Chapitre IL — Ecrivainê, — Miniatiê
puissant à Constantinople, qui l'accusa auprès des Grecs de favoriser le protestantisme, auprès des Turcs d'être en correspondance avec les Francs de TAllemagne et de l'Angleterre. On lui attribua même un ouvrage où les préceptes de Calvin étaient chaudement défendus. Il fut le premier qui fit venir une imprimerie grecque à Constantinople pour y publier ses ouvrages, et eut le courage de faire sortir de ses presses un livre dirigé contre la foi de Mahomet, Cette pieuse bravade donna gain de cause aux Jésuites, ses ennemis, qui firent supprimer son imprimerie, et cet événement fut la cause de la perte d'un grand nombre de traités ecclésiastiques, et surtout de livres de polémique dogmatique et de prédication qui ne trouvaient pas grâce devant la censure de Venise, la setile ville qui possédât alors des moyens en abondance pour Timpression d'ouvrages Grecs.
MINIATIS.
C'est surtout comme prédicateur qu'Elie Miniatis acquit un grand renom vers la fin du 17^ siècle. Natif de Céphalonie, il avait fait d'excellentes études à Venise, et fut distingué par les hommes les plus influents de cette ville. Le Prince Cantémir de Valachie, que nous avons vu faire de lui une mention honorable, apprécia son mérite au point de le charger même auprès de l'Empereur d'Autriche d'une mission diplomatique, dont il s*acquitta à son honneur.
Cependant, plein d'un zèle ardent pour l'église, il
58 Livre IL — Reiaw à la vie, 1700" 1800.
consacra presqu'exclusivemeat sa vie à la servir, et surtout à prêcher la parole du Seigneur à Venise, à Corfou, à Bucharest, à Constantinople et à Nauplie, où l'appela l'estime du gouverneur Vénitien du Péloponnèse. Ses sermons, écrits dans Tidiôme vulgaire, qui jusqu^alors manquait encore d'élégance et d'élasticité pour ne pas avoir été manié par des auteurs de talent, se font remarquer par une éloquence naturelle et simple, par la vivacité de l'imagination, par la chaleur des convictions chrétiennes et par l'élévation des vues qui les inspirent Un extrait d'une de ses péroraisons suffira pour faire juger de la manière de cet orateur ecclésiastique, et des sentiments qui remplissaient son cœur et par lesquels il savait trouver le chemin de celui de ses auditeurs:
c£t maintenant, dit -il, me prosternant à tes pieds, je te supplie, ô vierge immaculée, d'accorder ta protection et ton assistance invincible aux armées chrétiennes^), afin qu'elles mettent en fuite et qu'elles exterminent les tyrans. Jusques à quand. Sainte mère de Dieu, le malheureux peuple des Hellènes gémira -t- il sous le joug d'un affireux esclavage? Jusqu'à quand le barbare de Thrace courbera-t-il sous son pied cette noble race, et le croissant dominera -t -il sur ces contrées où le soleil mystique de la justice s'est levé de ton sein béni pour inonder toute la terre de ses rayons? Daigne te rappe-
1) CeUes des Vénitiens, dans les rangs desquels combattaient aussi des Grecs.