‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 89 sur 187 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

Les triumvirs publièrent d'abord un édit' concernant la proscription*. Ils fixèrent les récompenses qui seraient accordées à ceux qui mettraient à mort un proscrit : les hommes libres recevraient 25.000 deniers, les esclaves 10.000 avec la liberté et le droit de cité. On les mit à Tabri de toute poursuite ultérieure ; on se rappelle en effet que les exécuteurs des proscriptions de Sylla avaient dû rendre comple de leur conduite ; pour les mettre à l'abri de poursuites semblables, on leur donna l'assurance que leurs noms ne figureraient pas sur les registres du trésor'. Serait également proscrit quiconque cacherait ou essaierait de sauver une victime des triumvirs^. On dressa deux listes, tabulœ proscriptionis; sur lune figurèrent les noms des sénateurs, sur l'autre ceux des chevaliers; mais on y ajouta ensuite des noms nouveaux*. Plusieurs y furent inscrits uniquement à cause de leur fortune*. Il est difficile de retrouver le chiffre exact des victimes''; il périt environ 300 sénateurs et 2.000 chevaliers*.

«) App., 6. c, 4, 8-U.

«) App., 6. c, 4, 1. 6. 12-51. Dio C, 47, 3-13. Plut., Ant., 19. Cic., 46. Bm(., 27. Liv., ep., 120. Nep., AU., iO et seq. Vell., 2, 66. Flor., 4, 6. Obseq., 69. Oros., 6, 18. Cf. Seu., Suas., 6. 7, p. 27, 39. Bu.

')App., 6. c, 4, 11. DioC, 47, 6.

•) App., 6. c, 4, 7. 11. 23. 37. Dio C, 47,7.

») App., 6. c, 4, 7. Dio C, 47, 3. 13.

«) App., 6. c, 4, 39. Dio C, 47, 6. 8. Nep., Ait., 12. Val. Max., 9,5, 4. Piin., n. h., 34, 2,3, 6.

') Dio C, 47, 13.

•) App., 6. c, 4, 5. 7. Plut., Ant., 20. Cic, 46. Brut., 27. Liv., ep., 120. fïor., 4, 6, 3. Oros., 6, 18.

Les proscriptioQS furent donc plus nombreuses qu'à l'époque de Sylla; dans Texécution on fut aussi beaucoup plus crueP. Les soldats agirent avec tant de férocité que les triumvirs durent intervenir pour modérer leur zèle * ; les officiers obtinrent les fonctions et les charges sacerdotales des victimes^ Les biens furent mis à l'encan; il avait été décidé que les femmes retireraient leur dot, que les fils auraient le dixième, les filles le vingtième de la fortune paternelle, mais cette promesse ne fut pas tenue d'une manière générale^.

La plus, illustre victime fut M. TuUius Cicéron; Octave oublia les services qu'il lui avait rendus^ et le sacrifia à la vengeance d'Antoine* et de Fulvie ; il fut égorgé le 7 décembre*, près de Gaète, par G. Popillius Lœnas. Il faut citer parmi les personnages connus : Q. TuUius Cicéron et son fils^ le frère du consul désigné L. Plautius (autrefois G.Munatius) Plancus', le consulaire C. Cassius Varus', le trop célèbre C. Verres", le tribun Salvius qui était alors en fonction", et deux préteurs Minucius et (Villius) Annalis '^

Quelques-uns des proscrits furent épargnés ; on cile L. iEmilius Paulus et L. Julius Ca^sar ; le premier, livré à Lépide par son frère, réussit à s'échapper; le second, abandonné à Antoine par son propre neveu*', fut protégé, en même

0 App., 6. c, 4, 1. 16. Dio C, 47, 3 et seq.

*) App., h. c, 4, 35.

») Dio C, 47, 14.

*) Dio C, 47, 14. Cf. Plut., Ant., 21.Nep., AW., 12.

») Cic, PhiL, 12, 8, 19. 13, 15, 30. 13, 19, 40.

«) Tac, Dial., 17. App., h. c, 4, 19. 51. Dio C, 47, 8. 11. Plut., Cic, 47. Ant., 20. Liv., ep., 120, et ap. Sen., Suas., 6, p. 32, 12. 35, 15 Bu. VelL, 2, 66. Val. Max., 5, 3, 4. 1, 4, 5. Flor., 4, 6, 5. Eulr., 7, 2. Aur. VicL, Yir, ilL, 81. Hieroii., C/iron.,- p. 139 (Schœne). Cassiod., p. 626 (Mommsen). %

') App., 6. c, 4, 20. Dio C, 47, IQ. PIul., Cic., 47.

•) App., 6. c, 4, 12. VelL, 2, 67. VaL Max., 6, 8, 5. Piin., n. h., 13, 3, 5. 25.

') App.. b. c, 4, 28.

*o) Plin., n. h., 34, 2, 3, 6. Sen., Suas. ,6. p. 36, 13 Bu.

^•)App., b. r., 4, 17.

*') App., b. c.f 4, 17 et seq.

"j App., b, c, 4, 12. 37. Dio C, 47, 6. 8. Plut., Ant., 19. Cic, 46. VelL, 2, 67. Suet,, Aug., 16. Flor., 4, 6, 4. Gros., 6, 18.

IV, 28j LE TRIUMVIRAT 621

temps qu*an certain Sergius par Antoiae, qui les fit rayer de la liste par une loi Mnnatia du consul L. Munatius Plancus^ D'autres encore furent rayés des fameuses listes par des édits', par exemple M. Valérius Messalla Corvinus', le fils du censeur de 53^; il avait servi en Afrique sous les ordres de César % et après la mort de César il avait passé dans Tarmée de M. Brutus^ Un certain nombre réussirent à s'enfuir, comme Tédile plébéien alors en fonction M. Volusius^, les uns auprès de M. Brutus et de C. Cassius', les autres auprès de Q. Comificius en Afrique'; de ce nombre fut le célèbre grammairien M. Térentius Varro '*, particulièrement poursuivi par Antoine"; il fut sauvé par Q. Fufius Calenus. La plupart allèrent rejoindre Sex. Pompée qui était aussi parmi les proscrits*^; après sa condamnation en vertu de la loi Pedia, Octave lui avait enlevé le commandement de sa flotte, mais'il s*était maintenu à Messine*'. Tous ceux qui purent rejoindre la flotte de Sex. Pompée furent graciés au moment du traité de Misène en 39.

Les triumvirs s'occupèrent ensuite des magistratures ; les élections furent de pure forme, et on ne tint aucun compte des lois**. Octave, comme il l'avait promis^ abdiqua le consulat; comme son collègue Q. Pedius était mort, on nomma deux consuls, C. AlbiusCarrinasetP. Ventidius"; ce dernier n'était pas éligible, puisqu'il remplissait alors les fonctions

«) App., h. c, 4, 37. 45. Cf. Plut., Ant., 20. «) App., 6. c, 4, 49. Cf. Dio C, 47, 7. Nep., A((., 10. 3) App., 6. r., 4, 38. Dio C, 47, H. *) Cr. Val. Max., 5, 9, 2.

») Caps., B. Afr., 26. 86. 88.

«) Cic, ad Brut., 1, 12, 1. 1, 15, 1. Cf. Dio C, 47, 24. Liv., ep , 122. ') App., b, c, 4, 47. Val. Max., 7, ë, 8. «) App., h, r , 4, 36. Dio C. 47, 1^. Val. Max., 7, 3, 8. «) App., 6. c, 4, 36. Cf. Dio C, 48^17. '0} App., b. c, 4, 47. Cf. Dio C, 47> 11. ••> Cic, Phil.» 2, 40, 103 el seq.

