IV, 29] BRINDES, MTSKNE ET TARENTE
renonçait à poursuivre certains personnages qui s'étaient réfugiés auprès d'Antoine, les uns après la guerre de Philippes, les autres après la guerre de Pérouse. Il fut convenu qu'Octave pourrait combattre Sex. Pompée s'il n'acceptait pas la situation qui lui était faite ; dans cette prévision, il pourrait lever des troupes en Italie, Antoine en ferait autant pour aller combattre les Parthes*. Enfin Antoine et Octave devaient s'entendre pour désigner les consuls de l'année suivante.
Il est évident que le traité de Brindes était plus avantageux pour Octave que celui de Philippes ; en outre de l'Espagne et de la Sardaigne, il avait maintenant à sa disposition les Gaules et la Dalmatie -. On célébra la réconciliation par des festins ^ et on la confirma par un mariage ; Octave promit à Antoine sa sœur Octavie % veuve de G. Glaudius Marcellus, le consul de 50. Les vétérans vinrent rappeler à Antoine qu'ils n'avaient pas reçu leur gratification personnelle de 5,000 deniers ; Octave fut chargé de leur donner satisfaction, il les envoya clans les colonies ^
A Rome on fut très heureux d'apprendre que la guerre civile avait pu être évitée ; on se félicita surtout de ce que Sex, Pompée était compris dans le traité. Le sénat vota l'ovation pour Octave et Antoine en l'honneur de leur réconciliation ^ ; il dispensa Octavie du deuil des veuves, pour que le mariage pût avoir lieu immédiatement '. En réalité, l'entente était maintenant complète entre Octave et Antoine. Pour plaire à Octave, Antoine consentit enfin à commencer ses fonctions de tlamine de Jupiter Julien {flamenJovk Julii^). Le même Antoine sacrifia son procurateur Manius', qui
<) Cf. App., b. c, 5, '.«. Dio C, 50, 1,
'-] Dio C, 48, 28,
») Dio C , 48, 30.
^) App., 6. c, 5, 64. Plut.. Ant.y 31.
3) Dio C, 48, 30.
G) DioC, 48,31. I. L. A., p. 461. 478. Mon. Aneyr., 1,21. Suet.,A»3.,
') Plut., Ant., 31. Dio C, 48, 31. 50, 26. App,, b. c, 5, 66. Liv., ep., 127. Vell., 2, 78.
8) Plut., Ant., 33.'
648 LA DISSOLUTION DE LA RÉPURLlOl'i: flV, 29
avait excité Fulvio et L. AnLoiiio contre Octave * ; il traliit encore Q. Salvidienus Riifus, lieutenant d'Octave, celui qui avait pris le commandement des légions de Q. Fufius Calénus : il prétendit qu'au moment où il était arrêté devant Brindes, Rufus lui avait proposé de s'entendre avec lui, à la condition qu'on lui abandonnât les Gaules. Octave fit venir à Rome Rufus qui était consul désigné ; on lui fit un procès sommaire au sénat, puis, en vertu d'un sénalus-consulte spécial {itltiminiï), Octave le fit exécuter ~.
Octave ne se réconcilia pas avec Sex. Pompée, comme Antoine l'avait espéré ; Ménodore venait de conquérir file de Sardaigiie ■', Sex. Pompée refusa de la rendre'. La guerre avec Pompée étant devenue inévitable. Octave dut se procurer de l'argent : il perçut la moitié de l'impôt sur les esclaves établi en 42, et en établit un autre sur les héritages ^ Pour le rendre efficace, il fallut modifier la législation concernant les héritages ; le tribun P. ou C. Falcidius présenta une loi à ce sujet ^ La loi Falcidia stipulait que l'on ne pourrait plus disposer de sa fortune entière ; les legs ne devraient pas excéder les trois quarts de la fortune, le quart reviendrait de droit à l'héritier naturel", de celte façon le trésor serait assuré de pouvoir exiger l'impôt nouveau. Les impôts d'Octave, le l'enchérissement général des denrées, provoquèrent à Rome un soulèvement populaire, Octave courut de sérieux dangers, Antoine dispersa les insurgés avec ses soldats ^ Tous ces faits disposèrent Octave à négocier avec Sex. Pompée ; Antoine chargea les parents de L. Scribonius Libo de finviter à venir à Rome \
') App , h. c, 5, 14. 19. 22. 29. 3:1 /i.3.
