‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 239 sur 384 · HOMME DE LETRES · texte numérisé non relu

HOMME DE LETRES

V SI Et li:

Rustique m taisait une noble occupation de culli- Sir lllS,,, It-n(J0 ver les letres, el avoii iw grand soin d'enrichir sa bibliothèque de livres nouveaui qui paroissoient dans le public. Ge fui dans ce dessein qu'il écrivit à S. Eucner i [ue de Lyon, j)our le prier de lui envoler son traité Questions sur l'écriture . qu'il transcrivit Lui-même un plaisir singulier, comme il le témoigne dam letre.

I si L'unique monument que nous sçachions avoir de Rustique. Le P. SirmonJ l'aïant trouvé dans un ma- Sk. ibid. p. m. nuscrit de Gorbie a la fin de l'ouvrage de S. Eucher el après les letres de Salvien et de S. Hilaire au même S. Prélat, il l'a donnée au public dans ses notes sur S. Sidoine. Elle est assez bien écrite pour son siècle, et aussi honorable à la mémoire de son auteur, qu'à celle de S. Eucher et de ses écrits , dont Rustique fait l'éloge magnifique aussi bien que de la sainteté et du sravuir du S. Evèque.

' S. Rurice déjà Evèque de Limoges adresse deux de Rv. t. s. ep. ». ses letres à un Rustique de ses amis, qu'il traite avec beau- 53' coup d'honneur, quoiqu'il le qualifie son fils. Il paroit avoir eu quelque terre du côte d'Userche. Mais il n'y a gOéres d'apparence que ce Rustique soit le même, que celui de Bourdeaux dont nous parlons. 11 pouvoit tout au plus être son fils, ou de la même famille.

SERRAN,

Orateur.

Nous pouvons placer vers ce temps-ci ' Serran ami sm. 3. 1. ï. eP. A C C-J • • 1 ' ' • * 1 r • 13. p. 903-908.

de S. bidoine , qui lui écrivant avant son epis-

copat , lui donne la qualité de frère. Il paroit par p.903. 1 car. 2.3. v. ses habitudes avoir été de la Ville de Xarbone ou des 465, environs. ' C'étoit un homme de letres, qui cultivoit i. 2. ep. 13. p. 903. particulièrement l'éloquence. Aïant composé le panégyrique de Pétrone Maxime son patron, ' qui après le meur- not. P. 901. 906. tre commis en la personne de l'Empereur Yalentinien III l'an 455 . s'étoit emparé de l'Empire, et n'avoit pas régné trois mois entiers, ' Serran l'envoïa à S. Sidoine sa. ibid. p. 903.

430 SERRAN, OHATKUH.

car. 23. v. ws. avec une tetre donl il l'accompagna. ' Il se servit de la voie '!•' Marcellin , célèbre Avocat à Narbone , leur ami commun.

i. a. ep.is.p.gos. S. Sidoine après avoir examiné la pièce, en prit occasion d'écrire à Serran la 13e letre de son second livre. 11 commence par lui montrer qu'il avoil choisi un mauvais sujet pour exercer son éloquence.- Il lui déclare ensuite que pour lui , il ne sçauroit louer comme heureuses des personnes qui courent aux premiers honneurs de l'Etat, parce qu'ils sont de si peu de durée, et si faci-

p. soi. les a ('ehapper, ' que l'on ne peut qualifier bienheureuse

la vie de ces personnes , qui en oubliant, ou même en violant le droit commun , font consister la béatitude dans le souverain pouvoir. Qu'elles sont d'autant plus misérables , qu'elles comprennent moins qu'en cet état elles sont réduites à une véritable servitude, pleine d'inquiétudes et d'agitations continuelles. Car si les hommes sont dominés par les Princes , les Princes ne le sont pas moins eux-mêmes par le désir de dominer. C'est sur quoi S. Sidoine s'étend assez au long, et ce qu'il prouve fort bien par l'exemple même du Prince que Ser-

P. 906. ran avoit entrepris de louer, ' et par l'histoire célèbre

entre Damocles et Denys le tyran.

Serran s'attendoit peut-être que l'on porteroit de sa pièce un jugement tout différent. Il n'y a pas, ce semble, lieu de douter que la censure sévère qu'en fit S. Sidoine , a été une des principales causes pour lesquelles ce panégyrique n'est pas venu jusqu'à nous. Mais la letre de S. Sidoine, à laquelle il a donné occasion, nous peut dédommager de cette perte. Elle est assurément une des plus belles et des plus instructives de tout son recueil. On ne trouve rien davantage sur l'histoire de nôtre Orateur.

CONSENCE II. 131

V SIECLE

CONSENCE II,

Comte du Palais.

