Chapitre II. — A. Soulsos
il veut décrire Jérusalem, il veut parler des pyramides, il vent chanter les Atrides^ mais les cordes de sa lyre résomient toujours de la satire politique. Sa langue est noble et élevée dans ce poème, mais, au point de vue grammatical, elle n'est pas toujours irréprochable. L'harmonie du vers et de la strophe qu'il a adoptée est d'une monotonie fatigante. Les trochées se succèdent à travers les deux mille vers du poème sans la moindre interruption. Le poème n'en est pas moins rempli de belles images et de magnifiques tirades sur le passé, le présent et l'avenir de la Grèce.
Quant à la Grèce combattant les Turcs] c'est une chronique en vers, ce n'est pas un poème: c'est de l'histoire rimée, mais dépouiUée de ces détails qui la rendent attachante et dramatique, de ces développements par lesquels elle est comprise et elle instruit. Une multitude de faits passent devant l'esprit du lecteur comme dans un kaléidoscope. On ne peut s'arrêter ni s'intéresser à aucun. Le poète dit dans sa pré&ce que son héros est la Grèce; c'est à elle qu'on doit s'intéresser. La Grèce inspire sans doute l'intérêt le plus vif à tous les nobles cœurs, à toutes les hautes intelligences; mais c'est un intérêt tout politique, ce n'est pas celui qu'on cherche dans un roman ou dans un poème épique.
Ce qui ajoute encore à l'insuccès de ce poème, c'est que Soutso a adopté, pour l'écrire ime strophe dont Tharmom'e est défectueuse, et qui, en tout cas, serait bien plus adaptée à une chanson qu'à une composition se-
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et de longue haleine. De cette prétendue épopée on pcot du reste porter exactement le jugement que nous avons jHrononcé sur son Errant et sur ses comédies. C'est un assemblage de dumsons cousues ensemble, et même quelquefois décousues. Cependant, tout en péchant contre toutes les r^les de Tart, ce poème aussi partage avec toutes les compositions du poète te mérite d'une grande élégance de style et de plusieurs passages qui, considérés à part, brillent par de rares beautés.
Le publiciste distingué M. Jules Roussy, dont je sois heureux de trouver l'occasion de citer le nom parmi ceux des hommes qui ont aidé à la gloire et à la prospérité de la Grèce, nous apprend l'existence d'un autre poème d'Al. Soutsos, qui devait être le plus considérable de tous. Dans un article littéraire publié dans le Journal F Union ^) il dit avoir aidé Soutso à traduire cette épopée, qui avait pour titre: La guerre de Crimée^ 868 eau8e8 et see eoneéguencee. M. Roussy s'exprime sur cet ouvrage poétique en ces termes:
cLe côté descriptif et pittoresque n'y a pas été la principale visée du poète, quoiqu'il ait peint des couleurs les plus vives les grandes batailles et tous les incidents de cette lutte formidable. Le point de vue a été plus élevé, plus moderne en quelque sorte, que le point de vue ordinaire des poèmes héroïques. Il a voulu exprimer, avec le prestige de la poésie, l'action politique
1) Paris, 31. Oct. 1863.