. Cross., 16.
■> CtCic, Pkrni., 6, 6, 5.
"> C:*!., B. 0., 3, 7-29. Dio C, 39, 40-46. Liv., ep.y 104. Flor., 3, 10. "">a,6,8.
3R0 LA DISSOLI'TIOM t>E LA REPUBLIQUE [I\, tT
temps il'allfrfairo une (iosrenlo en Brelagno '. Dans le sml, (-aton avait dimiandé que Ci'sar fût livré atix Germains pour avoir vinié le droit des gens ■; le si'nat n'avait pas moins vnli; ou son lionneur dos actions de grâces de vingt jours *. Pendsnl l'hivor, César était venu dans la Cisalpine '; de là il aviil essayé de diriger les élections pour îi3, et avait pris ws mesures pour paralyser l'initiative du consul Ahcnoliarlms ([ui avaitjuré d'enlever h César ses provinces'. Poiii[iéc no pouvait pas seconder César; mais il avait compris la néri'Ssité de rosier en Italie pour se tenir au courant de ses intrigues et rester maître de la situation".
Sans aucun doute', César dirigea les intrigues éloclorsW en .*ii: elles dépassi-rent en corruption tout ce qui s'était fait jusque-là"; au mépris d<'s prescriptions si sévi-res de la Ini Lirinia, C. Memmius (îemellus, qui avait été en 58, conimc préteur, un de» principaux adversnires de César avec Aiienr»liarbus, fut alors un des candidats patronnés [lar César'. Le rnnsut Appius Claudius vint faire une visite à César avant son départ pour la Caule transalpine '°. II i-st ci-rtain que Memmius donna des garanties à César, il dut probablement s'engti^r avec Appius Claudius à gêner toutes les tentatives du consul dirigées contre César, Il oblint ce résultat en s'entendanl avff son rival" le plus dangereux, Cn. Domitius Calvinus, ler»n- (lidat des optimales, puis tous deux siiinèrcnt avor les consuls un contrat qui devait comprouietti-e ces derniers. Les cunsuls promirent de soutenir la candidature de Memmius et HeP"mitius, moyennant l'engagement pris par les candid-ils <'>'
') Cxs.. B. G., -i, 1-38. Dîr) C, 39, 47-53. Pliit., Cr*., 22. 33. AR>- €•■11., l. 18, Lit., .t>., i05. l'Ior., :i, 10, 11. Oroe., 6, 8.9 el seq.
') Plut. . CîPs.. 21. ''«(. >nin., 51 . Syncr. Sie. et Cra»s.. i. App.. ^'''- 18. Suet.,Caf».,i»4.
») C*8., 8. G., i. 38. Dio C, 39, Ui. Cf. Cic, Pi»., 25, W. t] Cœ8.,fi. G.,5, 1.
*} Suel., Cm., 24.
•) Cr. Cio., AtL, ♦, 15, 7. 4, 17, 2.
14, 2. ad Q. fr.. 3, I, 3, 10.
2, 15, 4. 4. IS, 7. 4, 17,2, Suel.,Cjr«.,73.
CIo..rt.lO.;'c.2,15,3,
IV, 17} l'anarcbik 381
payer une forte somme s'ils élaienl élus; lus consuls prenaient un aulre eu^ctgement : dans le cas où les consuls actuels ne pourraienl oblunirlaloicui-tatcnilc décreL du sénat concemant les provinces, les nouveaux cortsuls promeltaienL d'établir par le faux témoignante de Iruis augures et de deux consulaires que la loi curialc avait été rundue, et que le sénatiis-uonsulle de provincits ornaudîs avait été volé '. Un pareil engagement devait gi^.ncr dans la suite Abenobarbus, il ne pourrait plus agir avec la même liberté, il serait impuissant^.
