IV, 25] OCTAVE, HÉRITIER DE CÉSAR S
il s'était aussi entendu avec Cicéron ' ; il avait compris que Cicéron pouvait lui ménag-cr Tappui du sénat, et l'appui du sénat lui était nécessaire pour battre Antoine '.
Cicéron était tout disposé à accepter le rôle que lui proposait Octave. Il avait eu des relations suivies^ avec des Gésariens influents, surtout avec les consuls désignés, A. Ilirtius et C. Pansa ; il avait remarqué que les manières hautaines d'Antoine les avaient blessés, qu'ils étaient tout disposés à passer du côté des républicains % sans aller cependant jusqu'à s'unir avec Brutus et Cassius^;il leur avait promis de les soutenir au sénat à partir du 1''"' janvier''. Il savait que tous condamnaient la politique d'Anl(»ine, et L. Calpurnius Piso, et L. Julius Cœsar, le consul de 64'', et P. Servilius Isauricus, le consul de 48 S et L. Marcius Philippus, et C. Claudius Marcellus, beau-frère d'Octave \ et L. Cornélius Balbus ", et enfin tous les anciens amis intimes de César, même Ser. Sulpicius Rufus ", qui avait toujours affecté une grande indépendance ; plusieurs sénateurs '^ avaient approuvé le projet mis en avant par Cicéron, dès le mois de juin, d'empêcher à tout prix l'union d'Octave et d'Antoine '\ Il était donc facile de former au sénat un parti assez puissant pour combattre Antoine ^'\ Son neveu, Q. Cicéron, alla plus
•) Cic, Att., 10, 8, 1. 2. 10, 9. 16, 11, 0.
0 Plut., C/r., 44.
=>) Cic, Att., li, 11. 2. 11, 12, 2. li, 20, 4. 14, 21, 4. 15, la. 2. iô, 5, t.
0 Cic, AU., 14, 19, 2. 15, G, 1. 15, 12, 2. Cf. Phil., 1, 13, 37. 3,14, 36. App., b. c, 3, 37.
5) Cic, A(t.. 1.5, 1«, 3. 15, 6, 2. 15, 22. 16, 1, 4. Cf. App., b. c, 3, 75.
6) Plut., Cic, 43. Cic, AtL, 15, 23. 25. 16, 7, 2. Cf. 16, 9. ') Cic, AU., 14, 7 A, 3. 15, 4, 5. Fam., 12, 2, 3.
^)C\c., Fam., 12, 2, 1.
^) Cic, AU., 15, 12,2. 16, 14, 2. 16, 15, 6. Plut., Cic, 44. Il avait été consul en 50.
'") Cic , AU., 14, 10, 3. 14, 20, 4. 14, 21, 2. 1.5, 2, 3. 16, 11, 8.
") Cic, AU., 14, 18, 3. 14, 19, 4. 15, 7, 1. Fam., 12, 2, 3. Il avait été consul en 51.
•2) Cic, Fam., 12, 23, 1. Dio C, 45, 11. App., b. c, 3, 21. 40.
13) Cic, AU., 15. 12, 2.
'*) Cf. Plut., Ant., 16, Me Dam., 28.
loin; ancion ami inlinic (rAiiloine'. il avail été blessé de ses procédés-; il eut l'idée de mettre en accusation^ les questeurs sorlant de charg-e le o décembre, par conséquent Antoine lui-même, pour avoir gaspillé l'argent du trésor. Octave avait su plaire à Cicéron. et lui avait témoigné beaucoup d'égards au moment de leur première entrevue en avril ^ ; il avait eu l'habileté de lui expliquer qu'il considérait Tacquittement du leg-s de César comme un devoir de piété filiale ; il avait dissimulé son désir de punir les assassins", et surtout avait promis de respecter en tout les volontés du sénat "^ ; dans la suite il avait fait dire à Cicéron par C. Oppius qu'il n'entreprendrait rien contre les assassins et ne permettrait pas qu'on s'opposât à l'entrée en fonclion de P. Servilius Casca comme tribun le 10 décembre". Cicéron était assez avisé pour ne pas accepter les yeux fermés ces belles promesses de Ihéritier de César, et ne pas se défier de sa jeunesse \ Mais il lui fallait choisir entre deux partis, ou succomber sous les coups d'Antoine, ou s'unir avec Octave ^ Les chefs reconnus du parti républicain, M. Brutus et C. Cassius, avaient quitté l'Italie au mois d'octobre*", malgré les témoignag-es de sympathie qu'ils avaient rencontrés partout dans les municipes**; sous le prétexte d'aller veiller aux approvisionnements,, ils étaient allés prendre possession des provinces qui leur avaient été primitivement désignées, la Macédoine et la Syrie '- ; ils ne pourraient donc reprendre la direction du parti qu'après avoir
') Cic. Alt.. 14, 17. 3. 14,20, 5.