••) App., 6. c, 4, 96. Dio C, 48. 17.

•») App , b. c, 4, 25. 36. 39 et seq. 43 et seq. 51. 84. Dio C, 47, 12. i8. 17. Liv., ep., 123.Vell., 2, 72.

•*) Plul., CtV.,49.

*») Fasl. Colol., I. L. A., p., 466.

622 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 28

de préteur'. On le remplaça comme préteur par un des édiles*. Tous les autres préteurs sur lesquels pouvaient compter les triumvirs, par exemple L. Marcius Censorinus', furent envoyés dans les provinces le 27 décembre; on les remplaça par de nouveaux préteurs pour les cinq derniers jours de Tannée*.

Comme on avait confirmé les actes de César, L. Munatius Plancus, qui triompha de la Gaule le 29 décembre*, était autorisé à prendre le consulat pour Tannée 42. Lépide remplaça D. Brutus; il triompha lui aussi de TEspa^e le 31 décembre'; il fut élu, bien qu*il ne se fût pas écoulé un intervalle de dix ans depuis son premier consulat de 46. Il ne fut pas nécessaire de procéder à des élections de tribuns, César les avait désignés. Les préteurs, les édiles, les questeurs et les magistrats inférieurs furent choisis, cela va sans dire, parmi les personnages agréables aux triumvirs \*

Les triumvirs étaient persuadés qu'ils avaient rétabli Tordre par les proscriptions, les nominations de magistrats, et quelques actes législatifs qui nous sont peu connus*; ils durent alors supprimer la loi Caecilia de vectigalibus* , et accorder des licteurs aux Vestales *°. A la fin de Tannée ils ordonnèrent par un édit aux citoyens, sous peine de proscription, de se livrer à la joie à Toccasion des triomphes et de la nouvelle année*^ Le sénat et le peuple avaient été si bien terrifiés qu'ils votèrent des couronnes civiques aux triumvirs pour les remercier de n'avoir pas fait périr tant de personnes qu'ils auraient pu sacrifier*'.

*) Dio C, 47, 15: dans ce passage il faut lire : ''ÂX^iov au lieu de £XXov. Vell., 2, 65. Val. Max., 6, 9, 9.

«) Dio C. 47, 15.

») Cf. Plut., Ant., 24.

*) Dio C, 47, 15.

») Fast. triumph., I. L. A., p. 461. VelL, 2, 67. *) Fast. triumph., I. L. A., p. 461. 478. App., 6. c, 4, 31. Vell., 2, 67. ») DioC, 47, 14. Cf. App., b. c, 4, 18. •) Dio C, 47, 15.

•) Cf. Dio C, 47, 16.

««>) Dio C, 47, 19.

") App., b.c., 4, 31. Dio C, 47, 13.

»«) Dio C, 47, 13.

Les riches étaient cependant très inquiets : les triumvirs qui n*avaient pas pris le titre de dictateur disposaient d'un pouvoir absolu; on commença à regretter la tyrannie monarchique de César^ Or les propriétés étaient menacées : on avait promis des terres aux soldats, et on commençait déjà à prendre les mesures nécessaires pour réaliser cetle promesse^ ; il faudrait beaucoup d'argent pour acheter des terres', et pour payer la solde des légions qui marcheraient contre M. Brutus et C. Cassius. La vente des biens des proscrits ne devait pas suffire : les soldats seuls en achetaient, les citoyens refusant de prendre part aux enchères pour ne pas donner une preuve publique qu'ils possédaient des capitaux^; alors les triumvirs furent obligés de prendre des mesures financières exceptionnelles. Ils rétablirent' en Italie par une loi, sans consulter le peuple •, les impôts supprimés par la loi Cœcilia de vectigalibus de 61 (plus haut, page 302), ou du moins ceux qui n*avaient pas été déjà rétablis par César; ils imposèrent les maisons à Rome et dans toute Tltalie : les propriétaires de celles qui étaient louées durent abandonner au trésor les loyers d'une année ; les propriétaires qui habitaient eux-mêmes leurs maisons payèrent moitié de la valeur locative calculée sur le prix d'achat \ On imposa sur les terres une taxe de la moitié de leurs produits annuels' ; les propriétaires d'esclaves durent en fournir à la flotte ' et payer 100 sesterces pour chaque esclave qui resterait***. Les villes dltalie furent tenues de pourvoir à Tentretien des soldats de leurs garnisons**. Tout cela ne suffit pas, il fallait de l'argent tout de suite ; alors (en 42) on dressa une liste de

') Dio C, 47, 15.

2) Dio C, 47, 14. App., 6. c, 4, 25. 35. Vita Verg., in Su6t. reliq., p. 53 (ReilTerscheid).

3) Cf. App., b, c, 5, 12. 15.

*) App., 6. c, 4, 31. 99. Dio C, 47, 14.17.

'^) Dio C, 47, 16. 48, 31. Cf. Plut., Ant., 2i.

OCf. DioC, 47, 2.

') Dio C, 47, 14. App., 6. c, 4, 5.

«) Dio C, 47, 14.

•) Dio C, 47, 17. Cf. Suet., Aug,, 25.

•0) App., b. c, 5, 67. Cf. DioC, 47. 16. 48, 31-

»»)DioC., 47, 14.

quatorze cenls femmes riches; on les obligea, sous peine de châtiments, à faire connaître exactement Icursituation de fortune; les triumvirs leur ordonneraient ensuite de leur abandonner immédiatement une part proportionnelle eous forme de tribut'. Mais l'éloquence d'Hortensia, la fille du grand orateur, força les triumvirs à faire des concessions ; en fin de compte on ne demanda cette contribution qu'à quatre cents femmes'. Un autre édit força tous les habitants de l'Italie qui possédaient au moins 100,000 sesterces, citoyens ou non-citoyens, libres ou affranchis ou esclaves , d'abandonner à l'État , comme impôt de guerre, leurs revenus d une année calculés d'après le taux légal qui était alors 10 pour 100; ils durent donc faire le sacrifice de un dixième de leur fortune ; le cinquantième de leur capital, c'est-à-dire le cinquième de l'impôt^ était payable immédiatement'. Cet impôt était bien dur, il le devint encore plus par la manière dont il fut levé ; certains, au lieu de perdre le dixième de leur fortune, n'en purent conserver la dixième partie. On laissa aux propriétaires la faculté de faire Tabandon de leurs biens, on leur rembourserait le tiers de la valeur; ceux qui acceptèrent cette combinaison furent complètement ruinés; les propriétés, comme celles des proscrits, ne furent pas vendues selon leur valeur, et ces ventes ne servirent qu'à enrichir les soldats^. Les triumvirs avaient si grand besoin d'argent qu'ils confisquèrent l'argent placé en dépôt auprès des Vestales*.

Les triumvirs s'occupèrent encore de rtndre des honneurs divins à César, dont ils s élaient constitués les vengeurs*. Ils jurèrent, et tous les magistrats jurèrent avec eux, de respecter tous les actes de César; ils remirent en vigueur le sénatus-consulte du l*"" septembre 44 (plus haut, pp. 567. 572), en vertu duquel on devait ajouter à toutes les actions de grâce {suppltcationes) un jour en l'honneur de César. Ils mu-

«) App., b. c, 4, 32. Cf. 4, 5.96.

«) App , 6. c, 4, 32 et seq. Val. Max., 8, 3, 3. Quint., 1, 1, 6.

3) App., b. c, 4, 34. Cf. 4, 5. 96. Dio C, 47, 16 et seq.

*)DioC., 47,16.

