IV. 2.'îj OCTAVE, UEHlTieH DK CÉSAR
triomplié à la tèle de leurs armées. Cicéron nu s'unÎL donc avec Oclavo qu'à conlre-cœur ' , espéranl d'une part iju'il réussirait à le maintenir dans ses sentiments de déférence à l'égani du sénat ', espéranl d'autre part qu'après avoir ab.iltu Antoine à l'aide d'Octave, il pourrait renverser Octave, dans le cas où ce dernier abuserait de la victoire, avec les armées do Brutus et de Gassius *. Il savait qu'il jouait un jeu dangereux et ne se faisait pas d'illusion sur l'issue de la lutte '. Cicéron n'en a pas moins eu un grand mérite, celui d'agir enfin avec décision et énergie dans des circonstances difficiles, et celui d'avoir honoré par son noble dévouement les derniers instants de la République.
Au moment où Octave arriva devant Rome, Dolabella venait de partir pour aller enlever la Syrie à G. Cassius'. Octave cbargea le tribun Ti. Cannutius de parler au peuple, de lui déclarer qu'il défendrait la république', et de soulever l'opinion contre Antoine '. Octave entra dans la ville, protesta dans une assemblée de la loyauté de ses intentions, et fit le serment à double sens que voici : lia mihi parentis honores consefjui liceut ". 11 n'eut pas le temps de négocier avec !e sénat, il n'était pas absolument sur de son armée ', et Antoine venait de se mettre en marche de Rrundisium vers Rome avec la légion de l'Alouette '". Octave conduisit son armée & Arrclium", pour avoir le temps de gagner ses bonnes dispositions cl la fortifier par des enrôlements; d'Arretiura il se mit c« relation avec D. Brutus " ; D. Brutus n'avait pas voulu suivre
') Cic, ,4H.,1G. il, (t. Fum, IL'. 25, i. Ad Brut., 1, 15, 6. Phil., 3, », 19. 5, 8. 23. Dio C, 45. 15. PluL., Cic, 45.
') Fini., Cic, 45. Cf. Ciu., Plût., 5, 18. Ad Urul., 1, 3, i.
') Cic, ad Brut., 1, 10, 4. Cf. App., b. c, 3, 48. Dio C, 45, 11. 46, 3. 3i. Vell., 2,62.
'iCic, A(t.,I6, 15.5.
'i Dio C . 45, 15. 47.29. App., f: c. :t, 24. 57. Cic, Phil., 11,2, 4.t
'1 Dio C, 4.5, 12. App., 11. c, 3, 41.
■lApp., 6. c, 3, 41. Cic, AU., 10, 15,3.
*) App., b. c, 3, 42. M. f^l^^^^^^M
"I Cic.,,W(., 16,8,2. 10, 10, 1. 16, 13c', 1. 16, 14. 1. Cf. Af^y.Jb4# 3,43.
") App,. b. r., 3. 42. Dio C, 45, 12.
")Dio C, 45, 14. Cf. Cic, Fam., il,^^
le conseil de Cassius et de M. Brutus*, c'est-à-dire marcher sur Rome pour attaquer Antoine au moment favorable ; il n'avait même pas fait de préparatifs pour une résistance énergique *, dans le cas où il serait attaqué ; il avait préféré entreprendre une campagne contre les montagnards des Alpes : il croyait avoir mérité le triomphe ^
En se rendant à Brundisium, Antoine s'était arrêté à Suessa, pour faire exécuter les soldats de sa garde qui avaient été arrêtés pour avoir pris part au complot d'Octave*. A Brundisium il constata que les légions de Macédoine déjà mises en relation avec Octave à Apollonia% avaient été travaillées par ses agents \ Antoine les réunit, leur parla; les soldats murmurèrent et se plaignirent du présent qu'on leur faisait : 100 deniers (400 serterces) par soldat, ce n'était pas assez \ Antoine voulut rétablir Tordre en employant la rigueur ; il fil arrêter et exécuter un certain nombre de soldats et de centurions *. Alors la légion Martia et la IV* se séparèrent du 'parti d'Antoine, qui était accouru à Rome; pendant qu'on les conduisait dans le nord de l'Italie, elles passèrent du côté d'Octave '\
Avant de rentrer à Rome, Antoine avait convoqué le sénat pour le 24 novembre; Tédit portait que tous les sénateurs devaient assister à la séauce , ceux qui ne viendraient pas seraient considérés comme ses ennemis *" ; les tribuns L. Cas-
') Cic, AU.. 15, 11, 2.
