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Chapitre IX, — Zalacoêtas

un regard fixe et étrange. Ses pleurs ne coulent point . • . C'est son cœur qui est rempli de ses pleurs.

€ Verse, toi, 6 Muse, une larme amère, avant que mes cordes gémissantes n'aient fini leur chant. Couronne de tes fleurs le marin mort, et couvre-le de tes parfums.

cLaisse-moi. suspendre ma lyre à la branche d'un saule, et n'y touche point avant qu'une grande voix pleine de tempêtes ne retentisse dans les cœurs d'une jeunesse ardente.

c C'est alors que je redemanderai mes armes d'autrefois. Alors chaussant de nouveau mes brodequins de montagnard, je volerai avec toi là où l'Achéron précipite ses flots rapides.»

Une de ses plus belles compositions poétiques, intitulée €Mûsolonghn, commence ainsi:

tBien que j'aie voué ma vie à une occupation haïe des Muses et que j'aie déjà fourni la moitié de ma carrière, je descends cependant encore dans la lice. Mon âme est jeune. J'entreprends de chanter \me grande histoire.

«Une déesse auguste soulève le voile du passé, me tend du del son bras de feu, et me transporte aux flancs dénudés du Mont Kérasovon.

cUne douce teinte rosée trace la ligne du matin, et Tceil de l'aurore, suspendu à l'horizon, projette ses rayons tremblants. Les autres étoiles s'éteignent, mais la face de la nuit est encore noire.

«C'est Theure des amours, un mélange mystérieiu de lumière et de ténèbres. C'est le moment où la rose s'épanouit, où la nature active le drame de la vie.

cLe ciel, la terre et la mer, tout dort; oui, tout dort ailleurs; ici plane le démon de la mort. Ici veillent

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des combattants endurcis aux fatigues, des moissonneurs sur les champs meurtriers de la guerre.

«Missolonghi . . . Voyez, cette étroite enceinte, ce monument élevé à la gloire, décimé par la Êimine, oppose encore à 1 ennemi sa légion de martyrs.

i Missolonghi, un brasier sur lequel des combats sanglants sont livrés I II dresse son front aider, couronné de dix bastions fiers de leurs noms illustres. Chaque bastion souffle Touragan et vomit des tourbillons de flammes.

«n dirige vers le lac le feu jamais éteint de ses mortiers. L'éclair succède au tonnerre, et Missolonghi flotte dans une mer de fumée et de feu

«Les bouches des dragons d'airain, qui lancent des éclairs, parlent tm langage mystérieux. Leur concert éclate en im bruit immense. «Rendez- vous, disent à la garnison les canons qui la ceignent Rendez-nous les clefs.» — «Elles sont au bout du glaive ,» crie Missolonghi par ses cent bouches. Ce terrible dialogue retentit jusqu'aux extrémités de la terre.» . . .

Ce poète, plein de vigueur, est inimitable lorsqu'il

fait résonner les cordes tendres de sa lyre. Nous fiû-

sons suivre un des poèmes de ce genre, écrit dans le

style populaire avec une charmante naiveté.

«Le poète.

«La douleur se refuse au sommeil. Le del jette sur la colline sa lumière vacillante. Les forêts, les montagnes et les rochers sont encore plongés dans le crépuscule.

«Les herbes boivent la ros^ de la nuit, le rossignol

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fait retentir sa douce chanson, et un zéphir caressant ride la surface de Teau.

cDes Néréides invisibles tressent des couronnes d'or sur le sommet de la montagne. Des anges président à cette heure mystérieuse.

cC^est l'heure délicieuse du matin, où la nature jette ses parfums sur les fleurs et les feuilles, une heure bénie par tous les cœurs qui ne plient pas sous la douleur.

c Assis au bord de la fontaine, tm jeune poète promène ses regards autour de lui. Tout lui parait terne; il soupire et adresse ses plaintes à la nature déserte.

t Triste nuit, dit-il, tu es sombre comme mon âme. Avec quelle joie je te saluais autrefois à côté de ceUe que j'adorais!

€ Ecoute comme les oiseaux chantent deux à deux sur les branches. Et moi dans ma douleur, je cours après tm fantôme, je cherche une ombre à travers les forêts solitaires.

cCes forêts étaient autrefois le paradis pour moi. J^aimais tant cette fraîche fontaine. Insensé qui compte sur les joies de ce monde!

«Des rêves m'ont égaré, et mon cœur a cru à des félicités célestes. Oiseaux des montagnes, vous connaissez l'histoire de mes peines.

cSi l'un de vous se plaint de son isolement et d'avoir perdu sa compagne, que de sa voix musicale il répète ma soufirance.

tElle s'appelait Chrysô; elle brillait de jeunesse et de beauté. Elle était la reine de la danse et la première à Téglise.

cSes sourcils étaient tracés comme au pinceau; ses yeux bleus n'avaient pas leurs pareils, pas plus que ses lèvres de corail.

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cA quoi lui ont servi la beauté et la grâce contre la mort inexorable? Charon le crud, Cbaron, le chasseur des âmes, la vit et l'emporta.

cO vous qui Tavez connue, oiseaux, fleurs des champs et fontaines, ne me croyez pas insensible si je puis continuer à vivre sans die. '

«Pâle cadavre, vain fantôme errant sur la terre, je veux que mon âme s'y consume; car la vie m'est un enfer, et la mort me serait une fête.

tLa mort l'a entendu. Les amandiers de la campagne n'avaient pas refleuri une fois encore, que le malheureux fut enlevé, et dort dans la terre à côté de sa Chrysô.

«Deux arbres, plantés sur la double tombe, les cour vrent de leur ombre mystérieuse. Lorsque la brise souffle, ils se donnent le baiser fraternel.»

CALLIVOURSÈS.

Le savant médecin P. Caluvoursès, dont nous avons déjà cité les travaux et les découvertes scientifiques, est aussi un poète distingué et original. Ses ouvrages poétiques appartiennent surtout au genre didactique, et brillent tout autant par l'imagination que par im style vigoureux et richement figuré. Sa langue est d'une pureté et d'une correction irréprochables, à moins qu'on ne veuille lui fiiire un reproche de lexagération même de cette qualité. Si les vulgaristes restent au-dessous de l'état actuel de la langue parlée, notre poète s'élève souvent beaucoup au-dessus d'elle. Il écrit comme on a parlé autrefois, ou plutôt comme, sur la foi de la grammaire, il espère qu'on écrira un jour. Fidèle anx

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