Consence, ' Il du nom, étoit fils du docte Con- Kd. car. ». t. t sence, dont nous avons déjà donné L'éloge , et petit-fils par sa mère du Consul Jovin. Il devint lui me- v. 230-240. me un homme très-sçavânt ; et il hérita tellement de toutes les belles qualités de son père, ' qu'il le représen- v. 98. toit au naturel. ' Il sçut joindre à son seavoir et à son v. 2. 175-179. illustre naissance, une probité qui le rendoit en toutes manières le plus grand ornement de la Ville de Narbone sa patrie

' Il naquit, pour ainsi dire, au milieu des Muses ; et v. 204-227. dis ses plus tendres années il fut instruit dans la grammaire et la rhétorique. Après avoir acquis une entière connoissance des belles letres, il suivit la Cour et la profession des armes. Bientôt l'Empereur Valentinien III, aïant connu tout son mérite, le choisit pour un de ses Conseillers, et le fit Tribun ou Général d'une partie de ses troupes. ' 11 l'envoïa même quelquefois en ambassade v. 223. 254. auprès de l'Empereur Théodose le jeune son beau-pere. Consence qui possedoit parfaitement les deux langues, la Gréque et la Latine, s'acquitta de cet emploi avec autant de succès que de fidélité. Comme il avoit un talent particulier pour les négociations, et que sa bonté, son éloquence, la candeur de ses mœurs lui attiroient le respect des nations les plus barbares, il rendit à l'Empire beaucoup d'autres services fort importants, dans un temps où il se voïoit attaqué presque de toutes parts. Dans tous v. 222-229. ces emplois Consence fit toujours paroître un parfait désintéressement, et n'y rechercha jamais que la gloire d'un homme d'honneur.

Après la mort de l'Empereur Valentinien III, qui fut tué en 455, Consence quitta la Cour, et retourna en son pais,

où il possedoit de grands biens qui le rendoient puis- v- 96sant à la Ville et à la campagne. 'Mais l'Empereur Avite, v. 428-431.

432 <:<>\sk \ci; il,

(jui Buccéda à Valentinien, ne le laissa pas long-temps

jotiir du repos <pi'il gOÛtOit dans son domestique. Il l'appella près de sa personne, et le lit Comte du Palais, Ce

lui sans doute (Jès-lors (pic S. Sidoine depuis Evêque, lia avec Consence cette union étroile qui dura loute leur vie ; se trouvant cimentée par la profession que l'un et l'autre faisoient des belles letres.

v. 211:5-127. ' Consence, outre toutes ces grandes qualités , avoit

une adresse merveilleuse pour les jeux du cirque, et y remporta quelquefois le prix en présence de l'Empereur. Il seavait si parfaitement et l'histoire et la fable, que lorsqu'il paroissoit au théâtre, les acteurs redoutoient sa censure. 11 avoit un goût exquis pour les pièces dramatiques,

v. s-28. et beaucoup de de discernement pour en juger. ' 11 se niè-

loit même de faire des vers de toutes les sortes ; au ju-

v. i-3i. gement de Sidoine il y réussissoit parfaitement. 'Lors-

que celui-ci après avoir logé chez lui à Narbone, et y avoir été magnifiquement régalé , méditoit d'en remercier son hôte par quelque poëme, Consence le prévint , et lui envoïa de Provence plusieurs pièces de poésie de sa façon, où l'érudition étoit jointe à la noblesse des pensées, et l'énergie des expressions à l'élégance du style. C'est ce que S. Sidoine exprime lui-même avec énergie dans les deux vers suivants.

v. 20. 21. ' Misisti mihi multiplex pooma,

Doctum, nobilo, forte, delicatum.

v. 7. ii. ' Sidoine , quoiqu'accoutumé à faire des vers , voïant

la beauté de ceux de Consence, hésita un peu pour lui

v. 1-512. répondre. ' 11 le fit néanmoins par un poëme de plus

de 500 vers, où après avoir loué les poésies de Consence, il fait son éloge , celui de son père, et celui de la

v. 436-506. ville de Narbone qui leur avoit donné naissance. ' Il n'y

oublie rien de tout ce que Consence, et les autres illustres citoïens de cette ville, qu'il avoit visités , avoient mis en usage, pour lui faire un bon accueil. Il y marque entre autres choses les livres, et les entretiens d'érudition. Nous avons encore ce poëme qui est le 23e parmi les poésies de S. Sidoine. Mais il ne nous reste plus rien de ceux de Consence, que l'idée que nous en fournit

celui-là

\ 8IECLI

celui-là. 11 i'ui composé, <-<>iiiiii'' l'on croit, vers l'an i<»l :

ce qui n'empêche pas que Consence n'ait pu vivre encore

«li\ à douze ans après cette époque. Il n'a guéres vécu

au-delà; ' car il étoil mort avant que S. Sidoine écrivît i. 9.ep. is.p

sa letre à Gelase, ' ce <ju'il lii lorsqu'il avoil déjà publié p. eos.

les premiers recueils de ses letres vers îs" ou loi.

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