»)Plul., Ant.^ 21.

*j Dio C, 47, 18 el seq.

IV, 28] LE rniuMViRAT 623

rërent la curie de Pompée (Curia Pompeia)*; ils annulèrent le décret concernant la curie Hostilia (page S87), et décidèrent que les travaux de la curie Julia seraient repris. Ils relevèrent sur le forum Tauiel de César (Ara Caesarisy^ qu'avait renversé Dolabella en avril 44, et décrétèrent que dans les processions publiques Timage de César suivrait celle de sa mère divine, Venus Genetrix. Ils décidèrent encore, probablement par une loi sacrée, lex sacrata^ que l'anniversaire de la naissance de César ne pouvant être célébré le 13 juillet, jour consacré à Apollon à la fin des jeux apoUinaires, serait fêté la veille, le 12 juillet' ; le jour anniversaire de sa mort serait consacré à dos cérémonies religieuses, dies religiosus ; le sénat ne pourrait siéger ce jour-là*. L'idée de la divinilé de César fut désormais admise ; le sénat et le peuple votèrent une loi, probablement la loi Rufrena de Cœsaris honoribiis^j qui mettait César au nombre des dieux® ; on ne l'appela plus que le dieu César, Divus Julius, Les membres de sa famille ne purent plus faire figurer dans les cérémonies funèbres son image en cire parmi celles de leurs ancêtres. César était dieu, par conséquent il n'était pas mort ; son autel du forum fut considéré comme un h€roo7i, il devint un lieu d'asile \

Avant de quitter Rome pour aller combattre M. Brutus et C. Cassius', Antoine et Octave s'entendirent avec Lépide, conformément à la convention de Bologne et à la loi Titia, pour désigner d'avance les magistrats des années suivantes '. Ils nommèrent aussi des gouverneurs dans leurs provinces ; Antoine qui avait laissé le gouvernement de la Gaule chevelue en 43 à L. Varius Cotyla *% y envoya Q. Fufius Calénus et

«)Cf. Suel,C«.s., 88.

*) Cf. Suet., Ca's., 85.

')Macrob., Sat,, 1, 12, 34. I. L. A., p. 328. Cf. p. 396. 379. Hor., e/)., 1,5, 9 et les scholies.

*) Cf. Suet., Ca?.s-., 88.

^) I. L. A., p. 183. lAuteur de la proposition était une créature d'An* toine. (Cic, Fnm., 10, 21, 4.)

^) Cf. I. R. N. 5014. Suet., Cxs., 88.

•) DioC, 47, 19.

") Dio C, 47, 20. Plut., AnL, 21.

^) Dio C, 47, 19.

«0) Plut., Ant., 17.

P. Venlidius» ; C, Asinius Pollio eut la Gaule cisalpine'; Octave donna TAfrique et la Numidie à Q. Fuficius Fango '; il maintint dans leurs fonction» les gouverneurs de la Sicile et de la Sardaigne.

M. Brutus et C. Cassius étaient maîtres de toutes les provinces orientales, depuis la Macédoine jusqu'à la Syrie ; ils disposaient de forces considérables * ; il était difficile de prévoir qui serait vainqueur, et on avait des raisons d'espérer que les républicains remporteraient.

En Macédoine, M. Brutus s'était beaucoup fortifié depuis lo mois d'avril 43 * ; en juin, au lieu de venir à Rome comme l'invitaient à le faire le sénat et Cicéron^ il était allé en Asie ^ et avait gagné à sa cause le roi Déjotarus *. A son retour, quand il apprit la mort de D. Brutus, il fit exécuter* C. Antoine qu'il avait par politique épargné jusqu'alors *^ Il avait encore combattu les Thraces ; au cDmmencement de 42, il s'était rendu de nouveau en Asie** et avait eu une entrevue à Smyrne avec C. Cassius *'.

Depuis le mois de mars 43, G. Gassius s'était appliqué à discipliner et à exercer ses douze légions ; avant d'avoir reçu communication du sénatus-consulte du 27 avril (plus hauU p. 602), il s'était mis à la poursuite de DolabeUa•^ Dolabella avait d'abord augmenté l'efTectif de son armée par de nouveaux enrôlements*^ ; il n'en avait pas moins été battu par le gou-

1) App., 6.C., 5, 3. Dio C, 48, 10.

') App., b. c.,5, 20. Serv. ad. Vcvg. ccL, 2, 1.

3) App., 6. c, 5, i2. 26. Dio C, 48, 22.

*) App., 6. c, 4, 1. 133. Plut., Brut,,2S,

*) Cic, ad Brut.^ 1,2, i et seq.

«) Cic, ad Brut., 1, 9, 3. 1, iO, 1. 4. 1, 12, 2. 1, 14, 2, 1, 15, 12. 1. 18, 1. 5.

') Cf. Cic, Pam., 12, 14, 1.

») Cic, ad Brut., 1, 6, 3. Dio C, 47, 24. PluL, Brut,, 27. Cf. 2.

») DioC, 47,24. App., 6. c, 3, 79. Liv., cp., 121. Plutarque place celle exécution Irop lard : Brut., 28. Ant., 22.

»o) C\c.,a^lBrut., 1, 4, 2. Dio C, 47, 22. PluL, Brut., 26.

'*) Cf. Jos., Ant. Jud., H, 10, 25.

") Dio C, 47, 25. Plut., Brut., 28. App., 6. c, 4, 63. Liv., ep., 122.

•»)Cic, Fam., 12, 10, 2. 12,12.

**) Jos., Ant. Jud., 14, 10, 12.

IV, 28] LE TiauMviUAt G27

vurueur do la llilhyiiie, L. Tlllius Çimber, et par le roi Déjolanis* ; il ne put opposer à Cassius que des troupes insuffisantes, dès le mois de juin on faisait déjà courir à Rome le bruit qu'il avait été défait*. Voici ce qui s*était passé : au commencement de mai', Dolabella était arrivé en Cilicie* ; sa flotte longeait la côte pour le prendre à bord s'il courait des dangers et le ramener en Italie*. Dolabella, après avoir traversé la Cilicie, avait pénétré en Syrie, où dans les derniers jours de maiCassiusle força à s'enfermer dans Laodicée*. En juin\ Dolabella se trouva dans une situation désespérée, il se donna la mort lorsque le commandant de la flotte de (^assius, L..Statius Murcus", se fut rendu maître du port do Laodicée *. Après la défaite de Dolabella, Cassius était allé en Egypte ; il en revint pour se rencontrer avec Brutus à Smyrne**. En passant, il fit mettre à mort le roi de Cappadoce, Ariobarzane**, parce qu'il avait soutenu Dolabella; pour la même raison *% L. ïillius Cimber avait sévèrement puni la ville de Tarse *^

A Smyrne, les deux chefs du parti républicain décidèrent (ju'ils iraient combattre ensemble Octave et Antoine en Macédoine ; les triumvirs y avaient déjà fait passer huit légions sous le commandement de C. Norbanus Flaccus** et de L. Decidius Saxa ; mais auparavant ils iraient punir les Lyciens et les Rhodiens *^ d'avoir soutenu le parti de Dola-

•j Cic, ad Brut., 1, 6, X

'-) Cic, Pam., li, 8,2. 12, 0, 1. 12, 10, 1.

^) Cic, Pam., 12, 12, 5.

*) Dio C, 47, 30.

^) Cic, Pam., 12, 13, 3. 12, H, 1. 12, 15, 2. App., h. r., i, (iO.

••) Cic, Fam., 12, 14, 1. 4. 12, 15, 7. App., 6. c, 3, 7». i, 00. Diu C, 47, 30.

