‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 189 sur 256 · Chapitre VIII . — TarUaUdiê · texte numérisé non relu

Chapitre VIII . — TarUaUdiê

a soufflé sous tes voûtes l'esprit de discorde. Quiconque feuillette ces tristes chroniques voit avec terreur le démon de controverse se dresser devant lui. C'est lui qui t'a aveuglé, ô vieux temple. Ce fut ce ver rongeur qui a couché, brisé sur la route, le chêne robuste, respecté par dix siècles. Le conquérant superbe survint alors en brandissant son sabre; à ta porte il descendit de sa cavale hennissante; et depuis ce moment, feuilles détachées de tes branches flétries, nous aussi nous sommes entraînés par le torrent vers labîme sombre.

<A quelque distance, désert et nu, et n'ayant sauvé de son antique splendeur que trois restes informes, s'étend l'hippodrome. On n'y voit plus trace de la vie qui l'avait animé. N'a-t-il pas autrefois embrassé ce que la grande ville contenait de plus beau et de plus merveilleux? Ne faisait-il pas la gloire des grands Empereurs?

tO géant de l'antiquité I C'est à toi, l'Egyptien, que je m'adresse. Je contemple ton sommet solitaire, et tu me fais pitié. Taillé jadis aux bords du Nil des rochers de Libye, tu as vu cent règnes de Pharaons défiler à tes pieds, et du midi émigrant au nord, tu es venu ajouter aux honneurs de Byzance.

«Les adorateurs d'Osiris et dlsis, ayant étudié les étoiles au milieu de la nuit morale qui les entourait, ont gravé sur tes flancs des lettres mystérieuses, dont nuUe tradition n'a conservé le son. Aujourd'hui, après la grande destruction, lorsque ta tête perce les ruines pour s'élever vers le ciel, et qu'étranger au milieu des étrangers qui t'entourent, tu n'obtiens qu'un regard de pitié du passant, dis, explique-nous ce qu'elles signifient. Quel est le décret des deux sur toi-même et sur l'ave-

152 //. Partie. — Litfre IL — Po^ieg.

nir? Quel est le sens de ce hibou? que veut dire cet

enfant? >

Nous ajouterons un exemple encore de la poésie légère et enjouée de Tantalidés, car c'est le genre où surtout il excelle, £Edsant de la satire aussi vive et ausa spiritudle, mais beaucoup moins agressive et personnelle que celle d'Alexandre Soutso.

«Le poète.

«Voyez-vous cet homme aux yeux creux, aux sourcils élevés, aux rides froncées sur le front? Silence! C'est un poète. Il va tout fustiger de son fouet cuisant. C'est le janissaire de la poésie; il met flamberge au vent. C'est un grand satirique!^)

«Un satirique I ... Il brandit sa plume comme si c'était la foudre de Jupiter. H a trempé ses flèches dans les poisons bouillants de sa colère. Un double carquois résonne sur son dos. D est Apollon à la ùuce sombre comme la nuit. H tend son arc C'en est fait du monde, le diable l'emportera à son premier coupl . . . Mais

«Voilà le flux de ses vers qui s'arrête . . . Attendez; écoutez le satirique. H se fâche, il est vexé, il trempe et retrempe sa plume; il compte les mesures sur ses vingt doigts; il change de cahier, s'essuie le fix>nt, et repousse au loin son encrier.

«De ses mots ef&cés il dessine des fleurs. Les rimes ne s'accordent pas; il les poursuit dans le dictionnaire. Il siffle, il souffle, il se gratte ; le mot lui parait insipide.

1) n 7 dans Toriginal un jeu de mots impossible à rendre. SoHri veut dire en grec un couperet. C'est pour s'en être armé que le héros du poème serait un »atirique.

ChapUre VI IL — Tantalidés. 153

Il efface, il écrit au hasard; il ef&ce encore, écrit et efface ... Oh! quelle triste poésie!

cMais le voici I ... Il est inspiré! . . . Voyez, ses sourcils se baissent; sa plume est en marche, son regard rit. Sa Muse est eu travail d'enfantement Le grand moment est venu trop tôt. Elle met au monde un enfant de quatre mois.

cLe poème est né. Il demande des auditeurs pour leur en faire lecture. Vite, amis, fuyons. Qu'attendonsnous? n va nous tomber sus. Poète, lâche-nous, poète, fais nous grâce 1 Par la vie du nouveau-né, épargne nos oreilles. Ton poème est parfait. Quel besoin de nous le lire? En quoi avons-nous failli pour être punis?»

A Athènes Tantalidés a publié en un volume, avec

accompagnement de musique, des chansons charmantes

de naïveté, destinées aux enfants, d'autres, pleines de

solides pensées pour la jeunesse des écoles, et plusieturs

autres, pleines d'esprit et de fraîcheur, sur divers sujets.

CARASSOUTSAS.

J. CARASSOUTSAS de Smyme est un poète lyrique tout d'harmonie et de sentiment. Ses vers, écrits en un langage des plus travaillés, ont l'allure lente et langoureuse. Ils semblent respirer la douce mollesse des bois parfumés de l'Ionie. Une traduction ne peut que leur enlever le principal de leurs mérites. Cependant leur suave duvet recouvre des pensées assez fortes et belles, pour que nous ne puissions pas nous dispenser d'en mettre quelques-unes sous les yeux du lecteur.

Voici en quels termes il parle de sa patrie:

154 ^^' -P»»"^- — ^^^ JI' — Pokes.

cA rionîe.

cQui calmera mon âme? Qui donnera à mes désirs les ailes du zéphyr? Qui me portera aux contrées où coule le Mêlés, radieux comme une nappe d'argent?

cH y souille de douces brises, et Tonde y reflète les ombres noires des platanes qui s'y balancent. JLe myrte y répand ses parfums, et tout y porte à la joie et à la paix, tout, excepté la tyrannie.

€Son démon inspire la terreur; il détruit rharmome de la belle nature; il fane les fleurs dans leur épanouissement, et son souffle souille et flétrit Tlonie.

«Mais, quoique dévastée par Touragan, elle se relève toujours attrayante, et le deuil de l'esclavage dont elle se couvre lui prête des charmes plus sympathiques.

«C'est ainsi que la rose, abattue par la pluie de Forage qui la fouette en sifflant, se relève bientôt humide aux rayons du soleil, et dresse sa fleur plus flère et plus belle.»

Au poète dont nous avons parlé plus haut il adresse

les paroles de tendre sympathie qui suivent Nous les

reproduisons, comme un complément de la notice

«sur Tantalidés.

«Je me présente à ton temple sacré, et j'élève ma prière vers toi, ô Dieu suprême, qui Us au fond des cœurs!

«Un frère, un ami à moi, est, ô mon père, victime d'un destinée injuste. Doux, vertueux et plein de sagesse, il est privé de la lumière, il est plongé dans les ténèbres de la nuit.

«Le poisson qui fend les flots, les oiseaux sur les

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