Chapitre IL — A. Sontsoê
quée au coin de la justice, et a même quelquefois plus nui aux intérêts publics qu'elle ne les a servis, elle possède une qualité qu'on peut rarement lui contester, ceUe de plaire tout en portant ses plus rudes coups. La perfection et la beauté de ses vers est relevée par la spirituelle vivacité des sallies, dont quelques unes portent un brillant cachet d'originalité, n y en a même qui, découlant de sa propre verve, et exprimant d'une manière heureuse les idées et les sentiments des temps qui les ont produites, ont presqu'acquis la popularité du proverbe. Tet est le refiain de la satire du Jour- 'noHate:
«Je suis un patriote intraitable et brutal.
Qu'on me donne une place, où j'écris un journal.»
£t cet autre de la satire sur la liberté de la presse :
«La presse est libre, à moins qu'on ne veuille médire
des ministres, de leurs commis,
des préfets et de leurs ftmis.
La prefse est libre, à moins qu'on ne prétende écrire.*
A. Soutsos a commencé sa carrière poétique en 1824 par la publication d'un petit recueil de satires contre les hommes et les choses du jour. Le moment était peut-être mal choisi pour chanter, et surtout pour tendre l'arc de la moquerie contre ceux qui mouraient les armes à la main. Mais on ne prescrit pas à la verve quand elle doit éclore, et même dans ces temps si tristement sérieux il y avait assez de travers pour inspirer un poète satirique qui ne s'est jamais beaucoup
26 //. Partie. — Liwrt IL — Poètes.
distingué par rapprédadon de Ta propos. La bmgne de ces premiers essais de sa muse était encore n^ligée; mais on y voyait déjà poindre les lueurs de son génie.
Depuis, il n'a cessé d'accompagner de ses chants tous les changements politiques que la Grèce a eus à subir. Nous ne pouvons pas, sans nous exagérer son rôle, affirmer que ses poésies ayent toujours exercé une influence marquée sur l'opinion publique. Pour se mettre à la tête de Topmion il ne s'élevait pas assez au-dessus d'elle; il la suivait bien plus qu'il ne la guidait Cependant il n'est pas moins vrai que ses satires ont toujours attiré l'attention, et qu'elles ne cessent , jamais d'être lues avec plaisir, à cause de leur perfection littéraire aussi bien que de la malice piquante qui les caractérise. Nous dirons aussi que sans être la reproduction fidèle des temps auxquels èHes se rapportent, car elles sont loin d'en embrasser l'ensemble on de les apprécier toujours avec équité, elles n'en reflètent pas moins un des côtés, en ce qu'elles sont l'écho de tous les mécontentements, de toutes les colères du moment, et resteront toujours des monuments que l'historien national qui voudra rendre l'esprit de l'époque, devra prendre en considération.
Ses premières productions poétiques l'exposèrent à des animosités qui le déterminèrent à quitter la Grèce, et à se rendre à Paris. H y publia son histoixe de la révolution. Revenu dans sa patrie sous le gouvernement du comte Capodistrias, c'est contre lui qu'il vida