') App., 6. c, 3, 27.
^) Cic, F<im., 11, 4, 5. il, 5. i.
*) Cic , P/tî7., 3, 'i, 10. /i, 2, 4. 13, 8, 18. Cf. App., 6. c, 3, 39.
5) App., h. c, 3, 10. Me. Dam., 16. Vell. 2, 59.
«) App., h. c, H, 31. 39. 40. 43. Dio C, 45, 12. Nie. Dam., 31. Cf. Cie., An., 10, 8, 2.
") Cic., Att., i6, 8, 2. Phil., 5, 8, 22. App., 6. c, 3, 43. Dio C, 45, 13.
•) Cic, P/i//., 3, 2, 4. 3, 4, 10. 3, 12, 30. 4, 2, 4. 5, 8, 22. 12, 6, 12. 13, 8. 18. Liv., ep,, 117. Dio C, 45, 13, 35. App., b, c, 3, 43. 53. 56.
») Cic, Phil., 3, 3. 4, 2. 5, 8, 23. 5, 19, 52. 10, 10, 21. 12, 3, 8. 1:J, 16, 33. 14, 10, 27. 14, <2, 31. Fam., 10, 28, 3. 11, 7, 2. Liv., cp., 117. Vcll., 2,61. Tac, Ann., i, 10. DioC, 45, 13. 42. App., 6. c, 3,45. 47. 56.
»») Cic, PhiL, 3, 8, 20.
IV, 25] OCTAVE, IIËRITIEII DE CÉSAB 579
siiis.U. Carfulcnusct Ti. Cannulius ne pourraient y assister*. Anloine rentra dans Rome pour le jour indiqué ; son entrée se fil en grand appareil, il parut entouré de sa garde, avec des airs menaçants' : la séance du sénat fut renvoyée au 28 novembre* : Antoine voulut d'abord so rendre à Tibur pour haranguerses troupes et s'assurer de leur fidélité'. Son intunlioQ était de mettre ii l'ordre du jour au sénat la discussionsur la situation de la république, de summa repiiblka, et d'obtenir un sénatus-consultc portant qu'Octave' était un ennemi de la république, hostis rei p»6licx'. Mais avant la séance il apprit la défection de la IV' légion ; il changea l'ordre du jour, et fit voter des actions do grflcosen l'honneur de Lépide'. Lépide avait réussi à empêcher une guerre' avec Sex. Pompée , au moyen de négociations dont il avait été chargé en avril. En faisant voter des actions de grAces, Antoine n'avait qu'un but, s'altachor Lépide, qui, maître de la Gaule narbonnaise, pouvait lui rend) e des services, mais aurait pu aussi lui susciter des di^îcultés ; en second lieu, il espérait détacher Sex. Pompée de la coalition républicaine, à la tétc de laquelle se plaçait Octave ; on vertu du traité signé avec Lépide, traité qui tut alors approuvé', le Trésor devait rembourseràSex. Pompée, en argent, la somme qu'avait produite la confiscation des biens du grand Pompée '". Après le 28 novembre, Antoine essaya, mais inutilement, de ramener à son parti " la légion Martia ", qui était alors à Alba Fuccntia ;
')Ck., Phit., 3, y, 23.
') App., (.. (,■-, 3, 45. 52. Cic. Pkil., 13, 9, 23.
>) Cic, Phil.,3, 8,20.
M Cic, Phil., 13,9, 19.