2J App., 1,. c. 5, 66. i:)io C, 48, .33. Liv., ,'}>., 127. Vell., 2, 76. Suet., Aiig., 66.
^) App., h. c, 5, 56. Dio C , 48, 30. Mais Dio C. commet un anaclironisme 48, 2. : Pompée acquit la Sardaigne plus lard,
*) App., b.c., ô, 66. 70. Dio C, 48, 30. Flor.. 4, 8.
3) App., b. c, 5, 67. Dio C, 48, 31.
«) Dio C, 48, 33. Hier., Chron., p. -139 Schœne.
') Gaj., 2, 227. Ulp , 24, 32. Paul., sent, rer., 3, 8. Inst., 2, 22. Dig., 35, 2. Cod., 6, 50.
8) App., b.r.^ 5,68. DioC. 4^,31.
') App., b. c, 5, 69. Dio C, 48, 31. 3Û. Ve'.l., 2. 77. Sue!., Au,j., 16.
IV, 29] BMINDES, MISKNE ET TARENTE 649
A la fin de l'année 40 et au commencement de 39, Octave et Antoine s'occupèrent do faire célébrer les jeux promis avant Philippes ' ; ils prirent aussi plusieurs mesures pour organiser leur tyrannie commune, en vue du prochain départ d'Antoine pour l'Orient. Ils s'occupèrent de la guerre à entreprendre contre les Parthes ; après le traité de Brindes^ Antoine s'était empressé d'envoyer contre eux P. Ventidius - ; le sénat rendit plusieurs décrets concernant les princes d'Orient ^ Les deux consuls, C. Asinius Poîlio et Cn. Domitius Calvinus, furent obligés d'abdiquer en décembre 40 ; Antoine donna à Pollio la partie de l'Illyrie qui lui avait été laissée ; Octave céda le gouvernement de l'Espagne ' à Calvinus ; il paraît que L. Antoine mourut quelque temps auparavant. L'abdication avait été imposée aux deux consuls pour permettre de récompenser, en leur donnant la dignité consulaire ^, le favori de César, L. Cornélius Balbus de Gadès, et le partisan d'Antoine, P. Canidius Crassus". D'ailleurs, c'était l'intention des nouveaux maîtres du pouvoir de rendre accessibles au plus grand nombre possible les fonctions et les honneurs consulaires ; au commencement de 39, quand L. Marcius Censorinus^ nommé consul avec C. Calvisius Sabinus, eut célébré son triomphe sur la Macédoine \ ils décidèrent qu'ils feraient élire plusieurs couples de consuls désignés par eux pour chacune des années suivantes ; ils dressèrent les listes de ceux qui devaient porter le titre de consul de 38 à 31 ; en 31, Octave et Antoine devaient être consuls Ml fut encore convenu quel'on changeraiten38plusieursdes dispositionsprises en 43 et qui n'avaient pu être appliquées ; il en résulte que dès ce moment Octave et Antoine songeaient déjà a renouveler
ij DioC, 48, 32,
-) App., b. c, 5, 65. Anachronisme aputl Plut., Ant., 3.1, et Dio C, 48, 39.
^) Dio C, 48, 33. Cf. Jos., Ant. .TwL, l't, 14, 4. B. JwL, t, 14, 4. App., 6. c, 5. 7.5.
*) Dio C. 48, 41. App., fj. c, 5, 75.
^) App., 6. c, 5, 50.
6) Dio C, 48, 32. I. L. A., p. 465 et seq.
«) Dio C. 48, 35. 50, 10.