') Cic, Fam., 12, 13,4.

•) Dio C, 47, 28.

'') Dio C, 47, 30. App., b, r., 4, 00^2. 5, 4. Li\\, q>., 121. Vell., 2, 60. Orus., G, 18.

•«) Plut., BruL, 28. App., h. r., i, 03.

") App., b. c, 4, 03. DioC, 47, 35 a fait une erreur de date.

»«) Cic, Fam., 12, 13, 4.

»3) Dio C, 47, 31. Cf. App., b. c, 4, 64.

•*) App., b. c, 4, 87. Dio C, 47, 35.

'>) Dio C, 47, 32. App., b. c, 4, 65.

bella*. Brutus soumit la Lycie*, Cassius avec L. Slatius Murcus, les Rhodiens ' ; ils firent alors payer aux provinces d'Asie, en une seule fois, les impôts de dix années*, et se réunirent à Sardes où ils arrêtèrent définitivement le plan de campagne contre Octave et Antoine \

Ils envoyèrent la flotte commandée par L. Stalius Murcus au cap Ténare pour empêcher Cléopâtre de mettre sa flotte au service d'Octave et d'Antoine® ; Cléopâtre avait soutenu le parti de Dolabella% voilà pourquoi on la soupçonnait de vouloir prendre parti contre les républicains. Murcus ne resta pas longtemps au cap Ténare; quand il comprit qu'il n'y avait rien à craindre de ce côté, il se rendit à Brindes, pour gêner le passage des troupes d'Octave et d'Antoine '. Sex. Pompée travaillait dans le même but; à la suite d'un traité signé avec le gouverneur de la Sicile, A. Pompeius Bithynicus, il avait enlevé l'île à Octave % et battu sur mer le commandant de la flotte de ce dernier, Q. Salvidienus Rufus*°. Malgré tout, Antoine et Octave arrivèrent sans grandes difficultés en Macédoine ". Leurs légions, envoyées en avant, s'étaient placées sur les limites de la Macédoine et de la Tbrace, et avaient empêché Brutus et Cassius de pénétrer en Macédoine*'. En automne *% vers la fin de septembre , une première bataille s'engagea àPhilippes; Octave malade fut battu par Brutus, mais Antoine défit complètement Cassius ; ignorant la victoire

*) Cic, ad Brut., 2, 4, 3. Pain,, 12, 14, 2 et seq. 12, 15, 2 et seq.

«) Dio C, 47, 34. App., 6. c, 4, 76-82. PIul., BruL, 30-33, Cf. 2. Pomp.j 80.

8) fiioC, 47, 33. App., 6. c, 4, 66-73. PluU. Brut., 30. Gros., 6, IS. Cf. Val. Max., 1, 5, 8. Vell., 2, 69. Obseq., 70.

♦) App., 6. c, 4, 74. 5, 5.

*) Plut., Brut., 34.

«) App.; b. c, 4, 74. 82. 5, 8.

^) Dio C, 47, 30. App., 6. c, 4, 61. 63.

») App., 6. r., 4, 82. 85. Dio C, 47, 36.

») App., 6. c, 4, 84. Dio C, 48, 17. Cf. 47, 32. 36 et seq.

^") App , 6. c, 4, 85. Dio C, 48, 18. Liv., e/>., 123.

«•) App., b. c, 4, 86. Dio C, 48, 18. Liv., ep., 123.

>«) App., 6. c, 4, 87-105. Dio C, 47, 35. Plut., Bmt.. 38. Cf. FrauL Strat.y 4, 2, 1.

'^) App., 6. c, 4, 103. Plut., Brut,, 39. 47.

de son ami, Cassius se tua*. Vingt jours après', Brutus dut livrer une seconde bataille au même endroit ; Brutus fut défait et se donna la mort\ La défaite du parti républicain était définitive*. M. Valérius Messalla Corvinus * et L. Calpumius Bibulus^ fils de Tancien adversaire de César, se rendirent aux triumvirs avec les débris de leurs armées'.

Plusieurs membres des grandes familles aristocratiques qui s*étaient ralliées au parti républicain, périrent sur le champ de bataille', se suicidèrent ou furent égorgés sur Tordre d'Octave • ; de ce nombre furent L. Cassius Longinus *®, neveu de C. Cassius, M. Favonius", le disciple de Caton, le jeune M. Porcius Cato " et Q. Horlensius Ilortalus*'.

D'autres se réfugièrent dans Hle de Thasos, par exemple le jeune M. Tullius Cicéron** ; ils y trouvèrent des vaisseaux amenés là par les chefs républicains qui étaient restés en Asie, Cassius Parmensis **, Clodius (Bithynicus) *® et Turul-

*) App., h. c, 4, 105.113. Dio C, 47, 37-46. 50, 18. Plut , Brut., 38-45. Ant., 22. C«,s-., 69. Liv., ep. 124. Obseq., 70. Vell., 2, 70. Suel., Aug., 91. Flor., 4, 7, 5 et seq. Gros., 6, 18. Eutr., 7, 3. Val. Max , 1, 7, 1. 1, 8, 8. G, 8, 4.9,9,2.

») Plut., Brut., 47.

») App., 6. c. 4, 117-131. Dio C, 47, 47. Plul., BruL, 46-53. Ant., 22. Cxs„ 69. Uv,,ep., 124. Obseq., 70. Vell., 2, 70. Suet., Aug,, 13. Flor., 4, 7, 14. Gros., 6, 18. Eulr., 7,3. Val. Max., 1, 4, 6. 1, 5, 7. 4,6,5.

') Cf. App., h. c, 4, 132-134. Dio C, 47, 39.

-) Cf. Plut., Brut., 40 et seq. 45. Dio C, 47, 24. Liv., ep., 122.

«) Cf. App., 6. c, 4, 38. 104.

■) App., b. c.,4, 136.38.5,113. Plut., BrwL, 53. Vell., 2, 71. Cf. Suet., Vil.Hor., p. 44 Reifferscheid.

«) App., b.c., 4, 135. Plut., Brut., 49.51. Vell., 2, 17. Val. Max . 4, 7, 4. Cf. Suet., Cxs., 89. Dio C, 50, 1. 48, 44.

9) Suet., Aug., 13.

•0) App., b. c, 4, 63.

*•) Dio C, 47, 49. Depuis la mort de César, Favonius avait joué un rôle très secondaire. (App., b. c , 2, 119, Cic, Att., 15, 11,1. Plut., Brut., 34.)

")Cf. Plut., Cai. min., 13.

»3) Cf. Piut., Ant., 22. Brut., 28. Liv. ep., 124.

**) App., b. c, 5, 2. Cicéron avait déjà servi sous les ordres du grand Pompée (Cic, Off., 2, 13, 45.) ; Brutus lui avait confié un commandement. (Cic, ad Brut., 2, 3.2, 6,3. 2,7, 6. 1,4,6. 1,5, 3. F(im.,{2, 14, 8. App.,

»5) Cf. Vell., 2, 87. Gros., 6, \9. Val. Max., 1, 7, 7. Hor., op., 1,4, 3. »«i)Cf. App., b. c, 5, 49.

lius *. Tous allèrent ensuite rejoindre L. Siatius Murcus cl Cn. Domitius Ahenobarbus*; le jour même de la première bataille de Philippes, Murcus et Ahenobarbus avaient détruit les vaisseaux de Cn. Domitius Calvinus qui conduisait des troupes de Brindes en Macédoine ^ ; parmi ces troupes se trouvait la légion Martia. Quelques-uns des fugitifs de Philippes restèrent auprès de Cn. Domitius Ahenobarbus, qui cherchait à devenir chef de parti * , d'autres avec Murcus allèrentrejoindre Sex. Pompée' ; Sex. Pompée venait de faire mettre à mort A. Pompeius Bithynicus ^ ; comme fils du grand Pompée, il se considérait maintenant comme le chef naturel du parti républicain, ou plutôt, comme il le disait lui-même, du parti pompéien. 11 accueillait sur sa flotte non seulement les proscrits fugitifs et les partisans de Brutus et de Cassius, mais encore les esclaves qui avaient abandonné leurs maîtres '; il put ainsi disposer de forces nombreuses; s'il n'avait pas IVime assez grande pour sauver une situation perdue, il pouvait du moins susciter de graves embarras aux triumvirs.

