Chapitre L — Les Phanariotes
toutes les parties de la Grèce parmi ceux qui se distinguaient par des talents et des connaissances supérieures, ils formaient une aristocratie de mérite, nullement exclusive, qui cependant devenait le plus souvent héréditaire par les richesses que ses membres acquéraient dans leurs fonctions élevées, et par Tusage qu'ils en faisaient pour l'éducation de leurs enfants. C'était assez pour jeter sur ces hommes, à Tapproche de la révolution grecque, mouvement aux tendances toutes démocratiques, une impopularité qu'ils ont certes plus d'une fois méritée par leurs rivalités politiques et par leur ardeur à se disputer les premiers anneaux de la chaîne commune. Cependant il faut leur rendre la justice de reconnaître que ce sont eux qui furent les promoteurs les plus actifs et les premières victimes de l'insurrection qui amena la délivrance de leur pays. En attendant ils étaient devenus une puissance intermédiaire entre la nation des oppresseurs et celle des opprimés, un bouclier qui couvrait ceux-ci, et recevait souvent les coups qui leur étaient destinés. Voyant la tyrannie de plus près, ils la haïssaient plus profondément, et disposant de plus de moyens d'action. Os s en servaient pour préparer de loin sa chute. Plus éclairés que le commun de leurs compatriotes, ils savaient mieux distinguer les voies qui devaient mener à ce grand résultat, et mettaient en première ligne Tinstruction, dont ils faisaient un si grand cas, que leurs riches bibliothèques contenaient ensemble, d'après l'estimation des hommes qui étaient le mieux en position de
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les connaître, plus de cinq-cent mille volumes des livres les plus choisis. Tous ces trésors ont été détruits en 182 1 par les descendants du grand dévastateur des bibliothèques d'Alexandrie.
Ce sont les efforts de ces Phanariotes, unis à ceux du clergé, des primats les plus éclairés des différentes provinces, et de quelques riches négociants, animés du patriotisme le plus pur, qui secondèrent l'amour toujours ardent des Grecs pour Tinstruction, et qui firent établir ou soutenir des écoles largement organisées à Constantinople; à Jannina, à Metzovo, à Cosane en £pire; à Salonique, à Adrinople, au Mont-Athos en Macédoine; à Triccala, à Tymovo, à Ampélakia, à Larisse en Thes- .salie ; à Patmos, à Chios, à Corfou dans les îles ; à Smyme, à Cydonie en Jonie ; à Dimitzana, à Vjrtina dans le Péloponnèse, et en diverses autres parties de la Grèce.
Profitant de l'ignorance de leurs maîtres et de leur indifférence pour tout ce qui touchait à l'éducation, les hommes dévoués que leurs talents avaient placés au premier poste donnaient les plus grands soins à ces foyers de lumières, et s'appliquaient à Tenvi à y perfectionner les études, bien convaincus que c'est de là que devait venir le salut. Aussi en est-il sorti pendant le dernier siècle de servitude im grand nombre de jeunes érudits, fortement préparés, qui plus tard, pèlerins de l'instruction, parcouraient les universités de l'Europe pour y compléter leurs connaissances, et revenaient dans leur pays continuer l'œuvre de son initiation à la civilisation moderne,