Dune cOde» d'Horace en strophes saphiques
8. Du poème de SMUôt: tLes Dieux de la Grèce» en iambes, ainsi que de deux chants populaires traduits du grec moderne.
B. Des poésies originales.
Ce sont des odes, des élégies, des épigiammes. Une langue toujours élégante et choisie y exprime des sentiments droits et des pensées élevées.
Nous faisons suivre comme exemple un fragment tiré d'une élégie, longue de 568 vers, et écrite à la mémoire du frère du poète, tombé les armes à la main pour la défense de la liberté. Philippe-Jean lui-même avait combattu sur terre et sur mer dans les rangs des libérateurs de son pays.
c. ... Au sortir d'un combat tumultueux, je montais le pied escarpé du Tricoryphon pour me rendre à ma
ChapUre XIL — Poètes hellénistes: Philippe 'Jean, 209
tente, quand je vis devant moi un jeune combattant couvert de ses armes. Il sa retouxioait souvent et me mesurait de l'œil. Il s'approcha, et me demanda d'où j'étais. Quand je l'eus renseigné, il jeta sur moi un regard affectueux et me dit: c Serait -ce vrai que je vois mon ancien ami Philippe, mon compatriote, qui a grandi avec moi?» A ces mots je reconnus George, ayant surnom Galatès, le compagnon de mes premières études. Je me jetai à son cou, je collai mes lèvres sur les siennes, j'embrassai trois fois mon ami d'enfance, et je lui dis: «D'où viens -tu sur les monts soiurcilleux de l'Arcadie? Qu'est ce qui t'amène ici? Je te savais absent Le négoce te retenait sur les côtes de l'Euxin. Je ne pensais pas te retrouver au milieu des armées, couvert de l'armure de Mars.»
«Il me prit par la main, s'assit près de moi sur la pierre, et répondit à toutes mes demandes: Il me dit que dans sons désir de voir les Chrétiens arrachés au joug dégradant des Turcs, il te suivit, ô mon frère, avec plusieurs autres combattants jusque dans la Dacie au sol fertile. Il me dit encore que le chef glorieux vous reçut et vous donna des places d'honneur dans le bataillon sacré. Il me parla de l'enthousiasme belliqueux des Hellènes qui accouraient de toute part, décidés à se dévouer à la patrie; de la mauvaise foi et de la rusé de deux traîtres, qui tramèrent contre leur chef; enfin de l'intrépidité du saint bataillon, qui paya de sa vie une gloire étemelle.
«Ces dernières paroles troublèrent mon âme, et je demandai à mon ami si tu étais en vie. > Ton frère vit, me répondit-il; car je ne dirai pas qu'il est mort celui qui est tombé en défendant sa patrie. Il vit, bienheureux parmi les bienheureux, parcequ'il fut un brave cham-
Rangabéf Littérature néo- hellénique. II. I4
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pion de la liberté; il vit dans la bouche et dans le souvenir de ses compagnons qui ont admiré sa vaillance. Lorsque dans le combat il vit les HeUënes tomber en masse, écrasés par le nombre, et sur le point de recula, il leur cria ces mots pour les encourager: cAmis, soyez des hommes. Ne nous montrons pas indignes de notre origine en voulant sauver notre vie. Mourons à la défense de la patrie. Mieux vaut perdre la vie, que de vivre esclaves.» Il dit, et ranima, le courage de ses frères d'armes. Avec une poignée d'honunes il se jeta comme la foudre sur Tennemi. D portait partout des coup mortels, lorsqu'il tomba lui-même percé de mille coups.»
cA cette triste nouvelle de ta mort, ô mon firèie, les larmes remplirent mes yeux. Je quittai mon ami, je me retirai à Técart, et je pleurai amèrement, penai long-temps dans les ravins déserts du Tricoryphon, répétant avec des sanglots ton nom chéri. L'écho seul répondait du fond des rochers à ma voix plaintive; et la lumière du jour était déjà éteinte, lorsque je songeai à rentrer sous ma tente, fy entrai dans l'obscurité, et après avoir pris un peu de nourriture, je me livrai, harassé de fatigue, au sommeil, que Dieu dans sa clémence envoie aux humains affligés avec loubli de leurs peines.
«Mais à peine le sommeil avait-il étendu ses aiks noires stu mes yeux, en paralysant mes membres, que R^us m'apparut en rêve, brillant de beauté et de vâil« lance, une croix d'or sur la poitrine, et tenant, comme les martyrs, une branche de laurier dans la main. Il arrêta sur moi tm regard plein de douceur, et me paria ainsi d'une voix qui respirait la tendresse:
«Il m'eût été doux, ô mon cher frère, échappant à . la mort, de rentrer sous le toit paternel, de baiser la