Après Philippes, Octave et Antoine se considérèrent comme les maîtres de Tempire ; ils signèrent tous deux un trailé particulier ; les arrangements dont on était convenu à Bologne furent modifiés à Tinsu et au détriment de Lépide ' soupçonné do s'être entendu avec Sex. Pompée.

On réalisa un ancien projet de César repris par quelquesuns de ses amis depuis 44" : la Gaule cisalpine, qui appartenait à Antoine, cessa de former une province ; comme le reste de Tltalie elle fut administrée de Rome par des magistrats romains *°. En échange Antoine eut la Gaule narbonnaise

*) Cf. Cic, F(/m., 12, 13, 3. Dio G., 51, 8. Val. Max., i, 1, 19.

«)App., h. c, 4,86. 99. 100. 108. 115. 117. 5, 15: rensei-nenionls vagues, 5, 55. Cf. Vell., 2, 72. Dio C, 48, 7.

3) App., h. c, 4, 115. Dio C, 47, 47. Plut., Brut., 47.

*) App., h. c, 5, 2. 26. Dio C, 48, 7. 16. Vell., 2, 72.

-) App., 6. c, 5, 2. 25. 143. Dio C, 48, 19. 47, 49. Voil., 2, 72. 77. Eutr., 7, 4.

«)DioC., 48, W). Liv., ^7)., 123.

7) Vell., 2, 72. DioC, 48, 19.

*) Dio C, 48, 1 et seq. App., h. r., 5, 3. Cf. Suet., Aug., 13.

») App., 6. r., :;, 30.

«") Cr. App., h.r., :k 2?. Dio C, /,S, 12.

qui appartenait à Lépidc : Antoine posséda dès lors toute la Gaule transalpine*. Octave avait perdu la Sicile occupée par Sex. Pompée, la Sardaigne était menacée du même sort, il se dédommagea en prenant les deux Espagnes, provinces de Lépidc. Dans le cas où Lépide ne pourrait se justifier de Taccusation portée contre lui et serait exclu du triumvirat, Octave conserverait la Numidie, Antoine aurait l'Afrique *; dans le cas contraire, Lépidc recevrait en échange des provinces gauloises et espagnoles les deux provinces d'Afrique qui relevaient alors d'Octave'. Pour forcer Lépide à accepter cet arrangement, Octave résolut de commencer la guerre contre Sex. Pompée et d'établir en Italie les vétérans libérés de son armée et de l'armée d'Antoine*. Il fut donc convenu entre les deux vainqueurs qu'Octave aurait toute liberté d'action en Italie (y compris la Cisalpine), en Sicile et en Sardaigne; Antoine irait soumettre les provinces qui s'étaient prononcées pour Brutus et C. Cassius, l'Illyrie, la Macédoine et TAchaie, l'Asie, la Bithynie et le Pont, la Cilicie, la Syrie, la Crète ^ et la Cyrénaïque; il les rançonnerait et se procurerait ainsi l'argent nécessaire à l'établissement des vétérans'^. Au moment où les deux chefs se partageraient les provinces, dont ils n'avaient pas encore disposé \ il était à prévoir qu'Antoine garderait les provinces orientales, et Octave s'attribuerait la Sicile et la Sardaigne'. Quand les vétérans eurent été licenciés, Antoine commença les opérations avec six légions, Octave lui en fournit deux autres; il dut mettre à la disposition de ce dernier deux de ses propres légions' qui se trouvaient alors en Gaule sous le commandement de Q. Fufius Calenus'°. On voit que cet arrangement avantageait

') Eutr., 7, 3 se trompe.

2)Cf. DioC, 48, 22.

') Cf. Dio C, 48, 20.

^) Cf. Dio C, 48, 6. 11. App., 6. c, 5, 14.

5) Cf. .^pp., b. (!., 5, 2.

C) Cf. Plut., Ant., 23.

■)DioC., 48, 2.

•) Cf. Liv., rp , 125. VelL, 2, 7i. Eutr, 7. 3.

«) Dio C , 48, 2. App., b. c, 5, 3. 12.

«^) CI*. App., //. c, 5. 3. Dio C, 48, 10. 20.

de toute façon Antoine, qui passait d'ailleurs pour avoir le plus contribué à la victoire de Philippcs*. Il fut encore stipulé que les deux vainqueurs seraient souverains dans leurs domaines respectifs ; Tun d'eux ne pourrait inPirmer les actes de l'autre par l'intercession, bien que leurs pouvoirs fussent égaux' ; ils auraient donc le droit de signer des traités, qui seraient immédiatement considérés comme définitifs; ils exceptèrent cependant les traités à signer avec les meurtriers de César '.

Pendant l'absence d'Octave, Rome avait été tranquille; le 31 juillet, P. Vatinius avait célébré son triomphe sur l'Illyric*. On nomma des censeurs; les élus furent C. Antoine, oncle de M. Antoine, il avait déjà été candidat en 44, et P. Sulpicius Rufus*; ils furent chargés de reviser la liste des citoyens on vue de nouveaux impôts rétablis en Italie ; nous ne savons rien de leur administration, ils ne célébrèrent pas la cérémonie du lustre. Quand on apprit la nouvelle de la victoire de Philippes, le sénat vota des actions de grâces qui durèrent pour ainsi dire le reste de Tannée*.

Au commencement de l'année 4kl, Octave rentra à Rome' avec trois légions'; il était encore malade. Les embarras vinrent l'assaillir de tous côtés. En Afrique les deux gou^•erneurs T. Sextius et Q. Comificius avaient lutté l'un contre l'autre pendant les années 43 et 42 ; enfin grâce à Tappui du prince Arabion et des soldats do P. Sittius, assassiné en mai44'*, T. Sextius, gouverneur de la Numidie, l'emporta: vaincu, Q. Cornificius, qui appartenait au parti républicain, se donna la mort ***. Avant Philippes, Octave envoya eu Afrique

*) App., b. c, 5, 14. 53. 58.

3) App., b. r., 5, 02.

«) Dio C, 48, 3.

") Dio C, 48, 3. 5. App., 6. r., 5, 12. Plut., Ant., 23.

") App., b. r., 5, 3.

") Cic, AtL, 15, 17, 1.

»o) App., b. <•., 4, 53-50. Dio G., 48, 21. Cf. Liv., cp., 123. dans ce passage, il faut lire CœsariuiKtruni, Hieronym., chron., p. 13l^ Schœne.

SOU liculcnaut Q. FuPicius Fango pour prendre possession des deux provinces que lui donnait le traité de Bologne : T. Sexlius no fit pas d'opposition el livra les deux provinces*.

