‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 167 sur 256 · Chapitre IV. ~ EmiU R. Ranffabé. IO · texte numérisé non relu

Chapitre IV. ~ EmiU R. Ranffabé. IO

Le frère cadet de Cléon, Emile R. Rangabé, qui faisait son apprentissage dans Tarmée prussienne et y avait atteint le grade d'officier, a été enlevé par une mort prématurée aux brillantes espérances qu'il donnait à sa patrie. A la suite de son journal de la part qu'il a prise à la guerre de 1870 on a publié des fragments poétiques sortis de sa plume, qui prouvent qu'il possédait les dons de l'imagination et tous les talents qui en auraient fait tm poète distingué. Dans ces premiers produits d'tme muse qui s'essaie, la langue est belle et figurée et la versification riche et originale. Le fragment inachevé dont nous donnons la traduction suffira pour montrer ce qu'on pouvait attendre de sa verve si le destin l'avait épargné.

«Les rayons dorés se livrent à leurs ébats secrets avec la rosée cachée dans les feuilles. Les mois de l'hiver sont passés; un doux soleil réchaufie les cœurs.

«Quand une brise embaumée passe sur les prairies, qui est-ce qui consent à s'enfermer comme dans une cage? Quelle âme aussi, qui se sent à l'étroit dans son corps, ne supporte pas alors plus légèrement ses peines ?

«Là bas, des jeunes filles, les cheveux flottant sur les épaules, se livrent à des danses. Mais pourquoi la fille de Stavros se tient-elle à l'écart? Qui cherche-t-eUe des yeux?

«Elle a vu seize fois le mois de mai orner les collines de fleurs. Croit-elle que les chants ne conviennent qu'aux années de Tenfance?

«Elle rougit! Ahl voilà la vérité qui se fait jour.

I08 //. Partie. Livre IL — Poètes.

Que voit-elle dans le buisson? Elle y rencontre un regard aigu comme la dent du serpent, et qui mord le cœur.

cLa jeune fille va au buisson pour y cueillir une fleur blanche, sans penser aux épines. Un jeune homme, le teint halé des feux du midi, sort du buisson et se tient auprès d'elle.

cElle le prend par la main et lui dit: cTe voilà, tu es venu tarir mes larmes, dont la source jaillit toujours dans mon cœur.t

«Le jeune 'homme la couvre de baisers enflammés: «Quand je ne suis pas près de toi, la lumière de ma vie est éteinte. La lumière pour moi, c'est un de tes regaiâs.

«Si je touche tes lèvres, ma tête s'embrase. Je veux que nos deux âmes s'unissent, et mon mal redouble.

«Si tu veux sauver ton ami, consens à venir seule, le soir, sur la montagne déserte du Loup. Tu m y donneras les félicités du paradis.»

«La rougeur pudique couvre les joues de la jeune fiUe. Elle tremble dans ses bras robustes. H priait en paroles de fiamme, et elle a promis.

«Sur le toit de Stavros s'abat ime chauve-souris. Une chauve-souris 1 c'est un oiseau de malheur. Où il vole, il annonce des désastres et des douleurs.

«Vois comme tes trois frères t'épient cachés sous les arbres. «Malheur, s'écrient-ils au Clephte sur le rocher du Loup.»

«Les tempêtes qui passent bouleversent le sein des mers. Les joies des hommes sont bouleversées par leurs passions.

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