AURÉLIE
«Les richesses et les grandeurs de Rome ne t ontelles pas étonné? Ton regard doit s'y être attaché plein d'admiration.
.IJVIUS.
«Comme les p3rramides de Memphis Rome attire l'admiration par ses dehors; à l'intérieur elle n'est, comme elles, qu'un tombeau renfermant des ossements et des cendres, et élevé avec des sueurs et des larmes. Des afifianchis occupent les sièges d'un sénat servile et prévaricateur. La vue du cirque ensanglanté, des lions qui se disputent des lambeaux humains, plaît à un peuple lâche, qui avait été grand par le passé, de même que l'intempérance de la jeunesse flatte les vieillards impudiques. Tout noble élan y a disparu; la vertu y est morte, ainsi que l'amour de la patrie. Où êtes-vous, ô
Rangabé» Littérature nco- hellénique. U. 2
l8 //. Partie. — Uvre IL — PoèUa,
couples de demi -dieux, les deux Catons et les deux Brutus? Le sombre Tibère a par ses proscriptions plongé Rome dans le silence des tombeaux. Je suis sorti d'une nuit sombre lorsque j'entendis le cri généreux de la liberté, et que je rencontrai le Christ parlant aux assemblées publiques, et consolant les peuples qui gémissaient dans les fers.»
n est inutile d'insister sur les détails des trois autres drames du même poète, intitulés Vlctchavas^ CaraUcakiê et Ylncannu, Us portent le même cachet que les deux premiers, et ne contiennent que des fleurs lyriques brodées sur d'informes canevas de tragédies, des scènes impossibles, sans intrigue et sans dénouement, des dialogues improbables, des personnages sans jeu de passions et sans caractère. Ce ne sont pour la plupart que des couplets mis bout à bout, et très -souvent même des couplets traduits d'opéras italiens. Le farouche Sélim roucoule comme un Roméo, son amante échange avec sa suivante des strophes pindariques; Palladius, le Prince grec du Phanar, est un tyran de mélodrame, ofifrant à sa jeune femme le poison ou le poignard. Mais tous ces lieux commtms maladroitement compila, souvent empruntés à des œuvres de nulle valeur littéraire, sont exprimés en des vers qui, pour la mélodie et la grâce, l'emportent sur ce que la littérature de la Grèce moderne a encore produit de plus parfait.
On comprend que le drame n'est qu'un effort pour le poète, et une aberration de son talent Son véritable élément est la poésie Ijrrique. H a publié plusieurs odes^
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et toutes celles qui ne sont pas des pièces de circonstance, et où sa muse ne sacrifiait pas à des puissances mondaines, tiennent un haut rang dans la littérature. Son - style est figuré, ses images sont grandes, et s'il aime à faire dans ces compositions aussi des emprunts aux littératures étrangères, ce sent toujours les plus grandes beautés quMl implante d'une manière habile sur le sol national.
Nous voulons donner, comme échantillon de sa poésie lyrique, une ode que nous avons osé traduire en vers, dans l'espoir de mieux reproduire le mouvement de ses strophes:
cODE €Sttr la mort de l'amiral Miaoalicp
«Non, il n'est pas tombé lorsqa'armé de la foudre il chassait devant lui cent yaisseanx orgueilletuc; et les débris fumants de la frégate en poudre n*ont point enseveli set restes glorieux.
Cependant il fut grand à son heure demi^. lorsqu'il eut reconnu la barque des enfers, il la vit sans trembler, de cette mine altiire dont il fixait jadis les forts mouvants des mers.
Notre Roi, déposant l'éclat de la couronne, vin t embellir l'horreur de ses derniers instants. Le héros tend la main, digne soutien du trône, et lui dit: Protégez la Grèce et mes enfants.
Patras de ce grand jour conserve la mémoire, lorsque seul, combattant les flottes de Tahir,
aO //. Partie. — Livre IL — Poèteê.
il yit sous les boulets et soos la flamme noire l'horizon s'embraser et le ciel s'obsurdr.
Debout sur le tillac de aa barque intrépide, d'une main il réglait son sillage incertain; de l'autre, aidant le brave, exhortant le timide, il opposait au nombre un courage d'airain.
n n'est plusl Couronné de laurier et de palme, son front de ses hauts faits garde le souvenir. Ennemi, ce beau front est immobile et calme. Pour la première fois viens le voir sans pâlir.
De notre liberté le grand pilier succombe. Veuve, l'antique gloire, au milieu des débris, pour chacun de ses fils voit s'ouvrir une tombe que l'étranger hautain contemple avec mépris.
Des faits de tes aieuz conserve la mémoire, jeune race, étrangère à leurs guerriers exploits ; et si leurs monuments tombent en poudre, crois à l'immortalité du livre de l'histoire.
Rouges de notre sang, couverts de nos lauriers, périront-ils ces champs et ces riches campagnes? Ces cimes, ces vallons, ces géantes montagnes, ce sont les monuments de nos fastes guerriers.
L'astre brillant des cieux, dans sa course étemelle, reflétera ces temps toujours grands, toujours beaux, et prêtera toujours une splendeur nouvelle aux rayons immortels qui couvrent le héros.
Il est là; près de lui Thémistode repose. On dit qu'on voit errer leurs ombres dans la nuit sur la grève, où le flot que la mer y dépose raconte leurs exploits à chaque flot qui fuit