L'indolent^ Lépide accepta l'arrangement dont nous avons parlé plus haut ' ; il se contenta des deux province» d'Afrique ^; Octave envoya C. Albius Carrinas en Espagne*^ pour occuper les deux provinces^ jusqu'alors administrées par les lieutenants de Lépide. La Sardaigne ne fit pas non plus de difficulté pour reconnaître M. Lurius ^ Mais l'Italie était menacée de la famine ; les convois de blé étaient interceptés * par Sex. Pompée et par Cn. Domitius Ahenobarbus ; Pompée avait encore regu sur sa flotte les proscrits du parti de Cornificius cn Afrique ^ Il fallut enfin, ce fut la source des plus grandes difficultés, procéder à la répartition des terres entre les vétérans des deux armées ; on ne pouvait pas différer. Octave commença par là *^

Il y avait d70,000** soldats à pourvoir; 8,000 vétérans seulement avaient consenti à reprendre du service dans les cohortes prétoriennes d'Octave et d'Antoine *'. Ils étaient très pressés *^ d'entrer en possession des lots qu'on devait leur donner sur les territoires de dix-huit villes d'Italie ; mais les propriétaires refusaient de leur laisser la place, n'ayant pas encore reçu l'indemnité qu'on leur avait promise et qui ne pourrait être payée qu'avec l'argent d'Antoine **. Sur les dixhuit villes, deux, Rhegium et Vibo, furent exemptées de la confiscation par Octave, parce qu'elles se trouvaient voisines

•) Dio C, 48, 22. App., h. r., 5, 12. 26.

«) Dio C, 48, 4. Cf. App., h. c, 5, 124.

3; Cf. Dio C, 48, 5. App., h. r., 5,39.

*) App., 6. r., 5, 12.

'; App., h. c, 5, 26.

•') Cf. App.. b. t\, 5, 54.

") Dio C, 48, 30. App., b, c. 5, 24. Erreur apud Dio C, 48, 2.

0 App., 6. c, 5, 15. 18. 19. 22. 25. 20. Dio C, 48, 7.

^■) App., b, 0.. 4,56.

•<») Liv., <7>., 125. Suet., .4m^.,13.

") App., b. c, 5, 5. 22.

•2) App,,b. c, 5, 3.

«*) App., 6. c, r,, 13. li.

'*) App., //. c, 5, 12. 15. Cf. 4, 25.

de la Sicile*. On partagea les terres des seize autres*. Mais elles ne suffirent pas ; on empiéta alors sur le domaine des villes voisines* ; toutes les propriétés de l'Italie * se trouvèrent ainsi menacées d'expropriation, à l'exception de celles qui étaient occupées par des vétérans, et celles qui avaient été achetées directement de l'État \

L. Antoine vint compliquer la situation ; en prenant possession du consulat, le 1" janvier 41 ®, il célébra un triomphe sur les habitants des Alpes ' ; non seulement il n'avait rien fait pour mériter cet honneur, mais depuis la guerre de Modëne, il n'était plus que lieutenant des triumvirs, par conséquent n'était pas dans les conditions voulues pour triompher '. Il avait cependant montré de la déférence en désignant Q. Fufins Calénus pour conduire à Octave les deux légions que M. Antoine lui avait promises'; tout à coup il retira l'ordre donné à Calénus***; poussé par Fulvie qui ambitionnait de jouer un rôle dans le gouvernement " comme femme de M. Antoine, el mère de Clodia, mariée à Octave, il prétendit vouloir désigner les personnes'qui établiraient les vétérans de l'armée de son frère *\ Octave irrité renvoya Clodia à Fulvie*'^ puis, pour ne pas troubler l'union des triumvirs**, céda aux injonctions deL. Antoine ; voilà pourquoi nous trouvons parmi les chefs, à côté de Alfénus Varus et C. Cornélius Gallus, des partisans

*) App., 6. c, 4, 85. Cf. 4, 25.

2) Cf. Hor., e/)., 2, 2, 49. Sat,, 2, 2, Il i.

3) App., 5, 13. 14. Cf. Verg., ecL, 9, 28.Mart., 8, 56. Donal. , ;)ra»^. hue,, apud Suet., rel., p. 59 Reifferscheid. Val. Prob., p. 5. Keil. Serv.,t<'/ Vcnj. ici. prœf., 13. 9, 7. 28.

*) Cf. Plut., Brut., 4G. App., b. c, 5, 22. 27. 5) Dio C, 18, 6.

'') Cf. Cic, Pam., 10, 33, 4.

») Dio C, 48, 4.

•) App., b. c, 5, 12.

*o) Dio C, 48, 5. Cf. App., b. c, 5,20.

*•) Dio C, 48, 4. Plut., Ant,, 30. App., 6. c, 5, 59. Flor., 4, 5. Oros., 6, 18.

") App., h. c, 5, 14. Dio C, 48, 6.

*') Dio C. 48,5. Suet., Aw(/., 62.

**) App., 6. c, 5, 14. Cf. 5, 39. 43.

IV, 28j

LE TRTI'MVIRAT

avoués d'AnloiiiP!, comme C. Asiniiis Pollio ' pt L. Miinalius Plancus'. Les soldats avaient la conscience de leur force, ils savaient que les triumvirs ne pouvaient rien sans eux ; les précautions que l'on avait prises de les choisir dansleslégions, les rendirent si hautains qu'à Rome ils se mulinferent', encouragés par Fulvie ; l'ordre fut sérieusement compromis dans la capitale de l'empire'.

La concession faite par Octave n'avait pas satisfait L. Antoine. D'accord avec Fulvie et dans l'intérêt de cette dernière, il voulait provoquer des désordres pour fournir à son frère l'occasion de rentrer en Italie ; il commença par se plaindre de la manière dont son frère avait été traité par Octave, et afTecta un grand amour pour son frère en prenant le surnom de Piits ° : d'autre part il lit semblant de se montrer décidé k défendre le peuple et la liberté, et voulut user de son pouvoir consulaire pour faire opposition aux triumvirs ; enfin il prit la défense de ceux qui avaient dû quitter leurs propriétés et les abandonner aux vétérans °. Il prélendit qu'il y avait assez de terres disponibles pour doter les soldats sans recourir à 'ces expropriations violentes \ Octave fut obligé de faire de nouvelles concessions ; il décida qu'on ne pourrait exproprier les biens des sénateurs qui formaient la dot de leurs femmes, ni les petites propriétés qui n'excédaient pas la valeur des lots qui revenaient à chaque vétéran '. Ce fut au tour des vétérans do se plaindre ; Octave dut prendre une nouvelle résolution en leur faveur : on ne pourrait exproprier les biens de leurs parents, ni ceux des parents des soldats qui avaient succombé pendant la guerre". Ces mesures ne suffirent pas pour rétablir

•) Suel,, rel-, p. 53. m R. Vitt l'mh., p. C< Kcil. Si?rT.. n'I IViv;, l.„r , 2, 1. 6,6.0, 10. 29.

«) Orellî inseript., 590.

») App., b. e., 5, 15 el spr]. CL Dio C, 48, 1). I.iv., l';»., (25. Suel., Aug., 14.

*) App., 6. t., 5, 18.

») Dio C, 18, 5.

•) App.. i. t., 5, 19. 39. -13. fil, DioC, *8,G, Liv., fp.. 125. Kior.,4,5. Vell.. 2. 74,

1) Dio C, }«, 7.

•) Dio C, 48, 8.

•) Dio C, 48, 9.

le calme ; il y eut des désordres à Rome et dans les villes d'Italie, où les vétérans et le peuple en vinrent aux mains ; alors, pour apaiser les classes pauvres, Octave crut devoir, à l'exemple de César (plus haut, p. 487), remeltre une année de loyer à ceux qui à Rome payaient moins de 2,000 sesterces, et en Italie moins de 500 sesterces*. Ce fut un véritable impôt sur les propriétaires qui vivaient du revenu de leurs immeubles.