CoO LA DlSSOLiniOX DE LA RKPrnLlgUE [IV, 29
l'accord du triumvirat qui devait prendre fin le l''^ janvier 37. Ils désignèrent encore plusieurs magistrats pour les années suivantes \ ce fut un moyen de récompenser leurs partisans ; un édile étant venu à mourir le 31 décembre 40, ils le remplacèrent immédiatement par un nouvel édile dont les pouvoirs durèrent jusqu'à la fin de la journée ^ Pour le même but, et aussi pour rendre plus certaine l'approbation de leurs actes par une assemblée docile, ils dressèrent une nouvelle liste du sénat [iectio se?iatHs) ; ils y firent entrer des alliés, des soldats, des affranchis, et même, sans doute par erreur, des esclaves^. Le nouveau sénat fut aussitôt invité à voter de nouveaux impôts*, et à ratifier tous les actes passés^ et futurs^ des triumvirs,
L. Scribonius Libo ménagea une entrevue entre Pompée, Octave, et Antoine, en dehors de Rome ; elle eut lieu au promontoire de Misène ' . Pompée était alors complètement dominé par ses affranchis, Ménodore et Ménécrate ; sur de simples soupçons de ces derniers, il avait fait mettre à mort L. Statius Murcus ^ ; Sex. Pompée se rendit à Misène avec l'espoir de prendre dans le triumvirat la place de Lépide et d'obtenir la grâce complète, avec la restitution de leurs biens, pour tous les proscrits qui s'étaient réfugiés auprès de lui '". Il n'obtint pas tout ce qu'il désirait, mais on lui accorda tant d'avantages que le peuple put avec raison l'appeler le quatrième tyran de l'empire romain ^\
Yoici les conditions du traité de Misène*^ : Sex. Pompée
•) Dio C, 48, 35.
'-) Dio C, 48, 32.
3) Dio C, 48, .34.
'•) Dio C, 48, 34.
") DioC.,48, 34.
••') App., b. c, 5,75.
') App., b. c.,5, 69. 7t.
«) Vell., 2, 73. Flor., 4, 8. Plut., Aiit., 32.
»j App., 6. c, 5, 70. Dio C, 48, 19. Vell., 2, 77.
^0) App., b. c, 5, 71.
") App., b. c, 5, 77.
12) App., b. c, 5, 72 et seq.Xf. 4, 36. 41. 43. 44. ■
Dio C, 48, 3G. Plut., Ant.,-A2. Liv. cp., 127. Vell.;
, 2, 77. Flor., 4,8, 4.
Cf. Eulrop., 7, 4. Oros., 6, 18.
IV, 291 BRINDES, MISÈNi: KT TARli.NTE 631
garda la Sicile ; Octave lui abandonna Ja Sardaigne, Antoine lui laissa le Péloponnèse. La possession en toute souveraineté de ces trois provinces lui fut garantie pour cinq ans, c'est-àdire jusqu'en 34. En 33, il deviendrait consul, afin do pouvoir prendre un important gouvernement provincial, où il aurait le droit de se faire remplacer par des lieutenants. Les conditions suivantes avaient dû déjà être stipulées dans son traité particulier signé autrefois avec Lépide ' : il entrerait dans le collèg'e des augures et recevrait soixante-dix millions de sesterces (plus de quinze millions de francs) pour l'indemniser de la perte de sa fortune personnelle. Tous ceux qui s'étaient réfugiés sur sa flotte, à l'exception des meurtriers de César, condamnés en vertu de la loi Pédia, pourraient rentrer dans Rome ; quelques-uns même seraient désig-nés dès leur rentrée pour remplir les fonctions de tribun du peuple et de préteur, d'autres entreraient dans les collèges sacerdotaux. Ceux qui n'avaient pas été proscrits rentreraient en possession de tous leurs biens immobiliers ; aux proscrits, on ne rendrait que le quart de leurs propriétés. Les esclaves qui s'étaient réfugiés dans l'armée et sur la flotte de Sex. Pompée seraient libres ; les soldats de condition libre seraient pourvus, après leur temps de service, comme ceux d'Octave et d'Antoine. Sex. Pompée s'engageait à retirer ses g-arnisons des postes qu'il avait occupés sur les côtes d'Italie; il ne se livrerait plus à la piraterie, il ne recevrait plus d'esclaves sur ses vaisseaux, il ne gênerait plus le commerce et faciliterait les arrivages do blé à destination de l'Italie. Pour garantir l'exécution de ces engagements réciproques, on déposa l'original du traité dans le temple des Vestales^; les trois chefs se traitèrent touràtour^^ afin de donner une preuve publique de leur réconciliation '* ; enfin la fille de Sex. Pompée fut fiancée à M. Claudius Marcellus, fils d'Octavie, par conséquent neveu d'Octave et beau-fils d'Antoine.
1) Cf., Cic, PhiL, 13, 5, 12.
2) App.,6. c, 5, 73. Dio C, 48,37.
3) App., b. c, 5, 73. Dio C, 48, 38. Plut., A?i^, 32, Flor., 4, 8, 4. Aui Yict., Vir. ilL, 84.
*) App., 6. c, .5, 73. Dio C, 48,38.