2) Cic, Att.. do, 19, 2. 15, 21, 1. 15, 29, 2. 16, 1, 6. 16, 3, 3. 16, 5, 2.
3) Cic, Alt., 16, i'i, A. Cf. riul.. 3, 7, 17.
*) Cic, AIL, I 'i, 11, 2. 14. 12, 2. C. IMiiL, C/c,45. '-) Cic, AU., 15, 12, 2. Dio C, 45, 14. Cf. App., i c. 3, 30. C) Cio., Alt., 16, 9. 16, 11, 6. Cf. Tac, Ann., 1, 10. ") Cic. Alt., 16, 12. 16, 15, 3. Cf. Phil., 13, 15, 31. 13, 20, 46. AdBmf , 1, 17. 1. 1. 18, 1.
8) Cic, Att.. 14, 12, 2. 15, 12, 2. 16. 8, 1. 16. 9. 16. H, 6. 16, 14, 1. 16, 15,3.
9) Cic, Atl., 16. 14, 1. 16,15, 5.
'°) Cic, Fam.. 12. 2. 3.
") Cic, Phil., 2, 41, 107. 10, 3, 7. 10. 7. l'i.
*-) Cic, riiil., 11. 12, 27. X)c. Dam.. 31. Dio C, 47. 20. App., b. r., 3. 24. 26. 32. Plut., Brut., 23. Vell.. 2, 62.
IV, 2oJ OCTAVE, HÉIUTIEH DE CÉSAR 577
triomphé à la tèle.de leurs armées. Cicéron ne s'unit donc avec Octave qu'à contre-cœur * , espérant d'une part qu'il réussirait à le maintenir dans ses sentiments de déférenci; à l'ég-ard du sénat ^, espérant d'autre part qu'après avoir ahallu Antoine à l'aide d'Oclave, il pourrait renverser Octave, dans le cas où ce dernier abuserait de la victoire^ avec les armées de Brutus et de Cassius ^ Il savait qu'il jouait un jeu dangereux et ne se faisait pas d'illusion sur Tissue âv la kiLle '. Cicéron n'en a pas moins eu un grand mérite, celui d'agir enfin avec décision et énergie dans des circonstances difficiles, et celui d'avoir honoré par son noble dévouement les derniers instants de la République.
Au moment où Octave arriva devant Rome , Dolabella venait de partir pour aller enlever la Syrie à C. Cassius". Octave chargea le tribun Ti. Cannutius déparier au peuple, de lui déclarer qu'il défendrait la république \ et de soulever l'opinion contre Antoine ". Octave entra dans la ville, protesta dans une assemblée de la loyauté de ses intentions, et fit le serment à double sens que voici : ha milii parerUis honores consequi liceat ^ . Il n'eut pas le temps de négocier avec le sénat, il n'était pas absolument sûr de son armée'', et Antoine venait de se mettre en marche de Brnndisium vers Rome avec la légion de l'Alouette '°. Octave conduisit son armée à Arretium", pour avoir le temps de gagner ses bonnes dispositions et la fortifier par des enrôlements; d'Arretium il se mit eu relation avecD. Brutus '' ; D. Brutus n'avait pas voulu suivre
') Cic, Alt., 16, il, G. Fam., 12, 25, 4. Ad Brut., i, 15, G. Phil., 3, 8. 19. 5, 8, 23. Dio C, 45, 15. Plut., Cic, 45.
2) Plut., Cic, 45. Cf. Cic, PhiL, 5, 18, Ad lind., 1, 3, 1.
3) Cic, ad Brut., i, 10, 4. Cf. App., b. c, 3, 48. Dio C, 45, 11. 46, 3. 34. Vell., 2, 62.