L. Antoine voulait la guerre à tout prix ; il fit croire qu'Octave en voulait à sa vie, et appela à son secours les vétérans de son frère '. Les vétérans se montrèrent raisonnables, ils ménagèrent à Téanum une réconciliation qui fut consentie aux conditions suivantes' : Octave ne devait apporter aucun obstacle à Taction administrative des consuls ; on ne donnerait des terres qu'aux soldats qui avaient combattu à Philippes ; on partagerait entre les soldats d'Antoine et ceux d'Octave l'argent que produirait la vente des biens des proscrits. L. Antoine devait renoncer à sa garde personnelle, et livrer à Octave les deux légions promises par M. Antoine ; les chefs placés par Antoine dans la Gaule cisalpine et la Gaule chevelue, Q. Fufius Calénus, P. Ventidius et C. Asinius Pollio, devaient laisser passer, sans les inquiéter, les troupes qu'Octave allait envoyer en Espagne sous le commandement de Q. Salvidiénus Rufus. Les deux dernières conditions furent seules remplies ; Octave ne tint pas ses promesses, du reste il ne le pouvait pas; alors L. Antoine et Fulvie allèrent se mettre en sûreté dans Préneste*. Octave fit semblant de négocier, il envoya auprès de L. Antoine des vétérans, des sénateui's, mais les négociations ne pouvaient pas aboutir, elles n'étaient pas sincères, Octave voulait seulement par là se donner les apparences de la modération"*. Les deux légions qui devaient se rendre à Ancône proposèrent d'établir un tribunal d'arbitres

•) Dio C, i8, 9. Cf. i2, 5t. Sud., Ca?.s., 38. ') App., b, c, 5, 19.

3) App., b. c, 5,20. Dio C, i8, 10.

*) App., b. c, 5, 20 Dio C, i8, 10. Vell., 2, 74. Cf. Plut., Ant., 28.

^) Dio C, /i8, 11. App., b. r., .^>, 21.

IV, 28J LE TKIUMVIRAT 637

qui siégerait à Gabies, à mi-chemin de PrénestcetdeRome, et prononcerait entre les deux partis ; L. Antoine ne voulut pas reconnaître ce tribunal, une nouvelle guerre civile devint inévitable*.

L. Antoine disposait de six légions levées au commencement de son consulat; il comptait aussi sur les onze légions de son frère cantonnées en Gaule sous les ordres do Q. Fufius Caléni^s; Octave en avait quatre *, elles campaient à Capoue ; il fit revenir les six qui étaient en route pour TEspagne sous le commandement de Q. Salvidiénus Rufus ^ L. Antoine avait de l'argent, que lui avait fourni la Gaule ; Octave ne pouvait disposer que des revenus de la Sardaigne; il manqua do ressources, il dut faire des emprunts aux temples de Rome, et à quelques municipes et colonies '*. L. Antoine avait donc Tavanlage. Il intrigua pour que la révolte contre Octave s'étendît en dehors des frontières de lltalie ; il poussa le roi de Mauritanie Bocchus^, ou plutôt son frère Bogud*, à envahir TEspagne' ; il poussa T. Sextius encore en Afrique à reprendre les deux provinces à Q. Fuficius Fango; Sextius réussit après un combat acharné*.

Octave détacha une légion à Brindes pour défendre la ville contre Cn. Domitius Alienobarbus'*'; a ce moment, il demandait encore à traiter par Tintermédiaire de certains sénateurs et chevaliers*"; L. Antoine leur déclara qu'il considérait renvoi d'une légion à Brindes comme un acte d'hostilité contre son frère*'. Octave plaça Rome sous la garde de Lépide*^ et du consul P. Servilius Isauricus *^; consul pour la

>y Dio C, 48,12. App., //. r.,5,23.

*) Cf. App., h. c, 5, 3.

3) App., b.c., 5. 24. 27. 31.

*) App., b, c.,5, 2i. DioC, 48, 12.

^j Cf. App., b. c, 4, 54.

•, Cf. Cic, F(///i., 10, 32, 1.

'i App., b. ('., 5, 20. Dio C, 48, 45.

*j App., 6. r.. 5, 20. Dio C, 48, 22. Cf. Liv., cp., 127.

*j App., 6. c , 5, 27.

"^) App., b. c, 5, 28.

"j App., b. c , 5, 29.

•*) App., b. c, 5, 29. Liv., cp., 125.

") Dio C, 48, 13.

638 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBUOtE [IV, 28

seconde fois*, Servilius s'était laissé complètement éclipser par L. Antoine*. Au début des hostilités, Antoine réussite surprendre Rome'; il réunit une assemblée, dans laquelle il déclama contre les triumvirs, affirmant que son frère était prêt à abandonner ce pouvoir contraire à la constitution, et à redevenir consul*. Le peuple le salua du titre à'imperator^ et le chargea de la guerre contre Octave*. Octave se rapprocha de Rome, et Antoine ne put s'y maintenir; de son côté jOctave Ut déclarer par le sénat que L. Antoine était un ennemi de l'État \

M. Vipsanius Agrippa, parent d'Octave*, servit sa cause avec beaucoup de dévouement; il conduisit la guerre avec une telle habileté que L. Antoine dut s'enfermer dans Pérouse; voilà pourquoi cette guerre civile est désignée sous le nom de guerre de Pérouse'. L. Antoine y fut assiégé par Octave, Agrippa etQ. Salvidiénus Rufus; P. Ventidius et C. Asinius Pollio*°, auxquels se joignit L. Munatius Plancus sur l'invitation de Fulvie", essayèrent en vain de le dégager. Ils montrèrent du reste peu de décision ; ils étaient jaloux les uns des autres : P. Ventidius et L. Munatius avaient été consuls, C. Asinius était consul désigné'*; du reste ils doutaient que M. Antoine approuvât la conduite de son frère '^ Après un long siège qui dura** jusqu'au milieu du mois de mars de l'année 40", L.Antoine se résigna à capituler ". Les négo-

«) Dio C, 48, /i.

3) App., h, c, 5, 30. Dio C, 48, 13. Liv., cj)., 125. *) App., b. c, 5, 30. Cf. 5, 39. 43. 5i. *) App., b, c.f 5, 31.

•) Dio C, 48, 13. 16.

') Flor., 4, 5.

S) Cf. App., b, c, 4, 40. Dio C, 48, 20. Val. Max., 4, 7, 7. '•») App., 6. c, 5, 31. Dio C, 48, 13. Liv., ep., 126. Vell., 2, 7'i. Suet.. Aug.y 14. 96. Flor., 4, 5. Eutr., 7, 3. *o) App., 6. c, 5,31.

»') App., b. r., 5, 33.

•5) Dio C, 48, 15.

•0 App., 6. c, 5, 32. 33. 35. Vell., 2, 74. •*) App., b. c, 5, 33-38. Dio C, 48, 14. Cf. I. L. A., p. 192. *^) Suet., Awj/., 15.

•8) App., b. c, 0, 39.

cialions commencées* par C. Furnius- furent ensuite dirigées par L. Antoine en personne*; elles aboutirent à un traité on vertu duquel Tarniée dut se rendre à Octave, Octave lui accorda son pardon*. L. Antoine fut laissé en liberté"; Octave ne savait pas encore comment M. Antoine jugerait cette affaire et Octave ne pouvait se décider à rompre avec M. Antoine^ Pérouse fut livrée au pillage, puis incendiée; les sénateurs et les chevaliers qui étaient des ennemis personnels d'Octave et qui avaient embrassé le parti de L. Antoine, furent mis à mort; parmi ces victimes nous trouvons Ti. Qmnutius' qui avait cependant rendu de grands services à Octave en 44, au début de sa carrière politique.