652 LA DISSOLUTION DE LA HKPUBLTOrE [IV, 29
Antoine cl Octave s'ompressoront d'oxécntcr les conditions du traité qui les concernaient; on se rappelle qu'ils avaient dressé la liste des candidats au consulat pour huit années ; ils la modifièrent pour les quatre dernières: en 3i, les consuls présentés '■ seraient L. Scribonius Libo et Antoine ; en 33^ Sex. Pompée et Octave, en 32, (]. Sosius et Cn. Domitius Ahenobarbus, mais Antoine et Octave se réservaient le consulat de 31 comme auparavant -. Malgré tout, le traité avait été signé sous l'influence de la crainte inspirée par l'opposition du peuple à Rome ; il était trop humiliant pour Octave et Antoine, il était donc facile de prévoir qu'il ne serait pas exécuté loyalement \ Dans les premiers temps, la paix parut rétablie dans tout l'empire ; Sex. Pompée retourna en Sicile, Antoine et Octave revinrent à Rome, ovi ils furent reçus au milieu des plus grands honneurs '. On vit revenir à Rome les personnes qui s'étaient réfugiées auprès de Sex. Pompée % des proscrits en grand nombre qui se crurent autorisés à sortir de leur retraite par le traité de Misènc '' ; pour eux, le traité avait proclamé l'amnistie générale de toutes les victimes politiques'. Parmi ceux qui rentrèrent, nous pouvons citer L. Arruntius^, M. Junius Silanus % Sentius Saturninus *" , M. Titius" , M. Tullius Cicero fils ^-, Ti. Claudius Nero ^\ Quelques-uns cependant ne voulurent pas encore rentrer ; de ce nombre, fut L. .îlmilius Paulus, frère de Lépide ''.
Antoine ne resta pas longtemps ù Rome, il alla se fixer à Athènes avec Octavie ; son premier acte fut d'abandonner aux
') App., 6. c, 5, 73.
2) Cf. Dio C, 50, 10.
3) DioC, 48., 45.
^) App., b. c, 5, 7'i.
^) App., h. c, 5, 74. Vell.. 2, 77.
«) App., b. c, 4, 36, 41. 43. 44. i7. •) Cf. App.. h. c, 4, 37.
8) Vell., 2, 77. App., h. c, 4. 4().
9) Vell., 2, 77.
'") Vell.. 2, 77. Cf. Val. Max., 7, 3, 9. App., h. c, 5, 52.
") Vell., 2, 77. Cf. Dio C, 48,30.
'-) App., b. c, 4, 51.
'3) Vell.. 2, 77. Tac. Ann., 5. 1. Siiet.. Tib., 4.
'*) App., 6. c, 4.37.
IV, 29] imiNDLs, Mist.xL: kt tarente 0o3
villes du Pélopouuëse les sommes d'argent qii'oDes devaient à l'État avant de livrée la province à Sex. Pompée '. Ce dernier considéra la mesure prise par Antoine comme une violation du traité ; aussi il se garda bien de mettre fm à la piraterie, et continua ses armements'. Octave se rendit en Gaule ^ et en confia l'administration à M. Agrippa * ; au retour, il répudia Scribonia ^ avec l'intention d'épouser Livie , femme de Ti. Claudius Néro qui venait de rentrer àRome. Les hostilités furent cependant ajournées pendant l'année 39 ; cette annéelà, il y eut deux consuls suffecti'^ L. Cocceius Nerva et le jurisconsulte P. Alfénus Varus " , probablement le même Alfénus Varus que celui dont nous avons parlé plus haut (page 634); le 25 octobre, G. Asinius Pollio célébra son triomphe sur les Parthiui d'illyrie '.
En 38 , les deux consuls éponymcs '^ furent Appius Glaudius Pulcher, un des neveux^" du consulde 54, et G. Norbanus Flaccus",qui s'était distingué à Philippes. En 38, Octave épousa Livie qui était enceinte, il lui fallut pour cela une autorisation des pontifes ^^
Ce fut Ménodore qui provoquais hostilités ; au moment où Sex. Pompée lui donnait l'ordre de le rejoindre, il s'entendit avec Octave, et lui livra la Sardaigne avec l'armée et la flotte qu'il commandait '^ Sex. Pompée fîtimmiédiatement attaquer les côtes de la Gampanie ; Octave qui ne voulait pas supporter seul le poids de la guerre, demanda à Antoine et à Lépide de
') Dio C, 48, 39. 46. App., b. c, 5, 75-77. 80, Cf. Flor., 4, 8, 5.