'j Antoine l'avait déjà attaqué dons de Tiombrou): édils avec violence : Cic, Phil.. 3, 6, 15. 3, 8, 19. 21. 13, 9, 19.
•)Cic., Phil., 3,8,20. 3. 9,24. r>, 9. 23. 13, 9, l'J. Apii-, 6. c, 3, 15.
") Cic, Phil., 3, 9, 23. Cf. AU., 16, 11. 8.
*) Cic, Phil., 5, 15, 40. 13, 4, 8. 13. 21, 50. Cf. AU., 15, 29, 1. IC, 1, 4. iti, 4, 1,
*) La ralilicalion du traité est considérée comme l'oiuvre àe Clairon : Cic, Pkil., 5, 14, 39. 5, 15, 41. Dio C, 45, 9. tO est du I
■■) Uio C, 45, 9. 10. 48, 17. App., 6. c, 3, i. 57. 94. ( 10 el aeq.
")App., 6. c.,3, 45.
■*J Cic, P/àl., 3, 3, 6. 4, 2, 6. 14, iZ. 31.
580 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 23
il réunit encore le sénat pour régler diiTérentes affaires administratives * : on tira au sort les provinces prétoriennes pour 43 ; son frère Gajus eut la Macédoine ^ Puis il quitta Rome la nuit sans avoir rempli les formalités prescrites' ; il se rendit à Tibur*, où il fit prêter le serment à ses soldats, aux sénateurs et aux chevaliers qui raccompagnaient ^. Son armée comprenait* une légion de vétérans et trois légions de Macédoine, son frère Lucius commandait une de ces dernières' ; il se mit en route pour Ariminum, voulant prendre possession de la Gaule cisalpine' avant la fin de Tannée'. Il agissait en consul *^, et non en proconsul : les pouvoirs que lui avaient conférés la loi Antonia de permutatione provinciarum ne devaient commencer qu'au 1"' janvier **.
Grâce à Octave, Rome fut délivrée pour quelque temps de la tyrannie d'Antoine ". Un grand événement venait de s'accomplir, gros de conséquences : Thérilier d'un dictateur venait de soustraire des légions vénales à l'autorité d'un consul ^\ qui était, il est vrai, un tyran, mais enfin possédait un pouvoir légal ; la liberté était encore une fois sauvée non par la loi, mais par la trahison des légions ^\ Les premiers dictateurs, Sylla et César, étaient au moins de glorieux génies militaires qui se servaient de l'armée, instrument souple entre
leurs mains, pour assurer leur pouvoir. Maintenant, l'Etat est
^) Cic, Phil., 3, 10, 24. 13,9, 19. Dio C, 45, 13.
•) Cic, PAï7.,3, 10, 24 et seq. Dio C, 45, 9. 22.
») Cic, Vhii., 3, 4, 11. 3, 10, 24. 5, 9, 24. 13, 9, 19.
*) Cf. Cic, PAi7.. 6, 4, 10.
») App., 6. c, 3, 46. 58. Dio C, 45, 13.
6) App., 6. c, 3, 46.
6) Cic, Vhxl,, \\ 12, 31. Cf. 6, 4, 10. 6, 5, 14.
») Dio C, 45, 13. App., h, c, 3, 52. Cic, VhxL, 3, 1, 1. 3, 12, 31. 3, 0 , 24. 10, 10, 21.
9) Dio C, 45, 20.
«0) Cic, ?h\L, 4, 4, 9. Cf. 3, 5, 12. 5, 13, 37. 6, 3, 8. Cf. Ce, ai kii,, 8, 15, 3 consulesj qiiibus more majorum concessum est vel omnjs wUrepr tvincias.
»') App., 6. c.,3, 55. Dio C, 46, 26.
•*) Cic, Phil., 3, 2. 3, 4, 8. 4, 1, 3. Fam., 10, 28, 3. Dio C, 45, 38. •3) Plat., Brut., 23.
«*) Cf. Cic, PhiL, 13, 16, 33. App., 6. c , 3, 56. 62. Dio G., 45, 22. 26.