*) Cic, AU., 16, 15,5.
') Dio C, 45, 15. 47,29. App., b. -■., 3, 24. 57. Cic, PhiL, 11,2, 4.' '"') Dio C, 45, 12. App., b. c, 3, 41. ') y>A\, 2, 64.
") App., b. c, 3, 41. Cic, Alt., 16, 15, 3. 9) App., b. c, 3, 42.58.
'0) Cic, ,1^^., 16, 8, 2. 16, 10, 1. 16, 13 c, 1. 16, 14, 1. Cf. App., b. , . 3, 45.
•') App.. b. c, 3, 42. Dio C, 45, 12.
'2) Dio G., 45, 14. Cf. Cic, Fam., Il, 7, 2.
oT8 LA DISSur.ITlO.N Di: LA lîÉPUBLIQUE [IV, 25
le conseil do Cassius et de M. Briitus ', c'est-à-dire marcher sur Rome pour attaquer Antoine au moment favorable ; il n'avait même pas fait de préparatifs pour une résistance énergique -, dans le cas où il serait attaqué ; il avait préféré entreprendre une campagne contre les montagnards des Alpes : il croyait avoir mérité le triomphe '\
En se rendant à Brundisium, Antoine s'était arrêté à Suessa, pour faire exécuter les soldats de sa garde qui avaient été arrêtés pour avoir pris part au complot d'Octave'. A Brundisium il constata que les légions de Macédoine déjà mises eu relation avec Octave à Apollonia% avaient été travaillées par ses agents ^ Antoine les réunit, leur parla; les soldats murmurèrent et se plaignirent du présent qu'on leur faisait : 100 deniers (400 serterces) par soldat, ce n'était pas assez". Antoine voulut rétablir Tordre en employant la rigueur ; il fit arrêter et exécuter un certain nombre de soldats et de centurions ^ Alors la légion Martia et lalV^ se séparèrent du parti d'Antoine, qui était accouru à Rome; pendant qu'on les conduisait dans le nord de l'Italie, elles passèrent du côté d'Octave •'.
Avant de rentrer à Rome, Antoine avait convoqué le sénat pour le 24 novembre; l'édit portait que tous les sénateurs devaient assister à la séance , ceux qui ne viendraient pas seraient considérés comme ses ennemis " ; les tribuns L. Gas-
1) Cic, A«., 15, 11, 2.
-) App., 6. c, 3, 27.
^) Cic, Fam., 11, 4,5. 11, 5. 1.
') Cic , Phil., 3, 4, 10. 4, 2, 4. 13, 8, 18. Cf. App., b. c, 3, 39.
5) App., b. c, 3, 10. Nie. Dam., 16. Vell. 2, 59.
C) App., b. c, 3, 31. 39. 40. 43. Dio C, 45, 12. Nie. Dam., 31. Cf. Cie., Alt., 16, 8, 2.
') Cic., Att., 16,8, 2. Phil., 5, 8, 22. App., b. .-., 3, 43. Dio C, 45, 13.
8) Cic-, Phil ,3. 2, 4. 3. 4, 10. 3, 12, 30. 4, 2, 4. 5, 8, 22. 12, 6, 12. 13, 8, 18. Li\'., cp., 117. Dio C, 45, 13, 35. App., b. c, 3, 43. 53. 56.
3) Cic, Phil., 3, 3. 4, 2. 5, S, 23. 5, 19, 52. 10, 10, 21. 12, 3, 8. 13, 16, 33. 14, 10,27. 14, 12, 31. Fam., 10, 28, 3. 11, 7, 2. Liv., cp., 117. Vell., 2,61. Tac, Ann., 1, 10. Dio C, 45, 13. 42. App., b. c, 3,45. 47. 56.