2) App., b. c, 5, 77. 80. Dio C, 48, 45. Liv., cp., 128.
i) App., 6. c.,5, 92. Dio C, 48, 49. Eutrop., 7, 5.
") Dio C, 48, 34. Suet., Aiig., 62.
') Gell., 7, 5. Dig., 1, 2, 2, 44.
«) I. L. A., p. 464. 478. Cf. Serv., ad Verg., éd., 4, 1.
'0) Cr. App., b. c, 4, 44. 51.
") Dio C, 47, 35. App., b. c, 4, 87. Plut., Brut., 38.
'-) Dio C, 48, 44. 15. 52, Vell.., 2, 79. Suet., Aug., 62. 63. 69. Tib., 4, Claud., 1. Tac, Ann.. 5, 1.
'3) App., b. c, 5, 78. Dio C, 48, 45. Suet., Aiig., 74. Mon. Ancyr., 5, 34. Gros,, 6, 18.
654 LA DISSOLUTION DE LA UÉinBLlOlE [IV, 29
venir s'entendre avec lui à Brindos ^ Lépido ne vint pas ; Antoine, qui avait passé riiiver dans les orgies - à Athènes avec Octavie, se rendit à Brindes, mais en repartit aussitôt sous prétexte qu'Oclave, retenu par les préparatifs de la campagne, n'était pas venu au rendez-vous au jour fixé ; il écrivit à Octave qu'il n'approuvait pas la déclaration de guerre et espérait voir respectés les engagements du traité de Misène ^ La situation d'Octave était très critique ; à Rome, la levée des impôts avait provoqué de nouveaux troubles ; les magistrats se montraient incapables ^ les prétours surtout, dont le nombre avait été considérablement augmenté pour satisfaire les désirs de chacun ; on en avait nommé jusqu'à 67. M. Agrippa avait été retenu en Gaule et obligé de faire campagne '\ Enfin la guerre contre Sex. Pompée, rendue plus difficile par l'attiludo d'Antoine ^\ ne fut marquée que par des revers ; les deux chefs, G. Calvisius Sabinus et Ménodore furent battus, leurs vaisseaux furent brisés ; à la fin de la campagne, Octave ne pouvait plus compter sur sa flotte '. Il envoya Mécènes auprès d'Antoine, pour lui demander de le soutenir contre Sex. Pompée ; Antoine, qui avait résolu de se rendre en Syrie *, promit son appui, mais déclara qu'il ne pourrait veniren Italie que dans les premiers jours du printemps de 37 ^; sa présence en Italie à cette époque était d'ailleurs nécessaire, puisque le triumvirat prenait fin le 1" janvier 37. Octave finit par rappeler de Gaule M. Agrippa; Agrippa avait vaincu les Gaulois; il refusa les honneurs du triomphe; il fut nommé consul pour l'année 37, et dut exercer ses fonctions pendant toute l'année ; son collègue L. Ganinius Gallus, fils du tribun
i) Dio C, 48, 46. App., b. c, 5, 78.
2) Dio C, 48, 39. App., b. c, 5, 76. Plat., Ant., 33. Jos., Ant. Jwl., 14, 15. 5. B. Jud., 1, 16, 4.
3) App., b. c, 5, 79. 134. Dio C, 48, 46. ^) Dio C, 48, 43. Cf. App., b. c, 5, 92.
^) Dio C, 48, 49. App., b. c, 5, 92. Tac. Ann., 12, 27. Eutr., 7, 5. «) Dio C, 48, 46.
") App., b. c, 5, 80-92. Dio C, 48, 46-48. Liv., cp., 128. Vell., 2,79. Suet., Aug., 16. 70. Oros., 6. 18.
8) Cf. Dio C, 48, 46.
«) App., 6. c, 5, 92. Cf. 93. Dio C, 48, 54.
IV, 29 HBINKES, MISKXE ET TAHENTE 65o
de 06, fut remplacé dans le courant de l'année ^ par un consul suffectus, T. Statilius Taurus '\ Revenu en Italie, il s'occupa immédiatement avec beaucoup d'activité de construire une nouvelle flotte ; Agrippa couvrit rapidement de vaisseaux les lacs Averne et Lucrin près du cap Misène % et, quand la flotte fut suffisamment exercée, Octave reprit courage ; il comprit qu'il pourrait vaincre Sex. Pompée' sans le secours d'Antoine, qui dilférait toujours d'envoyer les troupes promises , et négociait secrètement avec Lépide.