Les autres candidats furent M. Valérius Messala, qui avait déjà échoué en 55; soutenu par le séoat^, il avait contre lui Pompée'; aussi M. /Emilius Scaurus, lu lils de l'ancien prince du sénat \ beau-fils de Sylla; tout jeune, il s'était fait remarquer'par une accusation dirigée contre Cn. Cornélius Dolabella, lo préteur de 81 ; questeur, il avait accompagné Pompée en Syrie ; édile en 38, il avait donné des jeux splendides'; depuis sa préture, il gouvernait la ïSardaigoe' et était sur le point de revenir à Rome. 11 comptait sur l'appui de Pompée", qui ne montrait pas grand empressement ù le soutenir, sans doute parce que Scaurus avait épousé Mucia'", que Pompée avait répudiée, et qui continuait a. mener [me vie honteuse ". Le frère du consul, C. Claudius, alors gouverneur d'Asie, songeait aussi à se présenter avec l'appui de la plèbe, s'il voyait qu'avec cet appui il pourrait arriver plus facilement. Il se désista pour rester un an de plus en Asie", probablement
') Gic, AU,, 4, 18. -i. i, 15, 7. ad (J. f,:, 2, 15, 4. 3, 1 Cf. App., fc. c , 2. 11).
•> Cic, udy. /V.. 1!, 15.3.
») Cie., AU., 4, 17, 2. ad U- fr., 3, I, 5, 16. 3, 3. 2. *) Cic. AH., 4, 15,7, ») Cr. Cic, AU., 4, 17, 2.
•) Cic, in Yerr, accus., 1, 38, 97. Ascon., p. 30. ') Cic. Off.. 2, 16, 57. Alt., i, 17,
Schol. Bob., p. 304. -\3coii., p. 18. 'M. Va] ■) Ascon., p. ly.
*J Cic, AU., i, 15,7.
«) AscQU.ip. 19. 20.
<-)CHtull., 113- •») Cio-, Scaur.. 2, 33 et ae^. Cf. Asi:ori., i
. Schol. Bob., p. 373.
tA DIBSOLtmON DK U RAPDBLIQDK
(IV, ! liait la coDvenlîon l'ond
sur l'invilation de son frère, que avec Memmius et Domîtius.
Par suite de celle convention tenue secrfele, la corropti électorale prit des proportions telles qu'en mai ou en juin eut l'idée d'élablir une dictature pour mcllre fin à l'anarclii Pompée ne pouvait qu'approuver un pareil projet, parce t\ était seul en mesure de prendre la place de dictateur '■ En ji et juillet, la brigue fit l'objet des délibérations du séi mais on ne prit aucune résolution *; on s'entendit pour dé miner les provinces qui seraient données aux nouvcj consuls *. Les comices de celle élection devaient avoir lieu juillet', ils furent renvoyés en septembre '.
Caton, qui était préteur, ne pouvait rien contre ces sordres. Il obtint seulement, par son autorité personnelle, di candidats au tribunal, tous jeunes gens au début de leur carrière, qu'ils renonceraient à employer la corruption; ctiacuD déposa entre ses mains une somme de 300,000 sesterces, jura que s'il se laissait entraîner h employer la corruptîi il abandonnerait Ih somme h Caton, el Caton pourrait lii partager entre ses rivaux. Les élections eurent lieu probabbmonl le 28 juillet, elles furent calmes, el Caton u'cut à confisquer que le dépôt d'un seul candidat'. On est lieureuii de constater l'inlluence qu'a pu exercer un homme d'honneur dans uue circonstance particulière; il n'en reste pas moins établi que les lois et les Iribunnux étaient impuissants kobtei ce qu'obtenait la seule vertu d'un citoyen '; et encore il manquait pas de gens pour regretter l'influence morale Catou *. D'ailleurs la morale de Caton se démentait bien v sur d'autres questions : nous le voyons céder auiîcalcraenl n
)Cic.
odO/''-.. 2,15,5.
Cf
8, 4. Qu
nt., 9.
'JApp
adO
fr -, 2. IG. 2
) Cie.
Alt,
1 AECon., p