'") Cic, Phil., 3, 8, 20.
lY, 25] OCTAVE, HÉIUTlEll DE CÉSAR 579
siiis, D. Carfiilenus et Ti. Cannuliiis ne pourraient y assister '. Antoine rentra dans Rome pour le jour indiqué ; son entrée se fît en grand appareil, il parut entouré de sa garde, avec des airs menaçants ^ : la séance du sénat fut renvoyée au 28 novembre ^ : Antoine voulut d'abord se rendre à Tibur pour haranguer ses troupes et s'assurer de leur fidélité*. Son intention était de mettre à l'ordre du jour au sénat la discussion sur la situation de la république, de summa repubUca, et d'obtenir un sénatus-consultc portant qu'Octave ° était un ennemi de la république, hostis rei publicœ^. Mais avant la séance il apprit la défection de la IV* légion ; il changea l'ordre du jour, et fit voter des actions de grâces en l'honneur de Lépide '. Lépide avait réussi à empêcher une guerre ^ avec Sex. Pompée , au moyen de négociations dont il avait été chargé en avril. En faisant voter des actions de grâces, Antoine n'avait qu'un but, s'attacher Lépide, qui, maître de la Gaule narbonnaise, pouvait lui rendre des services, mais aurait pu aussi lui susciter des difficultés ; en second lieu, il espérait détacher Sex. Pompée de la coalition républicaine, à la tète de laquelle se plaçait Octave ; en vertu du traité signé avec Lépide, traité qui fut alors approuvé % le Trésor devait rembourser cà Sex. Pompée^ en argent, la somme qu'avait produite la confiscation des biens du grand Pompée ^". Après le 28 novembre, Antoine essaya, mais inutilement, de ramènera son parti " la légion Martia "', qui était alors à Alba Fucenlia ;
') Cic, Phil., 3, 9, 23.
2) App.,-6. c, 3, 45. 52. Cic, Phil., 13, 9, 23.
3) Cic, Phil, 3, 8, 20.
M Cic, PhiL, 13, 9, 19.
■•j Antoine l'avait déjà attaqué dans de nombreu.\; édils avec violence : Cic, Phil., 3, 6, 15. 3, 8, 19. 21. 13, 9. 19.
6) Cic, Phil., 3,8, 20. 3, 9,24. 5, 9, 23. 13, 9, 19. App., b. c, 3, 45.
^) Cic, Phil., 3, 9, 23. Cf. AU., 16, 11, 8.
8) Cic, Phil., 5, 15,40. 13, 4, 8. 13. 21, .50. Cf. AU., 15, 29, 1. 10, 1, 4. 16, 4, 1,
'■') La ralificalion da tiaité est considérée comme l'œuvre de Cicéron : Cic, Phil., 5, 14, 39, 5, 15, 41. Dio C, 45, 9. 10 est du même avis.
">) Dio C, 45, 9. 10. 48, 17. App., b. c, 3, 4. 57. 94. Cic, Phil., 13, 5,
") App., b. c.,3, 45.
»2j Cic, Phil., 3, 3, 6. 4, 2, 6. 14, 12, 31.
o80 LA DISSULLTIO.V DK LA KÉPLBLKJLL [IV, 2o
il léiinil encore le sénat pour rég-ler différentes affaires administratives ^ : on tira au sort les provinces prétoriennes pour 43; son frère Gajus eut la Macédoine -. Puis il quitta Rome la nuit sans avoir rempli les formalités prescrites'^ ; il se rendit à Tibur *. oîi il fit prêter le serment à ses soldats, aux sénateurs et aux chevaliers qui raccompagnaient ^ Son armée comprenait*^ une légion de vétérans et trois lég:ions de Macédoine, son frère Lucius commandait une de ces dernières" ; il se mit en route pour Ariminum, voulant prendre possession de la Gaule cisalpine* avant la fin de l'année ''. Il agissait en consuP", el non en proconsul : les pouvoirs que lui avaient conférés la loi Antonia de permutatione provinciarum ne devaient commencer qu'au 1" janvier *\
Grâce à Octave, Rome fut délivrée pour quelque temps de la tyrannie d'Antoine '-. Un grand événement venait de s'accomplir, gros de conséquences : l'iiérilier d'un dictateur venait de soustraire des légions vénales à l'autorité d'un consul ^^ qui était, il est vrai, un tyran, mais enfin possédait un pouvoir lég-al ; la liberté était encore une fois sauvée non par la loi, mais par la trahison des légions ^*. Les premiers dictateurs, Sylla et César, étaient au moins de glorieux génies militaires qui se servaient de l'armée, instrument souple entre leurs mains, pour assurer leur pouvoir. Maintenant, l'Etat est
') Cic, Pfiil., 3, 10, 2i. 13,9, 19. Dio C, 45, 13.