Pendant les années 39 " et 38, P. Venlidius avait com}3altu au nom d'Antoine Labiénus et les Parthes ; il avait obtenu de grands succès et remporté une victoire définitive'* le 9 juin, jour anniversaire de la défaite de Crassus ', Toutes les provinces menacées par les Parthes avaient été replacées sous l'autorité d'Antoine, quand ce dernier arriva en Syrie, vers le mois d'août 38 ^ ; jaloux de Ventidius, Antoine lui enleva son commandement et l'envoya à Rome ; autorisé par le sénat, Ventidius célébra son triomphe le 27 novembre 38 ^ Antoine alla aussitôt assiéger Antiochus de Commagène ^° dans Samosate *^ ; il s'empressa de lui offrir la paix ; les conditions furent moins avantageuses que celles qu'avait obtenues auparavant P. Ventidius '- ; Antoine confia le gouvernement
') Dio C, 49, 19. Jos., Ant.Jml, 14, 16, 4. I. L. A., p. 440. 467.0rell., Inscrip., 7181.
2) Cf. Cic, Fam., 12, 25, 1.
') Dio G., 48, 49 et seq. Vell., 2, 79. Suet., Aiiy., 1(3. FJor., 4, 8, 6. Cassiodor., p. 626 (Mommsen).
*) App., 6. c, o, 93.
•■) Dio C, 48, 39-41. Plut. Ant., 33. Jos., A7if. JucL, 14, 14, 6 et seq. B. Jud., 1, 15, 2 et seq. Liv., ep., 127.
«) Dio C, 49, 19. Plut. Ant., 34. Liv., ep., 128. Vell., 2, 78. Flor., 4, 9, 5 et seq. Front., Strat.. 1, 1, 6. 2, 2, 5. 2, 5, 36. Cf. Jos., Ant. .Jud., U,
15, 7. B. Jud., 1, 15, 6.
■) Dio C, 49, 20. Eutrop., 7, 5. Gros., 6, 18. ») Dio C, 49, 21. Plut., Ant., 34.
")I. L. A., p. 461. 478. Dio C, 49,21.43.51. P\uL, Ajif.. 34. Val. Max , 6, g, 9. Eutrop., 7, 5.
'0) Cf. App., Mithr., dl4. Cic, Fam., 15, 1, 2. 15, 3, 1. 15, 4, 3.
*') Dio C, 49, 22. Plut. Ant. , 34. Jos., An^ Jud., 14, 15, 8. B. Jud., 1
'2) Plut,, Ant., 34. Gros., 6, 18.
des provinces de Syrie el de Cilicie a C. Sosius ^ et revint à Athènes " en passant par l'Egypte ^ ; au commencement du printemps de 37, il se dirigea vers l'Italie accompagné do sa femme Octavie pour venir s'entendre avec Octave \
Antoine arriva devant Brindes avec 300 vaisseaux, pour aider Octave à soumettre Sex. Pompée ; il ne put débarquer à Brindes, et Octave, qui comptait beaucoup sur sa flotte alors eu construction, déclara qu'il n'avait pas besoin du secours d'Antoine. Ce dernier invita Octave à se rendre à Tarente ; Octave prétexta de graves occupations pour éviter le rendezvous ; on comprit aussitO)t qu'il était décidé à se séparer d'Antoine. Mais ce dernier tenait absolument à s'entendre avec Octave : il lui fallait des troupes pour faire la guerre contre les Parthes, et il ne voulait pas différer les levées que lo traité de Brindes l'avait autorisé à faire en Italie. Octavie s'interposa ; elle alla trouver son frère, et lui déclara que les négociations entre Antoine et Lépide n'avaient porté que sur une seule question, le mariage de la fille d'Antoine avec le fils de Lépide ". Octave céda aux sollicitations de sa sœur, qu'une rupture entre les deux cliefs du triumvirat aurait forcée à choisir entre sou frère et son époux ; mais sa résolution fut surtout dictée par des raisons militaires; Agrippa, Mécènes et L. Cocceius lui avaient prouvé qu'il n'avait pas encore assez de forces pour combattre à la fois Antoine et Sox. Pompée. Octave accepta donc une entrevue sur un point de la côte entre Tarente et Métaponte ®. Après la première rencontre, les négociations se firent à Tarente, elles aboutirent au traité qui porte le nom de traité de Tarente ".
