Chapitre L — P. SwAêOB
à la muse facile, qui se laisse souvent prendre aux fleurs dont ou la pare, mais à des puissances sévères, à l'esprit qui a terrassé Jacob, aux mystères de la divinité. A cette tâche une vie entière de méditations et de dévouement ne saurait sufflr. Pour avoir chance de l'accomplir, il faudrait consumer son cœur de l'amour de Dieu, s'abîmer dans sa contemplation, il faudrait se faire martyr et prophète après David et après Klopstock.
L'œuvre de Soutso a des beautés incontestables; mais que sont -elles devant celles de l'œuvre de Dieu, devant la grandeur de l'évangile, qu'il ne fait souvent que transcrire? L'eût-il fait jusqu*au au bout, dans l'ensemble et dans les détails, il eût produit un drame inimitable. Ses vers, tout mélodieux qu'ils sont, font regretter la prose sublime du livre sacré.
Ce drame a cela de commun avec celui que nous avons analysé d'abord, que tout en ayant de magnifiques tirades, Q pèche essentiellement par la construction et par l'économie. La scène s'ouvre sur Hérode et Pilate, qui se communiquent leurs inquiétudes au sujet des idées nouvelles qui commencent à se répandre en Judée. Survient J. C. qui harangue le peuple de fragments tirés de l'évangile. La scène est ensuite occupée par Livius, fils d'Hérode, qui raconte à Aurélie, fille de Pilate, ses voyages par toute l'Europe, et particulièrement à Rome et en Grèce, et adresse de longues apostrophes à ce dernier pays. Ce dialogue est interrompu par les Hé-
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breox, qui sortent du temple en chantant les louanges de Dieu,
Au commencement du second acte, Annas et Cajiphe ùSreat les trente deniers à Judas, qui, après quelques courtes hésitations, finit par les accepter, et Caïphe avoue à Annas, que tout en haïssant la domination romaine, il veut aussi la perte de Jésus Christ, qui ameute le peuple contre les puissants et les riches. Les deux interlocuteurs sont ensuite remplacés par J. C. et ses disciples, aux quels le maître divin dévoile qu'il sera livré par Judas, après quoi il se retire à Técart, et prie sur la montagne des Oliviers, où il montre peut-être un peu plus de répugnance pour la torture et la mort qu'il ne nous serait permis de lui en supposer. Survient Judas, qui le livre au grand-pontife. Alors le ciel ê^ottvre^ an voit le Créateur attristé aeaia sur son trône , dont partent des éclairé y des cris et des tonnerres. Un aro^enreiel entoure le trâne. Un chœur d'anges chante les louanges de Dieu.
Le troisième acte est le jugement de J. C. Satan, assis au milieu des démons, exhale sa fureur contre le créateur. Le tribunal des pontifes s'assemble, et les démons l'entourent sotis une forme invisible {!). Caiphe débute par un éloge de l'ordre qu'il préside. Lorsqu'il entame l'accusation, on amène J. C, qui condescend à se défendre avec bien plus de paroles qu'il ne l'a ûut d'après les évangâistes. Cependant, comme on sait, l'insistance inique du tribunal l'emporte sur les hésitations
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de Pilate, et J. C. est condamné, tandis que Barabas est absous.
Cette scène, d'un intérêt si hautement dramatique en elle-même, se borne à quelques harangues de J. C, empruntées à d'autres parties du livre saint Livius accourt pour reprocher aux Hébreux de traiter J. C. comme les Athéniens avaient traité Socrate, et de condamner celui qui enseigne l'immortalité de Tâme. Son discours ne convertit que Judas, qui en quatre vers résout d'aller se pendre.
Le quatrième acte est celui de la passion même. On voit le Golgotha. Aurélie raconte à Livius un rêve où J. C. lui est apparu dans toute sa gloire. Elle parle encore, lorsque le del s'obscurcit, la terre tremble et se fend, on entend J. C. gémir sur la croix, crier et pardonner, et Aurâie est saisie d'une sainte furetu:. Judas, après avoir exhalé son repentir, sort pour aller au gibet. Les anges et les démons chantent autour de la croix; les apôtres racontent les circonstances de la passion, et l'on voit enfin le peuple qui porte J. C. au tombeau.
Le cinquième acte nous représente Pilate en proie au remords et au délire, lorsqu'on vient lui aimoncer que notre Seigneur est ressuscité. Pilate s'enfuit hors de lui-même, et à sa place vient Aurélie, qui fait part à Livius, son amant, de la décision qu'elle a prise de se retirer au désert et de se consacrer au service du Seigneur. Elle le persuade de l'aider dans l'accomplissement de son vœu sacré, en la fuyant lui-même. La
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dernière scène est occupée par les apôtres, qui s'entretiennent de J. C. et de sa résurrection, lorsqu'il leur apparaît lui-même, les bénit, les envoie instruire la terre, et s*élève aux deux au milieu des hymnes des anges.
On le voit, dans cette pièce, de même, point de plan, excepté le plan gâiéral et sublime qui appartient à Tévangile. Hors de là, nulle situation amenée avec art, nul développement de caractère, sans parler de la mise en scène, qui dâiote tme ignorance complète des vraisemblances et même des possibilités théâtrales. On ne peut lui contester des mérites; mais ils sont dans les détails, et point dans l'ensemble de l'œuvre poétique. La versification y est presque toujours irréprochable et mélodieuse. Quelques harangues, — car de dialogue il peut à peine être question dans les drames de ce poète, — et les choeurs des anges et des démons, ont de sublimes beautés Ijrriques, dont cependant une partie revient de droit à David. H est peut-être aussi à regretter qu'une trop grande recherche du style chargé d'images donne dans ce drame une teinte trop matérialiste aux pures conceptions chrétiennes.
Voici comment Livius plaide en faveur de J. Christ
déjà condamné.
«La crainte, l'espérance, le mensonge et l'intérêt, une foule d'autres passions plus ignobles, ont imposé à la terre des dieux monstrueux ou rldicuîes. L'inepte Indou adore des étoiles et des soleils(?); le peuple romain, le ci -devant peuple Roi, l'ennemi des rois, divinise aujourd'hui les Césars; l'Egypte se prosterne devant l' Apis