'-) Cic, PhiL, 3, 10, 24 et seq. Dio C, 45, 9. 22.
3) Cic, PfiiL, 3, 4, 11. 3, 10, 24. 5, 9, 24. 13, 9, 19.
') Cf. Cic. Phil., 6, 4, 10.
5)App., b. c, 3, 46. 58. Dio C, 45, 13.
^) Cic, Phil., 3, 12. 31. Cf. 6, 4. 10. 0, 5, 14.
8) Dio C, 45, 13. .App., /.. r., 3, 52. Cic, Phil., 3, l. 1. 3, 1.', 31. 5, 9 , 24. 10, 10, 21.
9) Dio C, 45, 20.
"») Cic, Phil., 4, 4, 9. Cf. 3, 5, 12. 5, 13, 37. 6, 3, 8. Cf. Ce, a4 Att., 8, 15, 3 consulcs, qiiibits more myoruin concessuin est vel omn:s adiré provincias.
»') App., b. c, 3, 55. Dio C, 46, 26.
'-) Cic, Phil., 3, 2. 3, 4, 8. 4, 1, 3. Fam., 10, 28, 3. Dio C, 45, 33.
'3) Plut., Brut. ,'13.
**) Cf. Cic, Phil., 13, 16, 33. .\pi., b. c , 3, 53. 63. Dio G., ii, 22. 26.
IV, 2o] OCTAVE, nÉRlTIEFl UE CÉSAR o81
livré aux caprices de mercenaires qui se soucient fort peu de leurs chefs, pour qui la Conslilution et le bonheur des citoyens sont des choses tout à fait secondaires*.
En décembre, il n'y avait plus de consuls à Rome- ; le préteur urbain C. Antoine était parli pour aller prendre possession de sa province de Macédoine ^ Il fallut attendre l'entrée en fonction des nouveaux consuls pour remettre en mouvement la machine eouvernementale '.
') Cf. Cic, Phll., 10, 7, t5. 10, 9, 18. 11, 8, 20. 11, 14, 37. 13, (3, 14,
2) Dio C.,45, 15.
3) Cic, Plril., 10, 5, 10 et seq.
*) App., b. c, 3, 47. Cic, Phll. ,5, 1, 1. 5, 11, 30. Fairi., 10, 4, 4.
C[IAPITRE VINGT-SIXIEME
CICÉRON ET LA RÉPUBLinUE
Cicéron avait d'abord décidé qu'il rentrerait à Rome pour le 12 novembre ; il avait renoncé à son projet en apprenant le retour d'Antoine ^ ; il ne revint que le 9 décembre ". Le lendemain, quelques-uns des nouveaux tribuns^, entre autres M. Servilius, convoquèrent le sénat pour le 20 décembre*; on devait discuter les mesures que l'on prendrait pour protéger le sénat et les nouveaux consuls, G. Pansa el A, Ilirtius". Avant la séance on répandit dans Rome un édit de D. Brulus, qui venait de faire de grandes levées de troupes *^ ; il annonçait qu'il refusait de livrer la Gaule cisalpine à Antoine, et la tenait à la disposition du sénat '. Le 20 décembre, Cicéron prononça la troisième Philippique ; il demanda que l'on donnât une garde aux nouveaux consuls, afin qu'ils pussent garantir la liberté des délibérations du sénat le 1" janvier ; il demanda aussi que Ton adressât des félicitations à D. Brutus, que le même Brutus, L. Munatius Plancus (gouverneur de la Gaule ultérieure), et, en général, tous les gouverneurs de province, fussent invités à garder le commandement jusqu'à l'arrivée de leurs successeurs désignés par le sénat; il demanda enfin que les deux nouveaux consuls fussent chargés de proposer le plus tôt possible, après leur entrée en fonction,
') Cic, Att., 16, 12. 16, 3r, l.
2) Cic, Fam., 11, 5, 1.
3) Cic, FhiL, 4, 6, 15.
') Cic, Fam., 10, 28, 2. 11, 6, 2.
") Cic, Fam., 11, 6, 2. PhiL. 3, 5, 13. 3, 10,
«) Cic.,Frt)?î., 11, 7, 3.
') Cic, Fam., 11, 6, 2. Phil., 3, 4, 8. 4, 3, 7.