Que devinrent les gouverneurs qui avaient soutenu L. Antoine? P. Ventidius se dirigea sur Brindes avec son armée ; C. Asinius Pollio qui était alors consul* avec Tancien consul de 53, Cn. Domitius Calvinus, alla à Ravenne, puis en Vénétie, et s'enfuit auprès de M. Antoine; pendant sa fuite il décida Cn. Domitius Ahenobarbus à mettre sa flotte à la disposition de M.Antoine'; L. Munatius Plancus s'enfuit en Grèce avec Fulvie et d'autres partisans d'Antoine " ; deux de ses légions l'avaient quitté, gagnées par Agrippa; il abandonna le reste de son armée. D'autres officiers compromis se réfugièrent auprès de L. Statius Murcuset de Sex. Pompée'*. Ainsi fit Ti. Claudius Nero *% qui avait combattu en qualité de

* I App., 6. c, 5, 40.

^) Cf. App., b.c., 5, 30. Dio C, 48, 13.

^) App., 6. c, 5, 41-43.

*) App., 6. c, 5, 44-45. Liv., cji., 126.

•'0 App., L c, o, 48. Liv., ei).y 120. Vell., 2, 74. Eutr., 7, 3.

«) Cf. Dio C, 48, 5. App., 6. c, 5, 20. 51 et seq.

7) App., 6. c.,5, 49. Dio C, 48, 14. Liv., ty., 126., Vell., 2, 74. Suet., Aug.y 15. Sen., de Clem,, 1, 11, 1.

') Dio C, 48, 15. Jos., Ant. jud., 14, 14, 5. I. L, A., p. 465 et seq.

•) App. , 6. (?., 5, 50. 53. 55. 61. Dio C, 48, 16. Vell., 2, 76. Tac, Ann., 4, 44.

»<>) App., b, c, 5, 50. 61. Dio C, 48, 15. 27. Plut., Ant., 30. Liv., cp., 127. Vell., 2, 76. Oros., 6, 18.

") App., 6. c, 5, 50. Dio C, 48, 15.

>«) Vell., 2, 75, Tac, Ann., 5, 1. SueL, Tib., 4. 6. Dio C, 48, 15. Néro ivait autrefois accusé A. Gabinius (Cic, ad Q. fi\, 3,1, 5, 15. 3, 2, 1.) ; il ^vail sem sous les ordres de César à Alexandrie (Cœs., B. A/ex., 25. Dio

préteur et continué la guerre après la reddition de Pérouse. Octave s'occupa surtout de prendre des gages sur M. Antoine; voilà pourquoi il alla en Gaule, et fit passer dans son armée les légions de Q. Fufius Calénus*; Octave prit possession de la Gaule narbonnaise, province réservée à Antoine*. Pour satisfaire Lépide, dont il occupait les provinces primitives, Octave lui abandonna, en vertu du traité de Philippes, les deux provinces d'Afrique qui étaient à ce moment perdues pour lui. Lépide se rendit en Afrique avec six légions ; à son arrivée T. Sextius lui abandonna les deux provinces '.

Octave rentra à Rome\ il est probable qu'il n'eut pas l'ovation ^; il termina enfin les assignations de terre, il va sans dire que le consul G. Asinius Pollio ne fut pins chargé de diriger l'opération*. On ne connaît pas toutes les villes qui furent avant ou après la guerre de Pérouse frappées d'assignations\ Un grand nombre de propriétaires dépossédés s'enfuirent auprès de Scx. Pompée*. Octave interrogea les nouveaux colons, se renseigna auprès d'eux pour savoir s'ils le soutiendraient dans une guerre contre M. Antoine; Oclave n'avait reçu de ce dernier que des réponses vagues au sujet de son conflit avec L. Antoine®, et M. Antoine devait bientôt revenir d'Orient**^. Ne trouvant pas les colons assez bien disposés, il résolut de se rapprocher de Sex. Pompée; il savait que Julie, la mère d'Antoine, s'était réfugiée auprès de lui; Pompée l'avait bien accueillie et l'avait renvoyée à M. Antoine;

C, 42, 40.); en 44 il avait organisé les colonies césariennes de Narbonne et d'Arles; cependant au Sénat, dans la séance du 17 mars 44, il s'était prononcé en faveur des meurtriers de César.

*) Q. Fufius Calénus venait de mourir, il avait été remplace par son fils.

-) App., 6. c.y 5, 51 ; dans ce passage il faut corriger xat Mér, pî'avel lire xax' 'I6r)ptav. Cf. 5, 54. 59. 61. Dio C, 48, 20. 28 place ce fait beaucoup trop tard.

3) Dio C, 48, 20. 23. App., />. r., 5, 53. 75.

S) Dio C, 48, 16, se trompe. Cf. I. L. A , p. 4G1. 478. Suet., Amî/., 2'^ Mon, Ajicyr.j 1, 21.

^) Vell., 2, 76. Serv., al Venj. vcL, G, G. 9, 29.

") Zumpt, comm. epigr,, tome 1, p. 332 et seq.

*) App., b. c, 5, 53.

'•') App., b, c, 5, 20. 60.

•") App., b. c, 5, 53.

par l'intermédiaire de Julie des négociations s'étaient engagées entre ces deux personnages*. Octave lui envoya Mucia (mère de Sex. Pompée) et son confident C. Cilnius Mœcenas* ; ils furent chargés de négocier le mariage de L. Scribonius Libo', beau-père de Pompée*, avec la sœur d'Octave qui avait déjà été mariée deux fois ^ ; on offrit à Sex. Pompée lui-même Scribonia, par l'intermédiaire de son frère, qui était allé avec Julie auprès d'Antoine*. Sex. Pompée ne voulut rien entendre \ Alors après les jeux apollinaires, par conséquent vers le mois d'août, Octave chargea Agrippa, alors préteur urbain, d'aller combattre Pompée; les troupes qui avaient débarqué en Italie durent retourner en Sicile, et Pompée ne garda que quelques points fortifiés de la côte '. Octave déclara ensuite à L. Antoine qu'il conservait pour lui toute la Gaule , puisque M. Antoine s'était uni avec Sex. Pompée; il lui donna en même temps l'autorisation d'aller rejoindre son frère. L. Antoine persistait dans son rôle de défenseur de la République; il déclarait qu'il traiterait son frère comme un ennemi^ s'il engageait la lutte avec Octave pour établir la monarchie à son profit; Octave lui donna une grande preuve de confiance : il lui confia le gouvernement des deux provinces d'Espagne en qualité de proconsul ; son ambition fut satisfaite, mais Octave le fit surveiller avec soin par ses anciens lieutenants. Par cette mesure habile, (octave avait rendu L. AntoineMnoffensif\

») Dio C, 48, 15. 27. App., 6. c, 5, 52. 03. 13i. Plut., AnL, 32. «; Cf. Nie. Dam., Vit. Aug,, 31. Prop.,2, l, 25. ^] Cf. Cœs., h. c, 3, 15. 23.

*) Cf. Cic, AU., 16, 4, 1.

*) Dio C, 48, 16. App., b. c, 5, 53. Suel., A«(/.,02. •■". App , h. r., 5, 52.

^' Dio C, i8. -0.

^) Dio C, 48, 20. Cf. App., b. c.Ju 57. Dio C, 48, 28. ^) .\pp., ''. c, 5, 54. Plut., Ant., 30 dit à tort que L. Antoine s'était enfui avec Fulvie.

Page 1