Antoine et Octave se mirent d'accord sur les questions suivantes ^ : le traité de Misène était aboli;, Sex. Pompée
') Dio C, 49, 22. Plut., Aîir, 34.
2) Plut., Ant., 34.
^) .los., Ant. Jud., 14, 15, 9.
*) Dio C, 48, 54. 49, 22. Plut., Ant., 35. ») Cf. App.,6.c., 5,2.
6) App., b. c, 5, 93. Plut., Ant., 35. Dio C, 48, 54. Cf. Hor., 5*/^, 1, 5, 27 et seq.
8) App., 6. r.. 5, 95. 134 et seq. Dio C. 48, 54. 50, 26. Plut., Int., 35.
IV, 291 BRl.NDES, MISK.NK ET TAHLNTE 657
perdait tous les avanlag-es qu'il avait obtenus à ce moment : il ne serait pas consul, et il cesserait de faire partie du collège des Augures. Antoine promettait à Octave 120 vaisseaux de guerre pour terminer la guerre contre Sex. Pompée ; Octave de son cùté remettait quatre légions à Antoine pour lui permettre do mener à bien la guerre contre les Parthes. Antoine et Octave ne voulurent pas supprimer complètement ce qui restait des institutions républicaines *, tant que la paix générale ne serait pas assurée : ils convinrent de prolonger la durée du triumvirat jusqu'au 1" janvier 31 [ad pr. Kalendas jan. spxtas) -, et non, comme on l'a dit d'après Suétone, jusqu'au 1®' janvier 32 ^ Pendant la dernière année Octave et Antoine seraient consuls, comme il en avait été convenu à Misène et à Brindes. Octave se chargea de faire légaliser le second triumvirat par une loi conforme à laloiïitia'. Mommsen a prétendu que le second triumvirat ne fut pas légal, nous n'avons aucune raison sérieuse de nous ranger à son opinion. Le principal argument de Mommsen est celui-ci : Octave n'avait pas de pouvoir légal en 32 ; l'argument tombe de lui-même, puisqu'il est établi que les pouvoirs d'Octave, en qualité de triumvir, devaient prendre fin le 31 décembre 32 et non le 31 décembre 33 ^ A Tarente, on décida deux mariages qui devaient resserrer les liens des doux familles et garantir l'accord : la fille d'Octave, Julie, qui avait deux ans, fut promise au fils d'Antoine Antyllos ; la fille d'Antoine et d'Octavie, qui était aussi âgée de deux ans, devrait épouser le fils de Cn. Domitius Ahenobarbus ^ Octavie obtint encore que son frère donnerait
') Cf. Dio C, 48, 43.53. App., h. c, 4, 41.
2} ce. App., Illyr., 28.
3) Suet., Aug., 27.
*) Cf. App., Illyr., 28; il a tort de contester l'inlervenlion du peuple, elle était dépure forme, mais cependant nécessaire, b. c, 5, 95.
") Il existe une monnaie d'or à l'effigie d'Octave qui est unique en son genre (voir Arch. Zeitung, tome V, 1873, p. 76.) : Octave y est désigné en qualité de iterum triumvir, et en même temps Agrippa comme consul designatiis; elle doit être de l'année 38; elle ne peut pas servir d'argument pour infirmer le fait bien établi que le triumvirat fut seulement sanctionné par une loi en 37.
«) Dio G., 48, 54. 51, 15. Cf. Suet., Ner., h. Tac, Ann., 4, 44. Plut., Ant., 87.
638 LA DISSOLUTION DE LA lŒPUBLIQLK [IV, 29
à Anloinc, à litre gracieux, 1,000 soldais crélite, et Antoine, do son côié, fit don à Octave d'un certain nombre de vaisseaux légers \
Antoine retourna aussitôt en Grèce ; à Corcyre, il renvoya à Rome Octavie avec ses enfants et ceux qu'il avait eus de Fulvie ; il ne voulait pas, disait-il, les exposer aux dangers d'une expédition contre les Parthes ; le véritable motif est qu'il voulait être absolument libre pour renouer ses relations avec Cléopàtre -.
1) App., b. c, 5, 95. Plut., Ant., 35.
2) Dio C, 48, 54. 49, 23. Plut., Anl., 35, App., b. c, 5, 95.